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Tome 1, Chapitre 9 Tome 1, Chapitre 9
Une journée normale. Une très bonne journée normale, qui démarrait si bien. Rien d’anormal à première vue – sachant que la normalité était différente au sein de l’École vis-à-vis de l’essentiel du reste du monde – ni rien de mauvais – quelque fût le degré. Pas de mauvaises notes susceptibles d’arriver de sitôt – ils n’étaient revenus de vacances que depuis une semaine –, pas de destruction de villes, pas de créatures fantasques sorties tout droit de l’imagination de quelques énergumènes, pas de Sceaux à garder – ou quoi que ce fût d’autre à faire avec… Alors, pourquoi ce mauvais pressentiment ?
    Lily louchait présentement sur son pudding dégoulinant de sirop, presque comme si elle se demandait ce qu’il fichait là. Sauf qu’elle ne se posait pas la question. En fait, elle ne pensait pas du tout à ce foutu pudding. Juste à cette sensation étrange qui s’insinuait peu à peu en elle, tel un serpent rampant dans un tunnel pour se lover dans son trou – le trou en question étant son cerveau, à l’heure actuelle. Mais pourquoi ? Elle n’avait rien fait, rien lu, rien entendu qui puisse l’expliquer ! Juste cette sensation, apparue comme ça, d’un coup, tandis qu’elle posait ses fesses sur le banc dans la Grande Salle.
    Et le regard étonné de Scorpius ne l’aidait pas du tout à comprendre.
    - Ça ne va pas ?
    Pourquoi en était-il venu à l’idée qu’elle n’allait pas bien ? C’était une bonne question, dont elle se fichait pas mal de la réponse, en réalité. Au moins s’était-il rendu compte de son soudain changement d’humeur – elle était si enthousiaste, à peine quelques minutes plus tôt. A présent elle était songeuse, et un peu désarçonnée. Et inquiète. Mais de cela, elle n’avait aucune idée du pourquoi.
    - Ouais. Ouais, fit-elle d’un ton peu convaincu, ce qui ne le convainquit pas du tout.
    Cependant il n’insista pas, reprenant sa discussion avec Albus qu’il avait interrompu pour se tourner vers elle. Mais parfois, elle sentait quelques regards posés sur elle, qui lui indiquaient qu’il n’avait pas complètement abandonné pour autant. Mais cela ne lui aurait pas servi à grand-chose : elle n’en savait pas plus que lui. A part qu’elle était inquiète.
    Lily reporta son regard sur son pudding encore intouché et le fixa d’un œil malheureux. Elle n’avait presque rien mangé, mais le stress lui nouait l’estomac, de sorte qu’elle se sentait incapable d’avaler quoique ce fût. Enfin, quoique ce fût de relativement solide, parce qu’elle avait déjà englouti plusieurs verres de jus de citrouille. Pourtant, sa bouche était presque toujours aussi sèche. Un mystère.
     Abandonnant définitivement l’idée de comprendre, Lily soupira et d’un coup de baguette, transféra son bout de pudding dans une barquette pour la ranger dans son sac. Avec sa diète matinale, elle était sûre de mourir de faim en milieu de matinée, et elle ne souhaitait pas le moins du monde faire une crise d’hypoglycémie en cours. Elle prit également quelques morceaux de pain et une pomme, et fourra le tout au même endroit. Puis décida d’attendre que ses amis terminent – du moins ceux de son année, car ils avaient cours – et se mit à suivre les conversations entre eux ; malgré que la semaine fût passée, la plupart parlaient encore de leurs vacances et de leurs cadeaux.
    William était en train de décrire avec enthousiasme ses vacances aux Highlands près du lac du Loch Ness lorsqu’une masse de hiboux émergea pour lâcher diverses lettres, paquets et colis sur les grandes tables. Lily vit tomber un journal ficelé dans son assiette vide, qu’elle saisit. Elle détacha le cordon qui le retenait en un rouleau, le déplia, et jeta un coup d’œil ennuyé sur la première page tandis que le quasi monologue de William se poursuivait sans discontinuer. Une énorme photo faisait la une de la première page mais elle ne s’y attarda pas, balayant juste du regard les gros titres. Elle allait replier le journal dans le but de le lire plus tard, écoutant toujours distraitement son ami, lorsqu’elle sursauta.
    Elle venait à peine de comprendre le titre de l’article de l’énorme photo, et de reconnaître sur celle-ci son père au Ministère, tandis qu’ils constataient l’absence d’Objets. Elle sentit son sang se glacer, et son inquiétude grandir en elle, tandis qu’elle parcourait les pages pour arriver à celle à laquelle renvoyait la référence. L’article se trouvait en haut de la page, et une autre photo, assez similaire à la première, permettait de le repérer aisément. Ce n’était pas possible. Luna se trompait. Ce sort n’existait pas, les Nargoles n’existaient pas, et des vols, il y en avait presque tous les jours. C’était ridicule.
    Ses tentatives pour calmer la peur qui grandissait en elle ne l’empêchèrent pas de lire l’article avec empressement. Comme une partie d’elle-même s’y attendait – tout en espérant que ce ne fût pas le cas – ils n’avaient que peu de choses à dire : en effet, il n’y avait aucune trace d’effraction, ni aucune susceptible de les aider à remonter aux responsables, du moins pour l’instant. Ils ne faisaient pas le rapprochement avec les vols de novembre, mais l’article était tout aussi peu fourni qu’à ce moment-là tant le manque cruel de preuves était évident. Seule information connue : la nature des deux Objets volés.
