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Un chant d'oiseau, perdu dans les hauteurs des arbres millénaires. Le bruissements du vent dans les feuilles. La douceur d'un rayon de soleil qui traversa la forêt et vint caresser la joue de Mala. La jeune femme n'ouvrit pas les yeux pour autant, tout juste laissa-t-elle un sourire s'étendre sur ses lèvres. Elle restait concentré, en position du lotus, et laissait la magie de la déesse reprendre ses droits sur les terres et les êtres. Au plus profond de la forêt primordiale vivait Mala et les siens, comme des centaines d'autres clans. Des centaines et des centaines d'hommes et de femmes qui respiraient à l'unisson, tous unis dans la même communion afin d'accueillir l'arrivée de Naïa, la mère de toute chose, la déesse du renouveau, la protectrice des Alayis. Un peuple tout entier qui souhaitait la bienvenue à sa fondatrice, celle qui lui avait donné vie, et s'abandonnait à la renaissance du printemps.
    
    Leur cérémonie n'avait pas les frasques de celles des Orgoïs, peuple du feu et de l'hiver, qui accueillait Waal à grand renforts de feux nocturnes et de concours de lutte au milieu de la neige. Ni l'artifice des grandes parades de la déesse Sha, préparées par les Mushadins pendant toute une année dans l'espoir que leur protectrice leur soit favorable et fasse tomber les pluies d'automne sur leurs terres arides. Encore moins la joie pure et délurée du carnaval des Thaelins lorsque Lan, dieu du vent et de l'été, prenait ses quartiers sur les falaises de l'est.
    
    C'était un océan de calme dans lequel chaque âme venait se ressourcer. Une sérénité pure, qui permettait à chaque être, homme, femme, enfant, de se connecter les uns aux autres, tissant un lien invisible entre leurs cœurs. C'était un grand souffle que chacun prenait des autres, une inspiration commune, un instant sacré et précieux, immobile, silencieux et pourtant plein de tout. Mala frôlait les consciences et s'abreuvait des vies qui entouraient les siennes. Ressentait ce qu'elles ressentaient. Sans aucun tabou ni secret, chaque Alayi partageait avec les siens tout ce qu'il était, tout ce qu'il avait. Personne ne pouvait comprendre ce que signifiait être un Alayi s'il ne vivait pas l'intensité de ce moment. Peut-être était-ce pour cela qu'ils étaient un peuple si différent des trois autres, sans gloire ni parure, avec pour seul orgueil celui de savoir comprendre le moindre signe de la nature et d'entrer en communion avec elle.
    
    Mes enfants...
    
    La douce voix de Naïa, déesse de la terre et du printemps, vint résonner dans chacune des consciences ouvertes à elle. Mala se sentit encore plus sereine qu'elle ne l'était déjà, et s'abandonna toute entière à sa déesse.
    
    Le Grand Choix arrive, mes enfants... Et comme mes frères, je dois éveiller ceux qui vont arborer mes couleurs pour poursuivre le cycle de vie du Dieu père.
    
    Tous les cinquante ans, des représentants des quatre peuples se combattaient dans une lutte à mort pour choisir la prochaine réincarnation du Dieu père, l'Entité suprême, garant de l'équilibre et de la paix entre ses quatre enfants et les peuples qu'ils avaient fait naître. Un être de la plus haute importance sans lequel les Quatre s'affronteraient jusqu'à ce que leur dernier représentant exhale son dernier souffle de vie. Cela avait failli arriver, mais le Dieu-Sans-Nom était descendu à son tour pour prendre chair, comme ses fils et filles, et arrêter le massacre des vies humaines. Cependant, il résultait de cette période une concurrence encore féroce entre les quatre peuples, qui ne s'exprimaient que durant le Grand Choix.
    
    Mala avait appris tout cela de la bouche de ses ancêtre, perpétrant la tradition orale des Alayi, et s'était préparée pour cette cérémonie plus spéciale que les quinze précédentes auxquelles elle avait déjà assisté. Elle était prête à accepter n'importe quelle décision de sa déesse, qu'elle choisisse de l'éveiller ou non, Nialya savait qui la servirait le mieux. La confiance que la jeune femme avait en elle était absolue.
    
    Soudain, une étincelle la toucha en plein cœur et tout ce qui l'entourait lui parvint avec plus d'acuité. Les oiseaux qui lui paraissaient si haut semblaient maintenant chanter à son oreille. Elle avait l'impression que le cours d'eau auquel ils allaient s'abreuver, à dix minutes de marche, s'écoulait à ses pieds, et que chaque personne autour d'elle respirait avec force. Sa peau ressentait chaque infime poussée du vent, à ses narines parvenaient les plus subtiles odeurs. Puis, cette ouverture au monde si surprenante se referma, en quelques secondes, aussi soudainement qu'elle était apparue.
    
    Mala ouvrit les yeux. Éveillée.

Texte publié par Codan, 15 décembre 2018 à 12h10
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