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Tome 1, Chapitre 3 Tome 1, Chapitre 3

Kamu leva les yeux vers le ciel. Des nuages gris le recouvraient, cachant définitivement la moindre parcelle de bleu. Pour le moment, il ne pleuvait pas, mais l'humidité était présente dans l'air. Une bourrasque de vent les fouetta, faisant frissonner le corps féminin.

Nils se rendit compte à ce moment-là, que son partenaire n'avait pas prit le temps d’enfiler un manteau avant de sortir. Il se maudit de ne pas s'en être aperçu avant.

-Mais tu n'as rien sur le dos, pauvre idiot..te !

-Tu crois qu'il va neiger ?

-Tu crois que c'est le moment pour penser à ça.

Passant son bras autour de ses épaules, il l’entraîna vers l'intérieur.

-Tu es glacé !

-J'aimerais bien qu'il neige pour Noël…

-Ka… Eva, ressaisis-toi !

L'autre marmonna quelques mots.

-C'est bon.

En approchant la main de son ami, Nils pu constater qu'une douce chaleur émanée de lui.

-Tu n'aurais pas dû… Où est passé le garçon qui me disait de ne pas faire n'importe quoi avec la magie ?

-Ca ira, je tomberais pas à court…

Il lui lança un regard septique et obtint pour seule réponse un large sourire.

-Tu crois qu'on aura de la neige ?

Combien de fois allait-il répéter sa question ?

-J'en doute. De la pluie, tout au plus…

-Dommage. Mais bon, je pense que c'est mieux comme ça.

Ils poussèrent la porte, et regagnèrent le salon où se pressait déjà le reste du groupe. Nils se fraya un chemin juste qu'au canapé et fit signe à Kamu de le rejoindre. Celui-ci parut hésiter. Évidement, c'était moins simple pour lui de pousser des inconnus. Retournant sur ses pas, il prit fermement son coéquipier par la main pour l'attirer à lui.

Du coin de l'oeil, il pouvait voir sa belle-mère trier les paquets et donner ses ordres. Elle envoya ainsi son père déposer le tout dans la cuisine ou dans le bureau. En le voyant accéder à toutes ses requêtes ainsi, Nils se demanda pourquoi son père se borner à rester avec quelqu'un qu'il n'aimait pas. Ils paraissaient vivre comme des étrangers l'un pour l'autre et ne formait un pseudo couple que pour les événements familiaux ou mondains.

Anne-Laure faisait ce qu'elle voulait et son parent ne disait rien, acceptant tout. Pourquoi ? Peut-être culpabilisait-il pour ce qu'il lui avait fait ? Et elle, elle devait avoir sauté sur l'occasion. A présent, elle gérait tout et faisait ce qu'elle voulait.

Le brun détourna le regard. Tout cela l'énervait au plus haut point, c'était d'ailleurs pour cette raison qu'il ne souhaitait plus revenir. Il se sentait si impuissant. Ce n'était pas lui qui ferait changer tout le monde, d'un coup de baguette magique.

Il eut un léger sursaut lorsqu'une main chaude se posa sur la sienne coupant court à ses réflexions. En tournant la tête, ses yeux rencontrèrent ceux de Kamu.

-Est-ce que ça va ?

Il hocha vaguement la tête.

-Tu veux aller faire un tour ?

Il avait plus envie de se sauver en courant, mais c'était impossible, alors il accéda à la requête de son ami.

-Viens, lui murmura-t-il.

L'autre hocha la tête, avec toujours ce sourire taquin aux lèvres.

Profitant que personne ne les regardait, ils montèrent à l'étage, en silence. Nils guida son ami jusqu'à une porte qu'il s'ouvrit sur un grincement des plus désagréable, comme si cela faisait longtemps qu'on ne l'avait pas ouverte. De l'autre côté, s'ouvrait un long couloir. Le froid s'accrocha aux vêtements du brun, le faisant frissonner.

-C'est une aile de la maison qui est inutilisée. Il n'y a que l'ancien bureau de mon père. Il ne l'utilise plus, pour un problème de chauffage. Les chambres sont de l'autre côté.

-On est seuls, ici ? lui souffla Kamu.

L'espace d'un instant, il ne répondit pas, cherchant à percer les intentions cachées de son coéquipier. Finalement, il se décida à y faire face.

