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Tome 1, Chapitre 1 Tome 1, Chapitre 1
Aussitôt apparue dans la large rue dallée, les bruits de la foule envahirent ses oreilles, et elle en fut quelque peu étourdie. Elle revenait d’une mission de plusieurs mois dans le massif des Rhodopes en Bulgarie, loin de toute civilisation humaine. Cela lui faisait donc réellement drôle de revenir dans un endroit si peuplé à présent, et ce même si elle travaillait là depuis longtemps, et que cet environnement lui était plus que familier. Elle soupira, nostalgique mais heureuse. Ces derniers mois avaient été fantastiques, mais son retour ne la rendait pas malheureuse. Et puis, le temps était enchanteur, clair et doux, alors qu’ils étaient déjà en novembre – et cela ne pouvait que la rendre de bonne humeur.
    Une brusque poussée sur son épaule tira Luna de ses pensées. Elle n’avait pas vu qui l’avait ainsi bousculée, et elle ne chercha pas à le savoir. Il n’en fallut pas moins pour qu’elle se mît en marche, réajustant l’anse de son sac par la même occasion, et elle déambula parmi les capes de sorcier, les silhouettes chapotées et divers cris enthousiastes. Malgré toute cette cacophonie, connaissant le chemin par cœur, il suffît de quelques secondes pour qu’elle plongeât dans les souvenirs de ces dernières semaines.
    A quarante ans, Luna n’avait aucune raison de se plaindre de sa vie. Son travail de naturaliste, quoique prenant, répondait à toutes ses attentes, surtout que, son mari effectuant le même travail qu’elle, il n’était pas rare qu’elle travaille avec lui, et cette mission n’avait pas fait figure d’exception. Ils avaient ainsi pu profiter, entre leurs différents travaux sur le terrain, du cadre magique de ces lieux restés sauvages. Mais son travail ne consistait pas seulement à trouver et à étudier les créatures magiques les plus rares dans leur milieu ; aussi, régulièrement, elle se rendait sur son lieu de travail, c’est-à-dire l’établissement qui l’employait. Le Muséum d’Histoire Naturelle de Londres. Enfin, la version magique, bien sûr.
    La haute structure apparut enfin devant elle tandis qu’elle suivait la courbure qu’effectuait la rue, et elle prit quelques secondes pour s’arrêter et l’admirer avec un petit sourire distrait. Elle connaissait cette façade par cœur, mais à chaque fois qu’elle rentrait, comme aujourd’hui, elle prenait le temps de le contempler. Immense, le Muséum n’avait pourtant rien de particulier et possédait le même type d’architecture que sa version moldue à Londres, quoique le bâtiment fût plus large et moins long, et qu’il présentât un étage supplémentaire. En haut des grandes portes de bois sombre, l’intitulé « Muséum d’Histoire Naturelle consacré aux Créatures Magiques » était sculpté dans la pierre et se tenait immobile, mais la couleur qui s’assombrissait et s’éclaircissait alternativement donnait l’impression qu’il pulsait. C’était un détail parmi tant d’autres, mais Luna l’aimait bien, car elle lui trouvait un aspect reposant. Elle finit cependant par en détacher les yeux, pour s’avancer plus avant vers la haute bâtisse et finalement entrer.
    Aussitôt, les bruits s’étouffèrent, remplacés par de doux chuchotements des quelques personnes à proximité. Le Muséum était déjà ouvert au public, mais il était encore tôt, et l’accueil était vide. Pas un seul client, mais pas seulement. La personne chargée du standing avait dû partir aux toilettes. Ou peut-être que les –
    - Madame Dragonneau ! Quel plaisir de vous revoir !
    Luna tourna la tête vers celui qui venait de l’interpeller. Un homme grand et costaud s’approcha d’elle avec un grand sourire, avant de lui tendre la main pour la serrer d’une franche poignée. Elle reconnut aussitôt le vigile, qui lui s’était bien tenu à son poste, bien qu’elle ne l’ait pas aperçu auparavant.
    - Bonjour Peters, répondit-elle amicalement.
    Elle le vit regarder derrière elle tandis qu’il lâchait sa main, et elle n’eut pas à attendre longtemps pour en connaitre la raison :
    - Votre mari n’est pas avec vous ?
    - Non, il règle quelques formalités là-bas. Il ne devrait pas tarder à arriver, je pense.
    Peters sourit et acquiesça. Il avait l’habitude de ce genre de situation, et quand elle disait cela, son mari venait généralement au moins une heure après ses paroles. Toutefois, il ne releva pas, légèrement amusé.
    - En tout cas, j’espère que tout s’est bien passé durant votre mission.
    - A merveille, répondit distraitement la jeune femme, sans détailler davantage – ce à quoi il était également habitué.
    - Eh bien, je vais vous laisser, fit-il en hochant la tête avec un clin d’œil, tandis qu’une autre personne se dirigeait vers eux. J’espère que vous me raconterez tout !
    - J’y tâcherai !
    Il était déjà de retour à son poste lorsque la personne parvint au niveau de Luna. C’était un homme de petite taille, bedonnant mais habillé de manière cintrée et distinguée, et à l’allure irréprochable. Il paraissait ainsi sévère et sûr de lui la plupart du temps, mais présentement, un air ravi occupait son visage – bien qu’elle avait cru voir une lueur d’inquiétude au fond de ses yeux, mais elle ne l’aurait pas juré. De la même façon que le premier homme, la poignée de main fut de mise, en même temps que les salutations d’usage.
