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Tome 1, Chapitre 8 Tome 1, Chapitre 8
Note de l'autrice : bonjour ^^. Voilà le chapitre 8 ! Merci à Melior pour son commentaire ;). Bonne lecture !
    
    
    


    
    
    
    
Chapitre 8

    
    
    
    Plusieurs cycles d’éveil et de somnolence s’écoulèrent, plus tranquilles que les précédents pour le yōkaï. Il ne manquait pas de visiter cette jeune humaine dont il avait fini par savoir le nom. Héloïse… Il était empli d’une musicalité intéressante.
    
    Au début, elle peinait à s’accommoder de sa nouvelle situation, mais cela ne dura pas. Une telle adaptation le surprenait et le fascinait. Le fait qu’elle soit dotée d’un esprit ouvert et qu’elle croie à l’existence de créatures surnaturelles – il n’aimait vraiment pas ce terme, mais devait s’en contenter – n’y était pas étranger. L’imbécillité et l’ignorance ne figuraient pas dans les traits de personnalité de la jeune femme.
    
    Ils apprenaient à se découvrir même si cela ne permettait pas à sa potentielle sauveuse d’avancer dans la « quête » qu’il lui avait allouée. Il en avait bien conscience, mais qu’y pouvait-il ? Exercer une forme de pression sur elle la ferait fuir, et il en était hors de question ! Il ne souhaitait pas non plus lui causer le moindre tort, bien qu’indirectement.
    
    Pour l’heure, ils débattaient sur la notion de bien et de mal ; elle arguait qu’il était sans doute plus aisé d’abandonner un combat qu’on ne le pensait et que ce n’était pas forcément une preuve de faiblesse. Le destin y contraignait parfois. Même sans rien savoir de sa vie – elle ne s’était pas encore vraiment confiée à ce sujet –, il avait deviné qu’elle avait déjà frôlé l’abîme.
    
    — Ne laisse pas les ténèbres s’emparer de toi.
    — Facile à dire, yōkaï, rétorqua-t-elle d’un ton grinçant.
    — Appelle-moi Izokiyo.
    
    Une profonde perplexité s’inscrivit sur les traits de l’humaine. Il s’empressa d’ajouter, tout en rabattant une mèche noire derrière son oreille pointue :
    
    — À toi de découvrir la signification de mon nom.
    — Je n’ai que ça à faire, hein ?
    
    La tristesse qui suintait dans sa voix provoqua un pincement au sein de la poitrine d’Izokiyo ; il retint un soupir et secoua la tête :
    
    — Non, bien sûr...
    
    Un ange passa entre eux et les effleura de ses ailes. Il hésita ; ce n’était pas dans sa nature de s’ouvrir ainsi, mais la faible parcelle de son être qui demeurait encore noble et bienveillante ne restait pas insensible. Qu’importe si elle le prenait mal. Il n’était pas en mesure de feindre le mépris ou une parfaite indifférence. De telles circonstances le rendaient à la fois songeur et perplexe. Toutefois, ce n’était pas le moment de s’abîmer dans ses réflexions.
    
    Il se tourna vers elle avec calme.
    
    — Laisse-moi t’apporter mon assistance.
    
    Les yeux d’Héloïse s’écarquillèrent devant sa demande.
    
    — Q… Quoi ?
    — Tu as bien entendu. Je ne suis pas un être bon. Je suis une créature qui a un goût prononcé pour le sang et la cruauté dès que j’en éprouve la nécessité. Pourtant, ton mal-être me touche.
    — C’est ça. Vous souhaitez m’aider par pur intérêt, juste pour que je vous libère ! cracha-t-elle.
    
    Le yōkaï se raidit et les traits de son visage se durcirent ; les paroles de la jeune femme l’avaient blessé.
    
    — Pense ce que tu veux. À bien y réfléchir, je me passerai de ton consentement.
    — Pardon ? s’exclama-t-elle d’une voix étranglée.
    
    Il haussa les épaules avec un sourire satisfait.
    
    — Tu ne désires peut-être pas que je vole à ton secours, mais je n’ai jamais spécifié que j’obtiendrais ton approbation.
    — Espèce de..., souffla-t-elle, offusquée.
    — Tes insultes sont très touchantes. Cependant, ne m’outrage pas.
    
