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Tome , Chapitre 12 Tome , Chapitre 12

Finalement, Kamu avait cédé à la curiosité et c'était mis à dévorer les notes de Déborah. Cela ne lui avait pas appris grand-chose, mais elle comptait les mémoriser et les comparer aux rapports. Pour cela, il faudrait qu'elle évite les ordinateurs, sinon Giles serait au courant de ses recherches. Heureusement qu'elle comptait une alliée dans la place Florentina, sa meilleure amie.

Dès l'instant où son regard s'était posé sur le terme « aube magique » son sang n'avait fait qu'un tour. Elle s'était soudain sentit très mal. Mais il fallait qu'elle affronte les choses. On ne pouvait pas toujours la protéger. Peut-être devrait-elle en parler à Nils ? Seulement, il ne savait rien de son passé. C'était par là qu'il faudrait commencer et elle n'était pas sûr de pouvoir le supporter.

Kamu, était-elle aussi forte qu'elle voulait le faire croire ou alors n'était-elle qu'une petite fille apeurée qui criait pour qu'on l'aide ? Ici dans cette chambre protégée par les quatre murs, elle savait comment elle réagirait. Mais face à eux ?

Un frisson la parcouru, et elle sentit sa main se mettre à trembler. Cela ne fit que s'amplifier, sans qu'elle puisse le contrôler. Pourquoi ? Pourquoi avait-elle pensé à ça ? Ce n'était franchement pas le moment. Ce n'était même pas sa mission.

Alors qu'elle continuait à s'enfoncer toujours plus bas dans cette zone sombre, où ma peur régnait en maître, une voix surgit de nul part lui redonna un semblant de force. Il fallait se réveiller et se battre. Si jamais, Kamu les laisser gagner alors ce serait la fin et pas seulement pour elle.

Kam, reprends-toi ! Tu es plus forte que ça !

Il était là, pour elle. Il ne l'avait abandonné. Elle concentra toutes ses forces vers lui.

Loth ?

Je suis là. Je ne te laisserais jamais. Maintenant, reprends-toi.

Oui.

C'était plus facile lorsqu'elle sentait sa présence près d'elle. Une douce chaleur l'enveloppa comme si quelqu'un la prenait dans ses bras.

Kamu ouvrit les yeux et respira un grand coup. Elle tenait toujours en main le petit carnet. Hésitante sur son devenir, elle finit tout de même par le remettre dans le tiroir.

La mage se leva ensuite, et prit la direction de la salle de bain. Toutes les chambres en avaient une attitrée.

Une fois à l'intérieur, elle voulut retirer sa robe, avant de se rappeler l'emplacement de la fermeture et les contorsions qu'il lui fallait faire pour s'en défaire seule. Elle renonça et la remonta pour dévoiler ses jambes. Tout était en ordre. Il en était de même pour son torse et ses bras. Aucune blessure, elle avait évité le pire.

Merci Loth.

C'est normal, mais s'il te plaît, prends bien garde à toi.

Elle hocha la tête. Il avait raison, elle aurait dû se montrer plus prudente, connaissant ses réactions lorsqu'il s'agissait de cette secte. Seulement, elle ne pouvait pas rester les bras croisés à attendre.

Tu as déjà besoin d'allié, pour le reste, tu feras face ensuite.

Il avait raison, encore une fois. Elle s'éparpillait en voulant tout faire tout de suite et seule.

Pour le moment, sa mission, c'était de retrouver le pendentif, mais de rouvrir des vieilles enquêtes déjà résolue dans l'espoir de trouver une quelconque information. C'était sur ça qu'elle devait se concentrer. D'ailleurs, Nils devait toujours l'attendre en bas.

Kamu se précipita, saisit la feuille et quitta la pièce.

Une fois un pied dans le couloir, elle entendit une conversation et se figea. Sans savoir pourquoi elle se colla contre la porte et fit le moins de bruit possible. Cela provenait de la chambre, juste à côté de celle de Nils.

-C'est injuste. C'est comme ton père, je veux cuisiner pour lui et il s'en fiche ! Qu'est-ce qu'elle faisait mieux que moi, cette salope !