    - J’ose espérer que vous n’êtes pas trop fatiguée – Mandy et Finley sont malades, et votre aide serait plus que bienvenue, dès que faire se peut !
    - Bien sûr, acquiesça Luna, qui se rappelait de la commande effectuée plusieurs mois plus tôt, et qui nécessiterait un réaménagement complet du Muséum – qui de ce fait, fermerait d’ici une à deux semaines, jusqu’à la fin de l’année au moins.
    Elle fut néanmoins surprise par ce que le directeur ajouta en soupirant :
    - Déjà qu’avec toutes les nouvelles acquisitions, nous allions être débordés… il aura en plus fallu que quelqu’un s’amuse à faire disparaitre plusieurs de nos Objets, et à en déplacer d’autres ! Comme si c’était bien le moment ! Et impossible de savoir qui c’est, c’est incroyable ! Enfin, nous ne sommes pas là pour cela…
    - Comment cela ? voulut savoir Luna, mais la question fut balayée d’un geste de la main.
    - Plus tard. Alors, comment s’est déroulée votre mission ?
    En même temps qu’il le lui demandait, il lui fit signe de la suivre, et ils cheminèrent ensemble vers le bureau du directeur tandis qu’elle donnait un résumé des divers événements de ces derniers mois et de ce qu’ils avaient pu apprendre – sachant que tout le détail figurait dans ses différents rapports, et qu’il était déjà au courant de l’essentiel. Elle ne put sortir qu’une heure après, pas plus au courant qu’à son arrivée concernant la disparition de certains objets – tout ce qu’il avait daigné indiquer était que tout serait dit lors de la réunion qui aurait lieu en début d’après-midi. De retour dans le grand hall, elle croisa son mari, à qui elle adressa un sourire espiègle :
    - A ton tour, chuchota-t-elle tandis qu’il se rendait vers le lieu qu’elle venait de quitter.
    Les objets disparus toujours à l’esprit, et n’ayant pour l’heure rien d’autre à faire jusqu’à la prochaine réunion, Luna fronça les sourcils et se mit en tête de trouver la réponse à ses interrogations muettes. Mais la femme chargée de l’accueil étant occupée avec une famille, et ne voulant pas déranger Peters dans son travail, elle se mit à déambuler dans les grands couloirs, jetant quelques œillades aux expositions qu’elle connaissait presque par cœur.
    Elle les connaissait si bien, d’ailleurs, qu’elle repéra instantanément des détails qui pouvaient passer inaperçus. Là, le croc à venin du basilic était légèrement penché au lieu d’être droit. Là-bas, il manquait un pinceau de poils à la queue d’un doxy empaillé. Et encore ailleurs, quelques pattes d’un Scroutt à pétard avaient été arrachées. Et ce n’était que des choses comme cela, partout. Jusqu’à ce qu’elle parvienne à une vitrine, où étaient normalement exposés trois vivets dorés. Il n’y en avait plus qu’un.
    Allons bon. Que pouvaient bien faire les Nargoles avec tout ça ? Elle avait l’habitude de leurs petites farces, mais il semblerait que cela prît une dimension importante ici, et c’était vraiment étrange. Habituellement, ils se contentaient de déplacer quelques objets, pour les installer dans des lieux improbables, qui nécessiteraient au propriétaire une longue recherche avant de retrouver son bien. Mais en même temps, cela leur ressemblait si bien.
    Et puis… maintenant qu’elle y pensait, et elle ne saurait en expliquer la raison, elle avait l’impression que de nombreux Nargoles se trouvaient à proximité – voire dans le Musée. Surtout dans le Musée, en fait. Et elle ne comprenait pas. C’était la première fois qu’une telle impression la saisissait. Même les bouquets de gui n’en avaient jamais comporté autant, et elle ne savait pas ce que cela signifiait.
    Perturbée par cette sensation étrange, elle marcha jusqu’à l’arrière-boutique, là où étaient entreposés les quelques objets retirés de l’exposition pour une future restauration, puis elle s’avança jusque dans la zone de stockage, où s’amassait l’essentiel des objets non exposés. Jusqu’à faire face à une armoire immense, devant laquelle elle s’arrêta. Elle fronça les sourcils. L’air était comme lourd, presque électrique, impression renforcée par le bleu sombre zébré d’éclairs argentés du bois de l’armoire. Elle ne savait pas si cela était lié aux Nargoles, même si cela était pour le moins étrange. Ils étaient facétieux, pas agressifs et sournois.
    L’armoire vira au rouge sombre presque noir, et Luna ne comprit pas davantage. Elle sursauta lorsqu’un immense bruit retentit derrière elle, et se retourna. Juste à temps pour voir une grande planche foncer vers elle, sans personne pour la tenir, et lui cogner violemment le sommet du crâne. Le choc fut net et bref, et elle sombra immédiatement dans l’inconscience…
    … Pour se réveiller, un temps indéterminé plus tard, allongée sur le sol froid et dur, surplombée par un manutentionnaire inquiet qui ne cessait de lui secouer l’épaule.
    - Ma-Madame Dragonneau, vous reprenez enfin conscience !
