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Tome 1, Chapitre 7 Tome 1, Chapitre 7

Ils arrivèrent dans le couloir et s'arrêtèrent. Il était clair que Nils voulait juste s'éloigner du salon et du regard de Kamu par la même occasion. Du coup, n'importe quel prétexte aurait été bon. Mais cela n'avait qu'un temps, et là, il se retrouvait au pied du mur.

-Que fait-on ? demanda l'autre, avec un sourire ironique.

-Tu n'es pas obligé de me suivre…

-C'est toi qui a dit « on » et non « je ». Mais bon, les pronoms personnels, c'est pas ton fort…

Nils ne dit rien. Il était perdu dans ses sentiments, autant que dans ses actions, et Kamu qui prenait un malin plaisir à le titiller, ne faisait qu'ajouter à sa confusion. Le brun préféra donc ne rien répondre.

-Vous faites quoi ? Vous avez l'air de deux potiches.

Loli, déboula avec un téléphone collé à l'oreille.

A nouveau Nils resta silencieux.

-Il est où papa ?

Un haussement d'épaule lui répondit.

-Y a jamais personne qui est au courant de rien dans cette maison, soupira la jeune fille, avant d'ouvrir la porte de la maison, pour jeter un coup d'oeil dans la cour.

-C'est bon, je l'ai trouvé, déclara-t-elle dans le combiné.

Le brun paru hésiter à la suivre et lorsqu'il se décida à faire un pas, une main le retint.

-Tu vas prendre froid, mon chéri !

Kamu s'approcha et murmura quelques mots. Aussitôt, une douce chaleur l'enveloppa. C'était agréable et assez déconcertant, de voir les facilités qu'avait son ami à invoquer la magie.

-Voilà, maintenant, c'est mieux.

Avec un sourire taquin, il s'approcha de Nils pour plonger son regard dans le sien.

-Tu n'étais pas obligé de faire ça…

-Je sais. Il y a beaucoup de choses que je n'étais pas obligée de faire, mais je suis consciencieuse, que veux-tu ? On ne se refait pas. Je veux le meilleur pour toi.

Finissant sa tirade, il s'éloigna avec l'air satisfait.

Nils resta quelques instants dans le vague, fixant un point devant lui sans le voir. Que pouvait-il faire ? Le mieux aurait sans doute était de parler. Seulement, pour ça, il aurait fallu qu'il est une petite idée de ce qu'il voulait ce qui n'était absolument pas le cas.

L'autre solution était d'attendre que Kamu se lasse tout seul, comme ça, il n'aurait pas besoin de prendre de décision. Seulement, connaissant l'autre, ça risquait de prendre un petit moment et il n'était pas sûr de tenir aussi longtemps sans refaire la même connerie qu'il y avait quelques minutes. Du coup, il y avait fort à parié que son collègue continuerait son petit jeu pendant encore un temps.

Il jeta un regard à Kamu qui attendait en silence.

Il l'énervait. Il avait vraiment choisi son jour pour faire son cirque. Il aurait pu le faire avant ou après, mais non, il avait choisi le jour parfait : celui où il serait le plus en colère à cause de sa famille. Franchement à quoi s'attendait-il ? Il était ridicule.

Que croyait-il que Kamu avait tout prévu depuis le départ ? Ce n'était pas un complot caché ? C'était simplement lui qui n'était pas capable de prendre une décision. On lui demandait de répondre par « oui » ou par « non » et lui s'évertuait à dire « peut-être ».

Le voyant déambuler comme une âme en peine, son collègue se rapprocha.

-Est-ce que ça va ? En tout cas, ça n'en a pas l'air.

-Oui… Non… Enfin, j'en sais rien, s'énerva-t-il sans raison.

-Tu veux qu'on en par…

Surtout pas. Il ne voulait pas en parler, pour la simple et bonne raison qu'il n'avait rien à dire sur le sujet.

Il posa son doigt sur les lèvres de Kamu pour le faire taire. L'autre se laissa faire attendant la suite.

Il était si belle. En un instant, Nils sentit sa détermination craquelait. Il avait envie de le prendre dans ses bras, parce qu'il se sentait si bien contre lui. Sa seule présence l'apaisait. Cependant, ils restaient des collègues. Si jamais quelque chose tournait mal, il serait obligé de le supporter tous les jours. Il n'était pas prêt pour ça.

Kamu posa sa main chaude sur son front, avant de faire de même sur le sien.