    Deux. Pas vingt, pas dix, pas trois, seulement deux. L’auteur de l’article s’en étonnait, d’ailleurs, car ces Objets étaient stockés avec d’autres tout aussi, voire plus dangereux, et certains avaient une puissance et une valeur bien supérieures à ces deux-là. Mais seuls ceux-là avaient été dérobés. Et hormis le fait d’être des Objets de magie noire, aucun lien ne semblait les relier.
    Un mystère.
    Et l’esprit de Lily ne pouvait s’empêcher de dériver vers cette chère Luna, et vers sa théorie loufoque, qui avait le mérite d’expliquer un aspect de cette affaire. La raison pour laquelle seuls quelques Objets sans lien connu entre eux avaient été volés.
    C’est ridicule, se morigéna-t-elle en secouant faiblement la tête. D’autres Objets ont été volés au Ministère et au Muséum, pas seulement ceux qu’elle a dit.
    Oui mais, pourquoi uniquement ces deux-là, maintenant ? susurra une espèce de petite voix insidieuse qui n’arrangeait pas son affaire, avant de donner elle-même un semblant d’élément de réponse plausible : Parce qu’ils… seraient un peu plus pressés, à présent ?
    Mais pourquoi ? Lily ferma brièvement les yeux. En plus, elle n’était même pas sûre qu’ils fassent parti de ceux qu’avaient indiqués Luna ; si cela se trouvait, elle était en train de se faire des films pour rien.
    Mais pour cela, il lui fallait le vérifier. Dans sa chambre, là où se trouvait cette fameuse liste que lui avait fournie Luna, dans un vain espoir de la convaincre. Pourquoi l’avait-elle prise, d’ailleurs ? Elle n’en savait rien, mais elle l’avait déjà aperçue parmi ses affaires au cours de la semaine.
    Elle se leva brusquement, attirant vers elle les regards surpris de ses amis. Avec cela, elle avait totalement oublié où elle se trouvait et la discussion autour des vacances de William. Si tant est qu’ils en parlaient encore et n’étaient pas passé à autre chose.
    - Oh, euh, désolée, bredouilla-t-elle en réfléchissant à toute vitesse à quoi faire.
    Elle jeta un coup d’œil à l’heure ; elle avait encore une demi-heure avant le début des cours. Si elle partait dès à présent, un crochet au dortoir avant le début du cours était tout à fait faisable.
    - J’ai… oublié quelque chose dans ma chambre. Je vous rejoins en cours !
    Elle n’attendit pas de réponse, saisit sa baguette, son sac et son journal et partit d’un pas rapide en direction des grandes portes, qu’elle traversa sans ralentir. Le trajet se fit également au pas de course, que Lily passa à combattre son irrésistible crainte et les morceaux de son cerveau qui semblaient voir là la concrétisation des dires de la Dragonneau.
    Le temps lui parut étrangement long et court à la fois, lorsqu’elle eut atteint les portes de son dortoir. Elle traversa la salle commune en flèche, et se précipita vers sa chambre. En quelques secondes, elle était à genoux devant sa valise, jetant ses vêtements en dehors jusqu’à enfin retrouver le bout de parchemin tant recherché, les mains tremblantes.
    Je suis ridicule, se dit-elle encore en le dépliant et en le posant sur son tas d’affaires. La liste d’Objets lui fit alors face, et elle prit son journal, pour rechercher une éventuelle concordance. En espérant que cela la conforte dans l’idée qu’elle s’était trompée, que Luna s’était trompée, et qu’elle n’était définitivement qu’une gamine hyper stressée.
    Elle se figea en retrouvant les deux noms sur la liste. Non. Ce n’était pas possible, c’était juste un hasard. Comme c’était juste un hasard que parmi les Objets listés, il n’en restât plus qu’un, remarqua-t-elle en rayant les deux nouveaux volés.
    Elle regarda plus précisément la ligne concernant l’Objet restant, et sursauta lorsqu’elle en aperçut la localisation. La Salle sur Demande ! L’Objet était ici, à Poudlard !
    Elle jeta un coup d’œil à l’horloge, qui l’informa qu’il était l’heure de bouger rapidement ses fesses si elle ne voulait pas arriver en retard. Elle remit toutes ses affaires en vrac dans sa valise, conservant uniquement le parchemin qu’elle mit dans la poche de sa robe, et la referma d’un sort. Elle se leva et se précipita dehors, pour courir en direction de la salle de cours. Mais son esprit était loin des cours, eux. Et inlassablement, ils revenaient vers les Objets, vers Luna, et vers la Salle sur Demande qui contiendrait le Calice.
    Mais tout cela n’était que pur hasard, n’est-ce pas ?
    
**

    Luna rabattit les feuilles du journal sur la table en fermant les yeux de dépit. La voix de Ginny bourdonnait près d’elle, mais elle avait l’impression d’être hors du temps. La Statuette et le Cierge de Pierre avaient été volés, il ne restait plus dès lors que le Calice. Les Objets étaient presque réunis. Il n’en manquait plus qu’un seul.
