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Tome 1, Chapitre 7 Tome 1, Chapitre 7
Lily toussota quelques secondes tandis que la nuée de cendres se dissipait et fit quelques pas maladroits pour s’extraire de la cheminée. Des mains apparurent alors dans son champ de vision réduit et lui saisirent les avant-bras pour l’aider à s’avancer.
    - Je suis désolé, s’excusa une voix masculine. Nous n’utilisons presque jamais cette cheminée. J’aurais dû penser à la ramoner avant ton arrivée.
    La jeune fille ne dit rien et hocha juste la tête en s’essuyant les yeux. Suite à cela, elle les ouvrit, pour contempler son environnement. Elle se trouvait dans un large salon. Face à elle, Lysandre la fixait d’un air un peu inquiet.
    - Ça va, finit-elle par dire d’une voix rauque en se raclant la gorge. C’est vrai que c’est… surprenant.
    Elle avait déjà pris des cheminées pas très entretenues, mais celle-ci semblait vouloir battre tous les records.
    Mais cela n’entacha en rien sa bonne humeur, et elle se mit à détailler le salon avec plus d’attention. Il était évident que les propriétaires étaient naturalistes, cela se ressentait dans l’impression que donnait la pièce. Les Dragonneau l’avaient aménagée à l’aide des nombreux souvenirs qu’ils avaient ramenés de leurs multiples voyages, tous relatifs aux créatures magiques qu’ils avaient pu étudier ou rencontrer, présentés dans les nombreuses vitrines et bibliothèques accolés aux murs. Le tout formait un étrange fouillis organisé. Des objets qu’elle savait rares, et ne pas en connaître la vraie valeur, ponctuaient ici et là cette large collection. Presque à l’opposé d’eux, un canapé clair détonnait dans ce décor exotique.
    - C’est mignon chez toi ! se contenta-t-elle de dire en tournant le visage vers lui avec un petit sourire.
    Il la remercia d’un air un peu rêveur, puis il lui proposa quelque chose qu’elle n’entendit pas. En effet, une silhouette venait de faire son apparition dans l’encadrement de la porte, et Lily n’avait eu aucun mal à la reconnaître. Luna.
    Vêtue sobrement d’un jean et d’un t-shirt large, ce qui était peu courant chez elle, elle ne semblait pas les avoir remarqués, la tête penchée sur des documents qu’elle lisait tout en fronçant les sourcils et en marchant. Inévitablement, elle se cogna quelques secondes plus tard sur une vitrine remplie de petits objets que Lily n’avait pas réussi à identifier depuis sa position et qui tremblèrent légèrement sur leur base. Elle leva de grands yeux étonnés vers l’obstacle, avant de tourner son regard vers eux. Lily ne put lui adresser qu’un sourire gêné en réponse, qui s’apparentait plutôt à une grimace, d’ailleurs.
    - Oh ! Bonjour, Lily. Comment vas-tu ?
    - Bonjour. Je vais bien, merci, et toi ?
    Si elles pouvaient en rester aux politesses, ce serait quand même mieux. Après tout, la dernière fois qu’elles s’étaient parlé, deux jours plus tôt, la situation était devenue gênante. Et puis, son insistance avait été réellement agaçante.
    Une fois les quelques civilités échangées, Luna marcha jusqu’au canapé massif, et s’y installa avec ses documents, les disposant de part et d’autre d’elle-même. Lily, elle, jeta un regard étonné vers Lysandre.
    - Maman doit rédiger son article, elle reste donc à la maison pour cela, expliqua le jeune homme.
    Lily acquiesça. En espérant qu’elle se limite à cela, et qu’elle ne perturbe pas son après-midi avec Lysandre en remettant son histoire de Nargoles sur le tapis. Toutefois, il lui faudrait y penser, les prochaines fois qu’elle verrait Lysandre – et elle y comptait bien ! En lui proposant de sortir en ville, par exemple. Loin de sa mère.
    - Et où est Lorcan ? demanda-t-elle alors, se rendant compte qu’elle n’avait aperçu l’autre jumeau à aucun moment.
    - Sorti avec des amis, répondit-il.
    Lysandre lui proposa d’aller dans sa chambre, ce que Lily accepta aussitôt. Cela lui donnait aussi l’occasion de s’éloigner de Luna. Mais sans doute cela n’aurait-il pas été nécessaire ; Luna ne leva même pas les yeux lorsqu’ils quittèrent la pièce.
    L’après-midi se déroula calmement, et Lily apprécia cette tranquillité à sa juste valeur. D’autant plus que, même s’ils étaient revenus dans le salon une heure après en être partis, Luna n’était pas revenue à la charge ; et ce, même alors qu’elle lui avait demandé comment allaient ses parents, et comment avançaient les enquêtes d’Harry. Même là, elle n’avait rien ajouté de plus, rien concernant ses Nargoles et leur plan machiavélique. Peut-être cela lui était-il passé, tout compte fait. Ce qui n’était pas pour déplaire à la jeune fille.
