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Tome 1, Chapitre 8 Tome 1, Chapitre 8
Lily tapota le bout de sa valise de sa baguette, songeuse, tout en fixant ses affaires compactées à l’intérieur. Il lui semblait n’avoir rien oublié, mais ne savait-on jamais. Même si ses parents pouvaient facilement lui envoyer des colis, autant vérifier à présent pour éviter cette situation. Scorpius et les autres ne devaient arriver que dans vingt minutes, et elle avait autant de temps à tuer.
    Il était rare qu’elle pensât ainsi, mais malgré qu’elle ait pu voir ses amis régulièrement au cours de ces deux semaines, elle était bien heureuse que ces vacances touchent enfin à leur fin. A cause d’une seule et unique personne : Luna. Pas qu’elle se fût mise à la détester, non. Au contraire, elle l’appréciait beaucoup. Mais sa présence était devenue presque insoutenable pour la jeune fille ces derniers temps. Sa lubie n’avait pas disparu, et Lily commençait même à développer une sérieuse allergie au simple mot Nargoles. Ce n’était jamais très long pourtant – ses arguments étaient pauvres, et elle avait au moins le mérite de ne pas répéter dix mille fois la même chose – mais elle-même n’en pouvait plus et son léger trouble qui l’agitait lorsqu’elle voyait le visage si déterminé et désespéré de la femme ne l’aidait pas à l’ignorer ou à la repousser comme elle le voudrait. Ainsi, moins elle se trouvait en sa présence, mieux elle se portait. Et quoi de mieux que les murs de Poudlard pour la cacher de la présence envahissante de Luna ?
    Lily plissa les yeux quelques secondes en fixant ses affaires dans l’espoir de recentrer son attention dessus, mais lorsqu’elle chercha ce qui pouvait lui manquer, rien ne lui vint à l’esprit. Que ce fussent affaires de cours, vêtements ou autres, tout y était. Finalement, elle agita sa baguette en soufflant une formule d’une voix à peine audible, et la valise se referma d’un claquement sec. Puis elle baissa les bras en soupirant. Mais ce serait bientôt fini tout ça. Luna n’avait pas accès à l’enceinte de l’Ecole. Poudlard la protégerait d’elle. En espérant que lorsqu’elle en ressortirait, Luna aurait abandonné son idée loufoque. Après tout, avec le temps, elle devrait bien se rendre compte de la stupidité de ses propos ?
    - Lily, tu as fini ?
    La jeune fille sursauta à la voix de son père, étouffée par l’épaisseur des murs, et elle se retourna en sa direction. Personne en vue, malgré la porte ouverte. Des bruits de pas et les grincements du plancher se firent entendre.
    - Oui ! Enfin, je pense, répondit-elle finalement, conservant son regard tourné vers l’ouverture.
    Quelques secondes plus tard, la tête d’Harry apparut dans l’encadrement de la porte, puis le corps entier. Un léger sourire étirait ses lèvres, et Lily le jaugea avec curiosité. Elle aurait pensé qu’il était reparti travailler, pourtant. Avec le poste qu’il occupait, il avait de quoi faire, en plus.
    - Je vais y aller, fit-il, comme s’il avait lu dans ses pensées, mais Lily savait que ce n’était pas le cas – même s’il avait développé des capacités de Legilimens, il ne les utilisait pas si cela n’était pas nécessaire, et encore moins sur les membres de sa propre famille. C’est juste pour te dire que Scorpius est arrivé.
    - Déjà ? s’écria Lily, en regardant l’heure.
    Il avait dix minutes d’avance ! Habituellement, il avait plutôt tendance à arriver en retard.
    - Mais pourquoi n’est-il pas monté ? s’étonna-t-elle ensuite.
    - Albus est avec lui.
    Lily hocha la tête.
    Mais son père ne partit pas, et prit un air un peu hésitant, qu’elle ne comprit pas. Il se cala même contre l’encadrement de la porte, semblant chercher ses mots, et Lily comprit encore moins. Heureusement – et son boulot devait certainement y être pour quelque chose – cela ne dura pas longtemps, et il la fixa d’un air étrange :
    - C’est quoi le problème avec Luna ?