-Maman, c'est pas en étant grossière que ça va changer quelque chose. S'il t'avait entendu, il aurait sûrement fait comme la dernière fois. Il aurait pris la voiture, et aurait disparu pendant…

-Trois jours ! Tu te rends compte, je n'ai pas eu de ses nouvelles pendant trois jours. Qu'est-ce qu'il faisait ? J'étais toute seule ici !

-Je sais maman, tu m'as téléphoné, pour me le dire. En même temps, je crois qu'il est parti pour le travail. Il ne t'a juste pas prévenu parce qu'il était en colère.

-Et moi alors ?! Personne ne m'écoute ou ne me comprend dans cette maison.

-Mais si. Tu vois bien que je suis là. Alors vas-y dis-moi tout ce qui te mets en colère ?

-Ton père ! Je déteste faire la cuisine et lui, il ne comprend pas le sacrifice que j'ai fait pour lui.

Kamu eut du mal à se retenir de rire en entendant cela. Elle ne voyait pas quel sacrifice, c'était de cuisiner un poulet.

-Je crois qu'il s'en fiche que tu fasses la cuisine. En plus, il aime bien la faire donc je ne vois aucune raison que tu t'embêtes.

-Oui, mais il cuisinait avec cette femme ! Tu te rends compte ?! Moi, je voulais qu'il cuisine avec moi.

-Tu lui as demandé ?

-Non, mais il aurait dû comprendre…

-Crois-moi, dis-lui les choses clairement et ça ira mieux.

-Et puis l'autre-là, aussi, il m'énerve avec son air contenant de lui.

-Tu veux parler…

-De son fils ! Je ne le supporte plus ! Et cette fille qu'il a ramenée, elle est d'un vulgaire. Le même genre que sa mère, j'en suis sûr. Tu l'as vu parader comme si elle était une reine ?!

-Maman, on s'en fiche. Ils repartent demain. C'est pas la fin du monde.

-Il n'y aurait que moi, je l'aurais déjà mis dehors. Évidemment, ton père ne veut pas. Il me dit d'être poli avec les invités. Tu te rends compte, elle vient chez moi et me menace !

-Menacer de quoi ?

-Elle veut s'en prendre à toi !

A nouveau Kamu étouffa un fou rire. Cette conversation était vraiment sans queue ni tête.

-Euh maman, tu es sûr que tu n'en fais pas trop ? On n'est pas dans un roman policier, tu sais. Elle ne va pas venir la nuit, pour m'assassiner.

-Mais non, idiot, elle veut te séduire !

Kamu fut surprise de l'apprendre, elle n'était pas au courant, ce qui était quand même gênant.

-Je doute qu'elle t'est dis ça.

-Elle a voulu me frapper aussi.

La mage sourit. Elle appréciait particulièrement la façon dont elle inversait les rôles. D'ailleurs, même son fils, ne paraissait pas la croire.

-Vraiment ?

-Oui, elle m'a saisit la main et a serrait si fort !

-Pourquoi elle t'a saisit la main ?

-Tu ne t’intéresses pas à elle, au moins ?

-Ho, maman, tu crois que c'est le moment de poser ce genre de question.

-Je ne laisserais pas cette salope, s'en prendre à mon fils.

Lucas soupira.

-Maman calme-toi. Il n'y a personne qui va s'en prendre à moi. On va tous se calmer et passer une bonne soirée sinon papa va tous nous mettre à la porte.

-C'est ce qu'il t'a dit ?

-Mais non, c'était façon de parler.

Un silence se fit.

-Je la déteste, reprit-elle soudain.

-Je sais, tu l'as déjà dis. Mais ignore-là, c'est le mieux à faire pour le moment.

-Ton père la défend. Tu crois qu'elle lui plaît ?

-Pitié maman, je ne veux pas penser à ce genre de chose. En plus, je pense qu'il essaye juste d'être amicale.

-Amicale avec une fille comme ça. Mais tu lui donnes ça et elle prends ça ! Tu feras attention, hein ?