    Elle se redressa lentement en se frottant la tête, mais ne sentit rien à par ses cheveux. Elle glissa sa main sur son front, mais là non plus, rien. Le choc n’avait dû être suffisant pour lui ouvrir une plaie, mais une douleur sourde ne cessait de lui vriller le cerveau. Et puis, elle se souvenait de tout. Pourquoi les Nargoles avaient-ils agi ainsi ? Ce n’étaient pas dans leurs habitudes d’être aussi violents !
    - Je-je vais bien ! marmonna-t-elle finalement, posant une main sur le torse du jeune homme pour l’écarter. Merci, ajouta-t-elle en prenant un air rayonnant pour le rassurer, mais ce dernier demanda tout de même :
    - Vous voulez que je vous accompagne –
    - Ce ne sera pas nécessaire, je peux y aller toute seule, le coupa-t-elle.
    Tout en sachant qu’en vérité, elle ne comptait pas se rendre devant un quelconque médicomage ; déjà, elle se relevait, et seul un faible vertige l’avait saisi une seconde. Elle s’en tirait sans séquelles, pourquoi donc les déranger pour si peu ? La douleur commençait déjà à refluer, d’ailleurs.
    Après quelques échanges, elle réussit à se débarrasser du jeune homme trop empressé et rebroussa chemin, retournant dans la partie du Musée accessible au public. Finalement, elle fut de retour à l’entrée du bâtiment sans même s’en être rendu compte, et elle y retrouva Rolf, debout face à elle avec le sourire, qui vint vers elle pour l’enlacer et l’embrasser. Mais, distraite par ses pensées sur la présence anormale des Nargoles qu’elle ne parvenait pas à justifier et par leur soudain accès de violence, elle y répondit à peine. Il ne s’en formalisa pas, se contentant de l’embrasser sur le front.
    - Je suppose que tu as entendu parler des objets qui ont disparu récemment ?
    Luna leva un regard intrigué vers son mari, cherchant à déterminer s’il possédait certaines réponses, étant donné qu’elle n’en savait pas davantage. Il haussa les épaules.
    - Le directeur m’a juste brièvement informé de cela, mais m’a dit qu’il en parlerait plus en détails pendant la réunion de cette après-midi.
    Déçue, elle hocha la tête avant de tourner le regard vers l’extérieur, visible au travers de l’entrebâillement de la porte. Cela ne dura que quelques secondes, car elle se referma par magie avec un doux grincement presque imperceptible. Elle reporta alors son attention sur son mari.
    - Je n’en sais pas plus que toi, il m’a dit strictement la même chose. J’ai regardé les expositions en attendant, et j’ai vu qu’il manquait pas mal de choses, et que d’autres avaient été déplacées.
    Elle n’alla pas plus loin dans ses explications ; Rolf, comme la plupart de ses homologues, ne croyait pas aux Nargoles. Leurs fils, oui, mais pas lui. Il ne s’en était jamais moqué, loin de là, mais chaque fois qu’elle les évoquait pour justifier l’absence de telle chose ou la raison pour laquelle tel objet se retrouvait dans une localisation improbable, il haussait les épaules d’impuissance et ne s’appesantissait jamais sur la chose. Mais cela ne l’avait jamais dérangée ; elle en avait l’habitude.Cela avait toujours été ainsi, et ce dès l’enfance.
    - Eh bien, je suppose que nous ne sommes pas forcés de rester ici en attendant cette réunion. Que dirais-tu de sortir un peu ? Cela fait un moment que nous sommes partis.
    Luna accepta, bien que la question des Nargoles la taraudait toujours. Pourtant, elle l’oublia bien vite, tandis qu’ils erraient dans les rues de Londres, redécouvrant avec plaisir la ville qu’ils connaissaient déjà par cœur après de nombreux mois d’absence.
    
**

    - Ce ne sont pas des petits joueurs, en tout cas, soupira Rolf en déposant le parchemin sur la commode à l’entrée avant de retirer son manteau.
    Elle comprenait la liste des objets volés, déplacés ou endommagés que leur avait fournie le directeur plus tôt dans la journée. Elle était longue. Luna était tout simplement atterrée que de tels vols et de telles dégradations aient pu se produire sans que personne ne sache rien. Même pour les Nargoles, cela n’avait aucun sens. La plupart de ces objets n’avait pas de réelle valeur – ce n’étaient pas des objets d’art mais de collection, à intérêt essentiellement pédagogique. Et l’un d’entre eux était trop volumineux pour être transporté sans mal – c’était beaucoup d’efforts pour pas grand-chose, au final.
    Outre la quantité d’objets concernés, ce qui inquiétait surtout le directeur était le vol d’objets présents en réserve et non présentés au public. Certains d’entre eux pouvaient se révéler relativement dangereux, même si cela n’était rien comparé aux Objets détenus par le Ministère – beaucoup ayant été récupérés les années suivant la défaite de Voldemort et l’arrestation des Mangemorts survivants.
    Luna la récupéra aussitôt, et ses yeux glissèrent sur les différentes appellations. Toutes lui disaient plus ou moins quelque chose. Mais elle ne comprenait toujours pas l’intérêt de ces vols ni ce qui pouvait justifier un tel rassemblement de Nargoles, et elle avait la sensation que quelque chose lui échappait. Toutefois, rien ne lui permit de mettre le doigt sur ce qui la gênait.
    - Tu es sûre que ça va ?
    - Mmh ?