    Mais elle fut détrompée lorsque Lysandre la quitta quelques instants pour se rendre aux toilettes. Quatre heures était passé depuis un moment, et les restes de leur goûter avaient fini au fond de l’évier pour se faire récurer par des brosses manipulées par la magie. C’était réellement pratique, et Lily se demandait comment les Moldus faisaient pour s’accommoder d’une telle tâche ingrate. Ah oui, le lave-vaisselle.
    Elle sentit un regard peser sur elle, et leva les yeux pour croiser ceux pâles de Luna, fixés sur elle. Lily prit un air interrogateur. Luna resta muette de longues secondes, et Lily crut tout d’abord que cela en resterait là – bien qu’elle ne comprenait pas réellement la scène. Mais soudain, la voix douce et légèrement distante de Luna brisa le silence qui les enveloppait :
    - Sais-tu pourquoi les Objets étaient au Ministère, et au Muséum ? Séparés en deux lieux différents, mais toujours dans la même ville ?
    Lily cligna des yeux, et mit quelques secondes avant de comprendre de quoi elle parlait. Elle sentit que sa question avait sans doute un rapport avec ses Nargoles – vu que lorsqu’elle parlait de ces Objets, elle les liait à ces créatures – mais elle ne voyait pas lequel.
    - Euh… parce qu’ils étaient moins dangereux ?
    Lily se doutait que sa réponse n’en était pas vraiment une, mais un point l’interpellait. Effectivement, pourquoi étaient-ils tous à Londres ?
    - En réalité, ce n’est pas tout à fait exact, si on compte le Calice, corrigea néanmoins Luna d’une voix distraite, en baissant le regard vers ses notes. Lui se trouve à Poudlard. Et doit encore s’y trouver.
    Un Calice, à Poudlard ? Mais de quoi parlait-elle ? Et puis, pourquoi lui parlait-elle de cela, d’abord ?
    - Euh…, ok, si tu veux, finit-elle par lâcher, un peu désarçonnée – c’était une bien étrange entrée en matière, mais cela avait le mérité de la perturber tant que cette fois, l’agacement ne vint pas. Mais… alors ? Pourquoi ?
    - Mmh ? Oh. Je n’en sais rien. C’était une vraie question.
    Pour le coup, Lily était scotchée. Elle se serait attendue à un véritable argumentaire pour tenter de la convaincre de la suivre, mais rien, juste ça. Elle ne savait pas quoi en penser.
    Pendant ce temps, le regard de Luna se perdait dans le vague, imperturbable face au trouble évident de la jeune fille. Elle murmura d’une voix basse et lasse, mais Lily l’entendit parfaitement :
    - En tout cas, cela leur facilite bien la tâche.
    Lily n’eut pas besoin d’explications supplémentaires pour saisir le sous-entendu ; les Objets réunis dans une même ville – excepté un, mais il n’était pas bien loin – moins d’efforts était nécessaire pour les voler. Après tout, les trajets étaient courts, et certains se trouvaient même au même endroit.
    Elle ne vit pas Lysandre réapparaître dans la pièce, son attention tournée vers sa mère. Elle ne put s’empêcher de lâcher, et Luna releva les yeux à ses mots :
    - Sauf que certains objets dont vous parlez n’ont pas été volés, mais que d’autres objets qui n’ont rien à voir avec ce que vous dites l’ont également été. Et ces vols commencent à dater sérieusement.
    Le regard de Luna se fit incroyablement doux, ce que Lily ne comprit pas. Elle venait juste d’insinuer qu’elle racontait un peu n’importe quoi, quand même.
    - Ce n’est pas parce qu’ils ne l’ont pas été qu’ils ne le seront pas.
    - Mais pourquoi attendraient-ils tant de temps pour voler les Objets suivants ? s’étonna Lily, tandis que Lysandre s’installait finalement sur une chaise en silence, écoutant la discussion en spectateur muet, ne cherchant pas à en comprendre le début.
    - C’est un sort. Il ne suffit pas de réunir les Objets dans une pièce et de le lancer, ou d’attendre qu’il se lance. C’est plus compliqué que cela – et heureusement pour nous, d’ailleurs.
    Lily fronça les sourcils. Cela ne justifiait rien – après tout, plus vite ils voleraient ces Objets, mieux ils seraient assurés de les avoir au moment où ils en auraient besoin !
    - D’autant plus que les deux Objets encore au Ministère sont un peu plus instables, ils ne doivent donc vouloir les voler que lorsqu’ils en auront besoin.
    - Et le Calice, alors ?
    - Je n’en sais rien. Je suppose que la tâche est plus ardue là-bas.