-Tu n'as pas de fièvre…

-B… bien sûr que non ! Pourquoi voudrais-tu que j'ai de la fièvre ?

-Tu agis bizarrement depuis tout à l'heure donc je me demandais si tu n'étais pas malade. Bon, du coup, qu'est-ce qu'il y a ?

-Rien, rien…

Ce n'était pas le moment de lui parler de quoi que se soit.

-Mais bien sûr. Est-ce que c'est à cause…

A nouveau, il posa son index sur les lèvres de Kamu. Seulement, celui-ci semblait trouver ce petit jeu lassant et le retira.

-Tu préfères ne pas en parler, maintenant ?! D'accord, j'attendrais, mais ne fais pas comme si rien n'était arrivé, le prévient-il.

Même avec cette apparence, il était effrayant lorsqu'il se mettait en colère. Ce n'était pas le genre à exploser, non, c'était une colère froide, qu'il parvenait presque à cacher. Nils préféra éviter de penser à ce qui se passerait si jamais, Kamu s'énervait vraiment contre lui.

Sans savoir pourquoi il l'attira contre lui et le prit dans ses bras, serrant son corps contre le sien.

-Nils ?

Pourquoi fallait-il qu'il fasse ça ? Ce n'était vraiment pas ce qui allait l'aider. Seulement, il s'était laissé aller à faire la première chose qui lui passait par la tête. Même si la dite chose était une belle connerie.

Les bras de Kamu entourèrent son torse, avec tendresse.

-Est-ce que ça veut dire…, glissa-t-il tendrement dans son oreille.

Heureusement pour le brun, l'ouverture de la porte l'empêcha de répondre. Parce qu'il ne se voyait vraiment pas dire qu'il avait fait ça, juste pour que son ami ne lui fasse pas la tête, mais qu'il n'avait aucune envie d'aller plus loin, ou peut-être si, mais il n'avait pas suffisamment interrogé les astres pour en être sûr.

Une voix qu'il aurait reconnue entre mille, déclara :

-C'est possible que je sois rentré dans une petite voiture bleu !

Nils lâcha son compagnon pour faire face au nouveau venu.

-On s'en fout, c'est le tas de ferraille de Nils, répondit avec un sourire en coin, Lucas.

-Mais non, je plaisante ! Tu y a cru, hein, Nils ?

Sans attendre de réponse, l'autre se saisit du brun et le souleva du sol.

-Ca fait tellement plaisir de te revoir !

Il était sincère.

-Oui, oui. Moi aussi, je suis content de te revoir, mais repose-moi par terre, Maxime !

-Tu ferais mieux de faire ce qu'il dit, il va s'énerver sinon. Le pauvre a du mal, à accepter sa petite taille, railla son Lucas.

Ce qui était faux. Nils s'en fichait. Il était vrai qu'il aurait parfois aimé être plus grand pour regarder son aîné dans les yeux. Mais en règle général, cela n'avait que peu d'importance pour lui. Il avait une taille moyenne et faisait avec. Ce n'était pas sa faute, si son cousin était un géant.

De retour sur le sol, Maxime lui tapota la tête.

-Mais non, elle est très bien ta taille, ce qui eut le don de l'exaspérer.

-Mange de la soupe, lui glissa Loli qui rentrait après s'être débarrassé du téléphone qui lui encombré les mains, quelques instants auparavant.

-Et toi des carottes !

Le temps qu'il se retourne Nils s’aperçut que son cousin avait trouvé une nouvelle victime en la personne de Kamu. Se glissant au côté de celui-ci, il déconseilla à Maxime de le soulever du sol. Celui-ci haussa les épaules.

-Bah, je sais me comporter quand même. Enfin, je suis Maxime, le cousin de ce truc-là et toi ?

-Je te présente Ka…

Heureusement pour lui, son collègue anticipé le cafouillage et lui coupa la parole.

-Eva, je suis sa compagne.

Si son cousin avait compris quelque chose à ce qu'il venait de se passer, il ne fit pas de commentaire et se pencha vers Kamu pour lui faire la bise.

-Ca me fait trop plaisir de te rencontrer. Nils ne m'a jamais parlé de toi.

Ce qui était logique puisque leur relation était avant tout professionnel, mais cela, le brun se garda bien de le dire.

-Il n'en avait parlé à personne, glissa Lucas. A croire qu'elle est apparue soudain comme par magie.

-Comme si j'allais parler de quoi que se soit avec toi… Papa était au courant.