    Elle leva alors les yeux vers son mari, qui la fixait d’un air étrange. Aussitôt, elle sentit la chaleur qui l’étouffait presque, et se rendit alors compte qu’elle n’avait même pas pris la peine de retirer ni son manteau ni ses chaussures, et s’était contenté de le suivre dans le salon, ainsi vêtue.
    - Oh. Si, si, ça va.
    Elle s’empressa de poser le parchemin sur la table basse pour repartir dans le hall, se déshabiller et revenir. Elle s’affala aussitôt sur le canapé en cuir clair, et ferma les yeux en posant la tête contre le dossier. Les mouvements du canapé lui indiquèrent que son mari en avait fait de même. Elle ouvrit les yeux, et vit qu’il la dévisageait.
    - Sûre ? Je peux aller au Ministère demain à ta place si tu veux. Ca ne me dérange pas, ce n’est pas comme si –
    - Non, ça ira. Ne t’inquiète pas, le rassura-t-elle avec un petit sourire. Et puis, je la connais. Ca fait un moment que nous ne nous sommes pas vues, d’ailleurs, ce sera l’occasion !
    Car comme les vols se devaient d’être déclarés, que ni le directeur, ni les autres n’avaient apparemment eu le temps de le faire, et que certains objets concernés étaient relativement sensibles, elle irait le lendemain au Ministère, d’abord dans le département concerné par les déclarations de vols, puis dans le secteur consacré auxobjets plus sensibles faisant l’objet d’une attention particulière. Dans ce cadre-là, le Ministre de la Magie serait certainement présent. Enfin, LA Ministre plutôt. Son élection était récente, et cela lui faisait tout drôle d’y penser – bien que dans le fond, sa nomination ne la surprenait pas. Ne surprenait personne ou presque, d’ailleurs. Elle se rappelait d’elle à Poudlard, et du chemin qu’elle avait parcouru pour en arriver là. Brillant, comme tout ce qu’elle avait déjà entrepris.
    Sa réponse sembla le rassurer, car il se détendit, et il s’affala davantage dans le canapé. Le silence s’installa, mais il était confortable. Ils n’avaient pas besoin de se parler dans de telles circonstances.
    Les pensées de Luna se perdirent aussitôt dans les méandres de ses interrogations, et la question des Nargoles demeurait encore sans réponse. Pour le coup, elle regretta l’absence de ses deux jumeaux, les seuls à la comprendre dans son environnement proche, avec son père. Mais ils étaient encore à Poudlard, et ne reviendraient que pour les vacances de Noël. Et puis, ce n’était définitivement pas assez grave pour les inquiéter en leur écrivant une lettre, il y avait trop peu à en dire. Mais un regard extérieur aurait été intéressant. Peut-être devrait-elle rendre visite à son père ? Mais c’était le même dilemme ; et puis, elle n’en aurait pas forcément le temps.
    Elle ne sortit de ses pensées que lorsqu’elle se rendit compte de l’heure qu’il était, tandis que la lumière déclinait et que la pièce plongeait lentement dans la pénombre. Elle se leva. Rolf rouvrit les yeux à son tour et lui lança un regard étonné.
    - Il sera bientôt l’heure de manger, se justifia-t-elle.
    Pourtant, elle n’avait aucune envie de préparer quoi que ce soit, mais cela lui permettrait peut-être de dévier ses pensées vers autre chose. Rien que pour réfléchir à ce qu’ils pourraient bien manger.
    Rolf acquiesça et se leva à son tour pour la suivre jusque dans la cuisine, pas plus enthousiasmé qu’elle par cette tâche. Mais la magie était là pour leur simplifier la vie.
    
**

    Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent, cédant le passage à plusieurs personnes sortantes et d’autres s’engouffrant à l’intérieur. Luna dut se presser davantage contre la paroi froide pour ne pas se faire bousculer, et leva son regard vers les notes volantes. Les portes se refermèrent, et la cage s’ébranla. Elle n’y fit pas plus attention, et ferma les yeux. Elle avait quelques étages de marge, et tous les boutons étaient allumés. Il avait bien sûr fallu qu’elle fût là au moment où le Ministère était noir de monde – mais c’était difficile de faire autrement, car hormis aux horaires les plus extrêmes, c’était presque toujours le cas, surtout en cette période. L’affaire des trois Mangemorts échappés d’Azkaban qui avaient tenté quelque chose – elle ne savait pas quoi, elle était perdue en Bulgarie à ce moment-là – avait bien marqué les esprits, et le Ministère était pris d’une agitation fébrile. Plus le récent changement de Ministre, suite aux élections qui avaient eu lieu quelques mois plus tôt.
    Pour ne rien arranger, elle était arrivée avec un peu de retard. Beaucoup, en fait. Pourquoi ? Parce qu’elle était passée brièvement au Musée accompagner Rolf et voir ce qu’elle devrait faire en rentrant du Ministère, et le directeur en avait profité pour leur tomber dessus et leur apprendre avec effroi que d’autres objets avaient disparu pendant la nuit – bien moins nombreux que la veille, cependant. Parmi les détails, elle se rappelait juste que la nouvelle petite liste incluait l’Armoire changeante, ce qui n’était pas sans lui rappeler l’incident de la veille et la curieuse excitation des Nargoles– et elle ne pouvait s’empêcher d’y voir là un lien. Après tout, il était étrange que le vol se fut produit la nuit-même du jour de cet incident près de cette Armoire, justement. Même si les Nargoles étaient les rois des facéties, cela ne lui disait rien qui vaille.