    Plus qu’au Ministère ? Ce serait presque vexant pour son père et les Aurors, ou pour toute autre personne s’assurant de la sécurité des lieux.
    Un froissement de papier la fit sortir de ses pensées. Luna était en train de sortir un bout de parchemin sur lequel Lily pouvait apercevoir une fine écriture se dessiner du bout de la baguette de la sorcière. Celle-ci se leva, et se dirigea vers l’adolescente pour le lui tendre, l’air décidé. Surprise, Lily le saisit du bout des doigts sans réellement le réaliser, fixant toujours le visage grave de Luna. Il était rare qu’elle arbore un tel air, et cela perturbait la jeune fille plus que de raison.
    - C’est la liste des Objets à réunir pour le sort dont je t’ai parlé, avec leur localisation et leur image descriptive, expliqua Luna. Ceux qui ont déjà été volés ont été rayés.
    Lily baissa le regard vers la chose en question, et vit que la plupart des lignes l’étaient. En fait, il n’en restait plus que trois à ne pas l’être.
    - Je…, commença-t-elle, gênée.
    - Je sais que tu ne me crois pas, l’interrompit Luna, et Lily sentit son ventre se nouer tandis qu’elle percevait la tristesse dans sa voix. Même si actuellement, les faits sont loin de conforter mes dires, je sais que j’ai raison. Et je sais que bientôt, malheureusement, les événements me donneront raison.
    Lily redressa la tête. Luna la fixa encore quelques secondes en silence, puis elle se détourna pour retourner à son canapé, et à sa précédente occupation. Elle se replongea dans ses documents et ne dit plus rien, comme coupée du monde. Laissant Lily plongée dans la stupeur la plus totale.
    Car même si elle ne croyait pas un traître mot de l’histoire fantasque de Luna, elle ne pouvait s’empêcher d’être perturbée par la certitude que Luna affichait, bien plus qu’elle n’était prête à l’admettre. Même à elle-même.
    
**

    Comme à son habitude, lorsqu’elle pénétra dans le grand hall du Manoir Malefoy, Lily fut émerveillée par la beauté des lieux, qui respiraient la richesse et la noblesse, tout en conservant un petit côté chaleureux et accueillant, malgré la dominante de vert et d’argent. Les armoiries de la famille étaient gravées en plusieurs endroits, mais Lily ne s’y attarda pas, tournant son regard vers les escaliers et son ami qui les descendait.
    - Lily ! Tu es arrivée plus tôt que je ne le pensais !
    - Tu me manquais tellement ! ricana la jeune fille, tout en marchant vers lui.
    Ils s’adressèrent une accolade, puis Scorpius proposa de monter dans sa chambre ; le soir tombait, mais le repas ne serait pas servi avant une heure.
    - Ton père est ici ? fit-elle en jetant un coup d’œil à la porte de la Bibliothèque, fermée pour l’heure.
    - Oui, mais pas depuis longtemps. Faudra qu’on en parle.
    L’air conspirateur de Scorpius l’intrigua. Elle n’était même pas sûre que le terme « conspirateur » fût correct, il avait l’air plutôt agacé en disant cela. Elle ne s’y attarda cependant pas, tandis qu’ils montaient les marches pour se diriger directement vers la chambre du jeune homme.
    Lily connaissait bien cette pièce, pour y être déjà rentrée à plusieurs reprises – elle servait souvent de lieu de rassemblement pour leur groupe d’amis, sachant qu’elle était très grande. Elle disposait d’une salle de bains privée et adjacente à la pièce, ainsi que d’un bureau muni d’une petite bibliothèque, lui aussi adjacent à la pièce à coucher. Comme tout Serpentard qui se respectait, le vert et l’argent recouvraient les murs, mais Lily eut la surprise de découvrir que dans un coin, un meuble rehaussé de rouge et de doré était confortablement calé contre le mur. Rouge et doré.
    - Qu’est-ce que c’est que ça ? s’exclama-t-elle en le désignant.
    - De quoi ?
    Scorpius tourna son regard vers la chose en question que Lily pointait du doigt, éberluée. Il n’y avait aucun Gryffondor dans la famille, pourtant ! Elle fut également surprise de la maigre réaction de son acolyte : il ne fit qu’hausser les épaules avec indifférence.
    - Ah, ça ? Un meuble, comme tu peux le voir. Pour ranger des affaires.
    Lily roula des yeux, légèrement amusée. Mais cela ne répondait pas du tout à la question posée.
    - Pas ça idiot – je m’en serais doutée toute seule. Mais pourquoi ces couleurs ?
    - Et pourquoi pas ? Ce ne sont que des couleurs, et ça fait plutôt joli.
    - Tu plaisantes ? Ricana-t-elle en secouant la tête, puis elle le jaugea avec sérieux.
