Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 1, Chapitre 10 Tome 1, Chapitre 10
Contrairement à ses parents, Lily ne s’était pas souvent rendue dans cette salle. Après tout, elle n’avait jamais eu beaucoup de prétextes pour y aller, et elle n’en était pas mécontente. Dans tous les cas, elle se serait très bien passée de cette visite-ci. Voir son ami dans cet état lui serrait le cœur, et une boule de culpabilité lui enserrait la gorge alors qu’elle songeait que c’était en partie sa faute. Il s’était retrouvé là à cause d’elle, d’une part parce que c’était elle qui les avait menés dans la Salle sur Demande, devant le Calice, d’autre part parce qu’elle n’avait jamais voulu considérer un tant soit peu les paroles de Luna. Et voilà le résultat à présent.
    Le visage déjà naturellement pâle du jeune Malefoy était carrément livide, et marqué de nombreuses contusions. Et on devinait à peine le reste de ses blessures, camouflées par de nombreux bandages et des plâtres. Seule leur étendue était estimable : tout son corps était touché. Mais vu sa proximité avec l’explosion, ce n’était pas une surprise ; en vérité, sa survie en était une.
    En pensant à cela une fois encore, Lily sentait les larmes lui piquer les yeux, et elle ne chercha ni à les dissimuler, ni à les arrêter. Qu’elles tombent, après tout ; son ami était gravement blessé, inconscient, les membres fracturés et de nombreuses brûlures parcouraient son corps, à cause d’elle. C’était lui qui avait eu la mauvaise idée de se placer aussi près de l’Objet, essayant de la convaincre que sa défiance était inutile. Mais c’était de sa faute à elle s’il avait eu cette idée malencontreuse.
    Elle leva une main tremblotante pour la poser sur la joue de son ami, tandis qu’une larme s’échappa finalement de son œil et glissa sur sa joue.
    - Je suis désolée. Tellement désolée…
    Elle commença à effleurer la peau de son ami du bout des doigts, jusqu’à buter contre les bandages. Elle n’osa pas aller plus loin, et sentit juste sa mâchoire se contracter.
    - Tu sais, je… ça ne peut plus continuer comme cela, finit-elle par avouer.
    A partir de ce moment-là, elle décida de dire tout ce qu’elle avait sur le cœur, dans l’espoir de se décharger quelque peu de ce poids qui lui pesait sur le cœur et de pouvoir faire le tri dans ses pensées. Car jusqu’à présent, elle avait été sûre de ce qu’elle pensait, mais plus maintenant. Plus depuis quelques temps, déjà, mais surtout plus après ça.
    - Il… Il se passe trop de choses étranges, Scorp’. Je ne peux pas rester sans rien faire, continua-t-elle après avoir marqué un temps d’hésitation. Quelque chose ne va définitivement pas, et ça ne peut pas s’expliquer juste par des vols de quelques cinglés ou autre chose. Il… il n’y avait personne ! Et… tout va dans le sens des paroles de Luna, tout ce qui s’est passé, les Objets volés !
    Certainement qu’à ce moment-là, Scorpius aurait réagi, devinant la suite de ses paroles. Mais il ne le pouvait pas et ne le fit pas, et Lily pinça des lèvres face à ce constat. Elle aurait tellement préféré que ce fût le cas.
    - Que ce soit les Nargoles ou autre chose, qu’importe. Tout ce qu’a prévu Luna s’est finalement produit, alors… Je vais aller lui parler. Elle sait des choses, je ne sais pas comment, et elle seule semble pouvoir m’aider à y voir plus clair. Je… je n’irai pas jusqu’à dire que je crois désormais aux Nargoles ou aux Gardiens de Sceaux, mais… on verra. Peut-être a-t-elle raison, peut-être a-t-elle tort. Mais finalement, je n’ai rien à perdre à l’écouter. Il me suffira ensuite de… trier les informations. Enfin… même si…
    Elle vit du coin de l’œil une silhouette approcher, et se redressa. Elle ne souhaitait pas que quelqu’un entende ses confessions, ayant encore un peu de mal à assumer l’idée qu’elle commençait à prendre au sérieux les paroles de Luna. Et puis de toute façon, il lui fallait trouver un moyen de la contacter. Elle reconnut la tignasse brune de son frère tandis qu’il se rapprochait d’eux. Elle se raidit.