-Oui.

-D'accord.

Aussitôt, l'autre joignit ses mains, avant d'incanter dans un murmure.

-Cherche et trouve !

Ouvrant ses paumes, il laissa échapper une petite boule de lumière qui flottait dans les airs.

-Les non-mages ne peuvent pas la voir, mais je préfère éviter tout problème.

Nils le regarda faire. Avait-il oublié pendant quelques minutes que Kamu pensait avant tout à la mission. Pourquoi était-il déçu ? Il n'était même pas capable de savoir ce qu'il voulait réellement alors comment l'autre aurait pu réussir, là où lui-même avait échoué.

Sans attendre, son coéquipier s'était mis en route, suivant les virevoltements de la sphère.

-Tu viens ? Elle cherche les objets magiques.

-Tu crois que ça serait si facile ?

-N'oublie pas que pour les non-mages, ce sont juste des objets normaux.

-Je sais mais…

Mais quoi ?

Il finit par lui emboîter le pas. Après tout, Kamu ne faisait que son travail, et son devoir était de l'assister du mieux qu'il pouvait.

La boule de lumière vint se poster devant une porte et s'arrêta l'espace de quelques instants. Avant que Nils est pu dire le moindre mot, elle plongea pour se glisser par le mince espace entre le sol et le panneau de bois.

-C'est le bureau de mon père, murmura le brun.

-C'est ouvert ?

L'autre haussa les épaules, avant de saisir la poignée et de tourner. La porte s'ouvrit sans aucune résistance.

Ils firent quelques pas à l'intérieur et une légère odeur de cuir les prit au nez. Un large bureau trônait sur le côté droit de la pièce, et derrière lui, on pouvait apercevoir de haut étagères remplis de livre. En face, un canapé en cuir rouge faisait face à une petite table basse. C'était de lui que devait émaner ce parfum. Il était le même dans les souvenirs de Nils.

La sphère flottait tranquillement dans les airs. Kamu s'en approcha, alors que son ami refermait le battant derrière lui et s'approchait de la fenêtre, par laquelle il jeta un regard. En bas, rien n'avait vraiment changé : les arbres avaient grandi et paraissaient plus dépouillés. C'était de saison.

-Alors ?

-Pas de doute, y a quelque chose dans la pièce qui l’excite.

Nils se retint de rire, face à cette remarque.

-Je vais affiner…

Brusquement, un grincement résonna, très proche d'eux.

Se fut Kamu qui réagit le premier, saisissant Nils par sa chemise, il le poussa sans ménagement sur le canapé. Celui-ci perdit l'équilibre et se retrouva tant bien que mal dans une position assise. Sans attendre plus longtemps, l'autre s'assit sur ses genoux et rapprocha son visage du sien.

-Ka…

Le brun n'eut pas le temps d'en dire plus, que les lèvres de son ami se posèrent sur les siennes. Il passa ses mains derrière sa nuque, pour l'empêcher de se dérober. Lorsque la porte s'ouvrit, Nils comprit le manège de son ami et passa ses bras autour de sa taille pour l'attirer contre lui.

-Qu'est-ce que tu fais là ? grogna une voix qu'il reconnut sans peine.

Kamu fit semblant de sursauter, avant de prendre un air outré. Il réussissait tellement bien à jouer les émotions que Nils se demanda quels talents, il lui cachait encore.

-Tiens donc, Lucas la fouine ! Tu n'as rien d'autres à faire que d'espionner les gens ?

-Et toi, qu'est-ce que tu fais dans le bureau de papa ? T'as rien à faire là !

-Papa m'a demandé de regarder le radiateur, pour qu'il puisse avoir à nouveau du chauffage dans cette pièce.

Son frère fronça les sourcils.

-De deux choses l'une : T'es plombier, maintenant ? Et c'est comme ça que tu regardes le radiateur ?

-J'ai été un peu distrait de mon but premier.

Il passa doucement la main dans les cheveux de Kamu. Ils étaient doux et légers.

-Mais je vais m'en occuper !

Le regard de Lucas alla de l'un à l'autre.

-Va donc dans ta chambre pour faire tes saloperies.

-Bien. Ton avis a été entendu. Maintenant, si tu veux bien nous laisser.

L'autre continua impassible.

-C'est bientôt l'heure pour la remiser des sujets de Noël. Papa tient à ce que tu sois là.