Ce qui était à moitié vrai. Il avait dû en parler à son père, pour le prévenir de la présence de Kamu, ainsi que de la sienne, mais cela ne s'était fait qu'il y a quelques jours. Le moment où on lui avait confié la mission.

Son frère garda son petit sourire en coin, ce qui eut le don de l'énerver.

-A ce propos, si toi, tu pouvais disparaître par magie, je ne dis pas non…

-Dommage pour toi, Nils. La magie, ça n'existe pas.

Le brun retint un petit rire.

-Nils ne nous à jamais présentés personne. Tu dois être spéciale pour lui, déclara tout sourire Maxime. Du coup, j'ai très envie d'en savoir plus sur toi. Je suis super contente qu'il ne soit plus seul, ça le changera.

-Mais arrête ton baratin, grogna le brun.

-Non, je suis sincère. On t'a jamais vu avec quelqu'un et là, tu ramènes Eva, dans la famille, c'est que tu dois être très attaché à elle et moi, bah, ça me fait plaisir.

Ca y est, il était lancé et ça serait difficile de l'arrêter. Ne voyant qu'une solution, le mage prit les devant.

-Tu n'as jamais ramené personne non plus que je saches.

-Mais si, j'ai ramené Ben, le pauvre, c'est un étudiant étranger et il ne pouvait pas rentrer dans sa famille cette année.

C'était bien Maxime ça, on lui parlait du salon, il répondait par sur la cuisine.

-D'ailleurs, je vais vous le présenter. Il est sympa vous allez voir, et Nils, il faut que tu me racontes comment vous vous êtes connu avec Eva.

-Hum…

-Connaissant Nils, il ne te dira jamais rien. Du coup, tu ferais peut-être mieux de lui demander à elle, si tu espères une réponse. D'ailleurs, moi aussi, je suis preneur, déclara Lucas.

-Sauf que toi, on s'en fout de ce que tu veux, grogna le brun.

La porte de la cuisine s'ouvrit pour laisser apparaître, Anne-Laure.

-Mais qu'est-ce que vous faites tous au milieu du couloir ?

-Anne-Laure !

Aussitôt, Maxime se précipita vers elle. Il avait trouvé sa nouvelle victime.

-Tu as encore grandi toi. Bon, allez dans le salon, vous autres, plutôt que d'attendre là, les bras ballants. Lucas, mon grand où est ta sœur ?

-Aucune idée.

-Bon tant pis, viens m'aider. Maintenant.

Il leva les yeux au ciel, mais suivit sa mère.

Alors que Nils allait rejoindre le salon, son cousin l'interrompit.

-Attends ! Viens voir ma voiture, tu vas être surpris.

Le brun soupira, mais accepta de le suivre alors qu'il se dirigeait vers la porte.

-Mais tu vas pas avoir froid sans manteau ?

Évidemment, il ne pouvait pas lui dire qu'un sort lui permettait de ne pas souffrir du changement de température.

-Si, tu as raison. Je suis dans un peu fatigué.

-Détends-toi, c'est le réveillon ! C'est la fête !

Nils sursauta en sentant une main se poser doucement dans son dos. Kamu était encore apparu sans prévenir à son côté.

-Habille-toi, chaudement, mon chéri, tu pourrais prendre froid.

Il se tourna vers son collègue cherchant à savoir s'il s'agissait d'un code secret.

Kamu posa la joue sur son épaule, et l'enlaça un peu plus fermement. A présent, il comprenait le but de la manœuvre. C'était à se demander pourquoi il faisait tout le temps ce genre de chose. Sans doute pour le taquiner… Ou alors, parce que ça lui plaisait…

-Vous êtes trop mignon, tous les deux ! Je vais prendre une photo !

Maxime sortit son téléphone de sa poche, prêt à mettre sa menace à exécution.

-Non, pas de photo, râla le brun.

Comme s'il avait envie d'être immortalisé sans cette situation… Avec Kamu, près de lui… Beaucoup trop près de lui… Ca l'énervait fortement d'y être aussi réceptif. Mais ça, il ne pouvait pas le dire.

Sans attendre, il laissa en plan, aussi bien, Maxime que Kamu et partit chercher son manteau.

-T'abuses Nils, j'avais pas pris la photo !

-Tant mieux.

-Attention, je n'abandonnerais pas ! Je finirais bien par l'avoir ma photo. Je te l'enverrais, souffla-t-il à Kamu sur le ton de la confidence.