    - A plus tard, chuchota-t-elle alors au corps de son ami, et après avoir retiré une mèche de cheveux qui lui couvrait l’œil, elle recula et commença à partir.
    - Lily…, commença Albus avec un regard désolé, mais Lily détourna le sien, et continua de s’éloigner.
    - Ce n’est pas de ta faute, tu sais, entendit-elle dans son dos, et elle se mordit la lèvre pour retenir un sanglot.
    Elle ne se retourna pas non plus à ces mots, et accéléra le pas pour rejoindre la porte. Jusqu’à ce qu’elle sorte, elle sentit le poids du regard de son frère sur elle. Elle savait que c’était vrai, qu’elle aurait été loin de se douter de ce qui était sur le point de se produire, et ce même si elle avait cru aux paroles de Luna dès le début. Pourtant, elle se sentait quand même responsable, et elle n’arrivait pas à se départir de ce sentiment. Elle ne parvenait pas non plus à se pardonner. Pas encore.
    
**

    - Lysandre…, interpella Lily d’une voix faible le jeune homme qui se tenait à quelques pas devant elle.
    Le couloir était presque vide à cette heure, l’essentiel des élèves étant occupé à manger dans la Grande Salle. Elle-même avait refusé de suivre ses amis, prétextant avoir quelque chose à faire auparavant. Ce qui était vrai : il lui fallait contacter Luna. Et à sa connaissance, seules quelques personnes ici pourraient la renseigner. Sa mère l’aurait pu, également, mais il lui aurait fallu attendre, et ils avaient assez perdu de temps comme cela. A cause d’elle, tous les Objets étaient réunis, et le sort, pour ce qu’elle en savait, pouvait être lancé d’un moment à un autre.
    Le jeune homme s’arrêta et se retourna. Il la dévisagea d’un air surpris, tandis qu’elle réduisait la distance entre eux. Il fronça les sourcils face à son visage fatigué, et aux cernes qui se formaient sous les yeux de la jeune fille.
    - Quelque chose ne va pas ?
    Elle savait qu’il signifiait par-là « Autre chose que ton ami inconscient à l’infirmerie », bien sûr. Tout le monde au sein de l’École était au courant de l’explosion dans la Salle sur Demande, qui était temporairement condamnée, elle ainsi que les couloirs adjacents, et ce, même s’ils n’avaient pas tous les détails – ce qui, bien sûr, faisait jaser, et inquiétait en même temps.
    Lily retint un soupir, et préféra être directe :
    - J’aurais besoin de contacter ta mère.
    Lysandre la fixa quelques secondes, semblant réfléchir à la raison de ce revirement – elle avait fait tant d’efforts pour l’éviter, ces derniers temps – avant que son visage ne s’éclaire sous le coup de la compréhension.
    - C’est à cause de ce qui s’est passé dans la Salle sur Demande ? demanda-t-il juste pour confirmation.
    Lily acquiesça juste, la gorge nouée. Heureusement, Lysandre se contenta de cela, et hocha la tête. Mais certainement était-il déjà au courant. Pour le Calice. Par sa mère. Il se tourna, semblant lui montrer le couloir face à elle.
    - Veux-tu l’envoyer maintenant ?
    Lily acquiesça une nouvelle fois avec gratitude, et suivit Lysandre lorsqu’il se mit à marcher. Ils traversèrent en silence les couloirs de la volière, et comme d’habitude, la nonchalance tranquille du jeune homme l’apaisa. Ce fut donc presque détendue qu’elle pénétra dans la volière, et les caquètements des oiseaux assaillirent ses oreilles. Avant, cela la faisait grimacer, mais elle avait l’habitude à présent, même si elle aurait préféré ne pas quitter le silence des couloirs.
