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Tome 1, Chapitre 6 Tome 1, Chapitre 6
- Je n’aurais jamais cru que cela puisse arriver un jour, bégaya Scorpius, effaré.
    Le groupe de Serpentards, composé de Scorpius, d’Albus, de Lily et de quelques-uns de leurs amis, des septièmes années pour la plupart – seuls Michael et Laura étaient de la même année que Lily – dévisageaient sans comprendre les Serdaigles au centre des discussions de la journée. Après tout, qui l’aurait cru ? Les jumeaux Dragonneau, pourtant si sages et si discrets, auraient écopé d’une retenue après s’être fait attrapés par le concierge en train d’errer dans les couloirs en pleine nuit !
    - C’est une blague, c’est tout, relativisa un autre Serpentard en secouant la tête, même si son visage affichait toujours autant d’incrédulité. Pour quelle raison seraient-ils sortis dans les couloirs en pleine nuit, eux ?
    Les Serdaigles n’étaient réputés ni pour leur caractère aventurier, ni pour leur déni des règles, bien loin s’en fallait. Et encore moins ces deux-là.
    Le petit groupe de Serdaigles, qui incluait les deux accusés, s’éloigna d’un pas tranquille, indifférent aux murmures qui parsemaient leur sillage. Tournant à l’angle du couloir, ils disparurent de leur vue.
    - Et pourquoi quelqu’un prétendrait-il que c’est le cas ? répliqua Scorpius, tandis qu’un large sourire moqueur effaçait les dernières traces de surprise de son visage. Ce n’est pas parce qu’ils sont de Serdaigle qu’ils en sont incapables ! Luna Dragonneau était bien de Serdaigle elle aussi, et cela ne l’a pas empêché de suivre le Trio d’Or dans leurs aventures ! En plus, il s’agit de leur mère !
    Il sembla considérer que ces arguments seuls suffisaient à justifier la chose, et se mit à rire. Il fut le seul, mais ses mots plongèrent les autres dans une réflexion plus ou moins intense. Qui ne dura que quelques secondes, pour la plupart d’entre eux.
    Mais pour Lily, ce fut totalement différent : ses pensées dérivèrent inexorablement vers les événements des jours précédents, et surtout vers cette fameuse sortie à Pré-au-Lard. Elle préféra s’extraire de ce souvenir le plus rapidement possible. Il la perturbait toujours autant, malgré le temps passé depuis, et elle ne voulait plus y songer. Juste oublier, et faire comme si cela n’avait jamais eu lieu.
    Le groupe d’amis commença à s’avancer à son tour. Il était midi passé, et tous avaient cours dans l’après-midi. Et personne ne souhaitait s’y rendre le ventre vide, ni arriver pour se contenter des restes laissés par les autres.
    - Ça ne veut strictement rien dire. Les circonstances étaient totalement différentes, releva finalement Laura.
    Et même si elle ne développa pas davantage, tous comprenaient ce qu’elle évoquait.
    Mais le sourire de Scorpius perdurait, et Lily s’en exaspéra.
    - Et tu trouves ça drôle ? Râla-t-elle en fronçant les sourcils, tandis qu’Albus commençait à adopter le même air.
    - Mmh…, plutôt, oui ! répondit le Malefoy. Sérieusement, eux, quoi ! Personne n’y aurait jamais cru !
    - Je n’y crois toujours pas, d’ailleurs, fit remarquer Michael, mais son intervention fut balayée d’un geste négligent de la main par le jeune homme.
    Son scepticisme était pourtant partagé par plusieurs de ses camarades, qui avaient adopté le même air incrédule. Le fait en soi était déjà incroyable, mais l’indifférence affichée par les Dragonneau rendait la chose encore moins plausible. Scorpius s’en rendit parfaitement compte, et haussa les épaules à leur intention.
    - Ah, vous ne comprenez rien, finit-il par soupirer avec emphase, et Albus émit un petit ricanement de connivence tandis que leurs regards se croisaient. Je crois que nous ne sommes que tous les deux !
    - Ça, c’est sûr, grogna Lily, je ne me risquerais pas à rejoindre votre club de débiles immatures.
    Quelques sifflements ponctuèrent sa phrase, mais cela ne rendit Scorpius que plus enthousiaste, et Albus gloussa en conséquence. Lily songea juste que son ami était fou, inconscient et stupide – lui ainsi que son frère. Mais elle le savait déjà depuis longtemps.
    - Tu ne sais pas ce que tu rates ! fit-il avec un clin d’œil, auquel elle répondit par un air désabusé. Enfin, en même temps, vu que l’on parle de ton chéri
    Des ricanements s’élevèrent, en même temps que les sourcils de Lily se froncèrent.