    La seule chose qui la consolait un tant soit peu était la localisation de cet Objet. Poudlard était loin d’être facile d’accès, et la Salle sur Demande encore moins. Mais les Nargoles étaient loin d’être stupides, savaient déjà comment pénétrer dans son enceinte, et personne ne croyait en leur existence, ce qui facilitait grandement leurs efforts. Car il n’y avait personne face à eux pour les empêcher d’atteindre le Calice ; une fois qu’ils l’auraient trouvé, ils le prendraient, et ils l’auraient. Après tout, ses fils ne pouvaient rien y faire, ils ne pouvaient y rester tout le temps ; il suffisait donc aux Nargoles de passer lorsque les jumeaux avaient cours, par exemple. Facile. Et même présents, elle n’était pas sûre que cela aurait changé grand-chose. Ou du moins, pour le Calice. Mais pour ses fils ? Seraient-ils capables de s’en prendre à ses fils ? Cette simple perspective la glaça d’effroi.
    - C’est à peine croyable ! Encore des vols ! s’exclama Ginny après avoir saisi le journal tombé des mains de Luna – elle ne s’était même pas rendue compte de l’avoir lâché.
    Ginny plissa les yeux en lisant plus attentivement l’article en question, avant d’hoqueter de surprise.
    - Mais… ces Objets ! Ce n’est… N’en avais-tu pas parlé à un moment ?
    - Si, confirma Luna en lui jetant un regard hésitant entre l’espoir et la résignation et en se forçant à se détendre. Quand j’ai –
    - Oui, l’interrompit la rouquine en hochant la tête, le regard toujours rivé vers les pages face à elle. Les Nargoles. Mais ça ne prouve rien, tu sais, continua-t-elle en tournant son regard vers son amie.
    Luna soupira. La résignation avait totalement balayé la faible lueur d’espoir qui s’était allumée en elle. Ils n’y croiraient jamais. Ils ne voulaient pas y croire. Comment faire, sinon les mettre devant le fait accompli ? Les Nargoles ne devraient plus trop tarder à le faire. Mais alors, il serait certainement déjà trop tard.
    - Et pourquoi cela te semble si impossible à croire ? rétorqua Luna d’une voix lasse. Vous n’avez même pas un soupçon d’hypothèse pour expliquer ces vols.
    Elle ne cherchait même plus à la convaincre, à ce stade-là – elle n’y croyait même plus – ; juste à tenter de comprendre ce qui pouvait bien bloquer dans leur esprit.
    - Tes Nargoles, Luna. Ils n’existent pas.
    - Donc, si j’avais dit que c’étaient des Gobelins, j’aurais été plus crédible ?
    - Oui, affirma Ginny.
    Luna sentit ses épaules s’affaisser, et la lassitude l’envahir encore plus.
    - Et donc, pourquoi vous ne me croyez pas plus pour ce qui est de la destruction de la ville ? Que les responsables soient des Nargoles ou des Gobelins, cela revient un peu au même !
    - Comment veux-tu que nous y croyons ? Tu parles de créatures imaginaires s’apprêtant à lancer un sort imaginaire pour détruire toute une ville dans un but inconnu – parce que oui, dans l’hypothèse où j’y croirais, il m’échappe toujours. J’avoue que les ressemblances avec certains de tes dires sont troublantes, Luna, mais ton histoire n’est vraiment pas crédible ! D’où sors-tu de telles informations, d’ailleurs ?
    Luna soupira. Était-il vraiment utile de répondre ? Elle savait bien que non. A part renforcer le scepticisme de son amie.
    
**

    - Ton soudain enthousiasme pour cette Salle est un peu louche, fit remarquer Albus en jetant un coup d’œil amusé à sa sœur, avant de partager un regard entendu avec Scorpius.
    Cette dernière poussa un soupir théâtral en prenant un air grandiloquent, un sourcil haussé en direction du brun.
    - Il n’est pas soudain, je vous demande juste de me la montrer seulement maintenant, nuance.
    Elle avait omis de mentionner la raison exacte de cet ‘enthousiasme’, en vérité. Mais après tout, elle n’avait pu en parler à Scorpius seul à seul. Ç’aurait peut-être été l’occasion d’en parler à Albus, pourtant ; les choses auraient ainsi été bien plus simples. Mais le fait qu’il fût son frère la bloquait ; après tout, il pouvait tout répéter à son père derrière son dos, et elle n’en avait pas envie. Même si, connaissant Albus, il y avait peu de chance que ce fût le cas ; il y avait beaucoup de choses qu’il taisait à leur père.
    - Ce doit être ça, ironisa ce dernier, pas dupe, mais son air jovial démentait un quelconque ressentiment à son égard.
    Albus était loin d’être stupide, et avait dû deviner qu’une histoire se tramait entre elle et Scorpius. Mais il ne cherchait visiblement pas à investiguer là-dessus. Peut-être attendait-il qu’ils lui en parlent d’eux-mêmes. Ou peut-être s’en fichait-il juste.
    Ils obliquèrent dans un couloir qui ressemblait tant aux autres, et les deux jeunes hommes s’y arrêtèrent. Lily, qui ne s’y attendait pas, fit quelques pas supplémentaires et inutiles, et dut revenir sur ses pas pour les regarder faire plusieurs allers-retours devant un pan de mur après avoir vérifié l’absence de gens aux alentours.
