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NORGHOTT LE TITAN

    
    
     Le blizzard se dissipait enfin pour permettre à Algor et Morphys d’observer la montagne devant eux. Après des heures de marche sans visibilité, seulement accompagnées du sifflement du vent et du craquement de la neige épaisse sous leurs pieds, les deux hommes s’arrêtèrent pour se laisser caresser le visage par les rayons pâles et roses d’un soleil hivernal. Un sourire étira leurs lèvres à chacun, ils y étaient arrivés ! Face à eux se dressait le repère de Norghott le Titan, dont l’élimination constituait la quête de leur vie.
     Norghott était un être destructeur si puissant et responsable de tant de morts, que les habitants du royaume de Tyrenn avaient fini par se résigner et, pour calmer sa colère, l’avaient érigé au rang de Dieu, à grands efforts de prières et d’offrandes. Le Titan avait ensuite exigé un sacrifice humain à chaque pleine lune.
     Ces évènements s’étaient déroulés des décennies auparavant, Algor avait alors six ans et Morphys douze, et tous deux avaient ainsi vu leurs parents respectifs être servis au Titan lors d’un de ces rituels abjects. Depuis, les deux hommes avaient suivi leur propre voie, rongés par un désir de vengeance. Algor était devenu au fil des années un redoutable mercenaire, vainqueur de plusieurs monstres et batailles, se battant avec Sardan, son épée à deux mains dont la lame allongée pouvait trancher toute matière. Morphys, lui, s’était initié très jeune aux arts mystiques et avait fini par gagner le respect des mages centenaires de l’île de Nguyleï. Il maniait le bâton d’Archronym, avec son émeraude enchanté qui lui confiait le pouvoir de déchaîner les éléments. Il portait également sur lui plusieurs artefacts, dont le pendentif de Lang au pouvoir connu uniquement de sept mages à travers le monde. Depuis leur enfance, les deux hommes ne se sont plus croisés pendant cinquante ans. Leurs retrouvailles se sont faites par un grand hasard pour Algor ou grâce au destin pour Morphys.
     Et les voici réunis dans cette aube hivernal, enfin prêts à affronter le monstre qui avait détruit leur vie. Ils se sentaient à la fois sereins et angoissés mais tous les deux se savaient être sur le point d’accomplir leur destinée. Morphys, sans détacher les yeux de la montagne, prit une inspiration :
     « Tu te sens prêt ? »
     Algor sourit :
     « Nous allons bientôt le savoir ! »
     Une nuée d’oiseaux traversa le ciel, décollant du mont pour survoler la steppe qui s’étendait entre lui et les aventuriers. Suite à cette agitation soudaine, Algor et Morphys distinguèrent des ombres noires sortir rapidement du pied de la montagne. Les deux hommes perçurent très rapidement les hurlements de ces bêtes esclaves de Norghott. Algor cracha par terre en dégainant Sardan.
     « Mais pour qui me prend cette vermine de Titan ? Il croit vraiment que des loups suffiront à m’arrêter ?! »
     Morphys ne ressentit pas le besoin de rajouter un mot et entonna ses incantations pendant qu’Algor se ruait sur leurs assaillants. Le mercenaire faisait tournoyer sa lame pour sectionner les pattes des bêtes féroces dont la taille dépassait aisément celle d’un homme. Sa technique, ses mouvements fluides et sa manière d’esquiver les crocs acérés évoquaient à Morphys une sombre valse que ni les hurlements des loups, ni les sorts enflammés du mage ne ralentissaient. Les bêtes sauvages ne montraient pourtant pas de signes de faiblesse. Même amputées d’une ou deux pattes, elles tentaient de se jeter sur l’épéiste, la gueule grande ouverte.
     Dans sa frénésie, Algor riait aux éclats, le visage couvert du sang de ses assaillants pendant que Morphys projetait des boules de feu sur ceux que le mercenaire ne voyait pas venir. Leur coordination était parfaite et bientôt Algor décapita le dernier loup qui lui barrait la route. Le mage le rejoignit et, pendant un court instant, fut parcouru d’un frisson en contemplant cette allégorie de la violence qu’était devenu son camarade. Se dégageait du mercenaire une bestialité plus intense encore celle des loups quelques minutes plus tôt.
     « Comment te sens-tu ? »
     Algor afficha un sourire carnassier :
     « Comme l’incarnation de la fin pour NORGHOTT ! »
     Le guerrier avait hurlé le nom du Titan. En réponse à cet appel, un formidable grondement s’échappa de la montagne enneigée. Algor renchérit avec un hurlement de défi dont l’effet fut immédiat. Dans les hauteurs du pic, une avalanche se déclencha pendant qu’émergeait, dans une explosion de poudreuse, le corps gigantesque de Norghott le Titan.
     Morphys et Algor eurent un mouvement de recul. Malgré sa rage destructrice, le mercenaire sentait son sang se glacer dans ses veines en contemplant le corps sinueux du reptile géant descendre vers eux. Le regard du Titan plongea alors dans celui des deux hommes et une voix grave et caverneuse résonna dans leur esprit.
    