    - Ce n’est pas mon chéri, idiot. Il n’est à personne.
    Cet imbécile savait pourtant qu’elle ne voulait pas que les autres se doutent de quoi que ce soit – pas encore, pas tant qu’elle ne se serait pas décidée à le leur avouer. Il allait en entendre parler, il en était assuré.
    - En es-tu vraiment sûre ? se moqua gentiment Albus, sans se rendre compte que le visage de sa sœur s’assombrissait à mesure de ses paroles. Après tout, personne n’était au courant de leurs petites escapades nocturnes !
    - Ils ne font pas d’escapades nocturnes ! s’énerva Lily.
    Son brusque éclat surprit tout le monde, y compris Albus, qui dévisagea sa sœur avec étonnement. Tout le monde sauf Scorpius, qui était au courant de l’attirance qu’elle ressentait pour l’un des jumeaux. Regrettant déjà de l’avoir clairement sous-entendu devant leurs amis, il s’empressa d’intervenir :
    - Tu y vas peut-être un peu fort, Albus. Rien ne dit qu’ils font ça régulièrement, bien au contraire. En fait, ils n’en ont tellement pas l’habitude qu’ils se sont faits griller direct. Et si l’un d’entre eux avait une copine, ça se saurait.
    Le brun haussa les sourcils, déconcerté par le revirement soudain de son meilleur ami et le soudain sérieux qu’il affichait. Il le fixa quelques secondes, semblant réfléchir, avant d’hausser les épaules pour balayer la question. De toute façon, les portes de la Grande Salle leur faisaient face, et ils avaient d’autres choses à penser.
    Même si l’impression que quelque chose dans cette histoire lui échappait le déconcertait – quelque chose dont auraient connaissance certains d’entre eux, mais pas lui. Mais Scorpius ne pouvait rien lui cacher, n’est-ce pas ? Et même dans le cas contraire, il ne tarderait pas à le lui faire savoir.
    - Bah, ce n’est pas comme si le sujet nous intéressait réellement, de toute façon.
    Quoiqu’ils aient fait ou non, cela ne valait pas la peine de se prendre autant la tête.
    Le débat fut donc clos.
    
**

    - Hermione…
    - Franchement, Luna, n’en as-tu pas marre, avec cette foutue histoire ? Laisse Harry mener cette enquête en paix !
    Luna grimaça et se retint de serrer la tasse qu’elle tenait dans sa main. Une fois encore, elle essayait de convaincre Hermione de mettre en place une protection plus importante autour des derniers Objets qui n’avaient pas encore été volés, et une fois encore, elle ne voulait rien entendre, prétextant que ses dires étaient infondés – et le fait qu’il ne s’était plus rien passé depuis les vols ne l’arrangeait pas, de ce point de vue-là. Mais les Nargoles étaient loin d’être idiots, et la situation était tout à leur avantage.
    Malgré le désespoir qui la gagnait – et qui ne cessait de l’accompagner ces derniers jours, surtout depuis le rejet évident de Lily qui lui laissait un goût amer – elle préféra malgré tout insister. Histoire de savoir au moins s’il s’était produit quelque chose autour de ces Objets depuis, qui annoncerait une catastrophe prochaine. Pas que cela l’avancerait beaucoup, étant donné sa position actuelle. Mais elle espérait une nouvelle quelque peu rassurante.
    - Mais –
    Elle n’en eut pas le temps. L’exaspération de la Ministre était à son comble.
    - Non ! Nous en avons assez, tu vas trop loin ! Je sais que tu en as également parlé à Neville, ainsi qu’à d’autres. Cela prend des proportions tout à fait grotesques !
    - Mais Hermione –
    - Rien, il ne se passe rien ! Ces deux Objets dont tu me rabâches les oreilles sont toujours à la même place, aucun signe avant-coureur d’un potentiel vol dans nos locaux, ni d’une hypothétique destruction de la capitale ! Par Merlin, comment en es-tu venue à avoir une idée pareille ?!
    Luna soupira, et lâcha finalement sa tasse quasiment pleine dont le contenu refroidissait à vue d’œil pour se frotter le visage, soudain lasse. Elle s’entêtait à ne pas vouloir la croire, et surtout, à ne même pas l’écouter, et ce, même lorsqu’elle lui fournissait des arguments valables – elle lui avait pourtant déjà dit que les deux Objets qui viendraient bientôt à disparaître étaient beaucoup plus instables, et donc qu’ils ne les voleraient que plus tard, seulement lorsqu’ils seraient nécessaires, soit peu avant le lancement du sort. Bien qu’elle ne savait pas du tout quand cela était susceptible de se produire, et c’était bien là le problème. Mais comment parvenir à la convaincre, dans ce cas ?