-Parfait. J'arrive.

-Non ! Maintenant !

-J'ai dis que j'arrivais !

-Et moi, je te dis que tu vas venir, maintenant !

Nils eut un sourire triomphant.

-C'est impossible !

-Ne te fiches pas de moi !

Le brun soupira.

-Je ne peux pas me lever pour le moment, tu veux un dessin ?

En entendant cela, Kamu vint blottir son visage dans son cou, cachant le sourire narquois qui venait sûrement de naître.

Son frère fronça les sourcils avant de secouer la tête.

-T'es vraiment un porc !

-Si tu le dis.

Lucas hésita et tourna les talons.

-Je te préviens, je vais chercher Loli et après, je reviens ! T'as intérêt à avoir quitté les lieux entre temps. Tes cochonneries, tu les feras ailleurs !

-Mais oui. Mais oui…

L'autre partit et ferma la porte plus violemment qu'il ne l'aurait voulu. Aussitôt, Kamu bondit sur ses pieds, pour tourner la clé dans la serrure. Un sourire narquois se dessinait sur son visage.

-Quoi ? lui demanda Nils.

-Tu ne lui épargne vraiment rien.

-Tu étais mort de rire.

-Morte.

-Si tu veux. Mais ne crois pas que je n'ai pas senti que tu riais contre mon épaule.

-Tu as vu son visage…

Le brun se leva et rejoignit son ami au milieu de la pièce.

-Où est ton… Enfin ta sphère chercheuse ?

-Dans ma main.

Kamu ouvrit la paume et laissa échapper la boule de lumière.

-Je l'ai récupéré quand j'ai entendu du bruit. Enfin bon, mettons-nous au travail.

Nils hocha la tête bien qu'il savait qu'il ne pouvait pas faire grand-chose pour aider son collègue. Du coup, il reporta son attention sur le radiateur dont il tourna la molette, pour faire arriver la chaleur.

-Nils ?

Il tourna la tête, vers son collègue qui était près de l'étagère.

-Y a un truc, ici ?

Il fronça les yeux.

-Oui, y a un coffre caché.

Le brun s'avança et dévoila ce qui était caché derrière plusieurs ouvrages assez épais à la reliure en cuir, sur lesquels des lettres dorés se démarquées.

-Tu connais la combinaison ?

-Non, mais j'ai une petite idée sur la question. Seulement, ça me gêne de l'ouvrir. Je ne me sens pas légitime.

Kamu posa la main sur son épaule.

-Je comprends bien, mais s'il y a quelque chose de magique là-dedans. Il vaut mieux qu'on s'en occupe, avant que ça tourne mal !

Il avait raison et Nils le savait bien. Il soupira :

-De toute façon, toute cette histoire sent le sapin !

-Ca tombe bien, c'est Noël, déclara avec un sourire son collègue.

Le brun approcha la main des touches et y inscrivit une suite de chiffres. Le coffre s'ouvrit après un petit bruit.

-Gagné.

-C'était quoi ?

-La date de naissance de ma mère.

Coupant court à leur conversation, la sphère s'élança et se posa sur un objet dont Kamu se saisit. Il s'agissait d'une petite gourmette argentée sur laquelle un nom se détachait : « Déborah ».

-C'est celle de ma mère.

Fermant les yeux, Kamu se concentra.

-Elle est enchantée, c'est pour ça que ma sphère nous a conduit directement vers elle.

-Enchantée ? Mais pour quelle raison ?

L'autre ne répondit pas.

-Ta mère était mage environnemental ?

-Oui, je te l'ai dit.

-Alors pour ne pas la perdre.

-Je vois. Ca doit être mon père qui lui a offert.

Kamu ne répondit rien, se concentrant sur l'objet.

-Je vais le désenchanter.

-Quoi ? C'est pourtant pas dangereux.

-Non, mais il vaut mieux éviter de laisser de la magie partout, surtout avec des non-mages autour.

Nils baissa les yeux. Il savait très bien que son ami avait raison, seulement, il avait l'impression de perdre un morceau de sa mère, en le laissant faire.

Tenant la gourmette dans ses mains, son collègue murmura quelques mots, avant qu'un petit éclat de lumière lui indique que toute magie venait de quitter l'objet.

-C'est bon.

-Range-le alors.

