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Tome 1, Chapitre 4 Tome 1, Chapitre 4
— Je suis sûre que c’est lui, chuchota Rebecca. Il faut qu’on agisse, Georges !
    
    Adam n’était peut-être pas « blanc comme neige » mais… Comment pouvait-il être à l’origine d’une invocation de démon alors que ses capacités ésotériques en tant que druide avoisinaient celle d’un escargot coincé dans sa coquille ? Georges doutait de cette théorie et ne concevait pas cette possibilité. Car possibilité il y avait : après tout, il cachait sans doute bien son jeu et se prétendait sans talent pour tromper les esprits. Pour quel motif, ceci dit ? S’il voulait simplement se débarrasser de sa sœur – qui pouvait se montrer véritablement pénible -, il n’y avait qu’à l’étouffer avec son oreiller. L’empoisonner. L’égorger. L’enterrer vivante.
    Pour y avoir réfléchi de nombreuses fois, Georges possédait une liste plus que fournie de méthode meurtrière et les opportunités ne manquaient pas. Alors qui pourrait réellement en vouloir à Idris ?
    Rebecca paraissait tout autant perdue mais n’excluait pas l’éventualité du frère cherchant à éliminer sa sœur, elle semblait même convaincue. Une décision fut prise : le suivre toute la journée. Quand il eut finit de siroter son café, de mâchouiller ses tartines, de grogner de fatigue, de s’étirer, de bailler et de laisser tout le capharnaüm sur la table, Adam retira enfin ses bottes crottées et s’éclipsa dans ses appartements pour se débarbouiller. Le connaissant, Georges savait qu’il prendrait son temps : cela lui offrait une fenêtre d’action non négligeable.
    Pendant que Rebecca ramassait la vaisselle sale et empilait le tout dans l’évier en pierre, la squelettière se pencha sur les souliers délaissés : la boue, séchée, collait à la semelle et parsemait le cuir. Séchée… Bien trop séchée. Ces bottes n’avaient pas foulé la neige la nuit dernière, Georges en mettrait sa main osseuse à couper. Cependant, douteuse, elle se garda bien d’en faire la réflexion à la sorcière qui s’installa en bout de chaise.
    
    — Empêche Idris de rentrer dans le bureau, maugréa le druide depuis l’escalier du hall d’entrée. Merci !
    
    La domestique et son acolyte se jetèrent une œillade entendue. Georges se précipita vers le bureau de son patron, profitant de son absence pour tenter de percer le mystère. La porte était fermée à clef… Flûte !
    
    — T’embarrasses par Georges, j’ai tout pris avec moi. J’ai pas confiance en elle.
    
    Il avait passé la tête par-dessus la balustrade et lui souriait bêtement avant de quitter son perchoir. Manque de confiance. Espionnage de sa servante… le druide n’aidait pas à l’innocenter, bien au contraire.
    Quand elle arriva à la chambre, à pas de loups, Georges entendait l’eau qui coulait et Adam chantonnant. Ses vêtements, en boule au pied du lit, reposait sur une boite en carton. L’idiot faisait tout pour se faire prendre, décidément… Sur la pointe des pieds, ses souliers vernis couinant sur le parquet, elle se précipita vers l’objet secret et s’apprêta à s’en emparer.
    
    — Georges, c’est toi ?
    
    Le bruit d’un robinet fermé. Georges se figea et pour un peu, sentirait ses joues rougirent, prise sur le fait. Mais plutôt que de jouer la carte de la discrétion puis de s’enfuir, la squelettière donna un coup au sol pour acquiescer.
    
    — Ouf ! continua Adam depuis la salle d’eau. J’ai cru que c’était Idris ! Tu viens pour le linge ? Fais gaffe, faut pas qu’elle rentre en contact avec le carton !
    
    Le rustre avouait ? Elle ne se fit pas prier pour continuer sa mission et, le pantalon du druide sous le bras, la domestique osseuse se pencha sur le contenant et l’ouvrit du bout de ses phalanges, fébrile. Le rabat entre ses doigts, ce qu’elle découvrit l’interloqua.
    