    Elle ferma les yeux tandis que le goût amer devenu malheureusement coutumier ces derniers temps lui envahissait la bouche. Impuissante. Elle se sentait tout simplement impuissante. Personne ne la croyait – que ce fussent les membres du Trio d’Or, d’anciens amis de Poudlard, des collègues ou d’autres – et surtout, ceux qui pouvaient empêcher les futurs vols, et donc la mise en place du sort et la destruction de la ville, ne la croyaient pas. Elle-même ne pouvait rien faire. Elle n’était que naturaliste et ne disposait d’aucun moyen pour éviter que les Nargoles ne récupèrent les derniers Objets dont ils avaient besoin, ou qu’ils ne lancent le sort même après cela. Ni d’aucun moyen pour leur prouver ses dires, ou l’existence des Nargoles et du sort.
    Au moins les deux Objets étaient-ils encore au Ministère. A savoir, pour combien de temps encore.
    Finalement, Hermione secoua la tête, comme si elle abandonnait l’idée de tenter de comprendre la femme face à elle. Elle avait bien essayé de ne pas être trop brusque, pourtant ; mais son entêtement dépassait l’entendement. Cela faisait plusieurs fois que lors de leurs rencontres, la discussion dérivait inévitablement vers le sujet. C’était lassant, et réellement agaçant.
    D’autant plus que l’enquête piétinait toujours, et que la Ministre n’avait donc rien à lui jeter sous le nez pour qu’elle cessât enfin ses élucubrations idiotes. Des Nargoles, vraiment.
    Et à présent, elle avait décidé d’en faire profiter à peu près tout le monde.
    - Luna, reprit Hermione d’une voix plus calme, et la blonde fut presque vexée par le ton pris par celle-ci – comme si elle parlait à un enfant récalcitrant à qui l’on expliquerait les choses de la vie qu’il ne voulait pas entendre. Je sais que tu veux bien faire, vraiment, mais…
    - Ce n’est pas la peine, j’ai compris l’idée, l’interrompit Luna, la gorge serrée.
    Elle avait passé un stade où elle ne pouvait définitivement plus entendre ces mots, ou plutôt, ce qu’ils sous-entendaient. Que son histoire était folle. Qu’elle était folle. Elle savait qu’on la décrivait ainsi, et ce depuis Poudlard, et en soi, cela ne l’avait jamais gênée, mais là… C’était le destin de Londres qui était en jeu. Et elle risquait d’être détruite, juste parce que personne n’avait rien fait, parce que personne n’avait voulu voir qu’il se passait quelque chose de grave. Parce que personne ne la croyait.
    Hermione lui lança un regard compatissant, insoutenable pour Luna qui baissa les yeux vers son thé. Elle saisit sa tasse et trempa ses lèvres dans le liquide ambré. Il était devenu froid. Ce n’était pas ainsi qu’elle le préférait, mais il était une distraction bienvenue à la discussion qui se déroulait entre elles, et peut-être pourrait-il faire quelque chose pour sa gorge douloureuse et sa bouche sèche. Même si elle en doutait.
    - Luna…, tenta Hermione, qui avait au moins eu la décence de voir à quel point son amie était blessée.
    - Et comment vont les enfants ? l’interrompit Luna d’un ton faussement joyeux, affichant un large sourire qui sonnait creux.
    Tout, plutôt que de continuer à déblatérer sur sa prétendue folie. Hermione s’en rendit bien compte, et lui adressa un regard triste.
    - Oh, eh bien, ça va… Ils sont toujours à Poudlard, et reviennent à la maison pour les vacances. Enfin, pour une semaine seulement maintenant, ajouta-t-elle en se rappelant de son divorce, et donc de l’arrangement de leurs gardes. On essaie de s’organiser pour que les enfants puissent se voir durant ces deux semaines. Tu…
    - Cela ne me gêne pas, et cela leur ferait très certainement plaisir, accepta-t-elle en hochant la tête, reposant sa tasse vide sur la table.
    Elle savait que cela ne gênerait pas ses fils, loin de là. Et puis, ce serait certainement son seul espoir de revoir Lily dans les prochains jours, et de réessayer de la convaincre de l’aider. Car à défaut de pouvoir convaincre les personnes qui en avaient la possibilité de protéger les Objets, la seule solution qui lui restait était de persuader la Gardienne des Sceaux de lui venir en aide pour repousser les Nargoles – en espérant qu’elle y parvienne avant qu’ils n’aient réussi à rassembler les Objets, auquel cas elle ne saurait pas quoi faire.
    Hermione hocha la tête à son tour, enthousiaste. Au moins, songea tristement Luna, n’avait-elle pas acquis le statut de pestiférée, à défaut de celui de folle qui lui collait à la peau depuis plusieurs années déjà.