    Lysandre se dirigea vers un grand-duc marron grisâtre de taille moyenne, et lui donna une poignée de graines qu’il sortait d’elle ne savait où. Après avoir extrait un parchemin de son sac, Lily s’assit à même le sol pour rédiger son message. Mais ne sachant pas quoi dire – s’excuser ? lui donner rendez-vous ? – elle se contenta d’écrire qu’elle avait besoin de lui parler de vive voix, à propos des événements récents. Si elle devait s’excuser, elle le ferait aussi de vive voix.
    Elle se releva, roula le bout de parchemin qu’elle venait de déchirer, et le tendit à Lysandre qui l’inséra dans le petit étui accroché à la patte du volatile.
    - Ce sera lui qui réceptionnera la réponse. Si tu voudras lui envoyer d’autres messages par la suite, utilise-le ; c’est le seul qui puisse entrer chez nous. Un sort de protection entoure la maison.
    - A cause des Nargoles ?
    Pour la première fois, aucune ironie, moquerie ou cynisme ne se cachait derrière ces mots ; c’était une véritable question. Lysandre perçut la nuance et lui adressa un sourire doux en réponse. Cela en tira un à la jeune fille.
    - Entre autres.
    Lily hocha la tête et tendit la main vers l’oiseau, jusqu’à ce que le bout de ces doigts effleure les plumes de son aile. L’oiseau ne réagit pas au contact, se contentant de la fixer de ses yeux ronds.
    - Ne t‘inquiète pas. Il n’est pas craintif, tu pourras l’approcher sans problème. Il a compris que tu étais avec moi.
    Lily se sentit légèrement rosir à ses paroles, bien qu’elle sût qu’elles n’avaient aucune connotation particulière. Elle se sentit aussitôt idiote de réagir ainsi pour si peu et surtout dans une telle situation.
    Lysandre recula d’un pas et Lily écarta sa main pour laisser le hibou s’envoler. Elle le regarda s’éloigner, jusqu’à ce qu’il ne forme qu’un petit trait noir qui disparut rapidement dans les nuages. Après quoi, elle reporta son attention sur le jeune homme qui la fixait d’un air indéchiffrable. Elle ne sut comment l’interpréter.
    - Nous devrions aller manger, avant que la Grande Salle ne soit fermée.
    Lily marqua son assentiment, et sur ces mots, ils quittèrent la pièce d’abord dans le silence. Elle savait que depuis le temps qu’elle était partie, ses amis avaient déjà dû finir de manger. Elle se tourna alors vers le jeune homme, le regard presque suppliant. Elle ne voulait, et ne pouvait pas être seule ; il lui fallait attendre la réponse de Luna, en espérant qu’elle fut positive, et elle ne souhaitait en aucun cas se laisser ronger par la culpabilité, et son esprit divaguer sur ce qu’auraient pu être les événements si elle avait réalisé plus tôt. Toute distraction était donc bienvenue, et Lysandre pouvait la lui fournir ; après tout, ils étaient amis, à présent.
    - Je… je peux manger avec toi ? Je veux dire… mes amis ont déjà dû finir, et –
    - Si tu veux, accepta Lysandre, souriant.
    Elle en fut doublement heureuse : il était d’accord, et il semblait même plutôt réjoui par sa proposition.
    Ils ne parlèrent pas davantage, et n’en eurent pas besoin ; elle lui prit la main, juste dans l’espoir de se détendre et de ne penser à rien, si ce n’était à l’instant présent, et Lysandre la laissa faire, sentant qu’elle en avait véritablement besoin. Comme un ami. Et pendant quelques instants, elle parvint à ne plus penser aux Nargoles, aux Objets, et à Scorpius allongé sur son lit d’infirmerie. Elle se sentit juste apaisée, et aurait voulu que ce sentiment ne cesse jamais.
    
**

    - Ne me dis pas que tu comptes sérieusement y aller ?!