    Oh. Lily grimaça. Donc, ses tentatives d’évitement discret ne l’étaient pas tant que cela. Donc, Luna avait parfaitement dû s’en rendre compte – enfin, même sans cela, elle avait déjà dû s’en rendre compte de toute façon, étant donné qu’au fil de leurs rencontres, elle se faisait de plus en plus prudente et précautionneuse, certainement dans le but d’éviter de la fâcher. Mais comment le dire à son père ? Franchement, il n’y avait pas de quoi en faire tout un drame – la situation était ridicule, avec le recul. Mais comment allait-il le prendre ? Et pourquoi cela l’intéressait-il, d’ailleurs ?
    Le tout pour le tout, peut-être le déni marcherait-il ? Ou au moins refrénerait son insistance – en plus, il devait partir.
    - Mais de quoi tu parles ?
    Elle était fière d’elle ; sa voix était forte et ferme, avec un soupçon de surprise feinte. Cela aurait été vrai qu’elle n’aurait pas mieux fait.
    Mais Harry fronça les sourcils, et Lily savait que cela était loin d’annoncer son départ. Elle retint avec peine une grimace ou un soupir, conservant un visage vaguement intrigué.
    - Tu sais parfaitement de quoi je parle. Cela fait quelques jours que tu essaies de l’éviter. Ou du moins d’éviter de te retrouver en sa présence si personne n’est là. Tu trouves toujours des prétextes pour discuter avec d’autres personnes. Pourquoi ?
    Et Lily n’avait plus qu’à maudire la perspicacité de son père. Quoique, cela lui était quand même bien utile dans son boulot. Mais pour le coup, elle aurait préféré qu’il balaie cette idée de son esprit.
    Elle fit semblant de froncer les sourcils, l’air de ne rien comprendre de ce qu’il lui racontait, mais avant qu’elle ne put protester, il secoua la tête, devinant sans doute ce qu’elle allait dire :
    - Épargne-moi ton numéro de l’ignorante. Je le vois, et je vois aussi que ton comportement blesse Luna. Pourquoi fais-tu ça ?
    Lily se sentit désolée pour la femme qu’elle appréciait, mais au vu de la situation, rien d’autre ne lui venait à l’esprit pour ne plus avoir à se confronter à toute cette stupide histoire. Par Merlin, qu’avait-elle donc fait pour mériter cela ?
    - Je…
    Et Scorpius, ne pouvait-il pas monter l’aider, cet imbécile ? Non, c’était mieux de discuter avec Albus, et de la laisser toute seule à se justifier de son comportement ô combien blessant, mais nécessaire – selon elle et ses nerfs. Il aurait pu lui servir de diversion, pourtant.
    Et Harry ne fut pas le moins du monde magnanime, l’enjoignant à continuer d’un sourcil haussé. Lily déglutit, mais elle avait l’impression de manquer de salive. Puis elle soupira ; cette situation aussi était ô combien ridicule, et sa réaction aussi. Après tout, qu’y pouvait-elle ? Éviter Luna était certes puéril, mais relativement efficace ! Ce n’était pas comme si elle n’avait jamais tenté de lui faire entendre raison !
    - C’est juste que… tu te rappelles des vols des Objets ?
    Harry lui jeta un regard interrogateur.
    - Oui, pourquoi ?
    Puis il fronça soudain des sourcils. Lily ne savait pas à quoi il venait soudain de penser, ni si cela était de bon présage pour elle. Mais elle n’avait rien fait de mal, pas vrai ? Enfin, presque !
    - Eh bien, euh… je ne sais pas pourquoi, mais Luna s’est mise en tête que les Nargoles étaient derrière ces vols, qu’ils veulent détruire Londres, que je suis la Gardienne des Sceaux et donc la seule à pouvoir m’opposer à eux ! Je sais que l’éviter est puéril ! se justifia-t-elle ensuite avec empressement en levant les mains en signe de défense, tandis que le visage de son père se décomposait. Mais j’ai bien tenté de lui rétorquer que je n’y crois pas, mais elle ne veut rien entendre, et m’en reparle à chaque fois que l’on se croise ! Enfin chaque fois, c’est peut-être un peu fort, ce n’est pas non plus comme si elle –
    - Et cela dure depuis combien de temps ? la coupa-t-il sèchement.