    - Mais qu’est-ce que vous faites ? demanda-t-elle, surprise.
    Elle fut rassurée au sujet de leur santé mentale lorsqu’une porte se dessina sur le mur. Ils la poussèrent pour entrer, et elle s’empressa de les suivre. Pour se retrouver dans une pièce étrange dont elle n’aurait pas soupçonné l’existence à cet endroit.
    Il s’agissait d’une grande salle aux dimensions impressionnantes plongée dans la pénombre, puis dans les ténèbres lorsque la porte se referma derrière eux. Un Lumos lui permit d’admirer un peu plus cette salle qu’elle apercevait pour la première fois.
    Elle savait, de par les nombreuses descriptions qu’en avaient faites les deux compères près d’elle lors des divers récits de leurs ‘aventures’, que la Salle était très polymorphe, et qu’elle prenait la forme que désirait la personne, ou du moins qu’elle s’efforçait de fournir ce dont cette dernière avait besoin. Elle ne savait pas exactement qui avait pensé à quoi, mais à l’heure actuelle, la Salle ressemblait à un énorme débarras.
    De multiples objets de natures diverses et variées s’empilaient les uns sur les autres, et dégageaient des allées entre eux où eux-mêmes pouvaient circuler. Lily se mordit la lèvre. Elle allait s’amuser à retrouver le Calice dans tout ça, surtout qu’il lui semblait qu’il n’était pas bien grand.
    - Voici la Salle sur Demande ! s’exclama alors pompeusement Scorpius, en désignant les immenses tas d’objets devant lui avec un grand geste de bras. Vois ce que tu as manqué tout ce temps !
    Lily leva des yeux amusés en réponse. Elle n’était pas aussi aventurière que ses deux compagnons, voilà tout. Mais elle répliqua gentiment avec un sourire narquois :
    - Une séance de rangement et de ménage ?
    Elle entendit deux reniflements dédaigneux à sa proposition, et devina plus qu’elle ne vit leurs roulements d’yeux respectifs.
    - Tant de déni… et dire que c’est ma sœur, soupira Albus en adoptant un visage résigné et torturé et en secouant la tête.
    - Pauvre de toi, se moqua Lily, puis elle reporta son attention vers les monticules face à elle.
    Il y eut quelques secondes de flottement, puis Scorpius rompit le silence que Lily semblait vouloir laisser s’installer entre eux :
    - Et donc ? Satisfaite ? On fait quoi maintenant ?
    - Mm ? Euh…
    Pourtant, il s’agissait juste de vérifier si le Calice était vraiment là, et un simple Accio devrait suffire. Enfin, vraiment ?
    - Dites, les sorts fonctionnent, ici ?
    - Oui, pourquoi ? s’étonna Albus.
    - Et les Accio ? Rien pour les bloquer ?
    - Tu recherches quelque chose ?
    - Bah…
    Un air de compréhension se répandit soudain sur le visage de l’héritier Malefoy, avant qu’il ne réponde :
    - Normalement, oui, enfin je suppose. Nous ne l’avons pas souvent utilisé, mais quand c’était le cas, ça fonctionnait.
    Albus acquiesça pour appuyer les dires de son ami. Lily saisit aussitôt sa baguette. Tant pis pour Albus, il n’aurait qu’à s’interroger sur sa soudaine lubie, s’il le souhaitait. Ce n’était qu’une vérification de toute manière, rien de bien méchant, et pas de quoi en faire toute une histoire. Elle n’allait pas ruser avec des techniques de Sioux juste pour cela.
    - Accio Calice !
    Elle y pensa la seconde suivante, mais évidemment, comme elle ne connaissait pas l’objet et qu’elle n’avait qu’une vague idée de son aspect – dont il lui fallait vérifier la concordance avec celui auquel elle pensait – forcément, le sort ne pouvait pas savoir à sa place, d’où la petite ligne de calices qui vint à leur rencontre en cliquetant. Les trois adolescents grimacèrent à la fanfare occasionnée, jusqu’à ce qu’ils se déposent à leurs pieds. Ce qui fut relativement rapide, heureusement.
    - Tu trouves que les verres de la Grande Salle sont trop moches et veux en changer ? fit Albus, amusé, en saisissant un gros calice doré au pied richement sculpté et très lourd.
    Scorpius, lui, se contenta de lui jeter un regard désabusé, que Lily préféra ignorer en baissant les yeux vers les cinq calices encore à terre. Elle devinait ce qu’il pensait : c’était comme si elle voulait donner du crédit aux paroles de Luna. Mais ce n’était pas vrai. C’était juste qu’il lui fallait vérifier, parce qu’elle en avait besoin à l’heure actuelle.
    Tandis qu’Albus admirait toujours son calice et les reflets métalliques qui jouaient à sa surface là où éclairait le sort du blond, Lily sortit le parchemin de sa poche et le déplia.
    - C’est de Luna ? ne put s’empêcher de demander Scorpius d’un ton un peu réprobateur, et qui laissait bien entendre que ce n’était pas réellement une question.
    Cela attira l’attention d’Albus, qui leur jeta un regard rempli de curiosité.
    - Luna ? Luna Dragonneau ? Mais qu’a-t-elle à voir avec des calices ?
    - Pas des calices. Un Calice, corrigea Scorpius, tout en continuant de fixer la jeune fille.
