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Tome 1, Chapitre 2 « Première arrivée, dernière à passer » Tome 1, Chapitre 2
Je m’en rappelle comme si c’était hier. Mon rendez-vous concernait un accord pré-collégial afin d’enseigner dans les écoles privées en tant qu’institutrice suppléante, et il fallait que j'aille dans une ville située à 1 h 30 en moyenne de chez moi. Le pied intersidéral. Que le premier qui ose me sortir que je n’étais pas motivée soit lapidé à coups d’offre d’emploi toutes plus débiles les unes que les autres !
    
    Il se déroulait durant l’après-midi, alors j’avais pris le train le matin. Ensuite, je devais marcher jusqu'à un lycée qui se trouvait un peu loin du centre-ville.
    
    Il ne se produisit rien de notable durant mon trajet. Je crois que mon ex-frère de cœur, qui effectuait ses études dans cette ville, m’avait accompagnée à bon port. J’étais stressée car il s’agissait ni plus ni moins de mon premier entretien d’embauche.
    
    Je frottai mes mains pour les réchauffer, même s’il ne faisait pas spécialement froid, je fixai le ciel d’un azur saisissant en cette journée du treize novembre 2013. Le soleil égaya mon humeur et ma nervosité s’allégea.
    
    Je pénétrai dans un bâtiment où le vert prédominait sur les murs à l’intérieur, ainsi que le jaune. Quel message ces couleurs tentaient-elles de transmettre ? Je me morigénai pour mes réflexions stupides. Je fus la première arrivée parmi d’autres personnes venues pour la même raison que moi. Les lycéens nous jetaient à peine un coup d’œil. Bientôt, deux surveillantes nous invitèrent à les suivre à l’étage. Nous fûmes disposés par petits groupes de trois ou quatre devant les salles de classe où des membres du diocèse (1) nous attendaient. Il était 14 h.
    
    Je discutai un peu avec les gens présents avec moi, puis me plongeai dans mes pensées. Les couloirs étaient aussi accueillants que ceux d’un cachot. Je patientai une heure, puis deux, puis trois, et je voyais les candidats passer sans que je ne sois appelée. Enfin, je me retrouvai seule devant la porte. J’étais tentée de déambuler comme une âme en peine. J’ignorais quoi faire ! Pourtant, je finis par me relever. Quelque chose n’allait pas, j’aurais dû être reçue depuis longtemps. Au même moment, une surveillante m’aperçut et écarquilla les yeux.
    
    — Mais que faites-vous ici ?
    
    Prise au dépourvu, je balbutiai :
    
    — Eh bien, je… Je suis là pour l’accord pré-collégial…
    
    Eh, je n’étais ni une voleuse ou une terroriste ! La gorge sèche, je sentis la sueur couler dans mon dos. Elle me demanda mon nom de famille et, après avoir consulté ses fichiers, poussa un juron.
    
    — On vous a conduite devant la mauvaise salle. Je suis vraiment désolée, venez avec moi.
    
    Mal à l’aise, je lui emboîtai le pas. J’avais poireauté comme une héroïne attendant son prince pendant trois heures pour rien ! Si ça se trouvait, les personnes qui devaient s’occuper de moi pensaient que je m’étais dégonflée comme un ballon de baudruche et étais restée chez moi ! Je m’assis sur une chaise et me mordillai les ongles. L’angoisse serrait ma gorge. Des lycéens quittaient l’établissement et me regardaient comme une nouvelle élève. Eh ! J’avais vingt-trois ans à l’époque, bien que mon physique semble susurrer le contraire ! Encore aujourd’hui, j’ai des problèmes avec ça, même si je me maquille et que je m’habille comme « une vraie femme » – jupe, tailleur, chignon ou cheveux courts, talons… la totale, quoi.
    
    Soudain, je tendis l’oreille. Des bruits de chaises et de tables me parvinrent de la salle. Je fronçai les sourcils. Ils étaient en train de ranger. C’était fichu pour moi, je pouvais rentrer chez moi la tête basse ! Dire que rien n’était de ma faute, en plus !
    
    À 17 h 30 pétantes, la porte s’ouvrit sur les deux membres du diocèse, qui me dévisagèrent avec stupéfaction en me voyant.
    
    — Oh, mais vous êtes la candidate fantôme ! Où étiez-vous passée ?
    — On m’a conduite devant la mauvaise salle, je suis là depuis le début de l’après-midi.
    
    Nous nous fixâmes avec des yeux de merlan frit. Enfin, un éclat de rire nous surprit sans sommation. Un rire empli de soulagement et de joie. Je ne serai pas renvoyée chez moi ! Je réussirai mon entretien !
    
    Après moult excuses, ils m’invitèrent à entrer et replacèrent quelques chaises autour d’une table.
    
    Le rendez-vous en lui-même se déroula très bien, puisque je fus professeure des Écoles suppléante pendant trois années. Après quoi le diocèse se passa de mes services pour non-obtention du CRPE (2) malgré le fait que je m’échine à m’y coller tous les ans.
    
    
    


    
    
    (1) Dans le privé, ce n’est pas le rectorat, mais le diocèse qui se charge du recrutement des candidats et de contacter pour les suppléances.
    (2) Concours de Recrutement de Professeurs des Écoles.

Texte publié par Aislune S., 21 novembre 2018 à 22h10
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