    Il la vit serrer les poings, comme si elle se retenait de l’occire. Tant de sentiments s’exprimaient chez elle ! Si elle se contemplait dans une glace, elle le remarquerait. Il se plut à s’imaginer ses réactions, mais s’abstint de la taquiner. Elle se leva et le toisa de toute sa hauteur.
    
    — Puisque c’est comme ça, je m’en vais.
    — Ta fuite est inutile. Nous reprendrons notre conversation la nuit suivante.
    — Hmpf !
    
    Sans plus de cérémonie, elle le planta là ; Izokiyo la regarda s’éloigner avec un petit rictus amusé. Elle pouvait se montrer caractérielle… Intéressant.
    
    
    
***

    
    
    — Eh bien, tant mieux si elle t’a rappelée ! Dis-moi, ça fait une semaine que tu as eu ton entretien d’embauche, non ?
    
    Héloïse confirma avec un hochement de tête.
    
    — Après, Mamie, elle ne m’a pas assuré qu’elle me prenait, même à l’essai. Elle veut me revoir.
    — C’est un bon pas ! Ah, la la... Je sais que maintenant, pour les jeunes, dégoter un boulot est compliqué, mais ne désespère pas ! Il faut t’accrocher. Je suis sûre que tu vas y arriver.
    
    Margot poussa ensuite un profond soupir. Sa voix s’érailla :
    
    — De mon temps, c’était bien plus facile, il y avait du travail à profusion ! Les belles années sont loin...
    — Il ne faut pas exagérer. Ma vie n’est pas si terrible, elle me réserve de jolies surprises.
    — Peut-être, mais je trouve que la société d’aujourd’hui est en train de se casser la figure.
    
    Héloïse croisa les bras et la foudroya du regard, avant de rétorquer :
    
    — Ne vois pas tout en noir, pitié. J’ai besoin de croire qu’il y a... Eh bien, voilà. Il y a cinq minutes, tu m’as encouragée à espérer que les choses s’arrangent au moins pour moi, même si c’est égoïste...
    — Oui, tu as raison... Excuse-moi, Hélo'...
    
    La vieille femme eut un sourire triste après ces quelques mots.
    
    — Peux-tu m’emmener aux toilettes, s’il te plaît ?
    — Oui, bien sûr.
    
    Héloïse l’aida surtout à se lever, puis à s’asseoir une fois arrivée à destination. Ces simples mouvements devenaient de plus en plus pénibles pour Margot. Le médecin avait conseillé à la famille de surveiller attentivement son état de santé, dont sa peau afin de prévenir toute rougeur suspecte pouvant cacher une escarre en formation. Le fait qu’elle reste allongée et ne bouge presque pas favorisait toutes sortes de complications...
    
    Lorsqu’elle retourna dans sa chambre, la jeune femme se laissa tomber sur le lit ; elle était fatiguée, et ses « conversations » avec cet inconnu – pardon... ce yōkaï – pendant ses songes n’arrangeaient rien. Par moment, elle se demandait si elle n’avait pas développé une forme de maladie mentale. Rêver quasiment toutes les nuits d’un individu qui, en plus, se définissait comme étant une sorte d’esprit ou de démon, ce n’était pas croyable ! Sans parler des manifestations dignes d’un poltergeist dans la maison. Pour l’instant, elle était la seule à y prêter attention, même si elle avait déjà entendu sa mère ou Christophe s’interroger sur le pourquoi d’un verre cassé, la disparition inopinée des clés de l’entrée…
    
    Elle soupçonnait Izokiyo d’en être responsable. Du moins, s’il existait vraiment. N’importe quel neurologue la cataloguerait parmi les patients victimes d’hallucinations psychosomatiques. Pourtant, quelque chose la poussait à ne pas aller se terrer chez le premier psychologue ou psychiatre venu. Une partie d’elle lui soufflait qu’après tout, ces événements tenant du délire ne lui causaient aucun tort. Personne n’en souffrait, et c’était plutôt facile de se cacher ou de ne faire semblant de rien. Elle n’était pas encore saisie par des crises ou des accès de folie.
    
    Ses paupières se fermèrent. Elle commença à somnoler, tout en réfléchissant.
    
    — Lolo !
    
    La voix de son frère la sortit de sa torpeur. Elle comprit qu’il s’appuyait contre l’encadrement de sa porte avant qu’elle pose un regard blasé sur sa silhouette légèrement enrobée.
    