    Le sourire de Lily quitta aussitôt ses lèvres, et elle lança un regard agacé à la moue indignée de son ami. C’était lui qui était sur ce fichu lit à l’infirmerie, lui qui s’était pris cette foutue explosion en plein dans la tête, et il parvenait encore à réagir de la sorte ? Et dire qu’il venait ainsi de gâcher leur moment de retrouvailles, alors qu’il venait à peine de se réveiller – ce qui, en soi, relevait de l’exceptionnel. L’infirmière avait réellement fait des miracles. Le premier jour, ils avaient hésité à l’envoyer à Sainte-Mangouste – mais son état était alors trop instable. Et à l’heure actuelle, il était réveillé – bien réveillé, cet imbécile. Son cerveau cynique et récalcitrant, au moins. Stupide Malfoy.
    Luna avait rapidement répondu à son message, et au grand soulagement de la jeune fille, elle ne semblait pas lui tenir rigueur de quoi que ce soit, se contentant de lui demander quand elle serait disponible pour cela, et où, sachant qu’elle-même travaillait chez elle, et que ce ne serait donc pas un problème. A cause de son emploi du temps, et du fait qu’elle était toujours à Poudlard, Lily ne pouvait pas sortir aisément, mais elle avait fixé leur rendez-vous à trois jours après l’envoi du premier message, à la Cabane Hurlante. C’était un lieu près de Poudlard, accessible pour l’une comme pour l’autre. Même si bien sûr, cela impliquait aussi qu’elle-même devrait filer en douce la nuit hors de son dortoir, et ce malgré l’interdiction. Mais elle n’avait pas le choix ; les semaines suivantes s’avéraient être affreuses, et elles ne pouvaient se permettre de perdre trop de temps à attendre un moment plus propice. Elles en avaient déjà perdu assez comme cela.
    Mais Scorpius ne suivit en aucun cas le même cheminement de pensées, car il secoua la tête, grimaça lorsque les douleurs se réveillèrent, et il se tortilla quelques secondes pour trouver la position la moins inconfortable. Cela prit encore un petit moment avant qu’il ne se fige complètement.
    - Sérieusement, Lily, que s’est-il passé pendant que j’étais inconscient pour que tu songes à croire ce que cette femme te raconte ? C’est du grand n’importe quoi !
    - Parce que tu es ici pour quoi, à la base, idiot ? rétorqua vertement la jeune fille en s’asseyant sur le matelas, obligeant Scorpius à se décaler de quelques millimètres avec un grognement sourd.
    Et forcément, il dut retrouver à nouveau la position la moins inconfortable possible – de telle sorte qu’il ne répondit qu’au bout de plusieurs dizaines de secondes.
    - Quoi, l’explosion ? Mais ça ne prouve rien du tout ! s’exaspéra-t-il en roulant des yeux. Plein de choses peuvent expliquer ce qui s’est passé ! Ça ne prouve en rien l’existence de ses Nargoles, et encore moins qu’ils veulent détruire Londres, ou n’importe quoi d’autre ! Mais qu’est-ce qui te prend, tout à coup ?
    Lily soupira de dépit, partagée entre le désarroi et l’énervement qui montaient face à l’obstination de son ami.
    - Je me fous que ce soit des Nargoles ou autre chose, avoua-t-elle finalement, et avant que Scorpius ne put la couper, tandis que dans ses yeux se dressait une lueur victorieuse, elle ajouta : Mais quoi que ce soit, les choses se sont produites comme l’avait dit Luna ; elle sait des choses, je ne sais pas comment, mais elle est certainement la seule susceptible de m’aider.
    - Et en quoi ? ricana-t-il. Elle n’est venue que pour te demander de l’aide, justement ! C’est plutôt elle qui compte sur toi. Alors vous êtes mal barrées, dans ce cas ! Et par Merlin, en quoi ça te concerne, sérieusement ?
    Lily prit une expression indignée à ces derniers mots.
    - En quoi ça me concerne ? On parle de la destruction de Londres, espèce d’imbécile ! En quoi ne me sentirais-je pas concernée ? Tu crois réellement que ça ne me ferait rien, si tous les gens qui y vivent meurent alors que j’aurais pu faire quelque chose pour l’en empêcher ? Non !
    Malgré cela, Scorpius secoua la tête, presque désemparé face à l’obstination étrange de son amie. Il ne comprenait définitivement plus rien à sa logique.