    Lily lui jeta un regard rempli de curiosité. Étrangement, à voir son air, elle avait l’impression que sa colère croissante n’était pas dirigée contre elle. Mais contre qui ? Luna ?
    Oh non. Il devait interpréter cela comme une sorte de harcèlement. Il ne fallait pas non plus exagérer, ce n’était pas à ce point-là, et puis, Luna croyait réellement bien faire ! Son inquiétude était réelle ! Elle ne méritait pas de se faire traiter de… de… d’harceleuse ?
    - Euh, je ne me souviens pas exactement… mais pas très longtemps, rassure-toi ! Ce n’est sans doute que passager, elle va –
    - Ça, elle va en entendre parler ! grogna-t-il finalement, et Lily se retint de se frapper le front tandis que son père se redressait, la mâchoire serrée. Ne t’inquiète pas, elle ne t’embêtera plus avec cela. J’irai lui parler.
    Elle cligna des yeux en le fixant. Étrangement, elle ne se sentit pas le moins du monde rassurée. Pas pour elle-même. Pour Luna.
    - Papa…, tenta-t-elle, mais il balaya son intervention d’un geste de la main.
    - Ne t’inquiète pas, je ne ferai que lui parler. A nous aussi, elle nous a fait le même topo, mais là, elle va trop loin ! Vouloir t’impliquer dans ses conneries !
    Après quelques secondes de silence songeur, elle finit par acquiescer à ses mots. Après tout, Harry était d’un tempérament plutôt calme, habituellement, sans doute que d’ici à ce que cette conversation ait lieu, il se serait calmé ? Et puis, il ne s’en prendrait pas à Luna ; elle délirait juste, mais elle n’avait tué personne. Pas de quoi en faire toute une histoire.
    - Bon, j’y vais ! s’écria-t-il alors, d’une voix bien moins enjouée qu’à son arrivée.
    Déjà là, sa colère avait fortement décru, et son expression s’était réduite à un air fâché figé sur ses traits. Lily lui adressa un regard de gratitude pour cela, mais elle n’était pas sûre qu’il l’ait vu ou bien compris. Il disparut de son champ de vision, et ses bruits de pas s’amenuisèrent, tandis qu’il se dirigeait vers le salon et sa cheminée.
    Puis elle se souvint d’Albus et de Scorpius, et des autres qui étaient peut-être arrivés à l’heure actuelle.
    - Faut pas s’inquiéter, il va juste lui parler…, marmonna-t-elle pour elle-même en quittant la pièce.
    Bien qu’elle aurait préféré que cela ne se sache pas…
    
**

    Lily tira Scorpius sur quelques mètres, de sorte à les éloigner de leurs parents respectifs, puis s’arrêta. Ils étaient également plus proches du train, certes, mais là n’était pas son but, pas encore ; elle souhaitait juste lui parler à part, dans un coin un peu tranquille. Chose un peu délicate à cette heure, alors que le quai était bien rempli.
    - C’était pour quoi ? fit le jeune homme en jetant un autre regard vers leurs parents, et vers Albus qui les fixait avec de grands yeux étonnés. Pourquoi t’as pas voulu qu’Albus vienne ?
    - Il n’est pas au courant, et je ne veux pas qu’il le soit, grogna Lily en réponse, et Scorpius leva un sourcil, l’air de dire « Bah moi non plus je ne suis pas au courant, et je suis là, moi ».
    Mais Lily l’ignora et le fixa avec insistance.
    - Mon père sait pour Luna.
    - Mmh ? Tu veux dire, son histoire de Nargoles ? Elle lui en avait déjà parlé ?
    - Oui et… Il sait aussi qu’elle insiste auprès de moi pour que je l’aide.
