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Tome 1, Chapitre 6 Tome 1, Chapitre 6

Une fois de retour en bas, il fut pris par l'effervescence et le bruit qui régnait. C'était étrange de se dire que tout le monde n'était pas encore arrivé. L'espace d'un instant, il regretta avec force son petit appartement tranquille. Bon, trouver son père était la première chose à faire. Après, il faudrait trouver un endroit éloigner des oreilles indiscrètes. Cela voulait dire éviter son frère, sa sœur et sa belle-mère. Pour les deux premiers, ça serait sûrement simple, pour l'autre, il aviserait…

Il jeta un coup d'oeil dans la cuisine. Kamu y discutait avec son père, des sablés.

-J'espère qu'ils sont assez cuit…

-Mais oui, c'est déjà gentil à vous de vous en être occupé, alors que vous êtes invité dans cette maison.

-Ca faisait plaisir aux petites. Elles sont si mignonnes.

Kamu se retourna vers lui, avant de lancer d'un air narquois :

-Mon chéri, ta chemise est dans la machine à laver.

Il n'ajouta rien.

-Nils, tu pourrais répondre, lui reprocha son père. Qu'Eva sache au moins que tu as entendu.

Donc le « chéri » semblait s'adresser à lui.

-En même temps, comme je ne suis pas sourd et qu'on est dans la même pièce, ça aurait été difficile de ne pas entendre.

-Et ça te coûte quoi de dire « oui » ?

Sans doute rien, mais pour le moment, il préférait mettre un peu de distance entre lui et Kamu. En espérant que l'autre ne le prenne pas mal. Sinon, il pourrait toujours revoir sa copie.

-Hum…

Son père abandonna, et se saisit de la plaque sur laquelle reposait les biscuits, et se dirigea avec vers la réserve.

-Je vais laisser refroidir ça, là-bas, et je vais faire de la place dans la cuisine, avant…

Une voix l'interrompit.

-Bon François, tu as fini tes ateliers pâtisseries ?!

Le père sourit.

-Oui.

-Bien. Tu me nettoies tout ça, alors !

-Oui !

Anne-Laure contempla, en soupira la table où un peu de beurre avait coulé sur le revêtement.

-Vraiment comme si c'était le moment de faire ça…

-Le créneau n'a pas été réservé quinze jours à l'avance ? lui demanda de manière ironique Nils.

Sa belle-mère lui lança le même regard que s'il avait été un cafard sur le carrelage de la cuisine.

-Ha, tu es là, toi…

Il la fixa attendant la suite des hostilités.

-Loli ! Viens-là !

Sa sœur arriva en traînant les pieds. Il remarqua que les traces rouges sur son visage avaient disparu, sauf autour de ses lèvres, ou alors peut-être était-ce dû à son acharnement à vouloir les retirer qui lui avait abîmé la peau.

-Quoi ?

-Viens faire le service !

-J'y gagne quoi ?

-J'ai dis fais le service !

L'adolescente soupira, prenant bien soin de faire entendre son mécontentement à tous. Seulement, personne ne s'y intéressa.

-Je peux vous aider si vous voulez, proposa Kamu.

Nils ne put s'empêcher de trouver qu'il était parfait dans son rôle : charmant, sans que cela fasse faux. Son côté fragile et naïf qui ressortait complétait assez bien le tableau.

-Non, ça ira. Je ne vais quand même pas vous faire portez les plats dans cette tenue. Avec des talons si haut, vous risqueriez de tomber. En plus, vous m'avez l'air un peu maladroite, alors retournez donc avec Nils.

Elle se tourna vers son beau-fils.

-Tu ne crois pas qu'on est déjà assez dans cette cuisine ?! Tu ferais mieux d'emmener ta...ton amie s’asseoir avant d'elle ne se blesse.

-Pourquoi pas ?

Il tendit la main à Kamu.

-Mais je te rassure, elle est très habile de ses mains, et pas que d'ailleurs…

Ils sortirent dans le couloir.

-Je doutais que tu l'aies remarqué, lui murmura Kamu, avec un sourire ironique.

Nils se rapprocha pour lui souffler à l'oreille :

-Tu parles avec la langue bien pendue que tu as, tout le monde sait que tu incantes plus vite que ton ombre…

-On parle de ça, ici ? Est-ce prudent ? Cependant, je ne peux qu'approuver ce que tu dis, j'ai les doigts agiles. Ho et pas que… C'est toi, qui l'as dit.

