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Tome 1, Chapitre 9 Tome 1, Chapitre 9
Note de l'autrice : Voilà le chapitre 9, qui risque de vous mettre les nerfs en pelote... comme Héloïse ^^'. Merci à Melior pour son commentaire. Bonne lecture !
    
    
    
    


    
    
    
    Chapitre 9

    
    
    
    Assise par terre sur un coussin, Héloïse manqua tomber sur le côté quand elle se pencha un peu trop avec sa manette en mains. Elle était complètement immergée dans l’univers enchanteur et poétique d’Okami. Son esprit et son corps étaient détendus. Elle sursauta lorsqu’Aline entra en trombe dans le salon en s’égosillant contre elle :
    
    — Putain ! Encore devant ta PS2 de merde ?
    
    Interloquée par son agressivité, la jeune femme mit sur pause et se tourna vers elle.
    
    — Mais ça va pas, non ? Tu n’as pas à t’adresser à moi de cette façon !
    — Ça fait cinq minutes que je hurle pour que tu viennes !
    
    Héloïse prit une longue inspiration, puis répondit d’une voix la plus neutre possible :
    
    — Je suis désolée. Je ne t’ai pas entendue. Que veux-tu ?
    
    Aline s’énerva davantage :
    
    — À ton avis ? J’ai faim !
    
    Héloïse leva les yeux vers la pendule accrochée au-dessus de la télévision. Dix-neuf heures.
    Toujours aussi calmement, elle rétorqua :
    
    — Tout est déjà prêt. Tu n’as plus qu’à te servir. Martial est chez son meilleur ami, maman et Christophe sont sortis au cinéma, et moi je…
    
    — Tu aurais pu me prévenir. T’es là pour t’occuper de la maison, oui ou non ?
    — Aline, tu exagères. Tu as quatorze ans, tu peux...
    — Ah ta gueule. Tu me saoules la no-life.
    
    Sur ces mots vulgaires, l’adolescente quitta la pièce. C’en fut trop pour Héloïse, qui se releva telle une furie et lui emboîta le pas dans le couloir de l’entrée :
    
    — Reviens ici ! Y en a marre que tu m’insultes à longueur de journée !
    — Ferme ta putain de gueule et laisse-moi !
    
    Avec fermeté, elle attrapa Aline par le bras.
    
    — Arrête ça tout de suite ! On va discuter d’adulte à adulte.
    — Va te faire foutre !
    
    Au même instant, le vase qui était posé sur le guéridon en face d’elles se renversa sur le sol avec fracas. Aline en fut tellement surprise qu’elle cria de peur. Dans la foulée, le détecteur de fumée émit un son strident. Héloïse grimaça et relâcha le bras de sa sœur. Elle maîtrisait à grand-peine ses nerfs. Ahurie, l’adolescente fixa les débris de porcelaine.
    
    — Qu’est-ce que… Ah, bordel !
    
    Elle leva les yeux vers l’appareil, puis les riva sur son aînée. Elle lâcha une bordée de jurons et fonça comme une flèche dans les escaliers.
    
    — Aline !
    — Fous-moi la paix !
    
    La jeune femme grimpa sur une chaise pour arrêter la sirène infernale. Quand elle eut réinitialisé le détecteur, elle le recolla au plafond, puis monta l’étage. Lorsqu’elle frappa à la porte de sa sœur, elle n’obtint aucune réponse. Elle ne parvint pas à l’ouvrir, tout juste tourner la poignée. Aline s’était enfermée dans sa chambre.
    
    Essoufflée et désappointée, Héloïse se mordit la lèvre inférieure. Elle savait pourquoi ce fichu vase avait fini par terre. Izokiyo n’avait pas supporté que l’adolescente s’en prenne à elle et s’était manifesté à sa façon. Au moins, ça avait eu l’avantage de la calmer aussi sec.
    
    Tout en se massant les tempes, elle redescendit. Il lui faudrait trouver le moyen de coincer sa sœur et d’avoir une longue discussion avec elle. Ça ne pouvait plus durer.
    
    — Héloïse ?
    
    Elle pivota à la voix de son frère. Il paraissait inquiet et fixait les morceaux de vase. Elle leva les yeux vers lui avec un faible sourire.
    
    — Ça va. Il est tombé tout seul.
    — Tu t’es disputée avec Aline encore ?
    
    La jeune femme réprima une grimace. Elle se contenta de hocher la tête.
    
    — Tu n’es pas chez Rémi ?
    — J’y vais plus tard que prévu, en fait. Je pars dans un quart d’heure.
    — D’accord, murmura-t-elle platement.
    
    Elle ne voyait pas quoi ajouter d’autre. L’adolescent haussa les épaules, puis ramassa les fragments de porcelaine sans dire un mot. Héloïse lui en fut reconnaissante. Elle sentait qu’il était bien plus touché qu’il ne le montrait par les dissensions qui existaient entre elle et Aline. Hélas, ils ignoraient comment atténuer la rage intérieure de leur sœur.
    