    Scorpius adopta un air surpris.
    - Hein ? Mais pourquoi tu le lui as dit ? Je croyais que tu ne voulais pas qu’il –
    - Hé, c’est lui qui a insisté ! Il a vu que j’ai cherché à l’éviter pendant toutes ces vacances, il a voulu savoir, alors j’ai fini par le lui dire.
    - Mais il compte faire quoi ?
    - Lui parler, il a dit. Je suis sûre que maman est également au courant, maintenant.
    Elle vit plus loin Luna apparaître avec ses deux fils, et grimaça de manière suffisamment éloquente pour Scorpius, qui en comprit aussitôt la raison sans avoir à se retourner. Vu que son père se trouvait également là, alors qu’il aurait dû être au Ministère, elle était à peu près sûre qu’il irait la voir pour lui parler. Et ce, malgré qu’ils fussent dans une gare bien fréquentée, avec un train sur le point de partir qui plus est – donc le quai était loin d’être vide à ce moment-là. Si elle voulait éviter que cette histoire ne s’ébruite, elle risquait d’être gâtée.
    En retournant son attention vers son ami, elle aperçut aussitôt son air compatissant, et comprit qu’il en était arrivé à la même conclusion. Et ce, même si Harry ne faisait pas mine de se diriger vers la Dragonneau. En fait, il n’était même pas sûr qu’il l’ait aperçu, étant donné qu’elle était encore assez éloignée des abords du train.
    Elle le vit soudain serrer les mâchoires en pâlissant, et tourna la tête pour voir de quoi il était question. Il ne s’agissait que de son père, Draco, en train de discuter avec Hermione, un peu en retrait par rapport aux amis de la lionne. Seuls.
    - Bah, qu’est-ce qu’il y a ? fit Lily en continuant de les fixer sans comprendre.
    Mais Scorpius les dévisageait comme si une catastrophe allait se produire, et Lily ne savait pas si elle devait s’en inquiéter ou s’en agacer.
    Elle eut rapidement sa réponse.
    - Je t’ai déjà dit pour les rendez-vous de mon père.
    Il lui fallut quelques secondes pour se remémorer la discussion là-dessus et pour faire le lien entre ça et la situation actuelle.
    - Attends, s’écria-t-elle, tu crois que –
    - C’est sûr, fit-il d’un ton ferme en se renfrognant. Tout concorde.
    - Tout con – ? Quoi ? Mais-mais tu racontes n’importe quoi ! Mais d’où sors-tu ça ? Ils ne font que parler, c’est tout à fait normal, je te rappelle qu’ils bossent dans le même Ministère !
    Lily avait bien envie de le frapper pour le coup, et toujours pour la même chose. Scorpius n’avait pas à s’en mêler, et encore moins à l’y mêler elle !
    - Et même si c’était vrai, est le problème ?
    Après tout, Hermione était divorcée, et était loin d’être la pire ‘belle-mère’ que Scorpius pouvait avoir.
    - Où est le problème ? répéta Scorpius en se tournant finalement vers elle, l’air de se dire qu’elle était complètement aveugle et inconsciente. Mais c’est Rose !
    - Quoi ?
    Lily fut bien tentée de répliquer que Rose n’en aurait certainement fichtrement rien à foutre, elle, avant que l’évidence ne lui sautât soudain aux yeux. Ah oui, Rose. Sa future « promise ». Qui deviendrait une sorte de « sœur par alliance ». Le problème n’était pas la belle-mère en soi, à l’heure actuelle, mais plutôt qu’elle fût la mère de Rose.
    - Si ça peut te rassurer, là-dessus, je ne suis pas sûre que Rose en serait plus ravie, grogna-t-elle finalement alors qu’il s’était remis à lorgner avec insistance les deux incriminés.
    Sauf que pour elle, ce serait davantage parce qu’elle le détestait lui, en fait.
    - Mais tu sais, tu te biles sans doute pour rien. Ils ne –
    Elle s’apprêtait à dire qu’ils ne partageaient pas grand-chose, du moins pas qu’elle sache, lorsque l’improbable se produisit : les deux adultes s’embrassèrent et le baiser échangé était loin de prêter à confusion.