-Merci, lui répondit l'autre avec un sourire.

Comme à son habitude, il s'amusait d'un rien.

De retour, Nils balança son manteau à la figure de son collègue, histoire qu'il quitte son petit sourire satisfait. Celui-ci ne dit rien et se contenta de le passer, en garde le même air sur le visage.

Ils gagnèrent la cour, menés par un Maxime très satisfait de la surprise qu'il leur réservait. Il les amena devant un camping-car et se retourna satisfait de son effet.

-Alors ?

Nils lui lança un regard blasé.

-C'est un camping-car !

-Oui, c'est génial, non ?

-Si tu le dis.

Le brun ne comprenait pas l'intérêt de se balader avec ce type de véhicule.

-Tu pars en camping ?

-Mais non, c'est pour quand on fera la tournée avec le groupe…

-La tournée de quoi ?

-Les concerts. Quand on sera connu avec le groupe !

Nils ignorait jusqu’à l’existence de ce pseudo groupe, mais il préféra ne rien dire pour ne pas lancer le flot d'explication qui ne tarderait pas à venir.

-Mais vient voir à l'intérieur, c'est trop cool !

En soupirant, le brun suivit son cousin. Après tout, il n'avait rien fait de mal, c'était juste sa façon d'être.

A l'intérieur, un type de petite taille, aux tempes rasées, était occupé à ranger des livres dans une valise. Il se retourna vers eux avec un sourire.

-Bonjour.

-Nils, je te présente Benjamin, un ami de la fac, mais on l'appelle Ben.

Le brun lui fit un signe de tête.

-Salut.

-Ben, c'est Nils mon cousin, et elle, c'est sa femme Eva.

Cette déclaration manqua de faire sursauter le mage. Il ne s'attendait pas à ce qu'on présente Kamu, ainsi. Ce lien qu'on lui attribué le laissa songeur. Ses yeux errèrent sur son collègue. Personne n'avait le moindre soupçon. Qu'ils l'accueillent bien ou mal, aucun d'eux ne doutaient de leur lien.

Sans attendre, son collègue passa devant lui pour faire la bise à l'étudient. Il était toujours si chaleureux. Comment faisait-il pour sourire dans cette situation ? Ne pensait-il pas à ce qui s'était passé entre eux ? Sinon comment réussissait-il à faire en sorte que tout était normal ? Lui-même, ne savait quoi faire.

-Tu as vu, c'est grand, hein ? lui souffla Maxime.

-Oui, mais ça doit consommer un max aussi ?

-J'ai pas vraiment pris le temps de regarder…

Sans en avoir l'air, Kamu tira doucement sur la manche de son manteau. Un moyen de lui faire comprendre qu'il devait prendre ses distances pour consulter les résultats de son sort.

-Tu ferais bien de rentrer, tu vas attraper froid, déclara-t-il, en passant sa main dans son dos, pour le pousser vers la sortie.

-D'accord. On se voit tout à l'heure, annonça-t-il, avant de quitter le camping-car.

Du regard, Nils le suivit, avant de se demander pourquoi. Après tout Kamu n'allait pas se faire enlever dans les prochaines secondes.

-Alors t'en penses quoi ?

Maxime revenait à la charge. Tant qu'il n'aurait pas entendu ce qu'il voulait, il continuerait.

-Ouais, c'est pas mal.

-Ha, tu vois !

Il était enfin content et la discussion pouvait reprendre son cours.

-Bon, tu veux de l'aide pour porter les valises ?

Après, pour Nils s'était plus facile grâce à sa magie donc autant en profiter pour aider ses proches.

-Non, on va rester là.

-Vous allez dormir dans le camping-car ?

-Oui, comme ça, on embêtera pas cousin François.

-Je te rassures, tu n'es pas celui qui l'embête le plus.

-Il a l'air d'avoir pas mal de soucis, en ce moment.

Le brun baissa la tête, il s'en voulait d'avoir réagi de manière aussi puérile, et d'avoir blessé son père par la même occasion. Il faudrait absolument qu'il le voit seul à seul pour s'excuser. Il pourrait aussi en profiter pour lui poser des questions sur ce fameux pendentif.

-Tiens, il est là.

Du doigt, Maxime pointa son parent qui faisait les cent pas dans la cour, un téléphone visé à l'oreille.

-C'est qui à l'autre bout du fil ?