Lucas soupira à nouveau.

-Oui, maman. Tiens, c'est un album avec des photos de tes petites-filles. Tu devrais le regarder et te calmer. Quand tu seras prête, descends.

-Envoie ton père me chercher, sinon je descendrais pas.

-Maman, tu sais qu'il risque de te dire de rester en haut.

-Il n'oserait pas. Tout ça, c'est la faute de son fils. Il ne pouvait pas rester où il était celui-là.

-Si aucun de vous n'y met du sien, ça ne risque pas de s'arranger.

Au grincement du lit, Kamu en déduisit que quelqu'un venait de se lever.

-Détends-toi un peu…

-Mais comment pourrais-je me détendre alors que cette fille se moque de moi sous mon propre toit ? Tu supporterais toi ?

-Je ne sais pas… Mais tu es tellement plus forte que moi, maman, répondit Lucas. On se retrouve tout à l'heure. D'accord ?

-Hum. Je regarde les photos et je retourne dans ma chambre, pleurnicha-t-elle.

-Laisse l'album sur le lit ou sur la table de nuit, d'accord ?

Elle renifla pour ajouter à son côté malheureuse, et marmonna une réponse entre ses dents. Lucas en profita pour fuir.

Il fit deux pas dans le couloir et tombe sur Kamu qui l'attendait un sourire narquois sur le visage. Alors qu'il s’apprêtait à ouvrir la bouche, elle plaça un index sur ses lèvres, lui faisant signe de se taire. Il hocha la tête et ils quittèrent le couloir. Une fois près des escaliers, Lucas la saisit par le bras et l’entraîna dans l'autre aile, en prenant bien soin de refermer la porte derrière lui.

-Je peux savoir depuis combien de temps vous étiez là ?

-Pourquoi ? Est-ce que ça va vraiment changer quelque chose à la conversation ?

Il hésita.

-Suffisamment longtemps pour me faire traiter de salope en tout cas.

Il baissa les yeux.

-Désolé, elle ne le pensait pas.

-Bien sûr que si, au contraire, elle le pensait.

Kamu haussa les épaules.

-Enfin ce n'est ni la première, ni la dernière. Et puis, tu penses la même chose, n'est-ce pas ?

Elle plongea ses yeux dans les siens, et il détourna le regard.

-Non, pas du tout…

-Tu mens très mal, mon garçon. Je doute que tu m'es fait ton numéro, si tu pensais que tu n'as rien à y gagner…

-Non, mais je… Enfin…

-Mais fais une phrase complète à la fin ! C'est passionnant de parler avec quelqu'un qui ne dit qu'un mot à la fin ou commence des phrases sans jamais les finir.

Il s'empourpra.

-Non, mais ce que je veux dire, c'est que je…

Kamu eut un grand sourire.

-Alors un « je » et rien derrière, c'est une devinette ? Est-ce que se serais « je sais que j'ai eu un comportement déplorable » ? Ou alors « je sais que je me suis comporté comme un gros lourd avec la femme de mon frère » ?

Il grogna.

-Je ne sais même plus ce que je voulais dire.

-Alors, c'était ça la phrase cachée. Pas simple de trouver…

Lucas soupira.

-Non, mais tu… enfin vous… m'embrouilles.

-Cette phrase n'est pas correct.

Kamu dut se retenir de rire. C'était tellement drôle de le voir si décontenancer.

-Et puis qu'est-ce que tu faisais là ?

-J'étais dans la chambre de Nils.

-Je le sais. Mais pourquoi ?

-Tu te souviens quand je suis montée ?

Il hocha la tête.

-Bah, j'étais toujours pas redescendue…

Il n'ajouta rien, se contenta de la fixer sans un mot. Kamu ne dit rien. Elle n'avait pas de compte à lui rendre sur ce qu'elle faisait à l'étage.

-Je peux récupérer mon bras, maintenant ?

-Hein ?

-Mon bras ! Tu le tiens toujours !