    Lily se mordit la lèvre, gênée, avant de finalement hausser les épaules. Tant pis, Albus saurait. De toute façon, il y avait peu de chances qu’il en parle à leur père.
    - Oui, répondit-elle pour Scorpius, et avant qu’elle ne put expliquer à son frère, Scorpius décida de s’en charger à sa façon :
    - Luna a décrété que les vols au Ministère – ceux d’hier et ceux de novembre – et au Muséum étaient liés, qu’en fait c’étaient les Nargoles qui souhaitent réunir des Objets dans le but de lancer un sort pour détruire Londres.
    Albus siffla à l’explication, avant de sourire d’un air moqueur.
    - Ah oui quand même. Et tu y crois ? fit-il à sa sœur, mais elle secoua la tête avec vigueur.
    - Non ! C’est juste que… c’est perturbant, voilà ! Elle m’a fourni la liste de ces fameux Objets durant les vacances, et –
    - C’est ton parchemin ? fit Scorpius en baissant son regard vers ce dernier.
    - Oui !
    - Je peux ?
    Lily relâcha la pression de ses doigts, et Scorpius put ainsi se saisir de la feuille. Il la plaça de sorte à ce que les trois adolescents purent en voir le contenu, et braqua sa baguette devant elle pour l’éclairer.
    - Pourquoi ils sont presque tous raturés ? demanda Albus.
    - Parce qu’ils ont déjà été volés, répondit Lily, et ses mots furent suivis par un silence estomaqué et perturbé.
    Après tout, un seul objet ne l’était pas, en fait.
    - C’est…, commença le brun, avant que le blond ne l’interrompe :
    - Ça ne prouve rien du tout, c’est du pur hasard ! Il y a eu d’autres objets de volés, en plus ! Et puis, d’où sort-elle cette liste ?
    Lily haussa les épaules.
    - Je te l’ai dit, elle a dit que c’est pour le sort. Elle le sort certainement d’un bouquin qui l’évoque.
    - Mais tu n’y crois pas, pas vrai ? s’inquiéta presque le Malefoy, ce qu’elle jugea ridicule et agaçant.
    - Je n’ai jamais dit que c’était le cas ! s’exaspéra Lily.
    - Oh, et le Calice est supposé être ici ? Il n’y a plus qu’à vérifier ! s’écria Albus avec enthousiasme.
    Scorpius secoua la tête, atterré, et regarda son meilleur ami avec désespoir. En réponse, Albus ne lui adressa qu’un sourire rayonnant et un regard pétillant. Mais le blond était loin de partager son entrain, et Albus finit par lever les yeux vers le plafond – qui demeurait invisible à leurs yeux, par ailleurs, car plongé dans l’obscurité du fait du faible rayon d’action du sort de lumière.
    - Oh, Scorp’, fais pas ta mauvaise tête ! C’est plutôt drôle, en fait ! Vois ça comme une sorte d’aventure !
    Scorpius émit un hoquet incrédule. Là-dessus, Lily partageait parfaitement son point de vue, et fixait son frère avec effarement. Quelle que fût la façon dont on prenait la situation, qu’on y crût ou non, elle n’avait strictement rien de comique.
    - Une aventure ? Comment veux-tu –
    - Ah, tais-toi, et regardons ! le coupa Albus en se baissant pour saisir le premier calice à portée de ses mains – celui qu’il avait précédemment tenu avait été écarté d’un signe de tête de la jeune fille.
    Tous comparèrent l’objet avec l’image dessinée sur le parchemin, et secouèrent la tête. Les gravures ne correspondaient pas, et le pied était trop épais. Ils n’eurent ainsi même pas besoin de vérifier les inscriptions qui permettraient d’identifier définitivement le Calice qu’ils recherchaient.
    - Ok, recalé, au suivant ! fit Albus en le reposant pour saisir le deuxième.
    Scorpius eut un ricanement sceptique, mais ils continuèrent, jusqu’au quatrième, qui correspondait en tous points. Et, malheureusement pour Scorpius, l’inscription y était également.
    - C’est le Calice ! s’exclama-t-il sous l’étonnement en continuant de le scruter, comme si les inscriptions allaient disparaître et lui confirmer qu’ils n’avaient fait qu’halluciner.
    Ce ne fut pas le cas.
    - Bon, bah il y est ! s’écria Albus, avant de demander : Et on fait quoi, maintenant ? On l’embarque ?
    - Pourquoi faire ? Ne me dis pas que tu crois à ces conneries ! râla Scorpius en roulant des yeux.
    - Je n’ai –
    - Ce n’est pas la peine, répondit Lily en reposant le Calice. Ça ne servirait à rien, et il y aurait trop de risques que quelqu’un s’en empare dans nos affaires. Il est plus sûr de le laisser ici.
    - Parce que tu y crois, finalement ? s’écria le blond en lui jetant un regard effaré.
    Lily souffla, exaspérée. Par Merlin, n’avait-il que ça en tête ?
    - Non, répondit-elle, excédée. Pourquoi, à chaque mot que j’énonce, tu te mets à penser ainsi ?
    - Parce que tu agis comme si c’était le cas ! répliqua-t-il aussitôt, et Lily secoua la tête pour nier.
    - Eh bien ce n’est pas le cas ! affirma-t-elle d’une voix ferme, en agitant sa baguette en direction des cinq calices anonymes.