Il se souvenait que son père avait l'habitude de téléphoner dehors. Sous prétexte de ne déranger personne, il en profité parfois, pour les appeler lui et sa mère. Mais cela commençait à dater. Nils se souvenait que sa joie à chaque fois qu'il pouvait lui dire quelques mots, enfant. Après tout cela voulait qu'il l'aimait si son papa prenait du temps, pour lui téléphoner, histoire de lui dire « bonne nuit ».

Avec l'adolescence, il était devenu plus dur, refusant parfois de lui parler. Comme s'il ne devait pas faire le moindre effort, pour quelqu'un qui n'en faisait pas pour lui. La vérité, c'était qu'il lui manquait terriblement et qu'il ne pouvait plus faire semblant que son père travaillait au bout du monde. A cette époque, il avait appris que François avait deux familles et que les autres passaient avant eux. Sa mère ne disait jamais rien, ne laissant voir aucune trace de colère et étant contente à chacune de ses visites. Alors, le garçon avait décidé d'être énervé pour deux.

Le sourire de sa mère lui revint en mémoire. Il semblait si vrai. Comment faisait-elle pour ne rien laisser paraître ?

Un autre sourire lui revint en mémoire, celui de Kamu. Lui aussi était fortiche sur ce point. Malheureusement pour le brun, c'était lui était du mauvais côté ce coup-ci.

Putain, il va falloir que je lui parle et vite. Même si je ne sais toujours pas quoi dire…

-Bénédictin va être en retard. Je pense que c'est ça qu'il lui dit, glissa Maxime. J'aimerais emprunter le téléphone après, tu crois que c'est possible ?

Nils revint au moment présent.

-Bien sûr, pourquoi pas ?

-Je veux appeler mamie pour Noël.

-Et avec ton portable ?

L'autre lui montra son téléphone.

-Y a pas de réseau, ici, tu sais bien. Le réseau, il doit faire le tour de la maison, et repartir ensuite.

Il n'avait pas tord.

-Tu veux que j'aille voir pour combien de temps, il en a encore ?

-Tu pourras lui demander pour emprunter le téléphone ?

-Ouais bien sûr.

Nils se dirigea vers la sortie, avant de se retourner vers son cousin :

-Vous n'allez pas rester dans le camping-car toute la soirée ? Vous venez ?

-Euh oui. Mais Ben, veut ranger le bordel, pour qu'on soit tranquille ce soir, au moment de se coucher. Du coup, je lui file un coup de main et j'arrive.

-Ok.

Le brun quitta le véhicule et regarda sa montre. Dire qu'il s'était écoulé moins de deux heures depuis leur arrivée. A croire qu'il était passé dans une faille spatio-temporel, il avait déjà l'impression d'être là depuis trois jours.

Nils se dirigea vers son père. Celui-ci le regarda arriver, sans dire un mot. Il paraissait triste.

-Désolé de t'embêter. Maxime voudrait que tu lui prêtes le téléphone une fois que tu auras terminé pour qu'il appelle sa grand-mère.

François hocha la tête.

Il commença à partir avant de se retourner.

-Papa, je suis désolé pour tout à l'heure. J'ai mal réagi.

Il ne savait pas quoi ajouter de plus. Son père ne dit rien, mais passa son bras autour de ses épaules comme pour le rassurer. Nils hocha la tête sans savoir pourquoi.

-Ne prends pas froid, déclara-t-il avant de rentrer.

Il soupira, en se débarrassant de son manteau. Dans la salle à manger, résonnait la voix de sa belle-mère, encore contrariée par la moindre chose.

Une pièce à éviter, pour le moment, songea-t-il.

Il se replia sur le salon, où il s'installa sur un fauteuil, en cherchant à rassembler ses pensées. Seulement, il n'en eut guère le temps puisque Kamu accourus vers lui. Il se pencha, en s'appuyant sur l'accoudoir pour pouvoir lui chuchoter à l'oreille.

-Nils, j'ai besoin qu'on parle…

Voilà que le moment fatidique était venu. Il se demanda comment y échapper.

Prenant un air lassé, il souffla juste :

-Maintenant ?

-Oui, maintenant. C'est important…

Kamu s'interrompit et le regarda dans les yeux.

-Non, c'est pas de ça que je veux qu'on parle. On s'en fout de ça.

Le coeur de Nils loupa un battement. C'était inespéré.

-On s'en fout, répéta-t-il surpris.

L'autre fronça les sourcils.

-Non, c'est pas ce que je voulais dire. C'est important, et on en parlera, mais pas maintenant. Maintenant, on a plus important à faire.