    Qui êtes-vous pour osez tuer mes serviteurs et troubler mon repos ?!
    
     Morphys s’apprêtait à répondre avec défiance mais Algor fut plus rapide :
     « J’ai attendu cinq décennies pour venir te défier, serpent ! Alors trêve de bavardages ! Viens affronter ta fin ! »
     L’insolence de l’épéiste décontenança quelque peu le mage qui, bien qu’il partageait la même haine envers le Titan, éprouvait également une certaine humilité face à cet être aussi ancien que le royaume lui-même.
     Alors Norghott, dans un sifflement dantesque évoquant davantage un coup de tonnerre, fondit sur les deux aventuriers. Et le pâle soleil fut le témoin d’un affrontement digne des plus grandes légendes. Le guerrier et le mage tenaient tête au Titan comme deux fourmis affrontant une vipère. Mais ces insectes aux yeux de Norghott montraient une bravoure et une détermination que le Titan ne comprenait pas, s’enrageant un peu plus chaque fois qu’Algor lui plantait Sardan ou que Morphys lui jetait de puissants sortilèges de confusion. Même lorsqu’enfin le géant reptilien avala l’épéiste, celui-ci hurlait de joie en brandissant sa lame pour asséner un dernier coup dans la trachée du monstre. Norghott poussa un hurlement pendant que Morphys, sachant pertinemment qu’il ne s’en sortirait pas seul, attrapa son pendentif de Lang en récitant une dernière incantation.
     Norghott eut un mouvement de recul devant la tornade de givre qui s’était brusquement élevée à la place du mage. Quelques instants plus tard, Morphys avait disparu et un géant de glace faisait désormais face au Titan déstabilisé. Le mage se savait condamné car il savait qu’il ne pourrait pas contenir le pouvoir de l’artefact plus de quelques minutes. Juste le temps qu’il lui fallait pour immobiliser Norghott qui, grâce à Algor, crachait maintenant de grands filets de sang en se tordant de douleur. Le géant se jeta donc sur le Titan et lui attrapa la tête pour la plaquer au sol. Norghott crachait, se débattait, sentant son corps geler là où les imposantes mains le tenaient. Mais ce pouvoir de gel agissait également sur Morphys dont le nouveau corps s’engourdissait progressivement.
     Enfin, le reptile géant cessa de se débattre et rendit son dernier souffle au même moment que Morphys. Les deux adversaires se retrouvèrent ainsi figés dans cette posture victorieuse pour le géant de glace.
    
     Ce jour-là, lorsque les habitants de la région sortirent de leur maison et virent au loin les deux entités figées, ils comprirent que leur calvaire venait de prendre fin. Et encore aujourd’hui, plus de mille ans plus tard, leurs descendants peuvent toujours contempler cette scène figée par la magie et le temps, où Norghott le Titan fut déchu de son rang de Dieu.
    
    
    

Texte publié par Zanékiel, 21 décembre 2018 à 23h12
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