    - Génial !
    Luna ne réussit qu’à lui adresser un demi-sourire peu convaincu, et tandis qu’Hermione se lançait dans un pseudo-monologue pour parler d’Harry, de Ron, de Ginny, et des quelques arrangements qu’ils avaient effectués, Luna sentit son esprit dériver. Enfin, ce n’était pas tout à fait exact : disons plutôt que l’envie de partir loin d’ici se faisait sentir de façon plus pressante, et elle était bien en mal de se retenir. Mais il ne fallut que quelques minutes pour qu’elle n’y tînt plus, et elle se leva brusquement, surprenant Hermione qui leva les yeux à la suite de son mouvement.
    - Écoute, Hermione, je suis désolée, je-je dois… il faut que je parte. Je viens de me rappeler que j’avais des choses à faire, et…
    Aucune, en réalité, à part continuer d’essayer de réunir des informations sur la magie scellique et le sort pour mieux les convaincre, et pour trouver une parade. Mais son interlocutrice n’avait certainement pas envie d’en entendre parler, ce pourquoi elle le passa sous silence, préférant laisser sous-entendre qu’il s’agissait là d’un devoir pour la rédaction de son étude – qu’il lui faudrait entamer un jour, d’ailleurs.
    Hermione ne fit pas mine de ne pas croire ses dires, et hocha la tête.
    - Oh, eh bien, d’accord. A une prochaine fois, alors ? Pour bientôt, ou préfères-tu que nous en parlions par courrier ?
    - Je… J’ai pris pas mal de retard dans ma rédaction, je pense qu’il vaut mieux que l’on se contacte par courrier.
    Dire qu’elle était en retard était un euphémisme – mais il lui restait encore du temps, l’échéance était loin d’arriver à son terme, et c’était largement suffisant pour s’y mettre. D’autant qu’ils avaient accumulé de nombreuses notes pour leur faciliter le travail, ils étaient donc tranquilles. De plus, Rolf était toujours occupé à préparer sa conférence à Helsinki et c’était un travail à faire à deux, cela se justifiait donc un peu – pas vraiment en réalité.
    Hermione se leva à son tour.
    - Ok, c’est comme tu le souhaites. Tu es toujours la bienvenue ici, tu sais, insista-t-elle tandis qu’elle la reconduisait à la porte de son appartement de fonction.
    Luna la remercia. Elle se doutait que la remarque n’était pas anodine, mais elle ne voulait pas pousser plus loin cette conversation.
    Puis la porte s’ouvrit, et Luna la traversa pour se retrouver sur le palier d’escalier. Elle se retourna, et fit un signe de la main à son amie. Elle fuyait, mais elle ne voulait pas blesser son amie – juste fuir, et être un peu seule.
    - A plus tard !
    Elle n’attendit pas davantage de temps pour descendre. Elle entendit juste une réponse similaire derrière son épaule, suivie quelques secondes après d’un grincement de bois. Puis elle-même fut dehors, et elle transplana directement devant chez elle.
    Aussitôt rentrée, elle se déshabilla, et un coup d’œil vers le salon vide lui fit penser à ses fils, et au courrier qu’elle attendait de leur part. Elle se précipita vers la petite volière. Bonne nouvelle : le grand-duc était revenu, un morceau de parchemin à la patte. Ils lui avaient répondu. Son cœur s’accéléra à la pensée des possibles informations qu’ils lui apportaient. En espérant qu’elles fussent bonnes.
    - Lilo, te voilà, minauda-t-elle en donnant une caresse à la tête du hibou, avant de récupérer le bout de parchemin et de lui fournir une souris en échange, conservée grâce à la magie.
    Le grand-duc ne se préoccupa alors plus de l’humaine et entreprit de déchiqueter sa petite proie morte, tandis que Luna reculait de quelques pas avant de crocheter le cachet et de déplier le parchemin. Le message était relativement court et sobre, et elle acheva sa lecture en quelques minutes.
    
Salut maman !
    Nous sommes allés dans la Salle sur Demande comme tu nous l’as demandé, et effectivement, l’Objet s’y trouve bien. Il est plus petit que ce que l’on s’imaginait, nous avons failli ne pas le trouver. Par contre, ne t’étonne pas de recevoir bientôt un message de Poudlard : nous avons été attrapés dans les couloirs, donc nous avons écopé d’une retenue.