    Elle se tut donc, et tourna un regard confus et gêné vers son ami. Ce dernier était partagé entre la stupéfaction – malgré ses dires, lui-même ne s’y était visiblement pas attendu –, le dégoût et la colère. En quelques secondes, la colère prit le pas sur tout le reste, et transparaissait clairement sur son visage.
    - Scorp’…, tenta-t-elle en posant une main apaisante sur le bras de son ami, sans succès.
    Son geste fut royalement ignoré, toute l’attention du Malefoy portée vers son père et sa compagne. Elle insista, et lui tira le bras.
    - Scorpius, je –
    - De toutes les femmes de cette planète, il aura fallu qu’il décide de la choisir elle, persifla-t-il finalement, et Lily devina alors que sa colère était spécifiquement dirigée contre son père.
    Il devait le vivre comme une trahison, en quelque sorte. Lily fronça les sourcils. Pourtant, il n’était même pas sûr que son père fût au courant des sentiments qu’avait son fils pour Rose. Avaient-ils un jour eu ce genre de discussion ? Scorpius était certes plutôt proche de son père, mais elle en doutait. Comment Draco aurait-il donc pu deviner ? Il devait à peine savoir à quoi ressemblait la jeune fille en question, et rien ne lui aurait permis de l’associer à son fils.
    Par contre, son ami, lui, se fichait pas mal de ce genre de considérations. Et, pire que tout, il saurait se rendre insupportable dans les jours voire semaines à venir – parce que ce serait eux, ses amis, qui en subiraient les conséquences. Son père ? Certainement qu’il refuserait de lui parler pendant un moment. Il était tout à fait possible que Draco s’en rende à peine compte – même sans cela, ils ne se seraient pas beaucoup vus de toute manière, l’un enfermé à Poudlard et l’autre pris par son travail. Elle en venait presque à regretter ses congés, Luna et son histoire de Nargoles destructeurs.
    Presque.
    - Scorp’, tu exagères, ils se sont juste embrassés, ça ne veut pas dire qu’ils vont rester ensemble pour le reste de leur vie ! Si ça se trouve, dans une semaine ce sera déjà terminé !
    Mais le blond ne l’écouta pas, trop occupé à fusiller rageusement du regard le nouveau couple, et Lily roula des yeux face à son comportement tout simplement puéril. Elle comprenait son ressentiment, mais il n’y avait pas de quoi en faire tout un drame !
    Elle reporta son attention sur Luna et sa robe fluo, et se glaça en apercevant son regard posé sur elle. La scène lui rappela étrangement celle datant de deux semaines, au début des vacances, tandis qu’ils quittaient le train. Sauf qu’elle ne voulait pas que cela se reproduise. Elle ne voulait pas la réentendre parler de ses Nargoles. Et son père qui ne semblait pas prêt à aller vers elle, se rendit-elle compte en jetant un regard en sa direction. S’était-il seulement rendu compte de sa présence ? Peut-être pas, pensa-t-elle tandis qu’il riait avec Ron et Ginny, les adolescents un peu en retrait discutant entre eux avec enthousiasme, s’agitant pour retrouver leurs amis respectifs. Albus a dû partir retrouver les autres, se dit-elle alors tandis que le jeune homme demeurait introuvable.
    Il leur fallait donc partir au plus vite. Retrouver Albus, par exemple ? Et puis, l’heure du départ du train se rapprochait à grands pas ; il leur faudrait bien monter un jour ou l’autre.
    Elle tira donc Scorpius par le bras afin qu’il la suive, et il ne daigna se tourner vers elle que lorsqu’il parcourut quelques centimètres à reculons et faillit trébucher.
    - Il faut qu’on monte. Albus n’est plus là, se justifia-t-elle en accélérant le pas, comme si Luna était à leurs trousses.
