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Tome , Chapitre 11 Tome , Chapitre 11

Nils entra dans la cuisine. François était occupé à tenter de faire de la place, en retirant tout ce qui n'avait plus d'utilité du plan de travail. Il jetait le tout dans la poubelle ou le lave-vaisselle selon le type d'objet. C'était tout de même incroyable de voir tout ce que quelqu'un était capable de salir pour ne rien faire.

-Elle a fait quoi ? demanda le brun.

-Des verrines. Pour le reste, rien n'est fait.

-Ca n'aurait pas été plus logique de le faire à la fin.

-Où as-tu vu qu'Anne-Laure était logique ?! Regarde-moi le bazar qu'elle a fait. J'avais nettoyé juste après les biscuits. Dire que les petites ont moins sali qu'elle. Il faut quand même le faire.

-C'est quoi le repas ?

-Verrines, saumon fumé et crudité, poulet rôti avec champignon, pomme de terre et marron, et une bûche pomme-caramel.

-Pitié papa, dis-moi qu'elle l'a acheté toute faite.

-Bien sûr que non. Sinon ça n'aurait pas été marrant. Heureusement, j'avais prévu la catastrophe et j'en ai acheté plusieurs glacés : vanille, menthe-chocolat et pistache.

-Loli, Lucas et moi, murmura le brun.

C'était leurs trois parfums préférés : lui la vanille, Loli la menthe et Lucas la pistache. Le plus drôle était de savoir que Nils détestait la pistache, Lucas la menthe et Loli trouvait que la vanille sentait la lessive.

-Oui, comme ça vous serez tous les trois contents. Si ça peut éviter des disputes supplémentaires.

-On ne se serait pas disputé pour ça…

-Vous, trois ?

Son père eut un petit ricanement.

-Qui s'était disputé pour une histoire de cookie, il y a cinq ans ?

Nils baissa la tête. Il n'en était pas fier, mais François avait raison. Dès que l'un d'eux se sentait léser à rapport aux autres, cela partait en dispute. Lui-même, était l'un des rouages de ce mécanisme.

-Merci papa, murmura-t-il. Maman faisait toujours une bûche à la framboise pour toi…

-Pour nous, tu veux dire.

-Non, elle la faisait parce que tu adorais ça. Moi, j'aimais bien donc ça ne me posait pas de problème. Mais c'est à toi qu'elle pensait en le faisant.

Ils restèrent silencieux quelques instants. Pourquoi lui avait-il dit ça ? Pour qu'il sache que sa mère l'aimait ?

Alors qu'il allait ouvrir la bouche pour s'excuser, son père le devança :

-J'adore ce gâteau. Peut-être qu'un jour, on pourrait en cuisiner un ensemble ?

-Avec plaisir.

Il était seul avec son père, et venait d'aborder le sujet de sa mère, c'était le moment rêvé pour parler du pendentif. Seulement, il fallait trouver un moyen d'aborder la chose pour que ça paraisse naturel. Bien sûr, il aurait pu lui dire la vérité. Cela aurait même était le plus simple. Mais cela devait rester confidentiel normalement…

Du coup… Une idée lui traversa l'esprit. S'il avait un document à montrer à son parent, celui-ci comprendrait peut-être mieux de quoi il parlait. Un tel document n'existait pas. A moins que…

Nils eut un petit sourire.

-Papa, je dois demander un truc à Eva. Je reviens.

Avant que son père est pu dire le moindre mot, il avait passé la porte le laissant seul avec une éponge et le vague espoir de réussir à remettre un peu d'ordre dans la pièce.

***

Kamu venait de se saisir du téléphone posé sur la console et s’apprêtait à sortir lorsqu'elle sentit quelqu'un l'attraper par le bras. En se retournant, elle avisa Nils et lui jeta un regard interrogateur.

-Tout va bien ?

-Il faut qu'on parle.

Évidemment, il le fallait. Seulement, il n'allait pas parler de ce qui intéressait vraiment la mage. Du coup, elle s'attendait un peu à tout.