    Elle avait donc dû attendre que l’inventaire soit entièrement terminé – le Musée n’avait d’ailleurs pas ouvert pour faciliter la chose, au grand déplaisir du directeur que cette histoire commençait sérieusement à agacer – pour obtenir une nouvelle liste, qui intégrait ces disparitions. Elle n’avait plus qu’à prier pour que le Département ne fût pas trop plein à cette heure – mais elle n’espérait pas trop, le premier où elle s’était rendue était plein à craquer et elle avait attendu une heure avant de pouvoir déclarer les vols. Et comme si cela ne suffisait pas, comme il y avait de nombreux objets de types très variés, il avait fallu remplir plusieurs dossiers, ce qui avait pris du temps. Avec tout cela, il était presque midi. Autant dire qu’à cette heure, elle avait peu de chance de croiser la Ministre. Ou alors, peut-être qu’elle partirait manger – mais cela ne changerait rien à son problème.
    La sonnerie résonna, les portes s’ouvrirent une nouvelle fois, et le manège recommença – et avec disparut peu à peu l’espoir que le flot puisse se tarir. Elle serra son sac comme elle pouvait, l’écrasant contre la paroi pour éviter de le perdre, et pensa à la liste à l’intérieur. Et notamment à deux objets qui, seuls, ne l’avaient pas fait réagir, mais ensemble, l’interpellaient. Leur association lui rappelait quelque chose, quelque chose de mauvais, mais quoi ?
    La scène se répéta encore plusieurs fois sans qu’à aucun moment elle ne se rappelât de ce détail qui lui échappait, lorsqu’enfin ce fut son tour. Elle dut forcer le passage afin de pouvoir sortir, car cette fois-ci, peu firent de même, ce qui la soulageait à moitié. Avec un peu de chance, il n’y aurait pas autant de monde que lorsqu’elle avait déclaré les premiers vols. Certes, il y avait nettement moins d’objets concernés, mais peut-être faudrait-il réaliser des dossiers plus étayés, car leur perte était un peu plus sensible.
    Peut-être la chance avait-elle décidé de tourner en sa faveur, finalement. Car avait-elle à peine eu le temps de faire une bonne dizaine de pas qu’elle tomba sur deux connaissances, dont l’une était même son amie. Peut-être était-ce sa nouvelle fonction et sa tenue qui lui conféraient cette aura particulière, mais pour l’heure, elle lui sembla impressionnante. Cette dernière, une brune aux cheveux bouclés et disciplinés maintenus en un chignon lâche, s’était arrêtée, et son homologue fit rapidement de même. Ils la fixèrent, une lueur surprise dans les yeux.
    - Luna ! finit par s’écrier la femme avec un sourire, avant de se rapprocher d’elle. Je ne croyais presque plus à ton arrivée ! Tu aurais dû être là depuis presque deux heures !
    Aucun reproche n’était perceptible dans sa voix, ni d’inquiétude, même si elle fronçait légèrement les sourcils, attendant vraisemblablement une explication à cela.
    - Bonjour Hermione ! Je suis désolée de n’avoir pu arriver plus tôt, mais il y a eu de nouveaux vols au Muséum, et il a fallu attendre qu’une nouvelle liste soit établie avant de venir. Ensuite, j’ai perdu pas mal de temps au service de déclaration de vols. C’est incroyable comme il est rempli, à cette heure !
    - Tu n‘as pas idée ! surenchérit Hermione avec un petit sourire, bien faible en comparaison du pli soucieux qui lui barrait le visage.
    Cela intrigua Luna, mais elle ne put s’appesantir davantage sur ce point, car Hermione se tourna alors vers son collègue, un homme grand et brun vêtu d’une cape bleu nuit de bonne facture. Luna le connaissait pour s’occuper du poste de directeur du département dont elle ne se rappelait plus de la dénomination exacte, chargé des Objets Magiques dits sensibles, c’est-à-dire considérés comme potentiellement dangereux – quelque fût le degré de dangerosité. Sachant que, bien sûr, les plus dangereux se trouvaient au Ministère sous haute surveillance. Mais cela ne voulait pas dire pour autant qu’aucun dispositif n’existait pour les autres objets, loin s’en fallait.
    - Luna, je te présente Wyath Smogger. Je suppose que tu le connaissais déjà de nom et que tu l’avais déjà aperçu. J’ai une réunion dans un peu plus d’une heure, mais vu que tu es là, si nous pouvions finir rapidement avec cela…
    Luna et Wyath acquiescèrent, et tous se dirigèrent vers le bureau de Wyath, faisant faire demi-tour aux deux autres. Le trajet dura une petite dizaine de minutes, et il fut relativement silencieux – relativement car en fait, Wyath chuchotait à voix basse à l’adresse d’Hermione, qui hochait la tête de temps en temps, mais ce qu’il lui disait ne semblait pas lui plaire. Son visage semblait se fermer. Cependant, Luna n’y fit pas réellement attention, jugeant qu’après tout, si cela la concernait, elle le saurait tôt ou tard. Elle se perdit donc dans ses pensées, songeant par ailleurs que là aussi, il semblerait que les Nargoles se soient rassemblés en grand nombre pour une mystérieuse raison… Cependant, de même qu’au Musée, ce n’était qu’une sensation ténue qu’elle avait rarement ressentie, qui s’expliquait sans doute par leur nombre, et qu’elle était bien incapable de situer.