    Ainsi, le Calice se trouvait bien à Poudlard. C’était réellement une bonne chose : d’après ce qu’elle avait cru comprendre, de tous les Objets, c’était celui qu’il ne fallait surtout pas perdre, de par son rôle central dans la mise en place du sort. Car en effet, c’était lui qui permettait d’utiliser la magie scellique – comment, elle n’en savait rien ; en stockant des Sceaux à l’intérieur ? Mais surtout, c’était vraisemblablement l’Objet sur lequel Lily pourrait donc potentiellement agir en cas de besoin – toujours d’après les maigres informations dont elle disposait.
    Elle lut les dernières lignes sans grand intérêt, pas agacée le moins du monde qu’ils aient pris une retenue – elle était même un peu désolée d’en être responsable, tout en sachant que c’était pour la bonne cause. Et l’était d’autant plus qu’avec ce qu’elle était sur le point de leur demander, ce ne serait sans doute pas la dernière. Elle soupira tandis qu’elle prenait un bout de parchemin et une plume pour leur répondre. Car c’était bien le seul point où ils pouvaient faire un tant soit peu quelque chose. Empêcher les Nargoles de s’emparer du Calice.
    Et cela, seuls Lysandre et Lorcan pouvaient le faire.
    
**

    Le train siffla à l’entrée en gare, interrompant les bavardages absurdes de son ami, et Lily accueillit ce semblant de silence avec bienvenue. Ils étaient seuls dans la cabine depuis un moment déjà ; elle ne savait plus pourquoi, d’ailleurs – des histoires de petits-amis, pour la plupart d’entre eux. Les autres ? Elle ne s’en souvenait plus. Et après un moment, le jeune Malefoy avait fini par décréter qu’il lui fallait absolument parler des soi-disant « absences » de son père, et s’était mis en tête qu’une seule chose pouvait justifier cela : son père avait une nouvelle petite amie.
    Cette idée lui paraissait tout bonnement ridicule. Enfin, c’était surtout sa rapide conclusion consécutive à l’absence évidente de preuves qu’elle trouvait ridicule. Et son insistance à ce sujet, aussi.
    - Je te jure ! reprit-il alors, et Lily roula des yeux en soupirant de dépit et en enfonçant davantage sa tête contre la vitre, dans le vain espoir de… elle ne savait même plus ce qu’elle espérait.
    A part qu’il se taise pour de bon.
    - … il n’aurait jamais oublié !
    - Scorp’…, râla-t-elle, agacée, tournant finalement son regard vers le blond, qui paraissait véritablement inquiet.
    Elle ne comprenait pas pourquoi il prenait ça tant à cœur. Sa mère était morte depuis quelques années, son père n’avait-il donc pas le droit de s’en remettre ? Et encore, c’était vite dit, elle était à peu près sûre que Draco Malefoy n’avait jamais aimé sa femme, n’en déplaise à son ami.
    Malgré tout, il continuait de déblatérer sur ses soi-disant « preuves » pour étayer ses dires tandis que le train ralentissait, achevant les dernières barrières qui retenaient Lily.
    - Franchement, Scorp’, c’en est ridicule, là !
    Elle profita du fait qu’il la regardait comme si une deuxième tête venait soudain de lui pousser sur le corps pour continuer :
    - De un, tu n’as pas vu ton père depuis la rentrée à Poudlard, tu ne trouves donc pas que tu conclus un peu trop vite aux rendez-vous galants ?
    Il cligna des yeux, mais elle ne lui laissa pas le temps de réfléchir ni de répondre, et poursuivit :
    - De deux, même si c’était le cas, je te rappelle que ton père est veuf, il a donc parfaitement le droit de fréquenter qui il veut, quand il veut, il veut, et tu n’as strictement rien à y redire !
    Scorpius eut la décence de se mordre la lèvre et de prendre un air un peu penaud. Lily lui renvoya un air sévère en réponse, et le jaugea quelques secondes en silence, tandis qu’il ruminait l’information. Apparemment, il n’avait pas pensé à ce détail. Puis elle reprit :
    - Et de trois, cela ne voudrait pas dire pour autant que c’est une « potentielle future belle-mère » ! Par Merlin, t’as lu trop de contes sur des belles-mères méchantes et folles pour en être phobique à ce point ?
    - Je ne suis pas phobique !
    - Sans blague, ironisa Lily, avant de demander : alors, où est le problème ?
    Chose encore plus incompréhensible, si cela était possible, Scorpius ne semblait pas disposé à se justifier sur ce point. Il se dandinait devant elle, gêné, et elle aurait juré qu’il cherchait du regard une échappatoire. Peut-être n’était-il pas phobique, en effet : juste mélodramatique.
    - Hé, faut descendre ! s’enthousiasma soudain le blond en se levant après avoir reconnu les quais à l’arrêt, et Lily savait que cela n’était pas dû à la perspective des vacances et des fêtes.