-J'ai besoin de tes compétences.

-Tiens donc… Je ne l'aurais pas imaginé…

Il ne parut pas percevoir l'ironie dans sa voix.

-Est-ce que tu es capable de reproduire une écriture ?

-Bien sûr, et je fais aussi des faux-papiers pendant le week-end. Vous voulez un permis de conduire, appelez Kamu !

Nils se força à garder un visage neutre.

-Non, mais sérieusement, tu sais le faire ?

-Oui. Mais qu'est-ce que tu as encore en tête ?

Le brun était déjà parti sur sa lancée.

-Il faudrait que tu fasses quelque chose pour moi. Dans ma chambre, il y a un carnet, dans la table de chevet. Dedans, il y a l'écriture de ma mère. Écris-moi, une lettre parlant du pendentif, avec.

Toujours dans la facilité, ne pu s'empêcher de penser Kamu.

-Je marque quoi ?

-Ce que tu veux, tant que ça m'est adressé et que ça parle du pendentif.

Elle soupira.

-D'accord.

Il sourit.

-Merci, je savais que je pouvais compter sur toi.

-Tu as de la chance que se soit moi et pas quelqu'un d'autre… Vraiment…

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

-Tu aurais demandé ça, à Sammy ?

Nils paru réfléchir.

-Non mais tu es plus doué que lui.

Ca c'était pas difficile. De toute façon, il était clair qu'elle était la plus douée. Elle n'avait même pas de mérite car elle emmagasinait les connaissances magiques sans effort. Il lui suffisait de voir un sort pour le reproduire. Pas comme à l'école, où elle était nulle en tout. Ceci expliquait d'ailleurs qu'à son jeune âge, elle puisse travailler comme enquêtrice.

Mais bon, Nils ne devait pas être au courant pour le dernier point. C'était difficile de juger l'âge de quelqu'un qui changeait d'apparence comme de chemise.

-Très bien, je le fais, mais je veux une récompense !

Cela ne paru pas amuser le brun.

-C'est pour le travail, je te rappelle.

-C'est moi qui fais tout le travail, je te rappelle.

Ils s'affrontèrent du regard quelques instants.

-Très bien. Qu'est-ce que tu veux ?

-Je veux que tu m'embrasses.

Elle se retint pour ne pas dire encore.

Nils soupira, avant de s'approcher d'elle, et d'effleurer sa joue de ses lèvres.

-Ca te convient ?

Un baiser digne de la maternelle, quelle chanceuse elle faisait.

Il allait partir lorsque sur un coup de tête, elle le retint. L'attrapant par la chemise, elle l'attira à elle, pour poser ses lèvres sur les siennes tendrement. Il ne la repoussa pas, mais n'eut pas non plus un geste affectueux pour elle.

-Y a des hôtels pour ça ! grogna une voix.

Aussitôt, Nils en profita pour se détourner, et fusiller du regard Lucas.

-C'est ça, arrête de faire ton choqué ! Tes filles, tu les as eues comment ?

-Pas au milieu du couloir, chez papa. Tu ne peux vraiment pas la lâcher, hein ?

-T'es venu là pour quoi ? Faire des remarques sans intérêt ?

Le brun s'éloigna de Kamu.

-Je dois y retourner.

-C'est ça, vas-y !

Sa voix était plus froide qu'elle l'aurait voulu. Mais elle avait trop mal pour faire semblant. Au moins, elle réussissait à sourire, c'était déjà ça.

Nils passa devant son frère et s'engouffra dans la cuisine.

Kamu resta immobile, sentant le regard de l'autre sur elle. Elle attendit quelques secondes voir ce qu'il allait faire, mais il ne bougea pas. Le problème, c'était qu'il se tenait juste devant l'escalier. Elle allait devoir le frôler pour passer, mais après tout qu'importe. Ce n'était pas lui qui allait l'arrêter.

La mage s'avança lentement, sans un regard pour Lucas. Il paraissait bien s'amuser de la situation. Ca ferait au moins un heureux dans l'affaire.