    - Vous avez beaucoup de gui, par ici ? ne put-elle s’empêcher de lâcher en levant les yeux vers le haut plafond.
    Après tout, peut-être n’était-ce que pour cela, et que ce n’était que pur hasard qu’elle en sente là de la même façon qu’au Musée.
    - Pardon ? s’exclama Wyath en se retournant vers elle, les sourcils froncés.
    Hermione se retourna également, arborant un air étonné.
    - Il y a beaucoup de Nargoles par ici, explicita Luna, ce qui eut le mérite de faire lever les yeux au ciel à Hermione.
    Wyath ne comprit toutefois pas la référence et ouvrit la bouche pour demander davantage de détails, mais Hermione lui fit signe de laisser tomber en secouant la tête. Il n’insista pas.
    Ils entrèrent dans le bureau du Directeur, dont la taille était conséquente mais n’avait rien à voir avec le faste du bureau du Ministre de la Magie, que Luna avait déjà eu l’occasion d’apercevoir. Toutefois, son occupant n’avait pas été en reste pour lui donner une allure plus que respectable – il misait vraisemblablement beaucoup sur l’apparence. Le regard de Luna s’attarda juste sur les nombreuses rangées de livres qui s’étalaient sur le pan de mur à leur gauche, puis son attention retourna vers les deux autres. Le reste ne l’intéressait pas réellement.
    Wyath s’installa derrière son bureau de bois blanc – la couleur pour le moins originale l’intrigua brièvement – et rechercha des documents qu’il mit peu de temps à trouver. Sur un signe de tête d’Hermione, Luna s’assit sur une des chaises face à lui, accompagnée d’Hermione qui en fit de même avec la seconde. Luna posa alors son sac sur ses genoux pour sortir cette fameuse liste, et les papiers contenant diverses informations sur les objets en question. Le silence perdura encore quelques secondes, seulement entrecoupé de bruits de feuilles que l’on manipulait, puis une voix grave s’éleva, sans qu’aucun visage ne se tourne vers elle :
    - Combien ?
    - Quatre, répondit Luna, ce qui ne plut pas au Directeur car il leva la tête, les yeux agrandis de stupeur.
    - Quatre ?! Non mais vous vous foutez de moi ? Mais qu’est-ce que vous fou –
    - Wyath, calme-toi, tempéra Hermione d’une voix douce mais ferme. Nous ne pouvons pas le leur reprocher, nous ne nous portons guère mieux.
    Cela valut à la brune une œillade intriguée de la part de Luna. Que voulait-elle dire par là ? Eux aussi avaient des vols à déplorer ? Et quel genre d’objets était concerné, pour qu’elle parle ainsi ?
    Et pourquoi les Nargoles étaient-ils ironiquement aussi nombreux dans un cas comme dans l’autre ?
    Wyath fronça les sourcils, secoua la tête, puis retourna à ses papiers en pestant. Il sortit rapidement quatre lots de parchemin pré-remplis avec un formulaire, la mine sombre.
    - C’est quand même drôle, il me semblait me souvenir de moins, ne put-il s’empêcher de lâcher, s’attirant un regard désapprobateur de sa supérieure.
    - L’un d’entre eux n’a disparu que cette nuit, précisa Luna, mais personne ne réagit à son intervention.
    Comme la Ministre s’impatientait, Wyath s’empressa de remplir le premier parchemin, à l’aide des informations fournies par la jeune femme. Tandis qu’il écrivait, elle en profita pour demander :
    - Vous avez eu des vols, au Ministère, vous aussi ?
    La question tira un soupir à Hermione, et Luna devina aisément la réponse, mais attendit le détail. Il ne tarda pas à arriver :
    - Oui, et pas des moindres. Ce sont des Objets Magiques gardés sous scellés, dans l’attente de leur classement avant d’être transférés dans le secteur adéquat ou d’être détruits si besoin. Nous avons ouvert une enquête, mais autant dire qu’elle démarre mal – nous n’arrivons pas à comprendre comment les voleurs ont pu s’y prendre, c’est à peine croyable !
    - Oh, oui, j’imagine… Mais qu’est-ce qui a été volé ?
    - Mmh ? Pas grand-chose, fit Hermione en fixant le parchemin qui se remplissait à vue d’œil sous l’injonction silencieuse du Directeur, dont la plume parcourait librement la page. Deux Objets seulement. Mais ils font partis des Objets récupérés chez des Mangemorts, au sortir de la guerre.
    Luna lui lança un regard éperdu.
    - Ils datent de tant de temps ? Mais pourquoi sont-ils encore en cours de classement, dans ce cas ? Ça fait plus de vingt ans, déjà !
    - Je sais. Mais il y avait beaucoup d’Objets. Même si la plupart a déjà été catégorisée, ce n’est pas encore terminé. Et puis, d’autres Objets ont également été récupérés, entre temps.
    - Oh.
    Luna ne trouva rien d’autre à ajouter, si ce n’était que la nature des Objets en eux-mêmes l’intriguait. Mais elle ne savait pas comment formuler sa question, et il y avait peu de chances qu’Hermione daigne lui répondre – après tout, ce n’étaient pas ses affaires, mais celles du Ministère, et elle n’était peut-être pas sensée en parler à n’importe qui. Quoique, une telle chose avait déjà dû passer dans la presse. Peut-être devrait-elle tenter de lui demander malgré tout, en fait.