-Ha…

Il le lâcha à regret. Parce qu'elle était dos au mur et qu'il se tenait devant elle, il était persuadé d'avoir l'avantage. Brusquement, il posa ses doigts sur sa joue et la caressa doucement. Aussitôt, Kamu se saisit de sa main.

-Refais ça et je te mords !

-J'aimerais voir ça.

-Là, c'est pas question de le voir, mais plutôt de le sentir.

Il sourit.

-Tu comptes me regarder avec ton air stupide encore longtemps. J'aimerais bien pouvoir redescendre !

-Je…

Il se reprit.

-J'aime beaucoup ta façon de parler. C'est si naturelle.

-Ca, c'est juste parce que tu es maso, mais j'en avais déjà la certitude.

-Tu crois ?

Et voilà, que monsieur commençait à prendre ses aises. Comme si elle avait que ça à faire de s'occuper de lui.

-Descends ! lui ordonna-t-elle avec un claquement de doigts.

Il la fixa un petit moment, et finit par céder devant son visage fermé. Ouvrant la porte, il lui fit signe de passer, et lui désigna l'escalier.

-Passe devant.

-Mais non, je suis galant.

Kamu secoua la tête.

-Tu parles, t'as juste envie de mater mon cul !

Il en resta bouche bée, avant de sourire.

-Je reprends. J'ai dit : descends !

Sans un mot, Lucas se retourna et passa de marche en marche. Arrivé en bas, il lui tendit le bras comme si elle avait besoin d'aide pour gagner le sol. Elle passa à son côté, et fit semblant de ne pas le voir. Il commençait à lui taper sur le système. Kamu avait bien compris ce qu'il voulait, mais les mecs mariés et frère de Nils par la même occasion, ce n'était pas son truc.

Enfin, il fallait se préparer à ce qu'il la saoule jusque demain. En espérant que le brun ne s'énerve pas avant, ce qui était à craindre s'il découvrait à quel jeu s'amusait son frère.

Bien sûr, Kamu aurait pu tout lui dire. Ce n'était pas qu'elle voulait cacher la chose, c'était juste qu'elle voulait montrer qu'elle était capable de régler les problèmes qui la concernaient par elle-même. En plus, elle souhait aussi évité la mauvaise ambiance que cette révélation ne manquerait pas d'apporter.

Sans un regard pour Lucas, elle poussa la porte de la cuisine et ne put s'empêcher de sourire, en voyant Nils qui déplaçait le saumon fumé de son emballage à un plat, où il le présentait sous forme de rouleau. Son coeur se mit à battre plus fort, juste en posant les yeux sur lui.

Nils….

***

Lorsque la porte de la cuisine s'ouvrit à nouveau, Nils se demande quel casse-couille allait encore entrer. Coup de chance, il s'agissait de Kamu. On pouvait dire qu'il avait pris son temps. Enfin, après tout, le brun n'avait aucune idée du temps que prenait le sort. Du coup, il se voyait mal lui faire des reproches.

-Désolée, je ne voulais pas vous déranger alors que vous vous donnez du mal pour le repas. Mais j'ai ramené le papier que Nils voulait.

Il tendit la feuille qu'il avait pliée au préalable à son ami. Celui-ci s'en empara avec un petit sourire en coin, une façon à lui de féliciter pour son travail.

-Ce n'est rien Eva, vous êtes toujours la bienvenue ici. Contrairement à d'autres… marmonna François.

-Est-ce que vous avez besoin d'un coup de main ?

Avant que son père ne puisse répondre, Nils l'avait devancé.

-Est-ce que tu veux bien donner le téléphone à Maxime, s'il te plaît ?

Un moyen comme un autre de se retrouver seul avec son père. Le comprenant Kamu hocha la tête.

-C'est vrai, j'avais oublié. A tout à l'heure.

Il envoya un baiser à Nils, avant de tourner les talons. Le geste mit le brun assez mal à l'aise. Pourquoi fallait-il qu'il fasse ce genre de truc devant son père ?

-Il est clair qu'elle est très amoureuse de toi, reprit François.