    Elle regarda autour d’elle comme si Izokiyo comptait apparaître d’un instant à l’autre. Bien entendu, ce ne fut pas le cas. Elle retint un soupir. Le fait qu’il lui manifeste son soutien d’une telle manière lui apportait du baume au cœur, mais la questionnait. Au fond, il pourrait s’agacer d’elle et d’Aline. Il pourrait considérer qu’elles étaient autant stupides l’une et l’autre.
    
    Elle y réfléchirait plus tard. Elle souhaitait reléguer sa dispute avec l’adolescente dans un coin de son esprit.
    
    Héloïse revint dans le salon et reprit sa manette sans conviction. Le plaisir que lui procurait le jeu avait disparu. Son altercation avec Aline ne cessait de tourner en boucle dans sa tête, au point qu’elle ne parvenait plus à se concentrer sur l’écran. Le ventre et la gorge nouée, elle finit par enregistrer sa partie et par éteindre la PS2. D’un pas lourd, elle se dirigea vers la chambre de Margot pour voir si elle n’avait besoin de rien.
    
    
    
***

    
    
    Allongée dans l’herbe tendre du verger, les bras croisés derrière sa nuque, Héloïse goûtait à la tranquillité de son rêve. Un vent tiède taquinait de temps à autre son visage et les fleurs du sakura. Comme dans la réalité, leur parfum léger d’amande chatouillait son odorat. Le silence régnait en maître pour le moment.
    
    Lorsqu’elle s’était couchée, Morphée l’avait gagnée une heure plus tard. Elle était convaincue qu’Izokiyo la rejoindrait, mais elle s’était fourvoyée. Peut-être était-il occupé à surveiller les membres de sa famille pendant leur sommeil. Il lui avait confié que parfois, il s’y attelait autant pour tromper son ennui que pour mieux les connaître.
    
    Elle avait cru comprendre qu’à l’heure actuelle, il n’était pas en mesure d’effectuer plusieurs tâches à la fois à cause de son état. La seule énergie dont il pouvait se nourrir provenait de leurs rencontres, et il lui avait certifié qu’il ne cherchait pas à l’affaiblir. Il lui laissait sans doute cette nuit pour récupérer. Ils discuteraient une autre fois. Néanmoins, elle aurait aimé savoir ce qu’il pensait du comportement d’Aline. Peut-être qu’il lui apporterait des conseils afin de dissiper les tensions avec l’adolescente ?
    
    Elle se morigéna. Quelle idée ridicule !
    
    De nouveau, la jeune femme s’interrogea : existait-il vraiment ? Ou souffrait-elle d’un grave trouble neurologique ? Elle secoua aussitôt la tête. Le déclenchement du détecteur de fumée sans raison et le vase brisé étaient des preuves supplémentaires. Pourquoi continuait-elle à se torturer l’esprit ainsi ? Peut-être qu’elle se montrait plus cartésienne qu’elle ne voulait l’admettre…
    
    Un pli soucieux barra son front. Un autre problème se posait. Lors de son deuxième entretien, le recruteur lui avait présenté un contrat pour un CDI. Cependant, des clauses n’étaient pas claires. Il lui avait laissé un délai avant de l’accepter. Elle l’avait fait examiner par un conseiller de Pôle Emploi, qui l’avait alors avertie qu’il n’était pas légal. De surcroît, si elle l’avait signé, elle se serait retrouvée dans une situation délicate.
    
    Quand elle avait demandé des précisions, l’homme lui avait expliqué que d’une part, son employeur ne respectait pas le nombre de jours de repos à donner au salarié. Ensuite, si elle décidait d’arrêter la période d’essai de sa propre initiative, elle aurait été privée de ses allocations. Selon la réglementation de Pôle Emploi, puisqu’elle cessait volontairement son activité, c’était assimilé à une démission, et la sienne n’aurait pas été légitime ; depuis qu’elle avait ouvert ses droits au chômage, elle avait cumulé plus de 455 heures travaillées. Ce qui aurait pu fonctionner était qu’elle quitte son emploi dans les six jours après avoir commencé, mais dans le contrat, il était stipulé qu’elle devait rester deux semaines avant de songer à partir de l’entreprise.
    
    Un casse-tête autant administratif que psychologique.
    
    Bien entendu, elle avait juste dit à sa mère que l’employeur avait embauché quelqu’un d’autre. Si elles n’avaient pas connu Christophe, la jeune femme lui aurait avoué la vérité. Malheureusement, elle se voyait mal tout expliquer ! Elle passerait pour une faignante difficile qui ne voulait pas bosser ! La réglementation de l’Unédic (1) était différente du Code du travail. En général, la période d’essai ne garantissait pas au salarié qu’il garderait ses droits aux allocations s’il la rompait de son initiative. Deux ans plus tôt, elle avait obtenu un CDD en tant que conseillère à Pôle Emploi. Elle n’avait jamais été formée au sujet de l’indemnisation à proprement parler, tout comme les autres agents.
    