    Elle lui jeta un regard circonspect tandis qu’elle se levait à son tour pour le suivre. Avant de choisir de lâcher l’affaire pour un temps. De toute façon, elle finirait bien par le découvrir. Et puis comme cela, il avait cessé de se plaindre.
    Ils durent se frayer un chemin parmi la masse d’élèves, firent beaucoup de sur-place, avant d’enfin pouvoir quitter le train, ensemble. Ils s’éloignèrent de quelques pas, puis scrutèrent les alentours. Comme tout le monde, ils n’avaient plus qu’à retrouver leurs familles. Lily aperçut quelques connaissances, des amis à ses parents, mais ne vit ni les siens, ni celui de Scorpius. Par contre, elle finit par apercevoir Luna vêtue d’une robe jaune et de collants sombres, adossée à un poteau, l’air absent. Elle se rappela aussitôt de leur dernière rencontre à Pré-au-Lard, et elle eut une légère grimace.
    Elle comptait faire comme si elle ne l’avait pas vue, et ainsi s’épargner une rencontre gênante et pénible – son histoire abracadabrantesque lui restait un peu trop en tête – mais le sort en avait décidé autrement. Elle ne savait pas si Luna avait une sorte de sixième sens qui lui avait permis de se rendre compte du regard posé sur elle, mais après quelques secondes, elle tourna son visage vers elle. Et Lily ne pouvait l’ignorer, malgré la gêne qu’elle éprouvait. Et puis, sans doute avait-elle déjà oublié la sortie à Pré-au-Lard, n’est-ce-pas ? Cela n’avait dû être qu’une idée passagère, et Luna avait bien dû se rendre compte de son absurdité depuis. Il y avait donc de fortes probabilités pour qu’elle n’en reparle plus jamais. Enfin, elle l’espérait.
    Et donc, comme elle ne disposait d’aucun prétexte pour ne pas la saluer, et que cette gêne était somme toute assez ridicule, elle se dirigea vers elle, même si elle aurait pu se contenter d’un bref signe de la main ou de la tête. Mais sans doute était-ce juste pour se prouver à elle-même que ses craintes étaient infondées. Elle fut suivie de peu par Scorpius, qui s’étonna d’abord de cette avancée abrupte. Avant de reconnaître finalement l’épouse Dragonneau.
    Lily s’efforça d’afficher un sourire radieux à son encontre pour masquer son désarroi.
    - Bonjour Luna ! Comment vas-tu ?
    Scorpius la salua également avec enthousiasme tandis que les deux adolescents s’arrêtaient à quelques pas de la jeune quadragénaire, face à elle. Au visage qu’arborait le jeune homme, Lily devinait aisément que lui aussi se souvenait de cette conversation, et l’ayant trouvé drôle, il se mordait les joues d’anticipation pour éviter de sourire de façon suspecte. Cela accrut le malaise de la jeune fille. Elle aurait bien étranglé son ami pour le coup – elle ne pouvait espérer aucun soutien de sa part, qui considérait la situation comme une vaste blague.
    Heureusement, les jumeaux n’étaient pas encore arrivés, eux. Si la situation venait à déraper – mais elle ne devait pas penser ainsi !–, ce serait donc moins pire.
    Luna fixa pendant quelques secondes le jeune homme qui accompagnait Lily, avant de répondre :
    - Bonjour. Je vais bien, et toi ?
    Sa présence n’arrangeait pas Luna. Déjà que seule, Lily avait eu du mal à la croire, mais la présence d’un autre sceptique – sa mine était sans équivoque – risquait de l’influencer dans le mauvais sens. Elle n’avait vraiment pas de veine. Mais pas le choix non plus ; de toute façon, Lily lui avait certainement parlé de leur discussion – elle le voyait retenir difficilement un air moqueur tandis qu’il la dévisageait, et cela ne pouvait être que pour cela. Elle avait cru comprendre par Ginny qu’ils étaient très proches, et ce malgré qu’ils ne fussent pas en même année. Décidément, absent ou non, tout l’entourage de la jeune fille se dressait entre elles deux.
    - Je vais bien, merci ! affirma joyeusement Lily, qui réfléchissait à toute vitesse à un sujet de discussion possible qui n’incluait pas les vols – histoire d’éviter d’en parler, si possible, même si ce n’était certainement que de la psychose pure.
    Elle ne pourrait même pas parler des avancées de son père, apparemment il n’y en avait eu aucune. C’était étrange, mais surtout frustrant, alors qu’il lui aurait suffi de pas grand-chose pour réfuter « l’hypothèse » de Luna et lui présenter les preuves qui auraient démenti ses propos.