    
~O~

    
    Comment avait-elle pu douter de lui ? Rebecca, si déterminée à l’accuser, avait réussi à l’entraîner dans cette spirale de suspicion. Dorénavant, revenir en arrière et repartir de zéro paraissait être la meilleure des décisions.
    La sorcière rousse patientait dans le salon, le regard rivé sur la cage ronde et vide de Campbell. Georges, soupirante, voulut lui faire le rapport de ce qu’elle avait découvert mais Rebecca ne lui laissa pas prendre la parole et commença :
    
    — Pauvre petit oisillon ! Lui qui était toujours si ravie de me voir…
    
    Ravie de la voir… Campbell se montrait généralement craintif et peureux en présence d’étranger et même agressif quand Adam tentait de le caresser. Le soir de l’attaque, Georges se souvenait bien l’avoir entendu pépier joyeusement, malgré l’arrivée de son agresseur.
    Elle écarquilla les yeux mentalement et comprit… Tout se reliait : une sorcière avec un don pour la métamorphose, qui avait gagné la confiance des habitants du manoir et qui se faisait accepter par le moineau.
    La veille, Rebecca avait pris l’apparence d’un homme, s’était rendue à la cave pour y débuter son rituel macabre. Quand Georges s’était débarrassée de la Mort Blanche, la sorcière l’avait assommée avec son bâton de runes anti-magie. Elle avait alors eu suffisamment de temps pour chausser Adam d’une paire de bottes boueuses – télékinésie, sortilège… tous les moyens étaient bons -, ce qui permit de l’accuser par la suite. La garce !
    
    — Oups ! susurra-t-elle en se tournant vers elle. Je crois que j’ai trop parlé, non ?
    
    Elle planta ses jolis yeux dans les orbites creuses de Georges.
    
    — C’est toujours ainsi ! Je parle toujours trop… C’est vrai, je suis la coupable ! Vilaine Rebecca ! Tu sais ce qui me rassure, c’est que tu ne diras rien, car tu ne le peux pas. Que penserait Adam de sa domestique qui enquête sur lui ? Et que dirais cette gourde d’Idris ? Que le squelette pathétique de la famille accuse sa meilleure amie ? Je suis donc sereine ! Je voulais te voir galérer… je suis déçue car tu t’es montrée véritablement perspicace et douée à ce niveau.
    
    Georges haussa les épaules et capitula. Fatiguée de sa nuit, elle ne rivaliserait pas avec Rebecca.
    
    — Ne t’inquiète pas, je ne tenterai rien aujourd’hui. Même les méchantes sorcières respectent la trêve d’Enahel !
    
    
~O~

    
    Georges fulminait littéralement. Comment avait-elle pu ne pas s’en rendre compte plus tôt ? Elle étalait la pâte à biscuit avec fureur et la malaxait, encore et encore, pour apaiser son esprit. A cause de cette fichue Rebecca, la squelettière avait pris du retard dans sa préparation de la fête : normalement, à cette heure-ci, elle aurait déjà dû installer le sapin, les chandelles et mis la dinde au four, malgré le prix exorbitant de ce satané animal à plume.
    Une première fournée de petit sablé, encore sur une plaque chaude, dégageait un délicieux parfum de citron. En forme de sapin ou d’étoile, parfois de cœur, les gâteaux n’attendaient plus que d’être mangé mais surtout pas par cette diabolique Rebecca, qui ne méritait qu’une chose, finir dans un cercueil elle-aussi.
    
    — Je peux goûter ?
    
    Georges répondit par la négative ; la sorcière aux longs cheveux flamboyant ne l’entendit pas de cette oreille et piqua un biscuit, puis s’attabla avec nonchalance.
    
    — Tu aurais pu les empoisonner, dit-elle sur le ton de la conversation. Ce matin, j’ai pris soin d’ingérer de multiples antidotes à effet retardé. Je me suis aussi protégé d’un charme qui m’empêche d’être blessé par un ustensile de cuisine. Malin, non ? Je sais que tu ne me feras rien, de toute façon… l’expliquer à tes maîtres… je n’imagine même pas ce qu’ils feraient de toi en sachant à quel point tu as pu te montrer cruelle !
    
    Très malin, en effet…
    
    — J’ai invoqué la Mort Blanche pour certaines raisons, se justifia-t-elle. La puissance, Georges. La puissance ! Idris contient en elle un pouvoir qu’elle ne soupçonne même pas et je les veux ! En échange de sa libération, la Mort Blanche devait me transmettre les dons de ma… meilleure amie… Ce n’est que partie remise ! Je parle, je parle, pourrais-tu me servir une tasse de café ?
    
    Georges s’exécuta. D’un geste assuré, elle déposa une tasse bouillante sur la table, couvée par le regard moqueur de la sorcière.
    
    — Tu aimerais me la briser sur la tête, n’est-ce pas ? Impossible ! Cuisine, cuisine !
    
    Elle rigola et lui tourna le dos pour boire son breuvage. Tout se passa alors très vite ; pas besoin de magie, pour se débarrasser d’elle et encore moins d’un fouet à pâtisserie. Il suffit à Georges de s’emparer de la pelle, calée contre son cercueil et de lui donner un coup violent et libérateur sur le sommet de son crâne. Après tout, un outil de jardin n’entrait pas en compte dans l’outillage de cuisine… Il n’y avait plus qu’à creuser sous les bégonias, désormais.
    

Texte publié par Jérôme M. Keller, 29 décembre 2018 à 09h06
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