    Comme elle ne souhaitait pas lâcher l’affaire et le fixait d’un regard entendu, il finit par soupirer et par avouer, un léger sourire aux lèvres :
    - C’est de l’imprégnation.
    - De la quoi ?
    - De l’imprégnation, répéta-t-il, comme à une enfant à laquelle il apprendrait des mots. Vu que Rose est à Gryffondor, il faut bien que je m’y habitue, et le plus tôt sera le mieux ! s’exclama-t-il alors avec enthousiasme.
    Lily le fixa avec de grands yeux, considérant l’hypothèse d’un potentiel basculement vers la folie. Avant de secouer la tête, effarée et en même temps, amusée. Après tout, ce n’était pas si étonnant de sa part ; il disjonctait complètement lorsqu’il s’agissait de Rose.
    - De l’imprégnation, reprit-elle, tandis qu’elle s’efforçait de retenir une crise de fou rire – l’idée était tellement ridicule. Ok, euh… Ok. Si tu veux.
    - Je doute qu’elle accepte de vivre dans un monde uniquement composé de vert et d’argent, prit-il la peine d’expliquer pour se justifier, en désignant d’un geste de bras le reste de la pièce qui résumait si bien l’ensemble de la maison.
    Étant donné le caractère de la jeune fille, Lily en doutait également. Mais les couleurs des maisons ne constituaient pas le principal problème pour leur… mise en couple.
    N’empêche, la tête de Draco aurait certainement valu le coup d’œil si ce… changement de décoration se généralisait à l’ensemble de la bâtisse dans les années à venir. Elle savait qu’il y avait eu beaucoup de changements après la guerre contre le Seigneur des Ténèbres, mais rien d’aussi radical – les Malefoy avaient toujours tâché de conserver l’identité de leur famille, même s’ils s’étaient efforcés d’en effacer toute trace de liens avec la magie noire.
    - Je vois. Eh bien… c’est ta chambre, fit-elle en balayant la conversation d’un geste de la main pour y mettre fin, décrétant que cela ne valait pas la peine d’aller plus loin.
    Si cela pouvait lui faire plaisir, après tout.
    Les deux adolescents s’affalèrent sur le grand lit, et Lily bascula complètement pour se retrouver couchée, les jambes pendantes. Le contact avec les draps était doux et soyeux, et elle ferma les yeux en soupirant d’aise.
    - Alors… pourquoi voulais-tu tant me voir, aujourd’hui ? Pas que ta présence m’indispose – sinon, tu n’aurais pas pu venir, d’ailleurs ! ajouta-t-il en aparté avec un rire, avant de reprendre plus de sérieux. Il était prévu que l’on se voie demain. Ton après-midi avec Lysandre s’est mal passée ?
    Lily secoua la tête pour démentir ses propos, mais Scorpius comprit à sa tête qu’il y avait quand même quelque chose qui la perturbait. Il l’enjoignit à parler, ce qu’elle ne tarda pas à faire :
    - Luna était là elle aussi. Pour rédiger son article.
    Scorpius fronça les sourcils, l’air de dire qu’il ne voyait toujours pas où était le problème. De ce qu’il en savait, Lily l’appréciait.
    - Elle m’a reparlé de… de son histoire de Nargoles qui veulent détruire la ville, et des Objets. Bon, elle n’était pas aussi pressante qu’il y a deux jours, et elle a plutôt parlé des Objets – et elle n’a pas beaucoup parlé au final, et plutôt en fin d’après-midi, ce qui était plutôt cool.
    Elle s’interrompit lorsqu’elle aperçut la mine sceptique de son ami, qui secoua la tête, désabusé.
    - Et ? Où est le problème, si elle n’a quasiment pas insisté ? Elle va bien finir à abandonner, si elle commence déjà à faiblir !
    Qu’est-ce qui pouvait troubler ainsi son amie, si elle n’avait presque rien dit ? Même si elle avait été agacée les fois précédentes, elle était vite passée outre. Or là, elle se mordillait les lèvres et se perdait dans ses pensées, comme si le peu que la Dragonneau avait pu dire avait fissuré les certitudes qu’elle avait. Scorpius fronça les sourcils. Elle ne commençait tout de même pas à envisager ses propos comme une éventualité ?
    - Écoute, je… je ne sais pas. Elle avait l’air si… si sûre d’elle. Je…
    Lily était incapable d’exprimer le sentiment qui l’avait habitée, et qui l’habitait toujours.
    - Mais elle avait aussi l’air sûre d’elle, à la gare ! Releva Scorpius, et Lily ne put le contredire.
    Par Merlin, pourquoi soudain cette impression étrange ? Pourquoi maintenant ? Pas plus qu’avant, elle n’était convaincue de ses propos, pourtant ! Et sa fichue liste ne prouvait rien du tout !
    Liste qu’elle avait par ailleurs conservée, et elle se demandait bien pourquoi.