    - Et en quoi pourrais-tu faire quelque chose ? Parce que tu t’y connais en Objets Magiques, toi ? En Sceaux ? Sérieusement !
    - Non. Mais mon père non plus ne connaissait pas grand-chose en Horcruxes, et en plein d’autres choses encore. Ce n’était qu’un adolescent de dix-sept ans à l’époque, et cela ne l’a pas empêché de partir pendant un an à leur recherche et de vaincre le Seigneur des Ténèbres.
    La réflexion tira un silence stupéfait au jeune homme. Mais après quelques secondes, il bégaya :
    - Ça n’a rien à voir.
    Le regard déterminé de la jeune fille ne le perturba que davantage. Par Merlin, mais que s’était-il donc passé pendant qu’il était inconscient ?
    - Non, et en même temps si. Écoute, je ne te demande pas de la croire, fit-elle d’un ton plus doux, posant sa main sur l’épaule du jeune homme par la même occasion, moi-même je ne crois pas forcément à tout ce qu’elle a raconté, mais beaucoup de choses collent avec ce qu’elle avait prédit. Elle mérite au moins le bénéfice du doute, et d’être écoutée.
    - Parce que ce n’est pas ce que tu as fait ces dernières semaines ? râla-t-il, mais le ton était moins incisif que précédemment, et se faisait même las.
    Peut-être commençait-il à abandonner l’idée d’absolument la convaincre de ne pas y aller – mais de toute façon, qu’il fût d’accord ou non, cela ne changerait rien pour elle. Elle n’avait pas besoin de sa bénédiction. Quoiqu’il en soit, elle irait.
    - Non. J’ai surtout passé mon temps à éviter la discussion, et à jouer la suppliciée quand elle essayait de m’en parler. Là je vais aller l’écouter. Vraiment.
    Scorpius la fixa quelques secondes en clignant des yeux, avant de soupirer avec emphase. Finalement, il haussa les épaules – bien que le mouvement fût peu ample, pour ne pas davantage tirer sur ses plaies. La main de la jeune fille glissa le long de son bras, et se posa finalement sur sa cuisse. Il y planta son regard durant quelques secondes, pour ensuite expirer bruyamment. De toute façon, que pouvait-il y faire ?
    - Je suppose que je n’arriverai pas à te convaincre de ne pas y aller… C’est une perte de temps, mais soit, tu es grande, et puis ce n’est pas comme si c’était dangereux.
    - Je n’attendais pas ton accord, souffla Lily, toutefois satisfaite que Scorpius ait fini par céder – non pas à partager son opinion, mais au moins à lui foutre la paix avec ça.
    Le jeune homme la dévisagea de son regard gris en réponse, la mine sérieuse.
    - Je sais.
    
**

    Le cœur de Lily accéléra tandis qu’elle s’approchait du dortoir des garçons. Jamais auparavant elle n’avait profité du fait que les filles pouvaient y accéder sans problème, alors que l’inverse n’était pas vrai, mais à l’heure actuelle, elle ne pouvait qu’en être soulagée. Car, malgré qu’elle ait retourné la situation dans sa tête plusieurs fois, elle ne voyait pas comment demander ce service à Albus. Pourtant, Scorpius n’avait pas dû se gêner de le mettre au courant, elle avait bien senti son regard scrutateur peser sur elle. Mais voilà, elle ne voulait pas d’un sempiternel discours sur la crédibilité que l’on pouvait accorder aux propos de Luna et sur sa tendance à inventer toutes sortes de créatures imaginaires – même si cela aurait plutôt tendance à amuser son frère. Elle n’en avait pas besoin, elle pensait la même chose qu’eux encore quelques jours plus tôt. Et à cause de cela, elle n’était pas sûre qu’il accepte.
    Le problème était qu’elle n’était pas sûre non plus qu’il disposait réellement de la cape d’invisibilité de leur père, ni qu’il l’avait bien laissée dans son dortoir. Mais elle serait rapidement fixée : un simple Accio suffirait.