    Elle ne put cependant pas s’en préoccuper davantage pour l’heure, car Wyath monopolisa toute son attention. Heureusement, cela ne dura pas trop longtemps, et bientôt, le Directeur et la Ministre co-signèrent les documents. Puis tous se levèrent.
    - Des enquêteurs seront envoyés sur place dans la journée, dit alors Wyath en plongeant son regard dans celui de Luna. Dans le but de faciliter leur travail, le mieux serait de fermer provisoirement le Musée, mais peut-être est-ce déjà le cas ?
    - Quand je suis partie, ça l’était ; ils n’avaient pas ouvert pour faciliter l’inventaire de l’ensemble des stocks. Mais je ne pense pas qu’il ait pu rouvrir entretemps, le directeur doit se douter que quelqu’un serait envoyé.
    Wyath hocha juste la tête en réponse, puis se détourna des deux femmes. Hermione lui adressa un signe de tête pour le saluer, puis enjoignit Luna à la suivre. Elles sortirent du bureau, Hermione fermant derrière elle.
    - Bien, il me reste tout juste une demi-heure ! s’exclama celle-ci en jetant un coup d’œil à l’heure.
    Autant pour les questions que Luna pouvait se poser. Hermione aurait à peine le temps de manger.
    - Tu veux m’accompagner ? proposa-t-elle finalement, à la surprise de la blonde qui se demanda quelques secondes si la question avait réellement été posée.
    … Ou peut-être pas.
    - Je te suis, répondit Luna avec un sourire, bien qu’elle ne sache pas où – mais peu importait, de même ce qu’elle pourrait bien manger, du moment qu’elle pourrait lui parler.
    De toute façon, elle était déjà bien en retard pour le Musée – mais ils devaient s’en douter, étant en partie responsables – et c’était l’heure de la pause déjeuner. Pas la peine de se presser, donc, la concernant.
    Aussitôt, Hermione lui attrapa la main, et elles transplanèrent. Elles apparurent dans une large rue bien occupée par la foule, et plusieurs devantures de cafés, de boulangeries et de sandwicheries étaient visibles. Luna lui adressa un regard interrogateur, et Hermione crut bon d’expliquer :
    - Il y a bien une cafétéria au Ministère, mais elle est remplie à cette heure-ci, et je n’ai pas le temps. Dans ces cas-là, j’ai pris l’habitude de venir ici ; acheter un sandwich ou une salade et le manger prend beaucoup moins de temps.
    Luna hocha la tête pour toute réponse, et suivit Hermione parmi la foule, jusqu’à une boulangerie. La file lui parut longue mais heureusement, l’attente fut de courte durée, lorsqu’elles parvinrent enfin devant les vitres derrière lesquelles étaient exposés les différents produits proposés. Le choix fut rapidement fait, et le paiement effectué.
    Tandis qu’elles s’éloignaient et déballaient leur casse-croûte, Hermione reprit la parole :
    - Alors ? Qu’est-ce que tu deviens, depuis la dernière fois ? C’était en janvier, je crois, tu partais pour une mission en Bulgarie, non ?
    - Oui, s’enthousiasma Luna, replongeant dans ses souvenirs. Nous ne sommes rentrés qu’hier, mais c’était génial !
    Tandis qu’elles dénichaient un banc un peu en retrait du flux de gens, elle se lança dans le récit de ces derniers mois, l’étude que Rolf et elle effectuaient pour le Muséum sur une sous-espèce de petits dragons récemment découverte, et leurs escapades dans les magnifiques paysages du massif. Cependant, elle n’oubliait pas qu’Hermione disposait d’un temps limité, et fut donc malgré tout assez brève – elle en dit juste suffisamment pour partager son enthousiasme avec elle.
    - Et toi ? Au fait, félicitations pour ta nomination, tu l’as clairement méritée !
    Hermione lui adressa un petit sourire accompagné d’un merci, avant de croquer une nouvelle fois dans son sandwich.
    - Je suppose que Ron doit être fier pour toi, également ! rajouta Luna avec un air rêveur. J’espère que tout va bien pour vous deux.
    Pour toute réponse, Hermione lui jeta un regard surpris, avant de sembler se rappeler soudain de quelque chose. Luna eut la soudaine conviction qu’elle avait dit quelque chose qu’il ne fallait pas, ou bien qu’elle avait manqué quelque chose.
    - C’est vrai que tu n’es pas au courant, tu étais déjà partie, murmura Hermione à la surprise de son amie, avant de hausser le ton : Ron et moi sommes divorcés.
    Dire que Luna était surprise était un doux euphémisme. Elle n’aurait jamais cru que ces deux-là… enfin… c’étaient eux, quoi !
    - Mais-mais pourquoi ? fit Luna, pour le moins accablée – elle avait vraiment manqué plein de choses, ce n’était pas possible autrement !
    Comment avaient-ils pu en venir à se séparer ?
    Hermione haussa les épaules pour toute réponse.
    - C’est… c’est difficile à dire. Ça ne se passait pas mal entre eux, au contraire, mais… il n’y a plus ce que… nous ressentions l’un pour l’autre. En fait, c’est comme si nous ne nous considérions plus que comme des amis. Je ne sais… nous en avons discuté, plusieurs fois, et nous avons finalement choisi de mettre fin à notre mariage. Mais c’était purement à l’amiable !
