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Tome 3, Chapitre 2 Tome 3, Chapitre 2

Un cadavre. Des sandalettes. Et une blonde hystérique.

Sa journée ne pouvait pas être pire. Elle observait la scène, une musique entraînante dans la tête, s’imaginant faire tourner sa bouée dans le creux de sa paume pour tenter de dédramatiser la situation. Ses aventures auraient pu faire un feuilleton écrit très sympa dans le journal du matin. Mais il y avait ce cadavre…

Sans compter le « mari désœuvré », passif jusqu’à présent et qui commençait à devenir agressif. Il gesticulait, montrait le poing, accusait les Anglaises d’être responsables de la mort de Bérénice, insultait Georges de squelette absurde et grognait quand Pamela chouinait sur son rocher.

Pamela… Georges n’arrivait plus à la voir comme une potentielle suspecte depuis la découverte du corps. Sa réaction était trop sincère, trop spontanée et, connaissant sa capacité à faussement exagéré, elle ne pouvait pas jouer une comédie aussi parfaite. Quant à Becky et Jessica, elles observaient la scène, les yeux écarquillés, mais tout à leur flegme britannique.

Elle s’agenouilla vers le corps. Elle n’avait pas d’autre solution que de l’examiner malgré la peau amochée par les crustacés et les rochers. Robert tenta de s’interposer ; étonnamment, les trois autres l’empêchèrent d’agir. Becky et Jessica se dressèrent entre lui et Georges, pendant que Pamela lui tapotait l’épaule pour l’inciter à se calmer.

— Laissez-là faire, exigea-t-elle. Elle a l’air d’être une experte. Venez, retournons nous asseoir. Laissons la sauvetelette et les autorités agir, voulez-vous ?

Ils s’éloignèrent ; une aubaine pour Georges. Bérénice était nue, les bras contorsionnés et la tête plié sur le côté en une position anormale. Elle s’attarda au niveau des orbites vides. Les yeux avaient-ils été dévorés par les animaux ou bien retirés par l’assassin ?

Pas de traces de couteau. Pas de brûlures apparentes. Pas de coups. Ses poumons semblaient remplis d’eau. Difficile de diagnostiquer les causes de la mort, cependant, il avait été question que de disparition au départ. L’assassin avait dû être surpris par quelque chose ou quelqu’un et avait alors abandonné le corps avant de pouvoir s’en débarrasser. Quand Georges était arrivée, ce matin-là, les anglaises, Robert et Pamela étaient déjà présents.

Elle n’avait d’autre choix que de laisser le cadavre de Bérénice à la merci des mouettes pour tenter de battre le fer tant qu’il était encore chaud : la réponse se trouvait parmi les quatre baigneurs, Georges en mettrait son radius à couper.

Première chose à faire : prévenir Allyster via le carnet de communication. Il mobiliserait une équipe pour récupérer le corps, afin de procéder à une autopsie plus complète. De son côté, Georges s’occuperait de l’interrogatoire. Ravie d’en être arrivée à cette conclusion, elle rebroussa chemin, oublia sa casquette de sauvetelette des mers pour retrouver celle de détective.

~O~

— Je comprends pourquoi vous avoir été dépêchée sur le plage, argumenta Jessica, les bras croisés, totalement fermée à la discussion. Personne ne fait attention à vous et vous, vous voyez totalité.

— Jessica, don’t be stupid ! Elle fait son travail. On doit aider elle. D’accord ?

Becky adressa un sourire timide. Georges l’incita à continuer.

— Nous voulons habites dans la France, admit Becky. Parce que nous avons pensé que Français plus… agréables que les Anglais.

— Bérénice était comme eux. Méchante ! Comment on dit le mot… Nous détestons Bérénice !

Georges dût, malgré elle, avoir une réaction à cette déclaration qui obligea Becky à se justifier immédiatement, les mains battantes pour appuyer sa négation.

— Nous ne pas avoir tué Bérénice !

Georges hocha de la tête, en guise d’approbation. Elle ne tirerait rien de ce couple. Elle épousseta ses genoux en se redressant, barra les quelques mots barrés dans son carnet, relatifs aux deux femmes et se gratta le crâne. A cette allure, elle n’éluciderait pas ce mystère avant la fin de journée ; l’ESS allait lui passer un sacré savon si elle n’obtenait pas des résultats rapidement.

Elle rumina. Si l’agent Nox ne se montrait pas si cryptique dans ses communications, Georges pourrait peut-être réussir à quelque chose. Trouver une formule, user de magie… Non, en réalité, la scène du crime était tellement polluée par les éléments extérieurs qu’elle ne tirerait rien d’une expertise ésotérique sur place. Pas avec ces quatre suspects encore sur la plage, ni même en plein jour sans une force d’intervention qui bouclerait le périmètre. Mais boucler le périmètre reviendrait à faire fuir le coupable. Une impasse donc.

Elle secoua la tête pour se remettre les idées en place. A trop réfléchir, elle laissait le soleil assommer Pamela et Robert : il fallait les interroger maintenant.

— Je n’ai rien à dire, sauvetelette des mers, soupira Pamela, allongée sur le côté, les doigts emmêlés dans ses longs cheveux soyeux. Je n’ai rien vu, rien fait. Vous pensez que je l’ai tué ?

Un silence.

— J’en serai incapable. Je vous ai même suivi jusqu’à… ce cadavre… au risque de m’abîmer mes ongles.

Elle agita les doigts sous les yeux de Georges pour lui montrer sa manucure parfaite. Cette femme accumulait les clichées. Georges se retint de justesse : elle s’apprêtait à se jeter sur elle pour la secouer par les épaules et emmêler ses mèches bien trop lisses à son goût.

— Autre chose ? Non ? Bon ! Retirez-vos s’il vous plaît, vous me faites de l’om…

Les hurlements de Becky l’interrompirent. Elle courrait vers l’eau, les bras au-dessus de la tête, à faire de grands signes à l’attention de Robert qui s’éloignaient de plus en plus dans les vagues.

Georges jeta son carnet, s’arma de sa bouée et se jeta à son tour dans les rouleaux salés afin de poursuivre monsieur Talière. Plus il avançait, plus elle tentait de le rattraper en accélérant la cadence. Un bras après l’autre, elle filait à travers les flots avec la grâce d’une anguille ondulante.

Alors qu’elle pensait l’avoir rejoint, Robert avait disparu. Il n’y avait plus trace de lui nulle part. Elle regarda en tous sens, plongea, remonta à la surface, plongea à nouveau et recommença. Robert avait bel et bien disparu ; Georges était persuadé d’être au bon endroit, de l’avoir rejoint malgré les courants qui agitait le fond de l’océan. S’il s’était noyé, elle l’aurait vu…


Texte publié par Jérôme M. Keller, 19 septembre 2021 à 11h59
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