L'autre hocha la tête, et fit ce qu'on lui demandait. Nils referma ensuite le coffre et reposa les livres à leur place initial. Il recula pour contempler son œuvre. Personne ne verrait qu'il avait touché à quoi que se soit.

-Eva, on peut y aller.

Au moins, il ne s'était pas trompé de prénom.

-Attends, je n'occupe d'une petite chose.

Accroupie près du radiateur, Kamu faisait des mouvements de mains, en marmonnant.

-Y a deux minutes, tu disais que les enchantements ne faisaient pas bon ménage avec les non-mages, et maintenant, tu en poses un.

L'autre ne répondit pas, concentré sur sa tâche. Au fond, si Nils était soucieux, ce n'était pas tant pour l'enchantement que la fatigue qu'il ne manquerait pas de procurer à son créateur. Depuis leur arrivée, son coéquipier dépensait sa magie sans compter et il n'avait aucune envie de le voir à court, quand ils en auraient besoin.

-Ce n'est pas un enchantement, murmura-t-il. Les enchantements restent. Ça, c'est plutôt du bricolage. Plus tu l'utilises, moins il fonctionne. Mais ton père pourra utiliser son bureau pendant l'hiver.

Prenant la main de Nils, il l'approcha de l'appareil.

-Tu sens cette douce chaleur ?

-Oui.

Mais c'était surtout celle de sa paume, qu'il sentait à l'heure actuelle. Cependant, il ne dit rien, se contentant de tourner la molette du radiateur pour l'éteindre.

-Très bien. Je ferais part de la nouvelle à mon père. C'était très gentil de ta part de t'occuper de ça.

-C'est rien. En récompense, je demanderais un baiser.

-Tu t'es cru dans un conte de fée ?

Kamu se mit à rire.

-Ca valait le coup d'essayer.

-Oui, enfin…

Nils lui paru soudain bien soucieux.

-Quelque chose ne va pas ?

-C'est juste que ça ne nous avance toujours pas sur la mission cette histoire-là.

-Patience. On va y arriver. Il suffit juste d'explorer toutes les possibilités.

Il acquiesça. Comment faisait Kamu pour être toujours d'aussi bonne humeur ?

-Tu as encore assez d'énergie magique ?

-J'ai des ressources insoupçonnées.

-Une réponse sans plaisanterie, s'il te plaît ! Je m’inquiète.

A nouveau, il lui fit un sourire réconfortant.

-Tout va bien pour moi. Au moindre problème, je t'en parle.

-Très bien. Alors redescendons.

Sans un mot, la main de Kamu vint se glisser dans la sienne. Il le laissa faire. Il aurait pu refuser, après tout, ici, personne ne pouvait les voir. Seulement, il avait envie de garder cette chaleur et cette présence près de lui.

-C'est quoi cette histoire de sujet de Noël ?

-Ha ça, c'est une tradition familiale. En gros, les enfants te donnent une décoration qu'ils choisissent et à minuit, tu dois l'accrocher dans le sapin et faire un vœu. Selon ce que tu as comme déco, ça se réalise plus ou moins. Enfin, tu vois l'idée…

-C'est mignon comme tradition, se prit à sourire Kamu.

-Ca dépend de ce que tu obtiens comme déco.

Son interlocuteur fronça les sourcils.

-Comment ça ?

-Mon frère en profite pour me faire passer des messages.

-Comme quoi ?

-La dernière fois, ma déco, c'était une chaussure trouée et rapiécée.

-C'était quand ?

-Y a deux ans. C'était facile de manipuler Candice. Je m'attends au pire pour cette année….

Son collègue paru réfléchir.

-Est-ce que moi aussi, j'aurais le droit à une décoration ?

-Y a intérêt. Ou alors, je partagerais ma chaussure avec toi.

Cela fit sourire Kamu.

Ils commencèrent à descendre lorsqu'ils entendirent des éclats de voix venant vers eux. La porte s'ouvrit, laissant passer son frère et sa sœur.

-Mais ça saoule ce truc ! C'est pour les bébés ! râla Loli.

-Ca ne prendra que quelques minutes, après tu pourras retourner bouder dans ta chambre.

Un grognement lui répondit.

Sa sœur jeta un coup d'oeil et les vit dans l'escalier.

-Qu'est-ce qu'il fait là, lui ?

