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Leroy se trouvait à nouveau seul dans l’appartement. Il n’était pas particulièrement attristé ou ennuyé, mais il était de ces hommes qui, même après trente-cinq années passées à ses côtés avaient un besoin compulsif de savoir sa moitié proche de lui.
    Catherine était malgré tout sortie ce soir-là pour se rendre au chevet de sa mère malade avec les enfants ; Leroy qui n’était pas particulièrement à l’aise à l’hôpital avait convenu avec elle qu’il ne l’y suivrait pas. Il était en retard sur l’écriture de son dernier roman et les coups de fil incessants de son agent avaient un effet d’autant plus néfaste sur sa créativité.
    « L’éditeur me met la pression Roy, nous aurions déjà dû lui transmettre la première épreuve il y a un mois.
    — Ça n’a jamais fonctionné comme ça, répondit l’écrivain.
    — Écoute, je sais que c’est une période compliquée pour toi… »
    Le ton compatissant de Jason Bayers le toucha, mais il préféra changer de sujet pour ne pas se retrouver à nouveau plongé en plein désarroi ; le voyage qu’il s’apprêtait à entreprendre pour Dark Springs l’avait profondément perturbé et il ne voulait pas évoquer cela en dehors du cercle familial.
    « Je t’enverrai les premiers chapitres la semaine prochaine.
    — Parfait, juste de quoi les faire patienter.
    — On se rappelle. »
    Il reposa le smartphone sur la table de son bureau. Se trouver dans l’obscurité de son appartement new-yorkais était quelque chose que Leroy trouvait apaisant ; la neige tombait à gros flocons au-dehors, balayée par les vents ascendants remontant le long des hautes tours de Manhattan comme le long des flancs de montagnes enneigés.
    La relative fraicheur de l’appartement l’encouragea à quitter le bureau pour se rendre dans le salon dont les hautes fenêtres ouvraient sur une vue normalement dégagée de Central Park. Mais la nuit et l’hiver faisaient leur œuvre, n’offrant qu’une large étendue grisâtre dont il parvenait à peine à saisir les limites.
    Le plancher craqua sous ses pas et il se servit une tasse de café.
    Les idées s’entrechoquaient dans sa tête et, en toile de fond, se dessinaient les contours d’une histoire plus sombre qu’il ne le pensait. Le monde auquel il avait été confronté semblait tout droit sorti d’un rêve chuchoté par les ténèbres.
    Après avoir pris une profonde inspiration, il laissa ses pieds nus le trainer jusqu’au bureau où l’écran de son téléphone affichait un message reçu. Le nom de Catherine y figurait.
    D’un geste de la main, il déverrouilla le concentré de technologie et déchiffra les quelques mots de son épouse qu’il lut silencieusement.
    « Tout s’est bien passé, je serai de retour à 22 heures. Je t’aime. »
    Leroy était rassuré par l’état de santé de sa belle-mère qu’il avait toujours apprécié et qui le lui rendait bien ; au contraire de sa propre famille, celle de Catherine vivait sans secret, sans non-dits et dans une dynamique qui le tirait vers le haut depuis toujours.
    L’air se fit plus frais encore et il commanda l’augmentation du chauffage avant de s’asseoir face à la vieille machine à écrire trônant en bonne place sur son bureau. La lumière de la lampe Tiffany donnait un côté intimiste à son espace de travail éclairant juste ce qu’il fallait pour que les mots viennent et se posent au bruit mécanique sur le papier blanc.
    C’était un rituel qu’il s’accordait, le meilleur moyen pour lui de ne pas se laisser distraire pendant ses longues nuits passées à écrire. Et puis, il y avait l’odeur particulière de l’encre noire frappée sur le papier qui conférait, selon lui, ce parfum d’effroi à ses histoires.
    Les reflets dorés et ambrés diffusés par les morceaux de verre de l’abat-jour donnaient à son bureau une atmosphère plus chaleureuse contrastant avec la rigueur du temps sévissant au-delà de la fenêtre.
    Après quelques secondes à cogiter, il commença à frapper sur les touches machinalement et sans même soupçonner la présence de cette voix murmurant au creux de son oreille ce que son esprit sous emprise ne pouvait imaginer :
    
    Les racines de l’arbre à vœux
    Un roman de Leroy Dawkins
    

Texte publié par Théâs, 7 novembre 2018 à 23h46
© tous droits réservés.
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