    Ces derniers s’envolèrent pour retourner bruyamment à leur position initiale.
    - Pourquoi tu n’as pas aussi renvoyé celui-là, si on ne le prend pas ? fit remarquer innocemment son frère, le sourcil haussé.
    Lily ne sut que répondre, et finit par lui appliquer le même sort qu’aux autres. Il emprunta le même trajet que ces derniers et disparut rapidement de leur vue.
    - Bien, je suppose que cette histoire est réglée ? fit Scorpius en tendant le parchemin à la jeune fille, qui le remit dans sa poche. On y va ?
    - Oui.
    Les deux jeunes hommes ne surent pas vraiment si cette réponse valait pour les deux questions.
    Et à vrai dire, Lily non plus.
    
**

    A peine sortie du large bâtiment, une silhouette se jeta aussitôt sur elle, la faisant tituber. Automatiquement, Luna resserra ses bras autour d’elle, tandis que des bras semblaient s’évertuer à l’étrangler, même si elle se doutait que ce n’était pas le but. Les cheveux couleur de feu lui firent suspecter très fortement l’identité de cette personne. Puis la masse s’écarta d’elle, et elle put à nouveau respirer. Elle souffla de soulagement, et leva les yeux vers elle. Ginny. Derrière elle se tenait Harry, qui lui souriait doucement, comme compatissant face à l’empressement de sa femme.
    - Oh, Luna, comme j’ai eu si peur ! Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai-je… Merlin soit loué, tu es saine et sauve !
    Ginny serra les mains de son amie de manière impulsive. Luna lui sourit pour la rassurer.
    - Je vais bien, je n’ai rien. Enfin, pas grand-chose. Juste quelques égratignures. M’envoyer à Sainte Mangouste était un peu exagéré, ils viennent tout juste de me libérer.
    Après une multitude d’examens en tous genres tous plus inutiles les uns que les autres, d’après elle. Mais après tout, lorsqu’elle avait expliqué ce qu’il s’était passé, les médicomages avaient refusé de la croire. Comme d’habitude, et comme tout le monde.
    - Que s’est-il passé ? la pressa la rouquine inquiète. As-tu pu voir ton agresseur ?
    - Non, je-enfin…
    Évidemment, elle non plus n’allait pas la croire. Mais que dire d’autre ? Mentir pour la rassurer ? Ce n’était pas son genre. Et puis, elle ne voulait pas les conduire sur une fausse piste, et risquer que quelqu’un soit écroué à cause de son faux témoignage. Ils ne seraient juste pas du tout avancés, ce serait tout – et ce serait de leur faute.
    Elle soupira. Tant pis, sa résolution était finalement prise – elle avait pas mal tergiversé durant ces maudits examens d’ailleurs, mais elle n’avait eu que cela à faire ces dernières heures. De toute façon, les enquêteurs et Harry questionneraient sûrement les médicomages en charge de son dossier – étoffé par de nombreuses analyses superflues – et connaîtraient la version qu’elle leur avait fournie. Pourquoi retarder l’échéance ? Ils avaient déjà connaissance de sa prétendue excentricité, de toute façon.
    Les Potter ne comprirent pas la signification de ce soupir, et la jaugèrent d’un air inquiet. Finalement, elle se lança dans le bref récit de sa mésaventure :
    - Je suis sortie de chez moi pour me rendre à la Bibliothèque, prendre quelques ouvrages pour mon mémoire, expliqua-t-elle. Comme il faisait beau, je suis passée par le parc. Puis… cela s’est passé très vite, je n’ai rien vu venir. J’ai senti des coups, puis que l’on s’acharnait à me faire tomber, mais j’ai pu attraper ma baguette et lancer un Expelliarmus autour de moi. Je suis malgré tout tombée, et j’ai encore reçu des coups, et… c’était assez confus, j’ai jeté plusieurs sorts – mais je n’ai vu personne dans le parc, et… Et puis… je ne sais pas, je crois qu’ils sont finalement partis, lorsque Rolf est arrivé en courant. En tout cas les coups ont aussitôt cessé.
    - Qu’ils sont partis ? répéta Harry, notant l’utilisation du pluriel. Comment sais-tu qu’ils étaient plusieurs, si tu n’as rien vu ? Tu les as entendus parler ?
    Elle devinait également, à la tête qu’il faisait, que Rolf aurait aussi droit à un interrogatoire. Pourtant, il ne pourrait rien ajouter de probant : il avait accouru vers elle, l’air inquiet, l’avait relevé, et lui avait aussitôt demandé ce qu’il s’était passé. Il l’avait vu tomber de loin, puis l’avait vu agiter sa baguette à plusieurs reprises, et l’avait retrouvée recouverte d’égratignures, de trop d’égratignures pour qu’elles puissent s’expliquer uniquement par sa chute, mais il n’avait vu personne. Tant et si bien qu’il en était venu à douter de ce qu’il avait vu, à se repasser les événements dans sa tête sans jamais trouver aucun élément de réponse, et lorsqu’elle lui avait dit que c’étaient les Nargoles, il n’avait même pas réagi, ni cherché à la démentir. Il l’avait juste fixée d’un regard choqué.
    - Non, je… je les ai sentis. C’étaient les Nargoles.
