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Il fait noir. Il fait froid. Il pleut des cordes. Le début de l'automne annonce aussi le retour des journées sombres. Dans la petite ruelle au coin du café Saint Martin, des pas résonnent. Sur le pavé, des flaques se forment. Petites ou grandes, elles suivent le sillon des trottoirs avant que l'eau, emportant les crasses de la ville, ne termine sa course dans les égouts miteux de la capitale. Les lampadaires de leur pâle lueur, éclairent les toits de la ville et découpent des fragments de lumières dans cette pénombre grandissante. Parfois on entend couiner des petites, et grosses bêtes, aux abords des poubelles. Ces habitants écœurant la population humaine trouvent pourtant refuge ici, dans les bas fond de la ville comme la vermine que Sammael est venu chercher.
    
     Emmitouflé dans un veston de feutre, l'homme solitaire arpente la petite ruelle à la recherche d'indices sur sa prochaine victime. La pluie ne l'aide pas. Ce soir elle décide, comme mue par une volonté qui lui est propre, d'effacer toute trace de la vermine. Sammael soupire mais ne baisse pas les bras pour autant. Au contraire la chasse est pour lui une partie de plaisir. Pourquoi donc se simplifier la vie au risque de perdre le plaisir lié à la recherche du gibier ? La traque est bien plus excitante que l'assaut final. Regardant sur les côtés, l'homme au manteau noir aperçoit un morceau de tissu coincé entre deux mailles de grillage séparant la ruelle d'une ancienne demeure abandonnée. D'un pas décidé, Sammael se rapproche de la grille et saisit l'indice. Il le touche, le palpe à la recherche d'une broderie ou quelque élément distinctif avant de le porter à son nez et de le renifler. Un nez d'homme n'est certes pas aussi puissant que celui d'un chien mais celui de Sammael est plutôt bien aiguisé, surtout pour repérer la vermine sous toutes ses formes.
    
    L'odeur de la vermine. Parfait. J'approche du but.
    
     En temps normal, tout être doué d'un minimum de conscience, et de bon sens, ferait demi-tour. En faite, personne ne se ballade à une heure avancée de la nuit, surtout si par la suite, il faut explorer un bâtiment abandonné. Mais Sammael ne bougea pas. Il n'a pas non plus l'intention de rentrer chez lui et, se posant dans son 25m², de regarder un bon film en sirotant un chocolat chaud en attendant que la pluie s'arrête. Levant les yeux vers la bâtisse, il cherche du regard les imperfections de l'architecture. De type haussmannienne, l'édifice semble instable. Son état est plus qu'endommagé et même tout une vie de travail ne peut suffire pour le restaurer. Comment se fait-il que l'état français laisse-t-il à l'abandon ses propres bâtiments ? Esquissant un léger haussement d'épaule suite à cette réflexion, Sammael entreprit de grimper le faible rempart de fer le séparant de sa cible. L'orage se déclare et la pluie redouble d'efforts. Sammael se retrouve trempé de la tête aux pieds. Ses vêtements lui collent désormais à la peau, chose que beaucoup répugnent mais qui ne semble pas le déranger. Une fois en haut du grillage, il saute et atterrit sur la terre boueuse de la propriété. Effectivement pour en arriver à un tel état, elle doit être abandonnée depuis plusieurs années, au moins dix peut être même vingt sans doute trente. L'état de l'ancienne pelouse ressemble plus à ces terrains vagues présents en dehors des villes qu'en jardins livré à lui même. Dans la terre plus que gorgée d'eau, des empreintes de pas.
    
    Je te tiens sale vermine.
    
     Sammael marche sur les traces de pas de manière à cacher les traces de sa proie. Ce que beaucoup considèrent comme du suicide, Sammael le prend comme un emploi stratégique. Il sait qu'une fois son affaire réglée, la police française viendra sur place pour constater les dégâts. À défaut de le trouver lui, ils trouveront ses traces de pas. Et si la pluie continue avec un peu de chance il n'y aura bientôt plus de marques de son passage. Le temps se dégrade un peu plus, forçant Sammael à s'enfoncer vers la maison. Pas besoin de forcer la serrure, la porte est à demie ouverte. Comme une invitation implicite, il entre dans ce qui semble être le salon/salle à manger de l'édifice et marche sur quelque chose tombé au sol. Crac. Le bruit d'un morceau de verre qui se fissure. En temps normal, Sammael ne regarde pas ce qu'il écrase mais pour une fois, il le fait. Retirant son pied, il remarque le verre d'une vitre cassée appartenant à un petit cadre photo blanc. S'accroupissant, Sammael reste figé en découvrant la photographie nichée à l'intérieur. Délicatement, il retire la photo de son cadre, ôtant également les débris de verre en prenant garde à ne pas se couper et contemple ce petit bout de papier. Sa cible est présente avec dans ses bras un nourrisson et ce qui doit être son épouse. Le nouveau né a les [g]yeux[g] de son père et les cheveux de sa mère. Par chance le monde moderne a doté les appareils photos de l'option 'couleur' ce qui aide fortement le mercenaire. Plongeant son regard un peu plus près, Sammael découvre que sa cible possède les cheveux bruns foncés à mi chemin entre le chocolat et la couleur [g]marron[g].
    
    Intéressant.
    
    Reposant la photographie au sol, Sammael poursuit :
    
    Dommage que ta famille doit payer les frais de ta perversion.
    
     Il n'ajouta rien puis se dirige vers les escaliers et commence son ascension vers les étages de la demeure. Sa langue rappeuse lèche furtivement ses canines qui doucement sortent de sa bouche, mordant légèrement la lèvre inférieure. Tandis que le vent s'engouffre dans la maison et bloque la porte, la photographie s'envole légèrement pour retomber quelques centimètres plus loin. Il s'agit toujours des mêmes personnes mais la photographie semble … différente. La femme et son nourrisson restent imperturbables mais l'expression faciale de l'homme a changé. Sa bouche et plus particulièrement ses yeux trahissent un sentiment de [g]peur[g].

Texte publié par Ashley Plateada, 27 septembre 2018 à 23h01
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