    Elle sentit plus qu’elle ne vit Scorpius secouer la tête.
    - Elle est bizarre, quand même. Son insistance est vraiment louche – pourquoi tient-elle absolument à t’intégrer toi dans son trip ? Il ne se passe rien, elle aurait dû se rendre compte que c’est juste du délire !
    - C’est ce que je me suis dit aussi, affirma Lily, tandis qu’elle s’obligeait à se fermer à son trouble inexplicable. Mais elle y croit dure comme fer ; elle m’a même donné la liste des Objets nécessaires à la mise en place de son soi-disant sort.
    - C’est du grand n’importe quoi, ricana Scorpius, et le matelas eut quelques soubresauts qui firent ouvrir les yeux de la jeune fille. Mais pourquoi t’en inquiètes-tu tant ? Continue de l’envoyer bouler, et elle finira par comprendre, ou par se lasser.
    Ce fut au tour de Lily d’afficher du scepticisme.
    - Pas sûr.
    A cette affirmation, Scorpius haussa juste les épaules avec désinvolture.
    - Bah, tu l’as dit toi-même, elle était déjà moins insistante aujourd’hui. D’ici la fin des vacances, elle devrait être passée à autre chose – auquel cas, de toute façon, tu seras de retour à Poudlard, et Luna n’y a pas accès. Déstresse.
    - Je ne stresse pas, bouda-t-elle.
    Il y avait juste cette insistance à son encontre qui était totalement incompréhensible. Et ce léger trouble qui secouait son esprit, aussi. Comme si, inconsciemment, ce dernier commençait à considérer la possibilité que les dires de la quadragénaire pourraient avoir un fond de vérité. Mais ce n’était pas possible.
    Puis elle repensa au Miroir et à son reflet, et songea au fait qu’elle n’avait rien subi, ni entr’aperçu quelque tentative à son encontre. Elle avait d’ailleurs fini par oublier quelque peu cet incident, de même que son père, visiblement, puisqu’il ne l’avait pas séquestrée dans la maison des Potter ou dans une planque quelconque.
    - Comment a-t-elle pu afficher mon reflet, dans ce cas ? chuchota-t-elle pour elle-même.
    Après tout, l’idée d’un terroriste voulant attenter à sa vie ou la kidnapper était incohérente, mais la façon dont Luna était parvenue à faire apparaître son image échappait totalement à la jeune fille. Mais selon la question posée, cela pouvait expliquer son obsession pour elle.
    Comment avait-elle justifié cela, déjà, elle ? Une histoire de Garde des Sceaux ? Ah oui ! La Gardienne des Sceaux.
    - Tu repenses encore à ça ?
    - Parce que ça ne t’interpelle pas, toi ? répliqua-t-elle aussitôt en croisant les bras derrière la tête.
    Le bâillement émis près d’elle constituait un élément de réponse.
    - Bah, je ne vois pas pourquoi tu te biles pour ça, le mec t’a certainement confondu avec quelqu’un d’autre. Après tout, personne n’a essayé de t’attaquer depuis, et il n’existe pas beaucoup de raisons expliquant le fait de risquer de se faire arrêter pour t’admirer dans un miroir – surtout en sachant que tout le monde sait déjà qui tu es et où tu te trouvais à ce moment-là.
    Tiens, elle n’avait pas pensé à ça. Ou peut-être que si ; elle ne se rappelait plus vraiment.
    - Sauf qu’ils ont dû repasser les souvenirs de cet homme au crible, et papa n’aurait pas confondu – en plus, les murs de Poudlard sont assez reconnaissables.
    - Donc, tu crois davantage plausible le fait que Luna ait fait apparaître ton reflet en demandant au Miroir qui est la Gardienne des Sceaux ?
    Ah, c’était bien le terme exact.
    Lily marqua quelques secondes d’hésitation, réfléchissant. Et cela n’échappa pas à Scorpius, qui fronça les sourcils.
    - Non. Mais… et si elle avait posé une question du genre, mais de sorte à ce que le Miroir interprète mal sa question et se trompe dans la réponse fournie ?
    - C’est tordu ton truc. Il n’y a pas trente-six façons de poser la question, aussi. Et si la question était trop alambiquée et incompréhensible, le Miroir n’aurait pas réagi. En plus, il parait qu’il a un fonctionnement plutôt capricieux.
    Après quelques secondes, elle finit par se ranger à son avis, d’accord avec lui sur ce point. Pourtant, c’était la seule chose un tant soit peu crédible qui lui venait à l’esprit pour expliquer les événements qui s’étaient produits – après tout, un assassin ne se serait pas gêné de tuer cet employé du Ministère afin d’éviter que la question du Miroir, qui aurait rapidement fini par s’éteindre, ne s’ébruite, hors il s’était contenté de l’assommer par derrière et de s’enfuir.