Arrivée devant lui, elle leva les yeux, pour planter son regard dans le sien.

-J'aimerais passer, si ce n'est pas trop demandé.

-J'y gagne quoi ?

Il avait toujours cet air moqueur. Comme s'il s'attendait à ce qu'elle ne sache pas quoi répondre.

Il tendait vraiment le bâton pour se faire battre. A croire qu'il était maso. Ce qui devait être le cas, à la réflexion. Il fallait qu'il vienne lui prendre la tête alors qu'il devait s'être pris une soufflante, de la part de sa femme, moins d'une demi-heure auparavant.

En le regardant fixement, Kamu, embrassa son index avant de le poser sur les lèvres de son interlocuteur. Décontenancé, il la regarda, en rougissant.

-C'est bon, je peux passer maintenant ?

Il se décala.

-Oui… c'est…

Il avait toujours autant de vocabulaire. Elle lui jeta un dernier regard comme pour s'assurer qu'il n'avait plus rien à ajouter, avant de commencer à monter les marches, alors qu'il la contemplait. Sentant son regard sur elle, elle se retourna.

-Tu n'as vraiment rien d'autres à faire ?!

-Euh… Si.

-Alors sois un gentil garçon, et va jouer ailleurs.

Il ouvrit la bouche, mais elle tourna la tête au même moment, marquant par la même occasion, son désir de couper court à la conversation.

-Tu te crois…

Sa capacité à faire des phrases se révélait vraiment limité.

-Belle ? Pas besoin de le croire. Je sais que je le suis.

Cela le laissa sans voix. Déjà, qu'il n'avait pas grand-chose d'intéressant à raconter.

Seulement attaquer un change-forme sur son corps, n'était pas la plus intelligente à faire. De toute façon, comme elle pouvait varier son apparence selon ses désirs, ce problème n'en avait jamais été un pour elle. Si quelque chose ne lui plaisait pas, il lui suffisait de le changer.

Bien sûr, il n'en était sûrement pas de même pour les autres femmes. Elle imaginait sans peine que la sienne, le prendrait très au sérieux. En même temps, il était stupide. Si en tant qu'Eva, elle ne l'intéressait pas un minimum, il ne lui aurait pas sorti tout ce cirque.

Kamu atteignit le palier sans qu'aucune parole ne viennent la déranger. A présent, elle devrait prendre la direction de la chambre de Nils. En espérant pouvoir être tranquille suffisamment longtemps pour accomplir la mission qui lui avait été confié.

Son coéquipier avait parfois de drôle d'idée. Elle ne voyait pas de raison à faire tout ce cirque. Il aurait dû pouvoir parler tranquillement avec son père de l'objet magique, sans que cela pose problème à celui-ci. Après tout, il devait connaître un peu le monde magique, s'il était « latent ». A moins que… Nils ne voulait peut-être pas voir la vérité en face…

En tout cas, ce n'était pas à elle de lui dire. D'ailleurs, elle ne parlerait même pas de ces soupçons. Il était clair qu'il aimait son père. Elle ne pouvait pas briser ce lien juste parce qu'elle se posait des questions.

Elle retrouva sans peine la chambre. En même temps, c'était la première. Il suffisait d'ouvrir la porte donnant sur cette aile et de se diriger vers la droite.

Kamu entra dans la pièce. Pendant l'espace d'un instant, elle ne fit rien, avant de se diriger vers la table de nuit. Retirant un roman pour y voir plus clair, la mage trouva un petit carnet bleu, tout simple. Elle s'en saisit. Vraiment le genre de chose qu'on pouvait acheter en supermarché, pour peu, elle aurait pu y lire le nom du magasin dessus.

Fébrile, elle le feuilleta rapidement, pour s’imprégner de l'écriture. Mais certains mots retinrent son attention « secte », « mage de sang », « aube magique ». Elle le referma.

Nils, c'est les notes que ta mère a prise pendant ces enquêtes…

Est-ce qu'il le savait ou alors il avait juste gardé le carnet parce qu'il lui appartenait ?