Le brun se concentra sur les tranches de saumon sans répondre. Même d'ici, il sentait le regard pesant de son père. Peut-être aurait-il dû lui dire toute la vérité ? Cela aurait été plus simple, mais il s'en sentait incapable.

Il était clair que son parent appréciait beaucoup Kamu et le voyait déjà comme sa future belle-fille. Vu celle qu'il avait en ce moment, Nils comprenait qu'il trouve son coéquipier formidable. De toute façon, tout le monde l'adorait… Enfin presque…

Il allait bien falloir qu'il trouve une justification à leur rupture la prochaine fois que son père lui poserait la question. Et s'il disait tout simplement qu'il ne l'aimait pas ?

Et s'il se concentrait sur la mission au lieu de penser à Kamu ? Il n'était pas là, pour s'amuser.

-Nils, ne fait pas semblant de ne pas m'avoir entendu.

Aïe, il revenait à la charge. C'était clair qu'il ne pourrait pas lui échapper.

-Oui ?

-Enfin qu'est-ce qui ne te plaît pas chez elle ?

La question le surprit, et il se mit à y réfléchir vraiment.

-Par pitié, ne me sort pas qu'elle n'est pas Sophie ! Tu ne vas pas passer ta vie à attendre quelqu'un qui ne veut plus être avec toi.

Nils détourna la tête.

-Comme si c'était le cas…

Il était sincère. Enfin à moitié… Il ne l'attendait plus. Il savait que sa vie ne se ferait pas avec elle, mais s'il venait à la recroiser par hasard…

-C'est la première jeune fille que tu nous présentes depuis la fin de votre histoire. Mais finalement, elle ne te plaît pas. Du coup, je me demande pourquoi tu l'as ramené. Ca doit représentait beaucoup pour elle.

-Je l'ai ramené parce qu'elle allait fêter Noël toute seule !

Il y eut un moment de silence.

-Et sa famille ?

Nils secoua la tête.

Un bruit résonna derrière la porte, leur faisant tourner la tête. François posa son doigt ses lèvres et s'approcha pour ouvrir le battant vivement. Lucas sursauta.

-Bravo. On écoute aux portes, maintenant, c'est du beau ! Tu veux suivre le chemin glorieux tracé par ta mère ?

L'autre eut l'air penaud.

-Non, j'attendais juste que vous ayez terminé votre dispute, pour entrer.

-On ne se disputait pas, cru bon de préciser Nils.

Non, c'était lui qui se faisait disputer plutôt.

-Papa n'avait pas l'air content pourtant…

François ramena la conversation sur la présence non annoncé de son fils.

-Tu voulais quelque chose ?

-Oui.

Son père attendit la suite.

-Euh… maman demande que tu t'excuses.

-Ha oui ? Papa n'a pas envie de s'excuser parce qu'il n'a rien fait de mal, reprit son père.

Lucas soupira et passa la main dans ses cheveux.

-Non, mais je ne suis que le messager. J'ai rien demandé moi.

Nils ne put s'empêcher de sourire. Pour le coup, il plaignait son frère. Avoir une mère comme la sienne ne devait pas être de tout repos.

-Mis à part ça, ta mère va-t-elle nous rejoindre ?

-Euh… C'est à dire…

-Dis les choses clairement, sinon on ne va pas avancer.

-Elle veut que tu montes la chercher sinon elle ne bougera pas.

François haussa les épaules.

-Très bien attendons l'arrivé de Bénedictin. Elle ne pourra pas résister et descendra. Ou alors, elle finira pour avoir faim et devra bien quitter sa chambre.

L'aîné ne dit rien, mais leva les yeux au ciel.

-Quoi ? C'est pas la vérité ?

-Je vous laisse à vos histoires, souffla Lucas. Je n'ai pas envie d'en faire parti.

Il se tourna vers Nils.

-En tout cas, ta copine a fait de l'effet à maman. Je ne l'ai jamais vu détester autant quelqu'un en quelques secondes.

-Je crois qu'elle n'est pas la seule à qui elle fait de l'effet !

Le brun en profita pour foudroyer son frère du regard.

-Quoi ? répliqua celui-ci d'un air moins convaincu qu'il l'aurait voulu.