    A leur tête, sa supposition se confirma. Ils ne la croyaient pas. Ils semblaient partagés entre l’agacement et la résignation. Finalement, Ginny hocha juste la tête, avec un sourire un peu forcé.
    - Ok. Ok, s’efforça-t-elle de dire, hésitante. Bien… tu as remarqué autre chose ?
    Luna comprit qu’ils avaient mis la prétendue absurdité de ses propos sur le compte du choc, mais elle n’était pas le moins du monde choquée par ce qui lui était arrivé. Rolf l’était. Mais elle-même avait déjà vécu bien pire.
    Elle finit par secouer négativement la tête en réponse, et les Potter poussèrent un soupir déçu. Évidemment, s’ils ne voulaient pas croire ce qu’elle disait, et qu’ils préféraient considérer qu’elle ne faisait que sur-interpréter les événements en fonction de ses folies du moment, ils partaient donc du principe qu’ils ne savaient rien.
    - Je suis désolée, s’excusa-t-elle tout de même, mais ses amis l’assurèrent que ce n’était rien.
    - C’est dommage, ça ne nous facilite pas la tâche, bougonna tout de même Harry, et Ginny lui lança un regard réprobateur.
    - Ce n’est pas de sa faute, râla-t-elle avant de tourner son visage vers Luna. Ne t’inquiète pas, ils trouveront qui t’a fait cela et pourquoi.
    Luna hocha silencieusement la tête comme pour la remercier, dépitée. Elle savait déjà ce qu’il s’était passé. Ce qu’elle souhaitait surtout savoir, c’était pourquoi – mais Harry et ses Aurors seraient bien incapables de répondre à cette question, de toute manière, quoiqu’ils en pensent. D’autant plus que cette attaque lui avait semblé plus dissuasive qu’autre chose, que dans un réel but de lui nuire – s’ils avaient voulu la tuer, ils auraient bien plus insisté, malgré l’arrivée de son mari. Après tout, elle ne voyait pas en quoi elle représentait une menace – Lily n’était pas prête d’accepter, pas davantage que précédemment ! Mais peut-être cela avait-il un lien avec ses recherches sur les Sceaux – elle avait contacté la veille l’université magique de Singapour, qui comprenait une unité étudiant plus spécifiquement les objets comportant des sceaux. C’était bien la seule chose qui lui venait à l’esprit qui fût suffisamment plausible pour l’expliquer.
    Elle resserra sa prise sur son sac à main, mal à l’aise.
    - Écoutez, euh… je crois que je vais rentrer chez moi.
    - Mais, et Rolf ? Il n’était pas avec toi ?
    Luna secoua la tête face à leurs mines étonnées.
    - Si, si, il doit être en train de s’occuper des formalités de départ, mais il doit ensuite retourner expressément au Muséum, et je suis fatiguée…
    Et ce n’était en rien un mensonge. Elle se sentait lessivée, et ne rêvait que de son matelas. Tout en priant pour que les Nargoles n’envahissent pas ses songes.
    - Je t’accompagne ! affirma aussitôt Ginny en se tournant vers son mari, qui hocha juste la tête pour lui signifier que ce n’était pas son cas – il devait retourner au Bureau.
    Luna acquiesça faiblement. Si cela pouvait la rassurer…
    
**

    - Luna s’est faite agressée ! s’écria Lily en débarquant telle une furie dans la salle commune, une lettre à la main, pour se jeter droit vers Scorpius qui la regarda arriver avec de grands yeux effarés.
    - D’où tu sors ça ? demanda-t-il tandis qu’elle se tenait près de lui, posant ses fesses sur l’accoudoir de son fauteuil. Parce que franchement, qui voudrait l’agresser, elle ?
    - De mon père ! assura-t-elle en agitant la lettre sous le nez du Malefoy, qui roula des yeux face à son geste – après tout, il n’en apercevait aucunement le contenu. Et ils ne savent pas qui cela peut bien être !
    - Les Nargoles ? ricana-t-il, mais cela ne fit pas rire du tout la jeune fille, qui le fixa d’un air sérieux.
    Ce qui inquiéta quelque peu le jeune homme, dont les rires se turent bien vite.
    - Je n’en sais rien, fit-elle avant de se relever subitement. Mais ce n’est pas normal.
    Et cela la troublait au plus haut point, bien plus qu’elle n’aurait pu l’imaginer. Cela faisait déjà quatre jours depuis les derniers vols, et l’inquiétude ne cessait de la tarauder, malgré qu’il ne se fût rien passé depuis. Elle le savait, car elle s’était mise à roder autour de la Salle sur Demande, et dedans, pour vérifier que l’Objet s’y trouvait toujours. Elle avait parfois croisé les jumeaux de Luna, mais elle ne s’était même pas posé la question de leur présence et s’était contentée de remiser ce constat dans un coin reculé de son esprit.
    Mais elle n’était pas rassurée, tout était suspect, cette situation la stressait, ces vols qui concordaient étrangement avec la liste de Luna, et puis, ces événements étranges qui se déroulaient au sein de l’École depuis trois jours… Des choses sans grande importance ni gravité, mais que personne ne comprenait, et bien sûr, la pensée des Nargoles n’avait de cesse de la tarauder. C’était ridicule, pourtant ! Mais… et si Luna avait raison ? Cela faisait quelques temps déjà qu’elle se posait parfois la question, mais elle l’avait sans cesse écartée. Malgré cela, elle ne cessait de revenir, de plus en plus insistante, de plus en plus fréquemment, et elle l’enfonçait davantage dans le doute et le désarroi, de telle sorte qu’elle était désormais incapable de démêler le vrai du faux, des propos de Luna, de Scorpius, de ses parents... Et elle ne pouvait empêcher cette vague d’anxiété grandir en elle, ce pressentiment, comme si une catastrophe approchait.