    Pourtant, elle ne savait même pas si la femme avait amorcé un seul pas en sa direction et elle ne le vérifia pas. Elle s’engouffra à l’intérieur du train avec une ardeur non feint qui surprit Scorpius, lui faisant momentanément oublier sa colère précédente. Alors qu’il faillit tomber une nouvelle fois et bouscula sans le vouloir quelques élèves, il ne put s’empêcher de lâcher :
    - Mais qu’est-ce qui te prend ?
    Son exclamation eut le mérite de sortir Lily de ses penses angoissées. Pourtant, malgré qu’ils fussent déjà à l’abri, elle ne tourna même pas le visage vers son ami.
    - Hm ? Il faut trouver Albus ! Il –
    - Il est entré dans le train, je l’ai vu, l’interrompit-il, mais –
    - Eh bien voilà, tant mieux ! Nous y sommes aussi à présent !
    Elle fit glisser la porte du wagon et entra dans le couloir, suivie par un Malefoy quelque peu éberlué. Cependant, il ne chercha pas longtemps la raison de cet empressement soudain et haussa finalement les épaules pour lui-même.
    - Si tu veux…, marmonna-t-il faiblement, de sorte qu’elle ne l’entendit pas.
    - Mais où peuvent-ils bien être ? murmura-t-elle, mais lui l’entendit, par contre.
    Mais il n’en avait pas la réponse.
    - Le compartiment habituel ? tenta-t-il, tandis que Lily ouvrait une première porte.
    Ils vérifièrent ainsi plusieurs compartiments, s’excusant à chaque fois que quelqu’un s’y trouvait – et devant se retenir de s’esclaffer lorsqu’ils trouvaient des personnes dans des situations compromettantes – et croisèrent quelques élèves qui comme eux, devaient rechercher leurs amis déjà installés. Et ce fut ainsi qu’ils croisèrent Rose.
    La jeune Weasley fusilla aussitôt Scorpius du regard, ce qui n’avait rien d’inhabituel en soi, mais elle resta campée devant eux et leur bloqua ainsi le passage, ce qui l’était, en revanche. Généralement, elle cherchait non pas à l’éviter – le terme était un peu fort – mais à éviter le contact avec lui.
    Scorpius la regarda d’un air surpris, trop surpris pour espérer quelque chose – et heureusement pour lui qu’il n’espéra rien, car il n’y avait rien à espérer. Ils en furent vite convaincus.
    - Je suppose que tu es également au courant ? cracha-t-elle finalement en sa direction, comme si elle l’estimait responsable de la situation qu’elle semblait évoquer, et qu’elle n’approuvait pas du tout.
    Même Lily fut étonnée de l’agressivité dont elle fit preuve. Pourtant, elle s’était considérablement adoucie envers Scorpius, mais à l’instant, elle semblait être revenue des années en arrière.
    - De quoi tu parles ? s’étonna-t-il.
    - De ton père avec ma mère ! siffla-t-elle avec dédain, comme si cette situation-même était aberrante et contre-nature.
    Le visage de Lily se figea en une grimace tandis qu’elle était partagée entre l’agacement et l’exaspération. Ces deux-là n’avaient-ils donc que cela à faire, s’introduire dans la vie privée de leurs parents ? Même si cette situation ne l’étonnait pas outre-mesure ; elle savait que la rousse n’avait toujours pas digéré le divorce de ses parents, autant dire qu’elle ne devait pas du tout adhérer à l’idée que sa mère puisse se remettre avec quelqu’un d’autre. Et l’identité de cette personne – le père de Scorpius – ne l’aiderait pas à se faire accepter d’elle. Mais vraiment, tous les deux exagéraient.
    La rouquine reprit rageusement :
    - Je te préviens : malgré cela, jamais, jamais, je ne pourrais te considérer comme un frère même par alliance, même s’ils venaient à se marier. Tu n’es qu’ –
    - Eh bien tu vois, on est deux, avoua Scorpius d’une voix douce, l’air attristé. Et j’espère bien que ce ne sera jamais le cas.
    Cela eut le mérite de réduire la jeune fille au silence, et elle le fixa avec effarement, figée. Cela ne dura que quelques secondes, avant que son visage ne se ferme à nouveau.