Elle avait très envie de lire ce qu'il contenait, mais n'osait pas le faire sans l'accord de son ami. Après tout, ce n'était pas ces affaires et normalement, elle n'avait pas le droit de travailler sur tout ce qui concernait la secte. Si Giles venait à le savoir, il l'enverrait sûrement aux archives. Comme si ça allait l'aider à aller mieux.

Loth ?

Elle n'obtint pas de réponse.

A regret, elle décida d'attendre d'avoir interrogé Nils pour se pencher sur ce problème.

Ouvrant à la fin le bloc-note, Kamu se rendit compte que la propriétaire l'utiliser aussi pour prendre des notes sur la vie quotidienne : une liste de courses, des choses à faire… Des feuilles en avaient été arrachées, on pouvait encore voir le restant de papier coincé dans les anneaux qui reliaient le carnet.

Elle se concentra, murmura quelques mots et passa le doigt sur les phrases. Chacun des lettres paru s'illuminer après son passage pour reprendre son aspect normal. La mage répéta l'opération sur toute la page, avant de juger qu'elle en avait assez.

Se saisissant de l'un des feuillets, elle l'arracha sans ménagement. Passant la main dessus, les lettres qu'elles avaient copié commencèrent à s'organiser, pour prendre la forme de mots sous le contrôle de sa pensée.

« Nils, mon chéri, j'aurais sûrement le temps de te parler de ça plus tard, mais je préfère le consigner par écrit au cas où. Il existe un pendentif qui doit te revenir. Seulement, pour plus de sécurité et parce que cet objet est spécial, je l'ai remis à ton père. Il te le donnera lorsque tu auras les capacités nécessaires pour en faire bon usage. Ta maman qui t'aime ».

Kamu relu ce qu'elle venait de marquer. Y avait plus qu'à espérer que ça passerait. En même temps, comme elle ne savait pas quoi raconter en l'absence de Nils. Elle avait improvisé.

Elle s'assit sur le lit pour réfléchir. Si elle pouvait mettre en lien, ce qu'il y avait dans ce carnet avec les rapports d'enquêtes… Mais ce n'était pas le moment. Pour le moment, il fallait qu'elle trouve ce foutu pendentif.

Regardant son poignet, elle avisa combien de temps, il restait avant la fin de la cartographie. Ce n'était pas encore pour tout de suite.

***

Alors que Nils était occupé à doser les ingrédients pour préparer une marinade pour le poulet, Lucas poussa la porte de la cuisine. Il contempla son père occupé à couper les pommes de terre, et son fils qui mettait du paprika dans un récipient contenant de l'huile.

-Vous faites quoi ?

Lui, il était doué : toujours des questions ridicules.

-A ton avis ? répondit son père.

Mais Lucas ne parut pas y prêter attention.

-Papa, je voulais savoir quand on allait manger ?

-Quand ça sera prête, souffla son père, vaguement énervé.

-C'est que Estella doit manger avant 21h…

Nils ricana.

-Doit ? Pourquoi si on la nourrit après, elle se transforme en monstre ? Ca ne m'étonnerait qu'à moitié…

Son frère ne répondit pas.

-Je croyais que c'était maman qui faisait à manger ?

-Tu l'as déjà vu faire ? répliqua son père.

-Non, mais…

-C'est parce qu'elle ne sait pas cuisiner. Le problème, c'est qu'elle s'entête…

Lucas se frotta le menton :

-Ha, c'est pour ça qu'elle m'a demandé de l'aider ?

-Elle voulait faire un suicide collectif ?

Ne put s'empêcher de demander Nils.

-Ho, c'est bon, toi !

François releva la tête, et se tourna vers son cadet.

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

-C'est pas un secret, il ne sait rien faire dans une cuisine, celui-là !

-Vraiment ? Mais comment fais-tu pendant tes études ?

Le brun sourit.

-Il avait un abonnement au traiteur d'en bas. Après, il disait « Nils, on mange ? ». A comprendre « esclave, j'ai faim, fais ton travail » !

Le père les regarda, avant de fixer Lucas.