Kamu serra plus fort sa main comme pour lui indiquer son soutien.

-Il est chez lui, au même titre que toi, rétorqua Nils.

-Bah voyons…

Elle continua à marmonner dans son coin, et le brun l'ignora.

Au final, ils arrivèrent tous les quatre dans le salon au même moment.

-Ha vous voilà enfin, déclara son père. Je voulais prendre une photo de mes enfants ensemble.

Loli, les mains bien enfoncées dans les poches de son gilet noir, se positionna à côté de Lucas, en faisant toujours la tête. Avec un soupir, Nils se plaça de l'autre côté de son frère, laissant pourtant une distance entre eux.

-Il a dit ses enfants, grogna sa sœur.

-Oui, j'en fais partie, je te signe.

-C'est ce que tu dis…

-D'ailleurs, tu me reparles ?

Elle serra les dents.

-Pas de dispute ce soir. On se contente de sourire, les réprima leur père.

Il appuya sur le bouton déclenchant la prise de photo. Une fois faite, il la regarda avec attention.

-Loli fait un effort.

-Mais pourquoi ? J'ai pas envie d'être sur ta photo !

Elle partit s’asseoir dans le canapé, en boudant.

Nils soupira et s'approcha de son père.

-Montre.

Après un coup d'oeil à la photo, il se rendit compte de ce qui n'allait pas. Entre Lucas qui regardait vers la sortie, Loli qui serrait les dents avec force, et lui au milieu qui croisait les bras, on avait l'impression d'avoir un trio qui rêvaient que de se trouver ailleurs.

-Désolé…

-Bon, je pense que je peux m'estimer heureux. J'ai une photo avec mes enfants.

Nils chercha une parole réconfortante à lui dire, mais n'en trouva aucune.

-Le radiateur de ton bureau est réparé, lança-t-il finalement.

-Vraiment ? Comment as-tu fait ce miracle ?

Le brun hésita à répondre. Il aurait voulu lui dire que c'était grâce à Kamu, mais craignait les oreilles indiscrètes.

-Je vois, déclara simplement son père. C'est grâce à tes super-pouvoirs...

-On peut dire ça.

Son regard se posa sur Kamu qui observait tout le monde depuis le canapé où il avait retrouvé sa place. L'espace d'un instant, il s'interrogea : était-il en train de faire de la magie ? Non, il devait rêver. Jamais son coéquipier ne prendrait un tel risque.

-Elle est très gentille, cette jeune fille. Et jolie. Pourquoi tu ne m'as pas parlé d'elle avant ?

Que répondre ? Que Kamu était juste un collègue… Qu'ils n'avaient aucune relation… Q'il était en train de le fixer d'un air stupide, sans savoir pourquoi...

-Nils ?

-Oui, quoi ?

-Tu es amoureux d'elle ?

Mais pourquoi lui posait-il ces questions, à la fin ? C'était franchement pas le moment.

-Quoi ?

Il tourna la tête, l'air surpris.

-Ca se voit sur ton visage. Tu la dévores du regard.

-Mais n'importe quoi. Je regardais juste… le sapin de Noël.

-Tu détestes les sapins !

-Non, je…

En fait, il n'avait rien contre les sapins. Il n'aimait pas les décorer avec son frère et sa sœur.

-Parle-moi d'elle.

-Que dire ?

-Où l'as-tu rencontré ?

-Au travail.

-Est-ce qu'elle est…

Son père hésita. Devinant la question, il répondit.

-Oui.

-C'est bien. Tu n'auras pas besoin de lui cacher.

-Maman ne te l'as pas caché, à toi ?

Son père détourna le regard.

-C'est une histoire assez complexe, et je doute que se soit le moment d'en parler…

Il s'interrompit complètement lorsqu'Anne-Laure arriva dans la pièce. Elle lui fonça dessus, ignorant royalement Nils. C'était sa technique de défense nier et oublier le problème. Évidemment, cela s’avérait plus difficile lorsque le problème débarquait chez vous à quinze ans et était le fils caché de votre mari. Il se souvenait sans peine du regard plein de haine qu'elle lui avait lancé avant de monter l'escalier et de disparaître dans sa chambre.

-Tu as préparé le sac pour les enfants ?

-Oui, il est là.

Son père désigna un morceau de tissu sur la table.