La porte de la cuisine s'ouvrit et Loli apparue. Ses yeux erreraient sur les différents membres de la famille, avant de s'arrêter sur son père.

-C'est toi qui fait à manger, finalement ?

-Tu pensais vraiment que ta mère aurait un mental suffisant pour gérer la préparation d'un repas de fête entier ?

La jeune fille eut un large sourire.

-Au moins, ça sera bon. Elle m'a saoulait avec ses histoires. Je lui demande combien de cuillère, je mets dans la verrine, elle me répond « comme ça » avec ses doigts. Je le dose comment ?

Nils étouffa un ricanement.

-Du coup, je me suis sauvée…

-Pas très sympa ça, déclara Lucas. Qui a dû reprendre le flambeau, à ton avis ?

-Vous deux en cuisine ?! Mais tu sais même pas te faire cuire un œuf, railla la sœur. Ca devait donner.

-C'est pour ça que la cuisine ressemblait à un champ de bataille, expliqua Nils. Enfin papa a tout arrangé comme d'habitude.

-S'il te plaît, papa, dis-lui de ne plus jamais faire la cuisine, supplia Loli. Je t'aiderai s'il le faut.

-Un traiteur, ça aurait été plus simple, souffla Lucas, appuyer sur le frigo.

Nils balaya le vide d'un revers de la main, derrière la table.

-Mais non, il suffit de s'y prendre plus tôt. Le poulet cuit. On pourra bientôt passer à table.

Les autres ne semblaient pas convaincus.

-Bon, papa, je voulais savoir si demain, je peux sortir ?

-Qu'est-ce que tu entends par sortir ?

La jeune fille parue hésiter.

-On va dire… Voir des amis…

-Où ça ? Avec qui ?

-Des amis…

Son père lui fit les gros yeux.

-En fait, Jules passerait me chercher et rejoindrait les autres, pour discuter chez un ami…

Deux voix résonnèrent en simultanée :

-C'est qui Jules ?

Loli ignora ses frères.

-Alors papa ?

-Demain, c'est Noël ! Noël, c'est la famille. Tu n'as qu'à demander à Jules de venir plutôt.

La jeune fille fit la grimace.

-Bonne idée. On pourrait lui parler de la tête que tu as au réveil, commença Lucas.

-Ou du temps que tu passes dans la salle de bain pour te préparer, continua Nils.

-Voilà, pourquoi je ne l'inviterais pas, grogna-t-elle.

-On pourrait trouver des photos intéressantes à lui montrer. Je vais vérifier dans les albums, proposa Lucas avec un sourire sadique.

La jeune fille gémit.

-Papa !

-Arrêtez d'embêter votre sœur tous les deux. Nous allons terminer le repas avec Nils. Nous passerons bientôt à table.

-Très bien, ça laisse le temps de regarder les albums, déclara l'aîné en poussant la porte alors que sa sœur lui tirait la langue.

Nils y vit sa chance de poser enfin sa question. Prenant son courage à deux mains, il montra le papier que Kamu lui avait fournit.

-Papa, j'ai trouvé ça. Tu sais de quoi il s'agit ?

Ses yeux parcoururent rapidement le message. Il espérait que son collègue ne se serait pas trompé en l'écrivant. Il grinça des dents sur la fin du texte. Pourquoi diable avait-il mis une signature aussi stupide ?

Heureusement, son père ne parut rien remarquer. Il lu attentivement le mot, avant de se tourner vers son fils avec l'air surpris.

-Désolé mon garçon, mais je n'ai aucune idée de quoi ta mère pouvait parler. Est-ce que tu sais quand elle a écrit ça ? Où l'as-tu trouvé ?

Bien sûr, il aurait dû s'attendre à des questions supplémentaires. Évidemment son père essayé de reproduire l'emploi du temps des derniers jours de la femme qu'il aimait.

-Sans doute peu de temps avant…

Il ne termina pas sa phrase. Que dire avant sa mort ? Avant que quelqu'un ne l'assassine ?