    — Je m’appelle Héloïse…
    — Lo ou bien Lola, du pareil au m (1)...
    — Oh, pitié, pas cette chansooooooon…, gémit-elle tout en dissimulant son visage derrière son oreiller après l’avoir attrapé.
    — Ben quoi ? Je la trouve très bien, moi, pour m’entraîner. Tu peux me donner ton avis sur mon dernier morceau ? J’ai l’impression de tenir un truc, comme si je maîtrisais une harmonie de taré. Mes notes sont un peu photo-électriques, si tu vois ce…
    — Eeeeeh oh doucement, là. Ne mélange pas trop les sciences avec la musique, ça ne fait pas toujours bon ménage.
    
    Martial haussa les épaules. Héloïse ajouta d’un ton circonspect :
    
    — Si c’est du même style que Lolita, je te fais manger ta guitare et l’accordeur qui va avec.
    — Je suis musicophile, sœurette, pas guitarovore.
    
    Héloïse leva les yeux au ciel. Elle n’était pas vraiment d’humeur à écouter de la musique, mais peut-être qu’au moins, ça lui changerait les idées. Elle se releva en grimaçant, s’étira, puis quitta la chambre pour lui emboîter le pas non sans avoir vérifié que sa fenêtre était bien fermée ; évidemment, elle n’ignorait pas qu’à son retour, ce ne serait plus le cas, sans doute à cause d’un certain yōkaï facétieux.
    
    
    
***

    
    
    Assise à une table de la bibliothèque municipale, Héloïse se frottait les tempes tout en feuilletant un livre sur la mythologie japonaise. La migraine la menaçait de nouveau, et elle n’avait pas terminé. Elle avait tout de même réussi à glaner des informations intéressantes.
    
    Elle avait aussi consulté Internet et compulsé des contes et des ouvrages qui traitaient du folklore d’autres civilisations. Elle avait pu remarquer que les djinns des croyances sémitiques possédaient de nombreux points communs avec les yōkaï, de même que les fomoires des légendes irlandaises celtiques. Tout ceci était vraiment… fascinant. Tant de similitudes entre les opinions religieuses de tant de peuples ! Si elle en avait eu le loisir, elle aurait davantage creusé la question.
    
    Toutefois, la seule conclusion utile qu’elle avait pu tirer de ses lectures, c’était que le yōkaï de ses rêves était captif à cause d’une malédiction qu’il n’avait qu’évoquée. Il n’était toujours pas en mesure de lui justifier sa présence, mais elle avait fini par comprendre qu’il était lié au sakura de son verger, comme si ce dernier incarnait sa prison. Il lui confirmerait certainement qu’elle était sur la bonne voie. Elle devait poursuivre ses investigations et trouver le moyen de le libérer. Encore fallait-il saisir la nature et le but de la malédiction pour la briser. Hélas, ce n’était pas gagné.
    
    Quant au tableau qui représentait l’arbre, elle ne voyait pas de relation avec le reste. Izokiyo n’était pas enfermé à l’intérieur. En réalité, cette toile ne semblait exister qu’en tant que clin d’œil. Il n’y avait nul autre terme adéquat. À moins que l’art n’ait un aspect plus important pour les Japonais. Peut-être qu’il existait un enchantement spécifique ? Il lui fallait approfondir ses recherches.
    
    Il ne lui avait pas expliqué non plus pourquoi il ne pouvait la contacter que par le biais du songe ; par contre, il lui avait demandé de garder les fleurs de cerisier – celles qu’il était parvenu à déposer grâce à ses capacités restreintes – auprès d’elle, même si elles fanaient. Elles leur permettaient ainsi de continuer à se « voir ». Pour l’heure, elle les conservait dans un herbier qu’elle avait acheté.
    
    Héloïse se redressa en craquant ses doigts. Avec lenteur, elle referma son livre. Elle l’emprunterait pour l’étudier chez elle et prendrait également d’autres ouvrages sur la façon dont les rêves étaient perçus au Japon.
    
    
    


    
    
    (1) Moi… Lolita, écrite par Mylène Farmer et composée par Laurent Boutonnat. Interprétée par la chanteuse Alizée.

Texte publié par Aislune S., 9 juillet 2018 à 20h28
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