    - Si tu le dis, abandonna finalement Lily en se frottant les yeux.
    Sans doute avait-il raison, après tout. Elle se questionnait beaucoup trop pour pas grand-chose.
    - Sinon, c’est quoi le problème avec ton père ? fit-elle pour changer de sujet, même si elle ne savait pas du tout dans quoi elle s’embarquait.
    Elle ne voyait pas pourquoi il y aurait un problème avec Draco, sérieusement. Il était loin d’être le pire père qui soit pour son fils unique, bien au contraire.
    - Mon père fréquente une femme ! s’écria alors Scorpius, et Lily poussa un soupir de dépit.
    Ne lui avait-il pas déjà parlé d’un truc du genre ?
    - Et pourquoi dis-tu ça ? Parce qu’il est rentré un peu tard, d’après toi ? Il est Directeur de la Justice Magique, il est facile pour lui d’y avoir des empêchements !
    - Lily, on est dimanche.
    … Ah. Forcément, les possibilités de blocage au sein de son bureau s’amenuisaient.
    - Mais tu sais, il est grand et a une vie lui aussi, et des amis, rétorqua-t-elle alors. Il a pu partir les voir. Et puis de toute façon, quoi qu’il fasse, ça ne te concerne pas ! Sortir n’est pas un crime, quand même !
    - Une belle-mère, ça risque de me concerner, tôt ou tard, bougonna Scorpius, de mauvaise foi.
    Lily roula des yeux, exaspérée, et redressa le buste pour mieux le voir. Il était à présent assis en pacha, les jambes croisées, le dos adossé à une pile d’oreillers eux-mêmes calés contre le mur, de sorte qu’il formait un angle de cinquante degrés avec l’horizontale. Sa position, ainsi que les boutons de sa chemise défaits, ses cheveux un peu en bataille, et son air renfrogné suffirent à la faire sourire, et elle secoua la tête avec amusement.
    - Ce n’est pas parce qu’il sort de temps en temps sans t’en faire un compte-rendu détaillé qu’il est forcément en train d’organiser son futur mariage. Et puis, tu ne trouves pas que tu exagères ? Tu devrais plutôt être content pour lui si c’était le cas, je te ferai remarquer qu’il est tout seul depuis la mort de ta mère !
    Le visage du jeune Malefoy se figea quelques secondes, avant de paraître songeur. Elle n’ajouta rien, préférant le laisser méditer sur ses paroles, et se laissa retomber sur le lit. Mais ce silence ne dura pas longtemps, car Scorpius reprit la parole – et Lily sentit parfaitement son malaise :
    - Je n’avais pas pensé à ça. C’est vrai que, qu’avec le recul, mon père doit se sentir vraiment seul, mais… et c’est vrai, je sais que, même s’ils ont tout fait pour moi, pour être de bons parents, je sais qu’en vérité, il n’aimait pas ma mère… Sans doute ne l’a-t-il jamais aimé, d’ailleurs. Après tout, leur mariage était de pure convenance, entre familles de sang-purs. Quel gâchis. Je ne comprends pas pourquoi mon père a accepté de se soumettre à une telle chose, moi je ne le pourrais pas !
    - En même temps, je ne veux pas dire, mais le contexte est complètement différent, et tu ne risques rien avec le père que t’as, ne put s’empêcher de glisser Lily avec cynisme, bien qu’elle ait écouté avec attention chacun des mots de son ami.
    Mais Scorpius l’ignora, et continua, inébranlable – et Lily n’était plus si sûre qu’il lui parlait vraiment ; il devait plutôt exprimer à haute voix ses pensées sur la question :
    - Et pour quoi ? Juste pour conserver la pureté de notre lignée ! Ah, ça, ils vont être déçus, parce que je mettrai un terme à ces conneries !
    - Ça, tu n’en sais encore rien, fit remarquer Lily, mais le regard pétillant du jeune homme la laissa deviner l’identité de sa prétendue future femme – Rose. Scorp’, elle est loin de vouloir se marier avec toi, tu sais, et encore plus loin de vouloir porter tes gosses.
    Cette idée n’avait jamais dû traverser le cerveau de la rouquine, d’ailleurs, ou seulement dans ses pires cauchemars.
    - Tu n’en sais rien ! Elle s’est adoucie avec moi, n’as-tu pas remarqué ?
    - Bah…
    Rien qui laissait supposer un mariage à venir… La jeune fille s’était réellement adoucie, certes, mais leur relation était loin d’être amicale – même pas sûr qu’elle fût cordiale.
    - Ah, quel cynisme ! lâcha-t-il après quelques secondes, tandis que Lily continuait à se taire.
    Elle tourna la tête vers lui, et s’amusa de la tête de malheureux qu’il arborait. Le pauvre jouait à l’incompris, mais son petit sourire suffisant lui faisait perdre tout crédit.