-C'est quoi cette histoire de traiteur ?

-Euh…

L'autre paru gêné.

-Où avais-tu l'argent pour te payer le traiteur tous les jours ?!

Son fils baissa les yeux.

-Je vois. Ta mère, évidemment…

-Je suppose que maintenant, c'est sa femme qui s'en occupe… continua Nils.

-Pff ! Moi aussi, je pourrais vous aider !

-Très bien, mets le four à chauffer.

Lucas s’empourpra.

-Je sais très bien le faire.

Il tourna un bouton.

-Ca, c'est la minuterie, grogna le brun. Il faut choisir la température et le mode de cuisson.

-Mais je sais !

-Tu es tellement convainquant. Nul doute que tu tiens ça de ta mère !

En entendant ça, François étouffa un petit rire.

-Bon bah, t'as qu'à le faire si tu es si fort !

Nils haussa les épaules et programma le four, qui se mit en route.

-Voilà. C'était pas difficile.

Lucas croisa les bras.

-C'est bon ! Tiens, si tu pouvais arrêter un peu, de passer ton temps coller à ta copine, c'est indécent.

Le brun lui jeta un regard surpris.

-Je ne vois pas trop le rapport, avec la conversation.

-Le rapport, c'est que tu m'énerves.

Nils fronça les sourcils, tout en continuant à napper la viande avec la préparation.

-Et comment j'arrive à ce miracle alors que je prépare juste du poulet ? Poulet que tu vas d'ailleurs manger.

-Décroche de ta copine, c'est indécent.

-Tu vas le répéter combien de fois ? En plus, c'est pas comme si tu n'avais jamais vu quelqu'un s'embrasser.

Nils contourna son frère pour enfourner le plat.

-Les gens bien, ne font pas ça ! Regarde papa et maman, eux savent se tenir.

Le brun fut content de lui tourner le dos, sinon il lui aurait rit au nez.

Son exemple n'en était pas vraiment un, vu que Nils savait que François et Anne-Laure faisait chambre à part depuis près de vingt ans. Sans le vouloir, il avait surpris une conversation entre ses parents, où son père assurait ne plus avoir de relation intime avec sa femme depuis la naissance de sa fille. Une information dont il se serait bien passé et dont il n'avait jamais parlé à personne. Il était trop honteux de ce qu'il avait entendu.

Heureusement, François prit la parole.

-Bon Lucas, si tu n'as rien à faire, est-ce que tu pourrais nous laisser, s'il te plaît !

-Mais je veux bien aider. Dis-moi quoi faire !

-Commence par arrêter tes réflexions, ça, ça aiderait vraiment, soupira Nils.

-Je dis juste ce que je pense. C'est mon droit et je le revendique !

-Enfin arrête de faire croire que tu as été traumatisé et que tu vas en faire des cauchemars la nuit.

-Je dis juste qu'à votre âge…

-Toi, à ton âge, tu surgis bien de n'importe où pour espionner les gens ! Du coup, forcément, tu tombes sur des choses qui ne te sont pas destiné.

-Maintenant, c'est de ma faute ! Elle est bien bonne celle-là !

-T'as qu'à pas écoutez aux portes !

Avant que Lucas, ne puisse répondre, François l'avait devancé.

-Bon écoute, tu sais quoi ? Comme tu es là, à tourner et rien faire, je te propose de m'aider.

L'aîné adressa un sourire victorieux à son frère.

-Qu'est-ce que je peux faire ?

-Monte parler à ta mère, histoire de voir si elle s'est calmée ou non.

L'idée n'eut pas l'air de plaire à Lucas, qui pinça les lèvres.

-Quoi ?! Ca ne serait pas mieux si c'était toi qui y allait, vu que c'est toi qui l'a énervé ? Tu devrais lui présenter tes excuses.

Son père leva la main, en signe d'apaisement.

-Ho, tu sais mon grand, ta mère réussie à s'énerver toute seule, depuis déjà longtemps. Du coup, si on attend qu'elle se fasse des excuses toute seule, on ne la reverra pas avant la fin de l'année.

