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Ce fut sa mère qui lui ouvrit la porte. Elle ne fut absolument pas surprise que sa fille chérie sonne au lieu d’utiliser ses clés. Il faut dire qu’Angie avait un passif d’oubli et perte assez conséquent.

— Ah te voilà ma chérie ! s’exclama-t-elle en reconnaissant sa progéniture. J’ai bien cru que tu serais en retard pour le souper de Noël. Mais tu es là avant ton père, qui l’eut cru ? Allez, entre !

La jeune adolescente de dix-huit ans s’exécuta, ravie de ne pas avoir à négocier pour passer le pas de la porte. Une fois à l’intérieur, la douce chaleur de son ancien foyer lui parut étouffante sur sa peau froide. Elle se sépara aussitôt de sa veste en cuir et de son écharpe verte, puis les posa sur le vieux canapé en cuir avant de rejoindre sa mère en cuisine.

Une bonne odeur de dinde cuisant au four embaumait la pièce, mais ce fumet lui donna des hauts le cœur. Il fallait qu’elle passe outre, sous peine de griller sa couverture. Son premier repas se devait d’être parfait !

— Alors ? demanda sa mère. C’était bien ta soirée avec Jessica ?

Angie faillit faire la gaffe de révéler qu’elle ne se trouvait pas avec sa meilleure amie la veille au soir, mais avec Vladimir, le séduisant joueur de batterie qu’elle avait rencontré une semaine plus tôt. Elle qui disait ne pas croire au coup de foudre avait immédiatement succombé aux charmes du jeune homme. Et quand il l’avait invitée à passer la soirée avec lui – voire plus -, elle avait aussitôt accepté et demandé à sa meilleure amie de la couvrir. Et c’est ainsi qu’avait commencé sa nouvelle vie.

— C’était génial ! répondit-elle en prenant un air enjoué. On s’est tellement amusées qu’on n’a pas vu le temps passer. Au petit matin, j’étais morte... de fatigue !

— Et bien tu pourras te coucher de bonne heure ce soir...

— Pas besoin ! J’ai dormi toute la journée et je n’ai ouvert les yeux que tout à l’heure, quand la nuit est tombée.

— Tu feras ce que je te dis. Tu as une petite mine, une vraie bonne nuit te fera le plus grand bien. En attendant, vas te changer. Je t’appelle quand le souper est prêt.

— D’accord maman.

Elle sortit de la cuisine et gravit l’escalier pour rejoindre sa chambre. La décoration tellement « jeune fille en pleine crise d’adolescence » de ce qu’elle appelait « son antre » la fit sourire : cette époque de sa vie lui paraissait tellement lointaine ! Avec un soupçon de nostalgie, elle appuya sur le bouton « marche » de sa platine CD et le dernier morceau qu’elle avait écouté se lança. Elle ne put s’empêcher de pouffer de rire en l’entendant : il s’agit d’un morceau de piano, joué par un artiste coréen nommé « Yiruma ». Ce morceau était incroyablement fleur bleue et elle l’avait écouté juste avant de partir rejoindre Vlad. Elle espérait qu’en prenant un maximum d’inspiration romantique mettrait toutes les chances de son côtés pour charmer définitivement son beau musicien. Si elle avait su...

Angie laissa la musique se poursuivre et fouilla dans ses tiroirs pour trouver de quoi se vêtir. Elle écarta les t-shirts à paillettes, ceux avec des licornes dessus, et ceux avec des messages. Elle opta pour un chemisier de dentelle noire qu’elle enfila par dessus un débardeur rouge. Un jean noir moulant compléta sa tenue, et comme maquillage, elle se contenta d’appliquer un rouge à lèvres rouge vermillon.

Lorsqu’elle se détourna du miroir de sa coiffeuse, elle tomba nez à nez avec son père.

— Oh, tu es rentré papa ?

— Je pourrais te retourner la question.

— Je l’étais avant toi !

— Epargne-moi cette remarque, s’il te plait. Ta mère m’a déjà sermonné. Et elle m’a infligé de porter une cravate en guise de gage...

— Ce qui explique ta présence dans mon antre...

— Tu as tout deviné !