    Héloïse chassa d’un geste agacé une mèche de cheveux. Son sommeil et son rêve devaient être relaxants. À quoi lui servait-il de dormir et de se réfugier là si son cerveau persistait à ressasser sur ses tourments ?
    
    Elle souffla et se gratta le bout du nez. Ce qui la chiffonnait le plus était sa dernière dispute avec Aline. Elle n’était toujours pas parvenue à s’expliquer avec elle. Leur mère avait proposé d’être la médiatrice entre elles, mais l’adolescente refusait la confrontation. Elle fuyait son aînée et prétextait souvent quelque chose. Sa conversation avec Martial l’avait à peine consolée. Pourtant, elle savait qu’il était peiné de voir à quel point ses deux sœurs se déchiraient.
    
    Héloïse sentit ses yeux la picoter, mais elle s’interdit de pleurer. Non. Elle voulait s’apaiser. Elle voulait oublier ses préoccupations.
    
    Comme pour répondre à sa prière, la voix suave d’une femme se fit entendre pendant que ses paupières se fermaient. Elle en fut étonnée : c’était la première fois qu’une manifestation pareille se produisait. Toutefois, elle ne se posa pas plus la question. Le chant lui apportait la sérénité qu’elle recherchait tant. Avant que l’aube survienne, elle s’adosserait contre le cerisier et s’y assoupirait plutôt que de marcher jusqu’à la maison. Le réveil dans la réalité serait plus doux.
    
    Tandis que la voix mystérieuse la berçait en accompagnant le vent et les frémissements du sakura, Héloïse se laissa engloutir par une torpeur bienheureuse.
    
    
    
***

    
    
    — C’est quand même dégueulasse, les règles de Pôle Emploi !
    
    Margot fulminait. Héloïse grimaça et tenta de l’apaiser :
    
    — Ils s’efforcent d’encourager les chômeurs à reprendre au plus vite…
    — Ouais mais si ça ne te convient pas, tu ne peux partir tranquille qu’au bon vouloir du patron ! Si tu décides de quitter ton poste de toi-même même pour des raisons légitimes, tu es sanctionnée !
    
    L’aïeule soupira tout en fixant sa petite fille avec peine.
    
    — Excuse-moi. Ça ne sert à rien de s’énerver, je sais. C’est juste que du temps de ta mère, ça ne marchait pas comme ça. Une période d’essai était une période d’essai, point barre.
    — J’ai cru comprendre que l’assurance chômage se rapprochait du Code du Travail, oui…, confirma Héloïse.
    — Oui. Bref, changeons de sujet. Je n’aime pas te voir morose. Arrives-tu à dormir la nuit au moins ?
    
    Héloïse la regarda avec étonnement.
    
    — Pourquoi tu me poses cette question ?
    — Tu as l’air fatigué et tu as des cernes sous les yeux.
    — Tout va bien, mamie. C’est passager.
    — J’espère pour toi.
    
    La jeune femme se retint de baisser la tête. Margot craignait qu’elle ne replonge. Ses inquiétudes étaient fondées, surtout avec l’ambiance que Christophe instaurait à la maison petit à petit, en plus de ses problèmes personnels.
    
    — Tu ne me caches rien, hein ?
    
    Héloïse acquiesça.
    
    — Promis.
    
    Pour rassurer sa grand-mère, elle embrassa son front.
    
    — Je te laisse, je dois faire le ménage.
    — D’accord. Puis avec Aline, ça va s’arranger. Elle se calmera. Il faut qu’elle voie par elle-même.
    — Hm.
    
    Margot lui sourit, puis se concentra sur son magazine de mots croisés. Héloïse sortit de la chambre et ferma la porte doucement. Elle était seule avec Margot ; elle pourrait balayer et récurer en toute tranquillité. Sa conversation avec elle l’avait rassérénée, notamment à propos d’Aline.
    L’aïeule avait eu une sœur avec qui elle avait entretenu des rapports conflictuels pendant leur adolescence, d’autant plus que l’écart d’âge entre elles était faible. Héloïse était convaincue qu’Aline bannissait tout dialogue, même si c’était inconscient la plupart du temps. Elle se cherchait et se sentait mal dans sa peau. Elle l’exprimait par son attitude, puisqu’elle était persuadée que personne ne la comprenait, surtout sa mère.
    
    Avec un soupir, Héloïse se dirigea vers la cave.
    
    
    


    
    
    (1) : Association chargée par délégation de service public de la gestion de l’assurance chômage en France, en coopération avec Pôle emploi.
    

Texte publié par Aislune S., 16 juillet 2018 à 10h58
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