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Tome 1, Chapitre 7 « Lord Alleister Wight » Tome 1, Chapitre 7
Eleanne

    
    Grey arborait à nouveau cet air de suffisance que les seigneurs affichaient généralement lorsqu’ils étaient entre eux. L’espace d’un instant, Eleanne avait vu son expression se brouiller, mais il était à nouveau maître de lui-même. Il y avait bien longtemps qu’elle n’avait plus été confrontée à une telle agitation, et il était probable que le jeune Grey, qui n’avait guère quitté les murs de Carapace depuis sa naissance, n’ait jamais vu autant de monde rassemblé en un seul lieu.
    
    Toute une petite foule de serviteurs s’agitaient en tous sens, transportant diverses affaires, ou répondant à l’appel de tel ou tel seigneur, telle ou telle dame. Un homme d’une quarantaine d’années dont les cheveux blancs coulant jusqu’à la base de la nuque commençaient à se raréfier, vint à leur rencontre dans un beau manteau écarlate. Il ne pouvait s’agir d’un seigneur, mais c’était visiblement un homme important au château, sans doute l’intendant. Il prit note du nom du nouvel arrivant et du nombre de ses accompagnateurs, et les fit patienter là un moment, dans la cour.
    
    Le regard d’Eleanne se porta vers un groupe d’hommes qui entouraient un archer en plein exercice. Les cheveux d’un blond tirant sur le roux, la mâchoire carrée couverte d’une légère barbe du même ton, l’archer laissa filer un trait qui vint se ficher en plein centre d’une cible de paille éloignée d’une trentaine de mètres. Les spectateurs applaudirent, et Eleanne surprit le regard de deux jeunes femmes, tenues à l’écart du spectacle par la seule présence du cercle prioritaire des hommes qui y assistaient.
    
    Quoique rousses l’une comme l’autre, les deux jeunes femmes arboraient des physionomies totalement divergentes : alors que la générosité des courbes de la première était mise en valeur par une robe émeraude au large décolleté, la seconde était comme un poignard vêtu de soie, le corps sec et effilé, les muscles de ses bras se dessinant sous les longues manches de sa robe blanche. L’une était toute en rondeurs et affabilité, l’autre inspirait à la septa une impression de sourde menace.
    
    Et pourtant toutes deux avaient partagé la même expression lorsque l’archer avait armé son arc, visé, puis décoché sa flèche, et Eleanne ne pouvait se départir de l’impression qu’il s’était agi d’un regard d’envie. Non pas l’envie de posséder cet homme, comme on aurait pu l’imaginer ; plutôt l’envie de l’être, et de brandir cet arc devant cette assemblée appréciatrice. Un étrange duo !
    
    Ce fut un autre homme qui revint les trouver, plusieurs minutes après le départ de l’intendant, qu’ils virent affairé au loin auprès d’un autre groupe. Ce nouvel interlocuteur avait belle allure, avec sa haute taille et ses vêtements de soie rouge et noire parfaitement ajustés à sa silhouette athlétique. Les traits de son visage étaient acérés, ses yeux comme ses cheveux d’un marron intense, son port énergique et militaire. Sa cape -rouge d’un côté, noire de l’autre- flottait dans le sillage du moindre de ses mouvements. Eleanne remarqua immédiatement à son poing la chevalière aux armes du destrier cabré de la maison Wight, et sut que c’était le Lord Alleister qui se trouvait devant eux, avant même qu’il ne se soit présenté formellement.
    
    « Soyez les bienvenus à Château-Brillant, Messers ! » lança-t-il d’une voix haute et pleine, comme celle d’un barde… ou d’un général. « Septa », ajouta-t-il en la saluant de la tête, ce à quoi elle répondit par une inclinaison similaire de la sienne. « Vous me voyez navré, mais comme vous l’aurez constaté, la plupart de nos invités nous ont déjà rejoints depuis plusieurs heures -plusieurs jours pour certains- et je n’ai plus guère de couchage à vous offrir. »
    
    Mickolas s’agita sur sa selle, se tournant vers Grey puis vers elle pour partager un regard embarrassé.
    
    « Toutes les chambres du château proprement dit sont occupées. Mais si vous voulez bien confier vos montures à mes palefreniers, je vais vous conduire dans le donjon, où je pourrai vous proposer une chambre juste au-dessus de celle de mon père. Une pièce simple, dans un bâtiment à l’écart, mais un emplacement prestigieux. »
    
    Les regards d’Edoyn et Mickolas convergèrent avec le sien en direction de Grey, seul autorisé à répondre à cette invite qui aurait pu être interprétée comme une forme d’humiliation, reléguant la délégation des Archelon au rang d’invités de deuxième ordre.
    
    Grey composa simplement son sourire le plus avenant, et commença à démonter.
    « Avec plaisir, Milord. »
    
    Alleister salua la réponse d’un sobre hochement de tête, et une fois que tous eurent mis pied à terre, le petit groupe se dirigea vers la plus épaisse tour de la forteresse, haute de trois étages. Les précédant sans plus de cérémonie et d’un pas volontaire, Alleister leur fit gravir les marches d’un long escalier en colimaçon, qui distribuait de rares pièces, de droite et de gauche. A la fin de l’ascension, le souffle de la septa était haletant, ses joues rouges, et son équilibre perturbé par la longue rotation autour de l’axe central de l’escalier, qui lui avait donné le tournis.
    
    Le seigneur, lui, paraissait n’avoir pas fait d’effort. Il attendit que tout le monde soit parvenu sur le palier pour ouvrir la lourde porte de bois de l’unique pièce de l’étage.
    
    « Voici la chambre », indiqua-t-il en révélant une pièce d’une trentaine de mètres carrés, agrémentée d’un large lit et de plusieurs coffres, mais par ailleurs austère. Eleanne ignorait combien de temps dureraient les festivités, mais elle ne se réjouissait guère à l’idée de passer ainsi plusieurs nuits dans la même pièce que trois hommes, quelque confiance qu’elle puisse avoir en leur courtoisie à son égard.
    
    « Je ferai porter ce qu’il faut de paille pour que vous puissiez tous coucher confortablement », indiqua Lord Alleister.
    
    Considérant visiblement l’absence de commentaire comme une acceptation tacite du logement, et ne s’embarrassant pas de plus de formalités, leur hôte s’apprêtait à tourner les talons, quand Grey, resté silencieux jusque-là, interrogea :
    « Pourrons-nous rendre hommage à votre père ? »

Texte publié par Akodostef, 5 octobre 2018 à 08h23
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