-Qu'est-ce que tu fais avec cet appareil photo ? Tu ne vas pas encore passer la soirée à mitrailler tout le monde. Tu sais bien que c'est insupportable.

-Ils seront bien contents de découvrir toutes ses photos dans l'album quand ils seront vieux. Ils pourront les montrer à leurs enfants.

-Prends une photo de chaque personne et range moi ce maudit appareil pour de bon.

François soupira.

-Nils, je vais commencer par toi. Est-ce que tu peux aller à côté de ta compagne pour la photo ?

-Tu ne penses quand même pas mettre sa photo dans l'album ?

-C'est moi qui le fait cet album, je veux ma famille alors je mettrais qui je veux.

-Tes enfants en seront ravie...

Lucas revint, en poussant devant lui sa sœur, qui boudait toujours. Anne-Laure en profita pour les appeler.

-Les enfants venaient votre père va nous prendre en photo tous les trois.

-Pitié, chouina Loli.

-Ca prendra une minute, fait un sourire et tais-toi.

Malgré sa mauvaise humeur, elle obéit à sa mère le temps nécessaire pour être immortalisé sur la carte mémoire.

Nils vint se placer à côté de Kamu.

-Tu ne t'ennuies pas trop ?

-Non, ça va.

-Que fais-tu ?

-J’observe.

-Et que vois-tu ?

-Tant de choses. Mais la plus intéressante est devant moi.

Il se figea. Où était donc passé le Kamu habituel ?

-Ne fais pas cette tête, tu es encore plus mignon.

-Ka… Ca t'amuse de te moquer de moi ?

-Qui dit que je me moque ?

-Tu n'es pas comme ça d'habitude.

-Qu'est-ce que l'habitude, pour quelqu'un qui change chaque jour comme moi ?

Il n'avait pas tord. En plus, le contexte changeait. Ici, malgré la mission, ils n'étaient pas entourés de collègues. Est-ce que c'était ça la différence ? Ou alors le fait de varier les enveloppes corporelles, faisait-il varier son comportement ?

Un flash d'appareil le ramena à la réalité.

-Ha oui, mon père veut prendre une photo de nous deux.

-Vraiment ?! Mais c'est magnifique. Est-ce que ma robe me va bien ? Elle n'est pas froissée ?

-Non. Même si c'était le cas, on y survivra.

Kamu lui attrapa le bras, et le passa derrière son cou. Il en profita pour venir se coller contre lui.

-Est-ce que tu crois que la pose est bonne ?

-Mais oui. Pas besoin de faire tout un cinéma pour une photo que tu ne verras sûrement pas.

-Je veux qu'elle soit la plus belle possible. Comme ça, tu seras heureux et tu penseras à moi quand tu la regarderas.

Nils secoua la tête.

-On se voit tous les matins et on passe toute la journée ensemble, je te rappelle. Je n'ai pas besoin d'une photo pour penser à toi.

-Tant mieux.

Il y avait quelque chose d’envoûtant dans l'air mystérieux qu'abordait Kamu et il ne pus que le fixer quelques instants sans rien dire, en tentant de comprendre où il voulait en venir.

-Souriez !

François était apparu comme par magie pour prendre la photo. Il appuya plusieurs fois sur le bouton, jusqu’à ce que Nils excédait lui demande d'arrêter.

-Montre voir.

Son père lui tendit l'appareil, et il regarda les dernières prises, en se demandant comment Kamu parvenait à être si photogénique. Pour peu, on aurait pu croire qu'il prenait la pose à chaque fois. Revenant en arrière, le brun tomba sur la photo de sa belle-mère et de son frère et sa sœur.

-Papa ?

-Oups erreur de cadrage. C'est trop bête.

Il avait pris la photo de façon à ce que sa femme n'y apparaisse pas complètement. C'était sa façon à lui de lutter.

-Évite qu'elle la voit.

-D'accord. Tu me diras qu'elle est ta préférée et je l'enverrais.

-Hum…

-Moi, je les veux bien aussi. Tu donneras mon adresse émail, Nils ?

-Si tu veux.

Plus loin, on entendit le bruit de quelqu'un qui tape dans ses mains.

-Attention, le sergent bat le rappel, souffla le brun.

-Nils !

Son père lui fit signe de se taire, mais il avait un léger sourire sur les lèvres, preuve qu'il pensait la même chose.

