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Le vaisseau était entré subitement dans l’espace frontalier de la planète Altaven VII, comme un boulet de canon au sortir d’une fenêtre hyperespace instable. Le silence se fit dans la carlingue et Arthur s’empressa de consulter les rapports d’avarie.
    Rien ne laissait entendre dans le silence qu’une fuite de gaz pouvait s’être ouverte, mais fuir comme cela d’un champ d’astéroïdes dont le complexe minier était en pleine révolte pouvait causer des dégâts irréparables s’ils n’étaient pas pris en charge immédiatement.
    « Trouve-moi de quoi faire, s’il te plait… maugréa Innocentia depuis le siège derrière lui.
    — Tu nous souhaites vraiment du mal ?
    — Mettre un peu de piment au mieux », répliqua la jeune femme sans un sourire.
    Elle se tenait là, attachée au siège baquet prévu pour les voyages interstellaires et ne prêtait aucune considération à son frère trop prudent à son gout.
    « La dernière fois que tu nous as…
    — Cesse de te plaindre Arthur, je t’en prie pour l’amour de Dieu. »
    Sa cible se renfrogna et elle en retira un certain plaisir.
    Après quelques secondes d’un silence qu’elle apprécia à sa juste valeur, la jeune femme aux boucles brunes se détacha et laissa l’apesanteur lui permettre d’atteindre la table des opérations ; le plan holographique reposait sur une base métallique qui semblait avoir été bricolée par quelque amateur du dimanche.
    « Une hélice de Milford a été endommagée, dit-elle un sourire aux lèvres sous le regard désapprobateur d’Arthur.
    — Tes conneries vont encore nous porter la poisse…
    — Écoute, petit frère, je ne suis pas Maman et je n’ai pas envie de te materner, mais… Ce que je dis ne changera strictement rien à ce qui est déjà. »
    Elle avait raison et c’était sans doute ce qui le contrariait le plus ; au final, peu importait que sa sœur ainée souhaite une avarie pour exercer ses compétences de mécanicienne hors pair puisqu’elle n’avait aucune influence sur le destin de leur tas de boue intersidéral.
    « Et la cargaison ? s’enthousiasma-t-elle enfin en décrochant la tablette d’ingénieur du tableau.
    — La soute est pressurisée, aucune déperdition d’oxygène nulle part.
    — Qu’est-ce que je te disais ?
    — Contente-toi de réparer les dégâts, qu’on en finisse. »
    La jeune femme lui tira la langue et s’engouffra dans un corridor circulaire menant au niveau inférieur du vaisseau ; elle dépassa la soute en guidant ses mouvements fluides grâce à l’échelle qui s’y trouvait et parvint à la soute en quelques secondes.
    Les moteurs ne paraissaient pas endommagés, aucune fumée ni lumière clignotante d’aucune sorte sur les jauges, pourtant elle savait que quelque chose clochait dans la carlingue mal agencée du Rosalie.
    « Essaie de ne pas trainer, le Contrôle portuaire d’Altaven nous demande une identification, grésilla la voix d’Arthur dans son oreille droite.
    — Réponds-leur que l’on vient pour affaire et transmets le laissez-passer.
    — Je te remercie de ta sollicitude sœurette, mais je sais ce que j’ai à faire.
    — Tu avais pris de papa… »
    La remarque l’amusa imperceptiblement, mais il préféra ne pas répondre et contenta de jouer son rôle avec indifférence.
    Innocentia déverrouilla le compartiment à hélices et en retira la cartouche vidée de sa substance avant de la remplacer par un mécanisme orange qu’elle trouva du plus bel effet ; le carburant maison était quelque chose d’interdit bien sûr, mais personne dans cette galaxie ne prêterait attention aux petits égarements d’un équipage aussi insignifiant.
    « C’est bon petit frère, tu peux te détendre…
    — Ne m’infantilise pas Inno… »
    La jeune femme rit distraitement avant de faire un tour complet sur elle-même pour se retourner ; l’absence de gravité lui donna un élan suffisant pour laisser son esprit vagabonder au-delà du petit hublot ouvrant sur le vide à l’extérieur.
    Dans un cargo de petite capacité comme le Rosalie, le simple fait de posséder un hublot relevait déjà d’un luxe qu’ils ne pouvaient se permettre. C’était sans compter sur l’obstination et la maîtrise d’Innocentia concernant l’ingénierie pirate et les capacités de transformation que sa formation dans une académie de seconde zone de Trémont n’avait pas pu lui enseigner.
    Elle s’était formée toute seule et si l’on prêtait attention à ses élucubrations les soirs de beuverie, elle prétendrait même qu’elle s’était élevée seule, comme une grande.
    Arthur compensait largement l’exubérance de sa sœur par quelques traits de discrétion qu’elle trouvait malgré tout le moyen de lui reprocher ; affublée de sa veste aux nuances noires et orange, elle revêtait pleinement le statut qu’elle avait toujours souhaité : hors des codes de l’astronavigation.
    « Arthur, on va rester là combien de temps ? s’impatienta-t-elle, le regard plongé sur l’immensité de la planète verdoyante autour de laquelle ils gravitaient.
    — J’imagine que je vais devoir faire la rentrée tout seul ?
    — J’ai fait ma part frangin. »
    L’autre grommela quelques grossièretés qu’elle ne releva même pas puis les moteurs vrombirent de nouveau ; Inno s’accrocha à une barre de maintien située non loin de l’ouverture et observa les éléments s’animer autour du vaisseau dans une danse qu’elle n’aurait manqué pour rien au monde.

Texte publié par Théâs, 9 novembre 2018 à 23h18
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