    
**

    Assis à l’écart, les trois Serpentard admiraient le chapiteau qui se dressait dans le jardin du Terrier des Weasley, fière flamme colorée tranchant net dans ce décor de blancheur immaculée. Pour ceux qui n’étaient pas partis en vacances, les parents avaient tenu à se rassembler, donnant ainsi l’occasion à leurs enfants de se voir. Plusieurs petits groupes parsemaient ainsi le jardin, et derrière, la grande tente abritait très certainement le goûter. Pour l’heure, Mme Weasley tenait à ce qu’il restât fermé. Tout le monde n’était pas encore arrivé, et il était tôt.
    Scorpius soupira lorsqu’il vit passer Rose à quelques centaines de mètres de lui. La jeune fille ne l’avait pas vu, mais il savait que l’interpeller était inutile. A part pour se prendre un vent. Il préféra donc tourner son regard gris vers ses deux plus proches amis, et actuellement les seuls présents, d’ailleurs.
    - James n’est pas venu avec vous ?
    Il se fichait assez de la réponse, mais s’ennuyait un peu – les deux autres se contentaient pour le moment de grelotter en fixant la neige d’un regard vide, et il était donc de son devoir de les ramener dans le monde présent.
    Les deux Potter levèrent les yeux vers lui, puis Albus secoua la tête.
    - Non. Je ne sais plus où il est, mais il arrivera d’ici peu, par ses propres moyens.
    Scorpius n’insista pas, et cette conversation s’arrêta là. Tous trois se remirent à fixer les petits groupes devant eux en resserrant les pans de leurs manteaux sur eux. Le jeune Malefoy rechercha aussitôt son père, après s’être aperçu de l’absence d’anciens Serpentard – il devait réellement se sentir seul, il n’y avait presque que des anciens Gryffondor. A sa surprise, il l’aperçut en train de discuter avec les membres du célèbre Trio d’Or et les Weasley, tandis qu’il se tenait près d’Hermione Granger.
    - Je ne savais pas que mon père fréquentait Hermione, s’étonna Scorpius.
    Mais son constat n’ébranla que lui. Ses deux amis agitèrent faiblement leurs épaules avec indifférence.
    - Elle est Ministre, et lui travaille au Ministère, s’efforça d’ajouter Lily en réprimant un bâillement. Rien d’étonnant donc, c’est sa supérieure. En plus, vu les relations houleuses qu’ils ont entretenues par le passé, c’est plutôt bien. Que ce soit avec elle, ou les autres.
    - Je l’admets, marmonna Scorpius.
    Et puis, il valait mieux pour lui qu’ils s’acceptent, s’il parvenait enfin à se mettre en couple avec Rose – ce serait sans doute peut-être plus compliqué avec Ronald, son ex-mari, qui était également présent. Même si pour l’heure, rien ne semblait indiquer un quelconque conflit entre les deux anciens ennemis.
    Comme son attention quittait le groupe d’adultes, il s’aperçut que le regard de Lily était fixé en un point bien particulier, et Scorpius reconnut Lysandre. La famille Dragonneau, y compris Rolf que l’on voyait peu ces derniers temps, venait d’apparaître dans le jardin, et ils furent aussitôt accueillis chaleureusement par les Weasley.
    Il reporta son attention sur son amie, et fut étonné par le petit air triste qu’elle arborait.
    - Lily, ça ne va pas ?
    Elle devait être plongée dans ses pensées, car elle sursauta légèrement à son nom, avant de se tourner vers Scorpius.
    - Pourquoi ça n’irait pas ? J’ai juste froid, c’est tout, fit-elle en se détournant avec un frisson.
    Scorpius adopta une moue dubitative, mais n’insista pas. Albus était encore présent, et Lily ne voulait pas que l’histoire de Luna ni son attirance pour Lysandre ne se sachent, et il se doutait que son trouble avait un rapport avec un de ces deux points, voire les deux.
    Mais Albus était loin d’être un idiot, et devinait que le ‘problème’ de sa sœur devait concerner un de leurs secrets. Comme le silence s’installait pesamment entre eux, il décida de les laisser seuls quelques minutes, et se leva.
    - Je vais voir s’il n’y aurait pas quelque chose à boire à l’intérieur. Vous voulez quelque chose ?
    - Non merci, fit Scorpius, en même temps que Lily secouait la tête en signe de dénégation d’un air distrait, le regard hagard perdu dans le vide devant elle.
    - Ok. A tout’ !
    La neige crissa sous ses pas, et ce ne fut que lorsque plusieurs dizaines de mètres les séparaient que Scorpius demanda :
    - C’est quoi le problème avec Lysandre ? Je croyais que vous vous voyiez régulièrement, et que vous vous entendiez plutôt bien, non ?