    Malgré tout, cette histoire de Nargoles lui paraissait tout aussi plausible que la résurrection de Merlin lui-même – et encore, elle y aurait davantage cru, en fait. Et donc, il ne valait mieux pas glisser sur ce terrain-là non plus.
    Scorpius marmonna quelques mots à son tour, avant de se taire et d’observer les deux femmes. Il ne savait pas quoi dire, croisant peu souvent la dame Dragonneau – vu que ce n’était pas une amie de son père – et préférait donc céder la parole à son amie. De toute façon, c’était elle qui les avait traînés là, à elle d’assumer. Et ce pourrait être amusant – ou du moins distrayant, le temps que son père arrive.
    - Euh… Lysandre et Lorcan ne sont toujours pas là ? finit par lâcher Lily, et elle se sentit aussitôt idiote d’avoir posé la question.
    Vraisemblablement non, si Luna restait plantée là comme une abrutie à attendre, sans jumeaux blonds à proximité. Elle se sentit encore plus idiote lorsque Luna lui renvoya un regard surpris, et elle se serait bien frappée pour cela. Il lui fallait trouver un sujet plus pertinent.
    - Eh bien, non…
    Évidemment. Et Scorpius qui ne lui était véritablement d’aucun secours. C’était bien mieux de rester muet et de jouer au piquet à côté d’elle.
    - Ah. Bah… vous partez pendant ces vacances ?
    Pas très original, mais cela avait le mérite d’être un peu plus approprié. Même si elle s’en fichait, en fait. Un peu.
    Car bon, si elle pouvait croiser Lysandre pendant ces vacances, elle ne serait pas contre…
    - Non, nous passons les fêtes à la maison. D’ailleurs nous avions prévu de nous voir, avec tes parents, tu n’étais pas au courant ?
    Maintenant qu’elle le disait, ça lui revenait. Son père lui en avait parlé dans une lettre.
    - Si, si, il me semble. La semaine prochaine, non ?
    Luna acquiesça avec un petit sourire. Lily préféra aussitôt continuer, vu qu’elle sentait que Luna n’allait pas poursuivre :
    - Ouais. Sinon, nous-mêmes n’avons rien de prévu. Maman est pas mal occupée au journal, et papa… bah il est très occupé.
    Ne surtout pas parler des vols. Surtout pas.
    - Oui, j’imagine. Ils n’ont toujours pas avancé dans leur enquête, n’est-ce pas ?
    - Mmh ? L’enquête ?
    Lily se retint de grimacer en apercevant le regard mi-attentif mi-désespéré de Luna se tourner vers elle. Elle devait certainement se faire des films, il n’était pas possible qu’elle –
    Luna finit par soupirer, et baissa son regard vers le sol, visiblement désemparée. Lily en fut alors peinée pour elle, tandis que Scorpius haussait les sourcils.
    - Je suppose que tu ne me crois pas davantage, murmura Luna, sans doute davantage pour elle-même, en réalité, mais les deux adolescents l’entendirent.
    Lily ferma brièvement les yeux de dépit. Par Merlin, elle y croyait toujours. Mais pourquoi voulait-elle donc l’inclure là-dedans ?
    Luna releva le regard pour le planter résolument dans celui de Lily, qui frémit. Elle semblait en même temps si déterminée, et si désespérée. Lily se sentit désolée qu’elle fût réduite à cet état pour une histoire aussi grotesque.
    Mais elle ne voulait pas faire semblant. Ce serait incorrect, et ce ne serait pas sain que de la laisser végéter dans ses croyances idiotes. Mais Luna ne lui laissa pas le temps de parler.
    - Écoute, je sais que c’est difficile à croire, mais il faut que tu m’écoutes. Si les Nargoles –
    - Je suis désolée de devoir t’interrompre, la coupa immédiatement Lily, qui sentait près d’elle le regard d’un Scorpius partagé entre le scepticisme et l’amusement alterner entre les deux femmes, mais oui, en effet, je n’y crois pas. Déjà parce que les Nargoles n’existent pas – sérieusement, qui hormis votre famille affirme qu’ils existent ?
    Quelques ricanements étouffés se firent entendre, et Lily se raidit davantage, jetant des coups d’œil autour d’eux. Heureusement, seul Scorpius était spectateur de cette supercherie – les quelques personnes qu’elle voyait évoluaient sans les considérer. Mais la gare commençait à se remplir, et il pourrait y en avoir davantage. Cette perspective la fit froncer les sourcils, et elle poursuivit d’un ton légèrement agacé :
    - De plus, les vols que tu évoques commencent à dater, et le fait que l’affaire piétine n’est aucunement une preuve ni que les vols du Ministère et du Muséum soient liés, ni qu’ils ont été effectués dans le but d’ensuite lancer un sort destructeur, dont l’existence elle-même n’est pas sûre. Et enfin, les Objets restants dont tu parles sont toujours à leur place, et personne n’a tenté de les voler depuis le début de ces affaires, ce qui commence à faire long. Libre à toi de croire ce que tu as envie de croire, ajouta-t-elle en apercevant du coin de l’œil les deux jumeaux descendre du train rouge et les apercevoir, pour enfin se diriger vers eux. Mais arrête d’essayer de m’impliquer là-dedans !