Il lui tendit le long morceau de tissu, qu’elle prit et lui passa autour du cou, avant de commencer à faire le nœud que détestait tant son paternel. C’était une sorte de tradition entre eux deux : dès qu’il devait porter une cravate, c’était sa fille qui lui nouait autour du cou. Il n’avait jamais su le faire, et c’est sa femme qui le faisait à sa place, jusqu’à ce que la petite Angie, du haut de ses huit ans, ne réclame à savoir le faire.

— Tu es sûre que ça va ? lui demanda-t-il soudain. Tu as le teint pâle comme la neige que la météo annonce pour la semaine prochaine.

— Oui oui ! J’ai juste mis le fond de teint de Jessica et il est plus clair que celui que je mets d’habitude.

— Tu n’as pas besoin de tous ces artifices ! Tu es belle au naturel ma fille !

Elle ne réagit pas au compliment, car un élément venait d’attirer son attention, et elle ne parvenait plus à s’en détourner. En manipulant la cravate autour du cou de son père, elle avait effleuré des doigts sa peau, juste au niveau de la veine jugulaire. Elle s’approcha encore plus, irrésistiblement attirée par le bruit du sang qui palpitait, si proche...

— Qu’est-ce que tu fais ? questionna son père.

— Tu as un nouveau parfum on dirait. Je voudrais juste le sentir.

Ce qui suivit se produisit de manière très rapide. Angie laissa son instinct prendre le dessus, et ses gestes furent sûrs et précis lorsqu’elle planta ses crocs dans le cou de sa victime, tout en plaquant sa main sur sa bouche et son nez pour l’empêcher de crier. Il eut beau se débattre, il ne pouvait rien faire contre ce prédateur ancestral, et ce fut vidé de son sang qu’il s’écroula à ses pieds.

Angie se sentait mieux, plus forte, mais elle sentait qu’elle avait encore besoin de plus. Elle lécha une goutte sur ses lèvres, s’assura que son maquillage était impeccable, puis descendit rejoindre sa mère.

— Où est ton père ? demanda celle-ci tout en s’affairant au dessus du plan de travail.

— En train de faire une petite sieste, il ne se sentait pas bien.

— A-t-il mis sa cravate ?

— Oui, ne t’inquiète pas. Qu’est-ce que tu fais ?

— Des sablés au citron. Tu sais, ceux que toi et ton père adorez prendre avec votre café.

La jeune – pour l’éternité – fille s’approcha dans le dos de sa mère et jeta un œil sur ce qu’elle était en train de faire. Une pâte sablée avait été abaissée sur le plan fariné, et elle avait commencé à détailler des petits sapin grâce à un emporte pièces. Angie se souvint qu’effectivement, de tous les mets de Noël que sa mère préparait, ces biscuits étaient ses préférés.

Mais à l’instant présent, ils ne faisaient pas le poids face au parfum métallique du sang. Et encore une fois, Angie n’y opposa aucune résistance. Sa mère hurla lorsqu’elle sentit les canines s’enfoncer dans son cou et aspirer sa force vitale. Elle se débattit, tenta même d’attraper un couteau à viande pour se défendre, mais l’emprise de sa fille était trop puissante, et qu’elle ne put rien faire, à part se demander ce qui avait pu arriver à sa petite fille chérie. Sa dernière pensée fut pour son époux, quand elle devina qu’elle s’apprêtait à le rejoindre pour une sieste éternelle.

Lorsqu’Angie en eut fini avec la deuxième partie de son repas, elle repoussa loin d’elle le corps de sa mère et savoura la sensation de puissance qui affluait dans son corps. Ainsi revigorée, il lui semblait que rien ne pourrait lui résister. D’ailleurs, il était temps pour elle de conquérir le monde !

Elle venait de passer le pas de la porte de la maison, après avoir passé une veste en cuir sur son chemisier, quand elle tomba nez à nez avec son créateur. Vlad se tenait devant elle, sa peau pâle, ses longs cheveux noirs, et ses yeux tout aussi sombres la fixant.

— Alors ? demanda-t-il.

— Je me suis régalée, répondit-elle. Rien ne vaut les repas en famille pour fêter Noël.

— As-tu encore faim ?

— Oh oui ! Je crois que je ne serais jamais rassasiée.

— Alors suis-moi mon enfant... Allons festoyer ensemble...

— Je vous suivrais jusqu’au bout du monde, Lord Drakul.

Et le couple de vampires se mit en marche, à la recherche de victimes innocentes qui agrémenteraient leur festin.


Texte publié par Quetzy, 1er janvier 2019 à 17h31
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