    - Bien. Au moins un point sur lequel nous sommes d’accord.
    Puis elle n’attendit pas davantage et reprit sa route, s’écartant tout juste pour leur céder le passage.
     Scorpius n’attendit pas pour en faire de même, et ce fut alors Lily qui suivit le jeune homme.
    Le reste du trajet se déroula dans un silence pesant entre les deux adolescents, Lily n’osant pas remettre le sujet sur le tapis et étant trop abasourdie pour en trouver un autre, jusqu’à ce qu’enfin, ils trouvent leurs amis plus loin, dans le wagon suivant. Albus les y attendait avec deux autres Serpentards. Les deux nouveaux arrivants s’affalèrent sur les bouts de banquette de libre, avec un soupir soulagé bien audible pour Lily. Cela tira un sourire moqueur à son frère.
    - C’était si dur que cela de nous trouver ?
    Puis il jeta un regard à son meilleur ami, perdu dans ses pensées, et il tourna un regard interrogateur vers sa sœur, qui haussa les épaules.
    - Rose, comme d’habitude, répondit-elle à sa question muette, sachant que Scorpius ne suivait pas du tout la conversation.
    Et de toute façon, son amour pour la jeune fille était connu de tous ses amis au moins. D’autres devaient certainement être au courant aussi, vu comme il était peu discret – et certaines de leurs altercations étaient tout simplement mémorables.
    - Ah ? Elle a encore cherché à l’éviter ? fit Albus d’un air désolé après un regard compatissant au blond, qui ne réagit pas du tout.
    Mais encore aurait-il fallu qu’il le perçoive, or il semblait plongé dans son propre monde.
    Lily secoua négativement la tête avant de répondre :
    - Non, pas vraiment – et c’est bien le problème. Tu es au courant pour Draco et Hermione ?
    
**

    Luna fixa le manège de Lily d’un regard peiné mais ne dit rien, et elle ne fit rien non plus. Pourquoi l’aurait-elle fait, d’ailleurs ? Cela ne l’aurait pas davantage convaincu que les fois précédentes, surtout en présence d’un tel public – Scorpius notamment – et même, cela ne l’aurait que davantage enfoncer. Le duo d’amis disparut rapidement dans le train, et ce fut le cœur serré et désemparée qu’elle se tourna vers ses fils avec un petit sourire. Mais ils ne s’y trompèrent pas, et Lysandre la prit dans ses bras. Après quelques secondes, elle répondit à l’accolade en l’enlaçant à son tour. Puis il lui chuchota à l’oreille :
    - Je suis désolé, maman. Je sais que tu aurais préféré qu’elle y croie. Nous essaierons de surveiller le Calice, lui promit-il en déposant un baiser sur la joue, et il s’écarta ensuite d’elle, pour laisser Lorcan prendre sa place et faire de même.
    - A bientôt, maman.
    - A bientôt à vous aussi, répondit-elle, la gorge nouée.
    Ils étaient les seuls à la comprendre un tant soit peu. Mais eux aussi devaient partir.
    Ils se dirigèrent à leur tour vers le train, et ce ne fut que lorsqu’ils pénétrèrent à l’intérieur qu’elle amorça un mouvement pour partir. Pour s’arrêter aussitôt, tandis que deux silhouettes bien connues venaient à son encontre, une tête rousse et une brune. Les Potter.
    - Luna ! s’écria Ginny avec enthousiasme en arrivant à son niveau, suivie de peu par son mari qui arborait une mine plus renfrognée, ce qui étonnait assez Luna – mais sa présence elle-même l’étonnait.
    Luna les accueillit avec un peu plus de réserve, qu’elle espéra qu’ils mettent sur le compte de son caractère rêveur. Le comportement de Lily la touchait vraiment, et le départ de ses jumeaux n’arrangeait rien. Une fois encore, bien qu’entourée, elle se sentait désespérément seule.
    - Tu ne travailles pas aujourd’hui ? demanda-t-elle en direction d’Harry.