    La porte s’ouvrit et elle se glissa rapidement à l’intérieur tout en balayant la pièce du regard. Elle était plongée dans la pénombre, et seules quelques raies de lumière perçaient à travers les vitres. Les rideaux fermaient les lits, l’empêchant de voir ceux qui les occupaient, et donc de savoir qui était où. Mais cela les empêchait également de la voir, elle.
    Lily sortit sa baguette, et murmura le sort d’une voix si ténue qu’elle ne s’entendit pas parler elle-même. Elle attendit ensuite quelques secondes, se raidissant au fur et à mesure que le temps s’égrenait, jusqu’à ce qu’une masse informe et sombre ne parvienne à sa hauteur. Elle l’attrapa, et un sourire victorieux se dessina sur son visage à ce toucher si reconnaissable. Elle n’attendit pas plus pour sortir et se précipiter vers la salle commune, la cape sous le bras.
    Elle s’en vêtit avant de s’introduire dans le couloir plongé dans l’obscurité. N’osant pas jeter un sort pour obtenir de la lumière, au risque de se faire repérer, elle y alla à tâtons en rasant le mur, se fiant à sa mémoire pour la guider. Tout en se maudissant de ne pas avoir pensé à également « emprunter » la Carte du Maraudeur, lorsqu’elle se souvint de son existence, à son frère, qui devait très certainement l’avoir, bien qu’il ne le lui ait jamais dit. Mais la vérification aurait été rapide.
    Elle connut bien un instant de panique lorsqu’une masse poilue frôla sa jambe, qui lui fit aussitôt penser à Miss Teigne – et elle songea quelques secondes plus tard que ce ne pouvait être le cas car elle devait être morte depuis un moment déjà, et elle-même ne l’avait jamais rencontrée. Puis elle se rendit compte que de toute façon, la robe ne correspondait pas – trop sombre. Et elle n’était même pas sûre que cela ait été réellement un chat. Mais aucun autre animal ne lui venait à l’esprit, au vu de la taille et de la forme vague qu’elle avait pu apercevoir.
    Pour le reste, le trajet se fit sans encombre – elle ne croisa même pas les préfets durant leurs rondes, lui évitant ainsi d’avoir à slalomer entre eux discrètement. Cependant, elle ne considéra cette étape comme pleinement derrière elle que lorsque la porte du château se referma derrière elle. Il lui restait encore à traverser le Parc jusqu’à la Cabane Hurlante, mais comme elle était invisible et qu’il n’y avait personne, ce n’était pas un problème. De plus, bien que la lune ne fût pas pleine, elle offrait une luminosité suffisante, qui contrastait avec les ténèbres des couloirs du château.
    En cette nuit, le temps était calme, et pas un vent ne sifflait ni ne la poussait. Lily n’eut donc aucun problème pour avancer, et atteignit la Cabane Hurlante après plusieurs minutes, qui lui avaient paru interminables. La vue de la sombre bâtisse déformée ne l’engageait pas à s’approcher, mais elle continuait de marcher tout en fouillant les alentours des yeux pour détecter la présence d’une silhouette.
    Arrivée face à la porte tout juste à l’heure du rendez-vous, Lily se stoppa et enleva la cape qu’elle revêtait, pour la coincer sous le bras. Puis elle attendit. Au bout de quelques minutes, elle se demanda si, dans le message, elle avait précisé ou non ‘à l’intérieur’ concernant le lieu de rencontre, mais elle ne parvint pas à s’en rappeler. Elle attendit encore quelques minutes dehors, puis se décida à tenter un coup d’œil à l’intérieur de la maison. Mais un ‘plop’ la fit sursauter tandis qu’elle posait sa main sur la poignée, et la soulagea grandement – elle ne souhaitait décidément pas s’introduire à l’intérieur de la Cabane.
    - Je suis désolée d’arriver si tard.
    Lily se retourna, et bien que les ombres masquassent l’essentiel des traits du visage de son interlocutrice, elle la reconnut à ses cheveux d’un blond pâle et à ses yeux clairs. Et même sans cela, sa voix seule avait suffi à décliner son identité.