Lucas soupira.

-Pourquoi moi ?

-Pourquoi pas toi ? répliqua Nils.

-Je suis occupé et si tu comptes manger un jour, il vaut mieux que je reste là. Ta sœur a encore disparu, et ce n'est pas Nils qui va s'en charger alors soit un gentil garçon et va la voir.

-Tu es son fils chéri, si c'est toi, ça passera mieux, surenchérit le brun.

-Mais tais-toi, toi, tu n'y connais rien. Tu veux encore faire croire qu'avec ta…

Il sembla hésiter sur le terme à employer.

-Avec ta mère tout allait bien !

Le mage releva la tête, hésitant à répondre. Sur ce coup-là, il plaidait coupable. Lors de son adolescence, il s'était bien amuser à balancer à la figure des deux autres, qu'il n'y avait jamais de disputer entre sa mère et leur père. Ce qui n'était pas le cas, dans cette maison.

Ce n'était pas gentil, parce que ce n'était pas de leur faute à eux si leurs parents ne s'entendaient pas. Lui était trop fier de dire que leur père n'avait jamais aimé qu'une femme sa mère. Après tout, il les avait déjà vu s'embrasser ou se blottir l'un contre l'autre. Chose qui semblait impensable ici même.

Ils n'étaient que deux colocataires qui paraissaient forcés par le destin de vivre ensemble. Derrière cette image mal accordé, Nils y voyait une interrogation qui lui faisait mal dès qu'elle lui traversait l'esprit : pourquoi ? Pourquoi avait-il préféré rester avec cette femme qu'il n'aimait pas, plutôt qu'avec sa mère qui aurait tout donné pour lui ?

Cette injustice le faisait souffrir, lui donnant envie de hurler. Alors en retour, il frappait pour blesser les autres, histoire de ne pas être le seul malheureux de l'affaire. Cela n'avait rien d'intelligent et il s'en rendait compte maintenant. Peut-être que sans ça, il aurait pu faire un pas vers ce frère et cette sœur qu'il ne connaissait pas.

Aujourd'hui, il les regardait avec un œil neuf. C'était comme si la colère avait disparu et qu'il les voyait tels qu'il était réellement. Lucas qui cherchait à cacher qu'il était malheureux dans son mariage et Loli qui avait terriblement besoin qu'on s'occupe d'elle, quitte à inventer n'importe quelle histoire. Il ne les enviait pas.

Lui-même avait un travail qui l'intéressait, pouvait sauver des vies, avait son propre appartement… Ca faisait déjà beaucoup. Ajouter à cela un Kamu, pour vous faire rire en cas de déprime, c'était le paradis.

Nils leva les yeux vers le plafond. D'ailleurs que faisait-il celui-ci ? Combien de temps cela pouvait prendre de s'occuper de ce maudit papier ? Il n'aurait pas toujours l'occasion d'être seul avec son père. Quoique là, un gêneur s'était immiscé, le même que d'habitude d'ailleurs.

-Lucas, tu y vas, s'il te plaît.

Son père avait parlé d'un ton ferme, mais en même temps qui se voulait compréhensif. L'autre soupira.

-D'accord. Faut que je la fasse redescendre pour dîner, c'est ça le but ?

-Tu as tout compris.

Lucas tourna les talons. Il avait été moins difficile à convaincre que d'habitude. Soit il voulait vraiment faire plaisir à son père, soit il voulait vraiment fuir sa femme. Nils se demanda où il avait pu l'abandonner.

Finalement pas mal de chose semblait avoir changé en deux ans. Peut-être aurait-il dû revenir plus tôt ? Seulement, il manquait de courage. Heureusement pour lui, il avait Kamu pour le soutenir. En quelques mots, il parvenait à lui remonter le moral. Il était vraiment incroyable, il réussissait toujours à trouver du bon dans chaque situation, et il souriait sans arrêt.

Sans savoir pourquoi Nils se mit lui aussi à sourire.


Texte publié par Nascana, 22 février 2019 à 13h35
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