-Tu me vends du rêve. J'ai hâte d'y être rien qu'à t'entendre, ricana-t-il.

-Ne te moques pas. Au moment où ça arrivera, tu feras moins le malin…

-Mais puisque je te dis que je n'attends que ça…

Kamu lui lança un grand sourire, avant de déclarer :

-Ce soir, on dort ensemble.

Nils perdit son sourire face à cette déclaration. Il avait un peu perdu de vu, ce point de la question.

Il ouvrit la bouche, eut un temps d'arrêt, où il se remémora le prénom d'emprunt.

-Eva ?

Bien entendu, l'autre s'était fait un plaisir de disparaître. A croire que c'était une seconde nature chez lui. En même temps, il avait manqué de finesse sur ce coup-là, en commença à jouer avec Kamu.

Son père quitta furtivement la cuisine et Nils l'attrapa.

-Papa, je peux te parler.

-Oui. Enfin tant que c'est rapide.

Il jeta un coup d'oeil inquiet, en direction de la cuisine.

-Oui. C'est à propos…

Il hésita sur les termes à employer.

-C'est à propos de maman.

Il prit une grande respiration.

-Je voulais savoir si jamais, elle…

Une voix l'interrompit.

-François, dépêche-toi d'aller à la cave !

-Oui, j'y vais.

Son père lui lança un regard désolé.

-Ce n'est peut-être pas le moment, là, je dois aider ta mère pour les préparatifs…

-C'est pas ma mère, déclara d'un ton froid Nils, avant de tourner les talons.

-Nils, excuse-moi. Je ne voulais pas dire ça. C'est l'habitude. Nils…

Le brun ne se retourna pas. Il se sentait tellement en colère, mais derrière tout ça, il se sentait triste bêtement. En ces périodes de fête, elle lui manquait terriblement. Il serra les poings. Nils n'était plus un enfant, il n'avait plus le droit de pleurer, mais à l'intérieur, il avait envie de hurler.

Maman… Maman, tu me manques tellement…

Ces simples mots lui déchiraient le coeur. C'était tellement injuste, elle qui protégeait les gens, lui avait été arraché trop tôt. Le pire, c'était qu'il ne pouvait pas s'empêcher de lui en vouloir de l'avoir laissé seul, de lui avoir donné cette vie-là. Certes, il avait un père, comme tous les autres. Un père qui avait déjà une famille…

Il avait eut beau lui faire une petite place. Nils n'avait jamais pu s'empêcher inconsciemment de comparer ce qu'il avait avec son frère et sa sœur. Pourquoi lui devait-il avoir un père un jour par semaine, lorsque pouvait l'avoir en permanence, sans se rendre compte le moins du monde de la chance qu'ils avaient ?

Le brun devait reconnaître qu'il mentait, en disant qu'il n'en voulait pas à son père. Il l'aimait. Il était heureux qu'il soit là pour lui, et qu'il l'est pris chez lui, mais il lui en voulait aussi terriblement de ne pas avoir été capable de quitter sa femme qu'il n'aimait pas, pour vivre avec eux.

Et sa mère ? Elle ne disait jamais rien, contre lui, mais ne souffrait-elle pas en silence ? Jamais il n'avait pensé à lui demander. En même temps, jamais il ne s'était attendu à ce qu'un jour, elle ne rentre pas.

L'air hagard, il se laissa tomber dans un fauteuil, le plus près du sapin de Noël, avec le secret espoir qu'il finirait peut-être par disparaître derrière celui-ci et qu'on l'oublierait.

Une silhouette s'approcha, sans dire un mot. Leurs regards se croisèrent, lui apportant un peu de réconfort. Mû par un impulsion subite, il saisit Kamu par le poignet et l'attira à lui, le faisant basculer sur ses genoux, avant de le serrer contre son torse. L'autre se laissa faire, tout en cherchant la position la plus confortable possible.

Nils ne dit rien. Il n'avait pas envie de parler. Il se raccrocha juste à la présence de ce corps chaud contre le sien.

-Tu peux m'expliquer ? lui souffla Kamu.

-Quoi ?! Tu en rêvais alors savoure.

L'autre secoua la tête.

-T'es un grand malade. C'est comme ça, que tu séduis les filles ?

-Ca marche bien sur toi. Si tu ne voulais pas, tu serais déjà debout, non ?!