    Imminente.
    - Il faut que j’y retourne ! s’exclama-t-elle en bondissant sur ses pieds.
    - Quoi ? s’écria Scorpius en se levant. Encore ? Mais-mais… ça en devient maladif !
    Il ne put protester davantage, car une fusée passa devant ses yeux pour se précipiter vers la sortie et il la suivit, désappointé. Cette situation dépassait tout simplement l’entendement.
    Les couloirs étaient vides, à cette heure, et heureusement, car l’état de Lily ne lui permit pas de vérifier qu’il n’y avait personne lorsqu’elle fit les cent pas devant le pan de mur pour accéder à la Salle sur Demande. Elle se jeta à l’intérieur rapidement suivie par son ami, qui leva sa baguette pour refermer la porte derrière eux. Lily, elle, s’était déjà avancée de quelques pas, et la première chose qu’elle fit fut de faire apparaître le Calice à leurs pieds. Mais cela la rassura à peine. La sensation était toujours présente, et même plus vivace que jamais.
    - Bien ! Satisfaite ? s’écria Scorpius, mécontent de cette course-surprise dans les couloirs en plein dimanche – et pas pour quelque chose d’intérêt, il ne fallait pas exagérer. Dis, ce manège va durer encore combien de temps ?
    Il saisit le Calice qu’il reposa violemment sur un meuble à quelques pas d’eux, faisant vibrer le bois en réponse. Lily ne bougea pas, et le regarda juste faire avec de grands yeux, figée, glacée. Pourtant, la situation était tout aussi normale qu’à l’habitude.
    Scorpius se plaça ensuite entre elle et le Calice, mais il demeurait toujours dans son champ de vision – et demeurait parfaitement immobile. Le blond secoua la tête, désabusé.
    - Tu te rends compte que cette situation est ridicule, n’est-ce pas ?
    Lily grimaça. Le pire était qu’elle en avait parfaitement conscience, et qu’elle ne cessait de se morigéner pour cela. Mais la partie stressée de son cerveau, qui ne cessait de s’agrandir, ne voulait rien entendre, et avait pris possession de ses moyens.
    - Et tu prétends encore ne pas croire aux divagations de Luna ?
    - Cela n’a rien à voir ! nia Lily, bien qu’elle eût l’impression de se mentir en partie à elle-même.
    Après tout, pourquoi ses paroles la hantaient-elles de plus en plus, semblant prendre un éclairage nouveau à ses yeux ? Mais Scorpius avait raison, c’était ridicule, toute cette situation était ridicule, et l’agression de Luna n’y changeait rien. Ce n’était qu’un pur hasard, cela n’avait rien à voir avec les vols. C’était si facile de se faire agresser, à leur époque.
    Scorpius leva les bras de manière théâtral, se tenant toujours près du meuble et du Calice. Lily se tendit aussitôt, les yeux écarquillés tournés vers le Calice, comme si la catastrophe tant crainte était sur le point de se produire.
    … Mais après quelques secondes de silence tendu et d’ambiance pesante, il ne se produisit toujours rien. Elle se sentit aussitôt ridicule, tandis que Scorpius baissait les bras, d’un air entendu.
    Mais étrangement, Lily continua de songer que c’était une bien mauvaise idée de se tenir si près de l’Objet, et qu’il devait s’en écarter. Elle amorça un geste en sa direction pour l’enjoindre à le faire, lorsqu’il s’exclama :
    - Tu vois ? Il ne se passe rien, et il ne se passera rien ! Alors ? Cela va durer encore combien de temps ? Jusqu’à son hypothétique vol ?
    Il ricana quelques secondes tandis qu’elle louchait sur le Calice. Elle avait cru le voir frissonner, mais ce n’était pas possible. Il reprit d’un ton moqueur mais pas méchant :
    - Tu sais, tu devrais rester en permanence ici pour cela ! Et tu risques d’y rester jusqu’aux prochaines vacances !
    Puis un léger bruit de bois le fit se retourner, attirant leurs regards sur le Calice. Qui bascula légèrement de sa position. Scorpius saisit aussitôt sa baguette et la leva en sa direction en tendant la main vers le Calice, certainement dans l’intention de faire cesser ses agitations inexpliquées – il devait penser que c’était juste l’Objet.
    - Que –
    Ils ne virent rien venir. En vérité, ils ne virent pas grand-chose. Juste, Lily saisit sa baguette à son tour, mais trop tard. Quoique ce fût, cela réagit. Quelque chose explosa, une détonation retentit, et tout fut baigné de lumière, et ses yeux furent éblouis. Un souffle chaud et quelques esquilles se firent sentir sur ses joues, mais la douleur fut reléguée au second plan lorsqu’elle reconnut le cri qui fut poussé.
    - SCORPIUS !

Texte publié par Ploum, 5 décembre 2018 à 17h40
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