-C'est le moment pour les enfants de choisir la décoration qui vous accompagnera jusqu'à minuit. Tu peux y aller ma chérie !

Elle tendit le petit sac à Candice qui fouilla consciencieuse dedans.

-Ils ne viennent pas les autres ?

-La sœur de ta mère sera là, demain. Dominic ne conduit pas de nuit, c'est nouveau.

-Et elle ?

-Dominic ne veut pas qu'elle conduise la voiture.

-Évidemment vu comme ça.

-Bénedictin m'a dit qu'il sera en retard. Daniela ne veut pas partir sans avoir fait quelque chose.

-Pitié ne me dit pas que c'est encore en rapport avec Bertrand.

Son père haussa les épaules.

-Maxime arrivera quand il arrivera.

-Ca, c'est habituel.

Une petite fille se jeta soudain sur Nils avec une décoration dans la main.

-Tiens tonton.

Elle lui tendit la figurine d'un agneau au lainage couleur d'encre. Le brun soupira avant de chercher du regard son frère. Celui-ci eut un regard moqueur.

-Comment tu as choisi ma chérie ?

-C'est papa qui a dit que c'était ton animal préféré.

Nils se pencha sur la petite et lui chuchota quelques mots à l'oreille, avant de déposer un baiser sur sa joue. Julia s'approcha à son tour, tenant toujours le sac sous les ordres de sa sœur. Voyant la tristesse se peindre sur le visage de la petite, le brun sortit une figurine de sa poche et le lui tendit. Aussitôt, un air réjouit se dessina sur sa face.

Elle courut jusqu'à son père pour lui remettre la décoration. Celui-ci fit une drôle de tête, avant de lancer un regard noir à Nils, qui lui répondit par un joli doigt d'honneur.

-Qu'est-ce que tu lui as donné ? souffla Kamu.

-Une déco qui lui correspond bien : un âne.

-Vous avez fini d'utiliser ces pauvres gamines pour régler vos comptes, le réprimanda son père.

-J'ai rien dit pour la chaussure trouée. Mais là, ça fait deux fois.

-Tu avais un âne dans ta poche.

-Mais non, il n'aurait pas pu rentrer.

Ils furent interrompus par le rire de Kamu, qui ne perdait pas une miette de la conversation.

Les deux petites revinrent se placer devant le change-forme, et lui tendit une petite fée, qu'il saisit avec délicatesse.

-C'est parce que tu es belle comme une fée.

-C'est trop gentil.

Il se pencha et embrassa les sœurs, quand un cri raisonna.

-Qu'est-ce que ?

Kamu sentit qu'on lui arracha des mains la figurine.

-C'est la décoration d'un grand créateur finlandais ! Elle n'aurait jamais dû quitter sa boite. Qui l'a sortit ?

François plaida coupable. Aussitôt, Anne-Laure arriva à la rescousse.

-Mais enfin, pourquoi tu as fait ça ? Tu vois bien que c'est une pièce de collection ?!

-Où est l'emballage ?

Elles disparurent toutes les deux, laissant les petites filles en plein désarroi.

-Ce n'est pas grave, déclara avec un sourire Kamu. Je vais en prendre une autre.

Les gamines hésitèrent avant de lui tendre la seule figurine du sac restante : un homme armé d'un bâton au bout duquel brillait une étoile.

-C'est un magicien, déclara Candice d'une voix attristée. Ca ne va pas.

Kamu prit la décoration dans sa main.

-Tu veux que je te raconte l'histoire de ce magicien ?

Les petites hochèrent la tête surprise.

-Avant, c'était une jolie princesse, mais un méchant lui a jeté un sort. Elle est devenue ce magicien. Ce n'est que lorsqu'elle trouvera l'homme qu'elle aime qu'elle redeviendra une belle princesse. Alors tu vois. C'est une belle princesse, à l'intérieur. Même si son apparence laisse penser le contraire.

Les fillettes hochèrent la tête.

-Son vœux, ça sera de redevenir une princesse ?

-Non ça sera que l'homme qu'elle aime, l'aime en retour. Je vais le garder précieusement.

Rassurées par les paroles apaisantes de Kamu, les sœurs partirent jouer un peu plus loin.


Texte publié par Nascana, 28 décembre 2018 à 02h17
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