Il avait dit cela avec un ton beaucoup plus agressif qu'il ne l'aurait voulu. L'espace d'un instant, il eut l'impression de voir une pointe de tristesse dans le regard de son ami.

Finalement, celui-ci vint se blottir contre lui, laissant reposer sa tête dans le creux de son cou. En silence, ils restèrent comme ça, pendant quelques minutes. En cet instant, étaient-ils aussi tristes l'un que l'autre ?

Nils appréciait que Kamu ne lui pose aucune question. Ils savaient toujours quand il pouvait plaisanter et quand il valait mieux se taire, restant simplement une présence réconfortante. De la main, il lui caressait tendrement le bras, comme pour lui dire qu'il était là.

Le brun le regarda faire. Si seulement, il était une femme…

Il s'interrompit. C'était vraiment difficile de penser cela, face à la jeune femme qui se tenait sur ses genoux. Elle était vraiment de toute beauté. Quel dommage que se fut Kamu…

Il ne pouvait pas… Ce n'était pas…

Pourtant, l'un de ses bras lui enserrait tendrement la taille, alors que l'autre errait sur sa cuisse, y dessinant des symboles incohérents. Depuis quand avait-il commencé à faire ça ? C'était son corps qui avait réagit de lui-même. Rien n'était voulu.

Dans son cou, il sentait son souffle chaud le chatouiller avec délice. Il tourna doucement la tête, pour rapprocher son visage du sien. Est-ce que sa peau était aussi douce qu'elle le laissait paraître ?

-Kamu, murmura-t-il.

Ce n'était pas le bon prénom, mais en cet instant, il ne pouvait pas l'appeler autrement que par le sien.

-Est-ce que ça va mieux ? lui glissa tendrement l'autre à l'oreille.

Il aimait particulièrement ce chuchotement, et aurait voulu qu'il continue de parler pour l'écouter encore et pouvoir se détendre au seul son de sa voix.

Nils hocha doucement la tête, lui caressant le front du même mouvement. Kamu lui sourit, avant de porter la main à son visage, pour en dessiner la courbe du bout des doigts. En sentant cette délicate attention, le brun fit remonter sa paume de l'épaule à la nuque de son ami, l'attirant vers lui. Leurs lèvres se rencontrèrent dans une tendre étreinte. C'était doux et chaud à la fois. Il profita pleinement du moment, savourant ce contact agréable.

Après quelques secondes, ils détachèrent l'un de l'autre, pour échanger un regard. Le brun posa la main sur le menton de Kamu, l'amenant vers lui avec douceur, pour échanger un deuxième baiser, beaucoup plus profond et passionné que le précédent. Seulement avant même que sa langue ne franchisse la barrière des lèvres de son compagnon, Lucas ouvrit la porte du salon, les faisant sursauter tout les deux.

Nils s'écarta vivement, tout en lançant un regard noir à son frère.

-Juste pour dire que les autres arrivent.

Le brun hocha la tête, partagé entre l'envie de lui dire de dégager et celle d'attendre qu'il bouge de lui-même.

-Ha oui, aussi, si vous ne pouvez pas vous retenir, Nils, je te rappelle que tu as une chambre en haut. Ca sera sûrement l'affaire de dix minutes donc personne ne remarquera votre absence.

-Prends pas ton cas pour une généralité.

Son frère secoua la tête avant de tourner les talons, les laissant seuls. Le silence s'installa, pesant.

Le brun finit par prendre la parole.

-On ferait bien d'aller voir qui arrive.

Il baissa la voix.

-Avec un peu de chance, tu pourras les tester.

-Avec un peu de chance, répéta Kamu, en se levant.

La chance pour le moment ne paraissait pas être de son côté. Nils remit instantanément de la distance entre eux. Il lui fit juste signe de le suivre, négligeant de prendre la main qu'il avait tendu vers lui. Peut-être ne l'avait-il pas vu, tenta-t-il de se convaincre, mais cela sonnait tellement faux.

En même temps, à quoi s'attendre ? Ce baiser, c'était juste un hasard, qui risquait de ne jamais se reproduire.

Jamais ?

Kamu n'était pourtant pas quelqu'un qui renonçait facilement. Prenant une grande respiration, il s'avança à pas rapide pour rattraper son ami, et passa son bras autour du sien, se collant à lui, et lui rappelant par là-même qu'il existait et qu'il ne pouvait pas nier ce qui venait de se passer.


Texte publié par Nascana, 18 janvier 2019 à 01h49
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