    - Si, mais j’ai pris une pause. Il fallait que je te voie.
    - Ah bon ? Pourquoi ?
    Elle vit Ginny prendre un air un peu gêné, et Harry se renfrogner davantage, et elle ne comprit ni l’un ni l’autre. Allons bon, qu’avait-elle encore fait ?
    Cela faisait pourtant un moment qu’elle avait abandonné l’idée de les convaincre au sujet de sa découverte sur les Nargoles. Et elle n’avait rien dit ni fait de particulier durant ces derniers jours, à part cela. De quoi pouvait-il donc être question ?
    - C’est à propos de tes Nargoles…, démarra Harry d’un ton bourru.
    Luna le fixa avec curiosité. A le voir, il n’était pas question d’un soudain revirement de son point de vue sur la question – il croyait toujours à une simple création de son esprit un peu dérangé. Mais cela n’expliquait pas pourquoi il remettait cela sur le tapis, après avoir tant cherché à l’éviter dès qu’elle lui en avait parlé la première fois.
    - Écoute. Nous savons que tu en as parlé à Lily.
    Luna se retint de fermer les yeux de dépit. Et voilà, ils y étaient. Ils s’en étaient rendu compte. Comme si cela ne lui suffisait pas ; elle n’arrivait déjà pas à se faire écouter de la jeune fille, mais avec ses parents défiants sur le dos, ce serait encore plus difficile. Voire quasiment impossible. Qu’avaient-ils pu lui dire ? Rien en sa faveur, pour sûr. Et la situation dans tout cela ? C’était foutu ; tout était foutu. Lily représentait son unique espoir, et il était en train de partir en fumée. Et elle n’avait rien d’autre, aucune autre alternative.
    Harry continua d’une voix un peu sèche, indifférent au désespoir qui envahissait son interlocutrice par vagues :
    - J’avais pourtant pensé que cela aurait fini par te passer mais non. Que tu viennes nous emmerder avec cela, ok ; mais vouloir à tout prix impliquer ma fille là-dedans, c’est –
    - Mais je –, tenta-t-elle de se justifier dans un dernier élan, pour être coupée brutalement par un Harry excédé :
    - Ça suffit ! C’est une adolescente, une adolescente, et toi tu viens la faire chier avec –
    Une main se posa sur son avant-bras, et il arrêta sa vindicte presque rageuse pour se tourner vers sa femme. Le visage calme, elle lui adressa un signe de tête, puis reprit la parole à sa place :
    - Ce qu’Harry essaie de te dire, c’est que cette histoire ne la concerne pas. Ce n’est qu’une adolescente, avec ses propres problèmes alors s’il te plaît, laisse-la tranquille.
    Luna pinça les lèvres et fixa tour à tour les deux époux. Tous deux étaient déterminés, déterminés à la faire plier. Ils ne savaient pas à quel point ils étaient dans l’erreur. Elle seule s’en rendait réellement compte, et en mesurait les conséquences, et c’était triste. Mais elle ne pouvait rien y faire. Alors elle fit la seule chose qu’elle put faire, prendre un air vaincu, tout en sachant qu’elle ne respecterait pas, et qu’elle ne pouvait pas respecter, sa parole.
    - Je vois. Eh bien, je ne la reverrais plus d’ici là, de toute façon, alors…
    Elle détourna ensuite son visage d’eux, blessée malgré tout, et amère. Incomprise. Elle n’était que cela ces dernières semaines. Et cela n’était pas prêt de changer.
    Harry fronça les sourcils durant quelques secondes avant de prendre un air satisfait, tandis que Ginny acquiesçait en affichant un sourire joyeux et confiant. Ils y croyaient. Bien sûr qu’ils y croyaient, ce n’était pas bien difficile – Lily serait à Poudlard d’ici quelques heures, hors d’atteinte. Mais Luna savait d’ors et déjà qu’il ne lui faudrait pas longtemps pour qu’elle trahisse sa parole.
    Mais après tout, elle n’avait rien promis, n’est-ce pas ?

Texte publié par Ploum, 5 décembre 2018 à 17h25
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