    A moins que quelqu’un se fit passer pour elle. Mais une potion était nécessaire pour réaliser une telle chose, et l’observation seule ne suffirait pas à le deviner. Mais cette vague et brève inquiétude était certainement infondée – personne n’aurait d’intérêt à interférer dans cette histoire, aucun sorcier du moins.
    - Luna, fit Lily avec un sourire timide, soulagée par sa venue.
    Puis elle ne sut quoi dire d’autre, et plongea dans un mutisme gêné. Elle était assez surprise du regard de Luna : la quadragénaire était simplement intriguée, et curieuse de connaître la raison de cette rencontre. Lily se serait attendue à y voir aussi et surtout comme une lueur de reproche, ou de la rancœur après tous les rejets qu’elle lui avait infligés.
    - Pourquoi voulais-tu me parler ? lâcha alors Luna, la fixant de ses grands yeux en penchant légèrement la tête sur le côté.
    Lily se sentit aussitôt idiote de son silence, et commença à bégayer, ne sachant par où commencer :
    - Je, euh… Tu es au courant de ce qui s’est passé, il y a trois jours ?
    Luna acquiesça.
    - Tu veux parler de la Salle sur Demande ?
    - Oui.
    Luna hocha de nouveau la tête.
    - Oui. Oui, c’est paru au journal. Tu y étais, il me semble ?
    - Oui, mais comment –
    - Lysandre m’en a parlé. Il m’a également dit pour Scorpius. Je suis désolée.
    Repenser à ces événements serra aussitôt la gorge de la jeune fille, qui déglutit avant de lâcher :
    - Oh, non, c’est – Scorp’ est réveillé. Il a été… mais il est réveillé.
    Lily ne détailla pas et heureusement, Luna n’insista pas, se contentant d’adopter un visage compréhensif. Lily se racla la gorge, gênée, mais Luna enchaîna dans un murmure – d’une voix si faible que Lily ne fut pas sûre que la question lui eût réellement été posée :
    - Ils ont récupéré le Calice, n’est-ce pas ?
    Cependant, elle l’avait entendue, et elle se sentit obligée de répondre – d’autant que cela expliquait son revirement soudain, et sa résolution nouvelle :
    - Oui. Je ne sais pas comment ils ont procédé, exactement – mais ça a explosé, et le Calice n’était plus là.
    Luna acquiesça en silence, et Lily, sentant la culpabilité revenir au galop et grimper en flèche en elle, et son ventre se nouer, se sentit obligée de s’excuser :
    - Écoute, Luna, je-je suis désolée pour, euh… tout ce que j’ai pu te dire ces derniers jours – enfin surtout, ce que j’ai pu faire. T’éviter comme ça n’était pas la chose la plus intelligente à faire, et puis ce que tu disais me paraissait tellement… improbable, qu’au fond, je n’y ai jamais réellement réfléchi – enfin, je veux dire, je n’ai jamais remis en cause ce que je pensais être la vérité, ce que mes parents pensaient être la vérité, et –
    - Tu n’as pas à t’excuser, tu sais, l’interrompit Luna avec un léger sourire, tandis qu’elle-même cherchait ses mots. Je comprends.
    Lily marqua un temps d’arrêt, d’abord trop étonnée pour rétorquer quoi que ce fût. Elle comprenait ? Elle comprenait que tout le monde eût pris, et prît encore, ses propos comme des élucubrations délurées et n’eussent jamais pris quelques secondes pour se questionner sur leur possible véracité ? Ces quelques mots eurent l’effet d’une douche froide pour Lily. Elle aurait dû leur en vouloir, même un peu – après tout, l’avenir de Londres était en jeu. Dire qu’elle était gentille et pas rancunière était un doux euphémisme.
    Lily comprit encore moins lorsque Luna adopta alors une petite moue embarrassée, comme si elle allait dire quelque chose dont elle mourrait d’envie mais que quelque chose la gênait en cela. Or, d’elles deux, elle était celle qui ne devrait pas le moins du monde ressentir ce genre de chose – c’était elle-même qui –
    - Pourquoi me dis-tu tout ça maintenant ? Cela veut-il dire que tu, euh… acceptes de m’aider ?