-Je vois. Je doute qu'elle ait eu le temps de me remettre cet objet en question. Elle a sûrement écrit ce mot, en prévision de quelque chose qu'elle voulait faire. Reste à savoir si elle a eu le temps de faire…

Le silence se fit entre eux.

Nils ne savait que dire. Un identificateur avait attesté avec certitude de la présence de l'objet en ces lieux. Il ne pouvait se tromper. Du coup, son père n'avait sans doute pas eu conscience de le ramener ici. Ou alors, c'était bien pire… Il était possible que se soit lui qui est véhiculé ce maudit pendentif sans s'en rendre compte.

Quel enchantement sa mère avait-elle pu mettre dessus ? C'était le domaine de Kamu pas le sien, mais celui-ci n'était pas devin et ne pouvait que supposer. Cela ne faisait qu'ajouter à l'énervement de Nils. Il fallait avouer qu'il n'avait pas fait grand-chose depuis son arrivée chez son père, s'il exceptait les disputes avec sa famille et le fait d'avoir terrorisé un sans-papiers. Ce n'était pas glorieux.

Son coéquipier lui avait au moins eu le bonheur de lancer quelques sorts. Même si cela ne se révélait pas concluant, il avait essayé. Après, ce n'était pas avec ses capacités d'attaques qu'il allait trouver quoique se soit.

Il eut un geste d'humeur dans le vide. Seulement, exaspéré par les recherches infructueuses, il avait relâché son contrôle sur sa magie et cela se répercuta sur un verre présent sur la table. Celui-ci vola, avant d’exploser sur le sol.

-Nils ?!

Son père le regarda sans comprendre.

-Désolé.

Le brun se précipita pour ramasser les morceaux.

-Laisse, je vais chercher le balai.

Le mage soupira. Il n'aidait personne, et même pas lui-même.

-Est-ce que c'était…

Son père paraissait hésitant.

-Oui s'en était, avoua Nils. Ce n'était pas voulu, ajouta-t-il.

-J'espère bien. Ce pauvre verre ne t'avais rien fait.

Il dit cela avec un sourire tout en poussant les morceaux de verre dans la pelle.

-C'est le fait de parler de ta mère qui te mets dans cet état ?

Non, ce qui l'énervait surtout, c'était de n'avoir aucune idée d'où se trouver cet objet magique. S'il ne mettait pas la main dessus, il faudrait entreprendre des recherches plus poussées, ce qui voulait dire se débrouiller pour que les habitants ne soient pas en danger.

Nils imaginait sans peine le bazar que cela serait si Anne-Laure devait déménager le temps d'une investigation. Son père en souffrirait aussi. Du coup, c'était à lui de faire le maximum pour éviter ça. Personne n'aimerait se faire mettre à la rue pour investigation magique.

-C'est toujours douloureux, continua son père. Cela ne passera sûrement jamais. Elle nous a été enlevée dans des circonstances tragiques, c'est normal d'être en colère.

Ce n'était pas pour ça qu'il était en colère. Il voulait enquêter sur les meurtriers de sa mère et se retrouvait à courir après des objets enchantés par des gens stupides ou inconscients. Tout ça, parce qu'il n'avait pas été capable de rester calme, en présence de l'un de ces monstres. Mais aussi parce que Kamu était le petit protégé de Giles qui jamais ne mettrait celui-ci sur des affaires dangereuses. Comme ils formaient une paire, c'était lui qui était puni…

Il était injuste. Ce n'était pas la faute de son collègue. En plus, il faisait toujours son maximum quelle que soit la mission qu'on lui confié.

-Elle me manque, lâcha juste Nils.

C'était la vérité.

-Bien sûr qu'elle te manque. C'est aussi le cas pour moi.

Son père soupira.

-Je ne serais pas là, si elle était encore en vie…

-Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

François paru soudain gêné par ses propres déclarations.

-Rien oublie ce que je viens de dire ?

Le brun l'interrogea du regard.

-Papa ?

-Nous avions pris une décision tous les deux…

Nils fronça les sourcils.

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

-Cela va te paraître bien risible…

-Dis toujours.