    - Mais tu es –
    Le pire de tout – la cerise sur le gâteau gâté. Tandis que Scorpius toussotait pour retenir ses rires, Lily explosa :
    - Je ne suis pas la Gardienne des Sceaux ! Je n’y connais rien en Sceaux, pour tout te dire, je suis déjà loin d’être douée en Runes !
    Bon, elle était loin d’être nulle non plus, mais là n’était pas le problème.
    Et forcément, son éclat n’avait pas dû passer inaperçu – tout le monde devait les fixer, à présent. Fantastique. Elle secoua la tête d’un air malheureux, et releva les yeux vers son aînée, estomaquée par sa longue tirade. Cela ne la dissuada pas de l’achever : les choses devaient être dites.
    - Je ne saurais pas expliquer comment tu as réussi à me faire apparaître sur ce foutu miroir – et c’était bien la seule chose que Lily était apte à croire, de tout ce qu’elle lui avait raconté – mais ce n’est pas moi !
    Luna demeura silencieuse quelques instants, sa poitrine douloureusement comprimée. Scorpius les fixait tour à tour, un léger sourire creusant ses joues ; l’histoire était drôle, mais il y avait tout de même des limites – et peut-être que cette scène éviterait à Lily de se faire harcelée à l’avenir.
    Ce fut à cet instant que les jumeaux les rejoignirent. Bien sûr, ils n’avaient pas manqué le cri de Lily, et ils leur jetèrent donc des regards surpris.
    - Que se passe-t-il ? demanda Lorcan, détournant l’attention de Lily de la plus âgée.
    Luna se mordit les lèvres de dépit sans répondre – et par ailleurs, personne ne daigna le faire. C’était pire que ce qu’elle imaginait – que ce que ses faibles espoirs lui avaient fait imaginer : non seulement elle ne la croyait pas, mais elle refusait d’y croire, tout comme ses parents. Et le problème était sensiblement le même : comment convaincre quelqu’un qui ne voulait rien entendre ?
    Et tout comme avec ses parents, Luna était impuissante, mais c’était pire. Car si la situation dégénérait, la seule personne capable de faire quelque chose ne ferait rien, tout simplement parce qu’elle refusait d’envisager la vérité.
    Elle ouvrit la bouche pour essayer une dernière fois, lorsqu’elle vit arriver en discutant les parents de Lily, rejoints par Albus, Hermione et Ron. Un peu plus loin, Draco Malefoy marchait dans leur direction d’un pas nonchalant, seul. Elle la referma. C’était inutile d’essayer, pas devant eux. Sinon, ils penseraient qu’elle harcelait leur fille avec son « histoire » et feraient en sorte qu’elles ne puissent plus se croiser, ce qu’elle ne souhaitait en aucun cas. Tant pis pour ce jour-là, elle était convaincue du contraire, de toute façon ; elle n’avait plus qu’à profiter des vacances scolaires pour y parvenir – d’autant plus que désormais, elle travaillait chez elle à plein temps pour son étude. Mais même cette perspective ne la soulageait pas, pas après un aussi lamentable échec – et cela représentait bien plus qu’un échec.
    Lorsqu’elle reporta son attention sur les adolescents, elle vit Lily discuter avec Lysandre et Lorcan, un petit sourire timide sur les lèvres, et Scorpius à côté d’elle se contentait de les écouter d’un air intéressé. Elle ne savait pas de quoi ils parlaient, mais cela n’avait aucune importance.
    - Hé, Luna ! Comment ça va ? s’exclama Ginny, et Luna se tourna vers elle puis fit quelques pas en sa direction, pour se faire happer par les bras de son amie.
    Le cœur de Luna se serra en même temps que les bras de la rouquine autour d’elle. Non, elle ne pouvait définitivement pas essayer devant eux. Après tout, c’étaient eux-mêmes qui avaient certainement appris à leur fille à ne surtout pas croire aux Nargoles. La lassitude la gagna, et elle ferma les yeux de dépit, entendant à peine les débuts de conversation qui s’étouffaient autour d’elle.
    Elle avait beau être entourée de ses amis et de ses fils, elle se sentait définitivement seule.

Texte publié par Ploum, 5 décembre 2018 à 16h59
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