    La jeune fille comprit que c’était le moment d’expliquer le pourquoi de sa venue ici. Même si Luna ne semblait lui tenir aucune rigueur ni réclamer de quelconques explications, Lily avait besoin d’en parler – pour Luna, et pour elle-même.
    - Jusqu’à la fin des vacances, je ne croyais à rien de ce que tu me racontais. Et pourquoi l’aurais-je fait ? Tu évoquais des vols qui commençaient à dater, et en prédisait d’autres qui ne semblaient pas vouloir se produire ! Je me demandais juste pourquoi tu t’acharnais autant sur moi, pourquoi moi précisément, mais sans y réfléchir davantage – je m’agaçais juste de ton insistance, et le fait que les autres, mes amis, mes parents, me disaient la même chose, me renforçait dans cette conviction. Puis, les vols ont repris…, les vols des Objets dont tu avais parlé !
    Luna se rendit alors compte que Lily parlait davantage pour elle-même et lâchait toutes ses pensées à ce sujet. Elle était perdue, ses repères semblaient s’effacer, et elle souhaitait juste ordonner les événements et comprendre. C’est pourquoi elle la laissa continuer, malgré son envie d’intervenir pour qu’elle cessât de culpabiliser de la sorte.
    - Tout d’abord, ceux au Ministère… Je savais ce qu’ils étaient, avec la liste que tu m’as fournie… Mais je ne voulais pas encore y croire, ça paraissait tellement improbable, et en même temps, je ne pouvais m’empêcher de m’inquiéter pour le dernier Objet, celui de la Salle sur Demande… Il n’a pas fallu longtemps avant que je n’aille régulièrement dans cette Salle, juste pour me rassurer, et m’assurer que tu avais tort, que cette histoire de sort et de destruction de Londres n’était que du grand n’importe quoi.
    Le regard de Luna s’adoucit plus que cela n’était encore possible – ses fils lui en avaient parlé, ayant croisé la jeune fille à plusieurs reprises, mais c’était autre chose que d’entendre la principale concernée le confirmer. Lily ne se rendit pas compte de son émoi, prise dans son quasi-monologue.
    - Mais ça ne m’empêchait pas d’y aller de plus en plus souvent, et Scorpius le savait et a essayé de m’en dissuader… Jusqu’à il y a trois jours. C’était la même chose, je m’étais bêtement plantée devant ce stupide Calice, inquiète mais sans comprendre pourquoi – sans vouloir comprendre pourquoi – et Scorpius qui s’est mis entre moi et l’Objet, pour me prouver qu’il ne se passait rien et qu’il ne se passerait rien. Mais il s’est passé quelque chose : et Scorpius en est ressorti blessé, et le Calice a disparu. Alors, même si je ne sais plus quoi penser de l’existence des Nargoles, et que le fait que je sois une… Gardienne de Sceaux me laisse un peu sceptique, je ne peux pas rester sans rien faire, et tu sais des choses que les autres ne savent pas – et ne veulent sans doute pas savoir, d’une certaine façon.
    - Donc… tu acceptes ? lâcha finalement Luna, le ton plein d’espoir.
    La tirade de Lily avait ému Luna bien plus qu’elle ne l’aurait cru. Même si elle ne croyait pas totalement à tous ses propos, non seulement elle lui laissait le bénéfice du doute, mais elle semblait vouloir également lui accorder l’opportunité de lui prouver la véracité de ses dires. Et c’était tout ce qu’elle souhaitait – ça, et empêcher les Nargoles de mettre leur plan à exécution, bien entendu.
    Lily la fixa quelques secondes d’un air surpris, avant de montrer son assentiment.
    - Oui. Enfin… Même si pour le coup, ce serait plutôt toi qui m’aiderais.
    Luna se contenta de lui sourire en retour, rayonnante. Elle n’aurait pas pu rêver d’une meilleure réponse.

Texte publié par Ploum, 5 décembre 2018 à 17h53
© tous droits réservés.
«
»
Tome 1, Chapitre 10 Tome 1, Chapitre 10
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
1314 histoires publiées
625 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Sfm
LeConteur.fr 2013-2019 © Tous droits réservés