Il s'affrontèrent du regard quelques instants. Son père hésitait, c'était clair. Mais en même temps, il paraissait tellement abattu, que le mage finit par renoncer.

-C'est pas grave.

-J'allais divorcer…

-Quoi ?!

Nils lâcha le couteau qu'il avait en main, et il heurta la table dans un grand bruit. Il n'y avait plus qu'à espérer que personne n'écoutait aux portes, en cet instant.

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

-J'attendais la majorité de ta sœur pour ça…

Raison qui paraissait complètement stupide au mage. En quoi est-ce que cela aurait changé quelque chose ? Il s'abstint de tout commentaire. Au moins son père voulait rester avec sa mère, il aurait dû être heureux. Mais la révélation ne faisait que l'énerver encore plus.

Pourquoi attendre pour être avec la femme qu'il aimait ? Voulait-il attendre que sa fille commence ses études supérieures ? Comme si cela changé quelque chose…

Du coup, pourquoi restait-il avec l'autre emmerdeuse ? Pour ne pas se retrouver seul ? Pour ne pas faire de vague ? Pour lui faire plaisir ?

Trop de questions se bousculaient dans sa tête. Il avait envie de laisser tout en plan, de prendre sa voiture et d'aller faire un tour plus loin pour prendre l'air. Peut-être y trouverait-il des réponses ?

Pourquoi sa mère acceptait-elle tout ça ? Que penserait-il du fait qu'il restait avec sa femme alors qu'elle n'était plus là ?

Que ferait Kamu s'il le voyait ainsi ? Il viendrait sûrement le prendre dans ses bras, en lui disant de ne pas s'en faire qu'il était là, pour lui. Une présence qu'il aurait jugée plus que bienvenue.

Pourquoi fallait-il qu'il pense à son collègue alors qu'il se sentait si mal ? Comme si celui-ci pouvait avoir une quelconque influence…

Prenant sur lui, Nils se tourna vers son père. Il était clair que lui non plus n'allait pas bien. Le mage s'approcha de son parent et le força à s’asseoir. Même s'il était en colère, voir François dans cet état, lui faisait mal.

-Je vais m'occuper du reste. Prends un peu de temps pour toi, papa.

L'autre secoua la tête.

-Ca ira.

-J'insiste. Si j'ai vraiment trop besoin d'aide, je demanderai à Eva. Tu es fatigué et ma demande a fait ressurgir de mauvais souvenirs.

Son père hocha la tête. Il lui paraissait plus vieux que précédemment.

-Va donc te reposer un peu !

François soupira.

-Impossible, Anne-Laure est en haut et si elle me voit comme ça, elle va en profiter et ne plus me lâcher.

Mais pourquoi restes-tu avec elle, à la fin ? ne put s'empêcher de penser le mage. Cependant, il se garda bien de le dire à voix haute.

-Allonges-toi un peu dans la salle de musique.

-Tu crois ?

Nils hocha la tête.

-Mais oui. Je viendrais te chercher dès que j'aurais terminé.

Son père hésita, mais finit par se ranger à l'avis de son fils et quitta la cuisine.

Une fois seul, le brun se laissa tomber sur la chaise. Il en avait marre de toute cette histoire. Pour le coup, il aurait bien aimé que Kamu soit là pour lui remonter le moral. Il aurait sûrement fait une blague, ou alors il serait venu s'asseoir près de lui et aurait pris ses mains dans les siennes.

Pourquoi cela lui faisait-il tant d'effet ? C'était juste son partenaire. Le mage dont il voyait la tête tous les matins. Tête qui changeait en fonction des jours et n'avait jamais été aussi séduisante qu'aujourd'hui.

Kamu, j'ai besoin de toi, soupira-t-il pour lui-même. Il aurait pu bouger et aller le chercher, mais c'était reconnaître l'influence qu'avec l'autre sur lui, alors il attendrait. Le connaissant, il referait bien surface rapidement. Nils était sûr qu'il allait lui manquer à un moment ou un autre.


Texte publié par Nascana, 24 février 2019 à 03h09
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