Le brun vit son échappatoire disparaître. Il n'y couperait pas à cette discussion.

Baissant la tête, il tomba sur le décolleté de son collègue. Mauvaise idée… Mieux valait fixer son attention ailleurs.

Avisant une silhouette derrière Kamu, il releva la tête, pour découvrir son frère les yeux dans le vague immobile. Il suivit la trajectoire de son regard, pour avoir confirmation de ce qu'il pensait. En ce rendant compte qu'il avait raison, Nils se sentit bouillir à l'intérieur, pour qui se prenait-il celui-là. Il allait vite lui remettre les points sur les « i ».

-Alors ? lui demanda son partenaire.

Seulement, son attention était occupée par Lucas et il n'avait rien écouté.

-Comment ?

-Nils, tu n'as rien écoutez ?

C'était le cas, mais il hésita sur la réponse à donner, tout en jetant un coup d'oeil rapide à son frère. Une main lui saisit le menton pour l'obliger à regarder Kamu. L'autre approcha ses lèvres de son oreille et reprit :

-Ben est un mage, on fait quoi maintenant ?

-Hein ?

La révélation le fit sursauter, mais pas autant que la langue de son compagnon qui glissa le long de son cou. Il se retourna vers lui, qui le fixait avec un regard narquois.

-Que…

-C'est ta punition pour ne rien écouter de ce que je te dis !

-Ne refais plus jamais ça, parvint-il à grogner.

-Pourquoi tu n'aimes pas ou tu aimes trop ?

Nils se leva.

-Je règle un problème et j'arrive.

Il fallait vraiment qu'il fasse les choses dans l'ordre sinon il ne parviendrait pas à tout faire. Il allait commencer par son frère, ensuite viendrait le cas de Ben et s'il lui restait du temps celui de Kamu, qui n'arrêtait pas de le chercher. A présent, il en avait la certitude.

Comme une furie, il attrapa Lucas par le bras et l’entraîna plus loin.

-Toi et moi, on a à parler !

-Qu'est-ce que tu me veux ?

-Ca va, je te dérange pas trop ?! T'es à l'aise ?!

-Qu'est-ce que tu me chantes ?

-C'est bon, joue pas les innocents. Tu crois que je t'ai pas vu, en train, de mater le cul d'Eva. Tu pourrais être plus discret, si tu veux pas te faire prendre.

L'autre détourna le regard.

-Tu dérailles…

-Non, franchement, je ne déraille pas. Alors à partir de maintenant, on va faire simple : tu ne lui parles pas, tu ne la regardes pas et tout ira bien.

-En même temps, si elle veut pas qu'on la regarde avec sa tenue…

Nils secoua la tête.

-Non. C'est simple, tu fermes ta gueule. Le problème ici, c'est pas Eva. C'est toi, donc je te le redis gentiment : tu restes loin d'elle et tout ira bien.

-Et sinon tu feras quoi ? Tu vas me frapper avec tes petits poings ?

L'espace d'un instant, le brun ne répondit pas. Il ne voulait pas causer un scandale chez son père, mais le regard insistant de son frère sur Kamu ne faisait que l'énerver. C'était le but et il le savait. Même si son ami n'avait rien de séduisante, il aurait adopté la même posture, juste pour le mettre hors de lui. C'était un petit jeu. Seulement, là, son collègue s'était surpassé niveau apparence et cela le rendait peut-être désirable aux yeux de son frère.

-Ta femme te cherche, glissa-t-il doucement.

Aussitôt, l'autre se retourna en perdant de sa superbe. C'était sur cette corde de là qu'il devait jouer. Et non pas, invoquer un sort de renforcement pour lui écraser son poing dans la figure.

Il rejoignit Kamu et l’entraîna avec lui.

-Le contre-temps est réglé.

-Alors ?

-On va parler à Ben.

-Et ton cousin ?

-J'en fais mon affaire.

-Tu t'occupes de lui et je m'occupe de Ben ? lui demanda Kamu.

-Certainement pas. Hors de question que tu sois seul avec lui, tant qu'on en sait pas plus sur lui et ses pouvoirs. On y va ensemble.

Sans rien ajouter, son compagnon noua ses doigts aux siens et Nils feignit de ne pas s'en rendre compte, parce qu'il avait d'autres problèmes à gérer pour le moment, et qu'il ne servait à rien d'en ajouter encore.


Texte publié par Nascana, 1er février 2019 à 00h03
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