    En effet, comme elle avait gardé un moyen de le contacter, elle lui avait proposé à plusieurs reprises de se voir, et jusqu’à présent, il avait toujours accepté. Il ne s’était même pas vexé tandis qu’elle s’évertuait à éviter sa maison, le Muséum et la Bibliothèque, les pires endroits où elle était le plus susceptible d’y croiser Luna. Pas qu’elle cherchait à l’éviter absolument, mais… juste à la croiser le moins possible.
    Un énorme soupir fendit l’air au bout de quelques secondes, avant que Lily ne réponde :
    - Ce n’est pas lui. C’est… c’est Luna. Je… Elle a encore essayé de me convaincre ces derniers jours avec son histoire de Nargoles. Pas longtemps, non, mais-mais elle m’en reparle régulièrement, et c’est lassant.
    Scorpius fronça les sourcils.
    - Ça pourrait presque passer pour du harcèlement, ça, lâcha-t-il. Tu ne crois pas que tu devrais en parler à tes parents ? Parce que c’est quand même exagéré de sa part !
    Lily haussa les épaules, indifférente. Ce n’était pas là le problème, ou du moins pas ce qui la préoccupait à l’heure actuelle.
    - Non, je ne sais pas comment ils réagiraient, ils risqueraient d’interpréter ça de travers, et Luna ne mérite pas ça. De toute façon, elle finira bien par arrêter un jour.
    - Mais ils peuvent aller lui parler, tu sais, argua Scorpius. Lui demander d’arrêter de t’emmerder.
    Nouveau haussement d’épaules. Devinant que ce n’était pas la véritable raison de son abattement, Scorpius décida de passer outre pour le moment :
    - Et donc, où est le problème ?
    Au début, aucune réponse ne vint, de sorte qu’il crut bien qu’il n’en aurait jamais. Mais Lily cherchait juste ses mots, et elle mit presque une minute avant de se décider à parler :
    - Eh bien… Je commence à me demander s’il n’accepterait de me fréquenter uniquement à cause de sa mère, avoua finalement Lily, amère, le regard toujours plongé devant elle. De sa soudaine lubie me concernant, précisa-t-elle en levant finalement son regard vers lui.
    Et le pire était qu’à cause de cela, elle en voulait à Luna – un peu, et malgré elle. Elle doutait que Luna ait clairement dit à son fils de se rapprocher d’elle dans cette optique, mais elle ne pouvait s’empêcher de remarquer qu’il lui parlait enfin seulement depuis le moment où sa mère était partie dans ses délires nargolesques.
    - D’où sors-tu ça ? fit le blond en fronçant les sourcils. Lui aussi essaie de te convaincre ?
    - Non ! Non, c’est juste que –
    - Il essaie de te forcer à te retrouver systématiquement en présence de sa mère ?
    - Non ! Non, il n’a rien dit lorsque je –
    - Alors tout va bien, décréta-t-il en basculant le dos contre le dossier du banc – qui se révéla glacé, malgré l’épaisseur de manteau qui le protégeait.
    Il se redressa donc promptement, et se frotta vigoureusement le dos avec un frisson dans l’espoir de faire partir l’affreuse sensation, comme si son dos s’était congelé au contact du froid. Cependant, comme il voyait que Lily le fixait intensément avec un mélange de doute et d’espoir, il ne tarda pas à reprendre :
    - C’est juste une coïncidence, tu sais. On ne peut pas dire que tu lui parlais beaucoup, avant. En fait, tu devrais plutôt la remercier de ce point de vue-là, parce que grâce à elle, vous êtes amis maintenant !
    Lily fit une petite moue et réfléchit quelques secondes. C’était vrai qu’elle s’était suffisamment rapprochée du jeune homme pour pouvoir le considérer comme un ami à présent, et lui de même.
    - Tu as raison !
    Un air de satisfaction envahit alors ses traits, tandis qu’Albus revenait, une tasse fumante en main. Il vit aussitôt la mine réjouie de sa sœur, et il en haussa les sourcils.
    - Eh bien, mon absence t’aura fait du bien ! s’amusa-t-il en se rasseyant, et il fut confirmé par un hochement de tête vigoureux de la jeune fille. Je suppose que je n’en saurais pas un mot ?
    - Mmh, peut-être plus tard, minauda Lily, désormais de très bonne humeur – puis elle se leva à son tour. Ta tasse m’a donné soif. Il en reste encore ?
    - Dans la cuisine, confirma Albus en trempant les lèvres dans le liquide, et il fut surpris que Scorpius se lève à son tour. Toi aussi ? Vous auriez pu le dire, je vous aurais attendu là-bas !
    - Mais on ne le savait pas ! rigola la jeune fille.
    Et finalement, Albus se leva à son tour pour suivre ses deux amis, reprenant le chemin qu’il venait d’emprunter.

Texte publié par Ploum, 5 décembre 2018 à 17h12
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