    - Et ça fait combien de temps ? parvint à souffler Luna, encore sous le choc.
    De tous les couples formés après la guerre contre Voldemort, elle pensait jusqu’alors qu’il s’agissait certainement de l’un des plus solides, avec Harry et Ginny – de sorte qu’ils resteraient ensemble toute leur vie. Comme quoi elle avait eu tort.
    - Nous sommes divorcés depuis avril.
    Luna acquiesça, et mordilla silencieusement son sandwich. Elle n’en revenait toujours pas. Elle ne l’avait vraiment pas vu venir. Et surtout, elle n’en avait entendu parler à aucun moment !
    - Sinon, continua Hermione après un toussotement gêné, tout se passe bien de notre côté. Personnellement, j’ai été très occupée ces derniers mois avec la campagne électorale. Enfin, bien… c’est sans compter l’affaire des Mangemorts évadés. Je suppose que tu en as entendu parler ?
    Luna hocha la tête. Oui, brièvement, par des collègues de travail, qui avaient manifesté leur inquiétude à ce sujet.
    - Ils n’ont pas fait trop de dégâts, j’espère ? s’inquiéta-t-elle, mais Hermione secoua la tête.
    - On suppose que non. Je ne sais pas si tu en as entendu parler, mais il y a quelques jours, un intense éclat de lumière a illuminé le centre de Londres pendant quelques secondes, et des rayonnements électromagnétiques dans le spectre des ultraviolets ont été mesurés dans le même temps et ont disparu. On ne sait pas vraiment l’expliquer, mais comme il se trouve que les Aurors ont finalement réussi à attraper les Mangemorts dans ce coin-là peu de temps après, on les suspecte très fortement d’en être responsables, bien qu’ils nient. Le Bureau d’enquête cherche actuellement à déterminer le but de cette manœuvre et ses conséquences, mais pour le moment ils n’ont rien trouvé – mais il est encore un peu tôt pour conclure que quoiqu’ils aient tenté de faire, cela a échoué. Sinon, rien d’autre, ils se faisaient plutôt discrets.
    - Oh. Eh bien, tant mieux, je veux dire… s’ils n’ont pas fait de victimes.
    Hermione soupira.
    - Tu l’as dit… Enfin, heureusement, cette affaire est résolue. Et maintenant, ces vols… Quelle malchance !
    Luna ne répondit rien. Cependant, ces quelques mots lui rappelèrent les Objets volés, et la question concernant les deux du Ministère. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle avait l’impression étrange que les vols au Musée et au Ministère étaient liés. Pourtant, hormis les Nargoles en surnombre – ce qui ne relevait en aucun cas d’une indication exploitable pour les autres – rien ne permettait de relier les deux affaires.
    - Au fait, quels sont ces Objets volés au Ministère ? Si ce n’est pas trop indiscret.
    Hermione regarda tout d’abord l’heure sans répondre. Dix minutes. Elle émit un énième soupir, avala le dernier morceau de sandwich qui lui restait et s’essuya la bouche en haussant les épaules.
    - Eh bien, je suppose que ce n’est pas un secret, vu que la presse est déjà au courant…, fit Hermione d’un ton amer, mais Luna savait que sa colère n’était pas dirigée contre elle. Comme je te l’ai déjà dit, ce sont des Objets qui ont été récupérés peu après la chute de Voldemort chez des Mangemorts. Le premier est un anneau en fer noir constitué de deux serpents entortillés autour d’une branche de ronce, que l’on a retrouvé chez Rabastan Lestrange. Le second est un immense miroir retrouvé chez Antonin Dolohov. Nous ne savons pas à quoi ils peuvent bien servir.
    Malgré que ces descriptions faisaient à peine écho en elle, elle sentit son corps se glacer, comme si cela signait une très mauvaise nouvelle pour eux. En un sens, c’était le cas – personne ne savait de quoi ces objets étaient capables – mais elle avait l’impression que cela avait à voir avec certains des objets volés au Muséum.
    - Je… aurais-tu des… images, de ces objets ?
    - Pourquoi faire ? demanda Hermione en la fixant d’un air étrange.
    Luna se mordit l’intérieur des joues, ne sachant pas quoi dire. Elle savait que si elle parlait dès à présent de son impression, des rassemblements de Nargoles auxquels personne ne croyait, elle lui rirait juste au nez, et elle-même ne serait pas plus avancée. Cependant, et heureusement, Hermione n’insista pas, bien que son regard semblât se faire plus acéré. Elle sortit un bout de parchemin et, d’un coup de baguette, y fit apparaitre des représentations issues de son esprit, qu’elle tendit ensuite à Luna. L’anneau et le miroir y figuraient tous deux.
    Hermione se leva.
    - Je suis désolée, je dois y aller. La réunion commence dans moins de cinq minutes. Passe le bonjour à Rolf de ma part, et à plus tard ! J’ai été heureuse de te revoir, surtout après tout ce temps.
    Puis elle transplana, laissant Luna seule derrière elle, assise sur le banc. Le regard éperdument fixé sur les deux schémas qui ne lui disaient rien, et qui en même temps lui évoquaient quelque chose.

Texte publié par Ploum, 3 décembre 2018 à 17h23
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