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Tome 1, Chapitre 7 Tome 1, Chapitre 7
Note de l'autrice : Bonjour ! Voilà le chapitre 7. Merci à Melior pour son commentaire, encore une fois ^^. Bonne lecture !
    
    
    


    
    
    
Chapitre 7

    
    
    
    Trois autres jours se déroulèrent dans un calme relatif. Les humeurs d’Héloïse n’avaient cessé de jouer aux montagnes russes dans un joyeux méli-mélo. Bien entendu, Margot l’avait remarqué et avait tenté de lui tirer les vers du nez.
    
    La jeune femme avait gardé le silence comme à son habitude. Elle ne se confiait jamais. Elle ne se voyait pas expliquer qu’elle avait rencontré un yōkaï dans ses rêves. Même sa grand-mère se moquerait d’elle.
    
    Après une soirée épuisante passée à examiner des offres d’emploi, elle se traîna jusqu’à son lit. Elle avait trouvé deux annonces intéressantes. Encore fallait-il que les recruteurs acceptent sa candidature… Un éternel obstacle. Elle perdait petit à petit ses illusions. La lassitude la saisissait de plus en plus souvent, et les reproches de Christophe et de sa mère l’avivaient. Elle se demanda si elle ne devait pas consulter un médecin. Peut-être souffrait-elle de carences pour être aussi fatiguée.
    
    Ses pensées se tournèrent vers le yōkaï de ses songes. Cherchait-il à éprouver ses nerfs en se cachant ainsi ? Si seulement il se montrait de nouveau ! Au moins, il se passerait quelque chose dans sa foutue vie ! Elle voulait lui poser tant de questions…
    
    Pourtant, comme les soirs précédents, elle s’endormit avec la crainte de Le revoir.
    
    Lorsque le rêve la happa, Héloïse marchait au sein du verger, en direction du sakura. Le doux parfum de ses fleurs amenait du baume à son cœur au fur et à mesure de ses pas. La quiétude envahit son être et détendit son esprit. Elle avait tant besoin de se ressourcer pour supporter son quotidien !
    
    Cette nuit serait propice à l’apaisement et à la sérénité. Ce n’était pas plus mal finalement. Elle ferma les yeux l’espace d’un instant pour mieux s’imprégner de l’atmosphère des lieux.
    
    Lorsqu’elle les rouvrit, le yōkaï était assis contre le tronc. Elle pâlit et son corps se tendit.
    
    Il était là. Enfin.
    
    Elle avança jusqu’à lui. Diverses émotions l’assaillaient. Non, elle n’était pas folle. Elle n’avait rien imaginé. Il releva la tête tout en repliant un mouchoir en tissu blanc sur ses genoux. Il semblait avoir servi pour nettoyer un objet vu les traces brunes qui le tachaient. Malgré la peur qui lui nouait les entrailles, elle prit son courage à deux mains :
    
    — Bonjour.
    
    Aussitôt, elle se fit la réflexion qu’elle aurait dû le saluer par un « Bonne nuit »; vu l’heure et le contexte, c’était bien plus approprié. Il lui adressa une inclination de tête. Elle murmura :
    
    — Dites-moi…
    
    Sa gorge était sèche. Héloïse se fit violence pour ne pas flancher. Il fallait qu’elle sache. Les iris mordorés du yōkaï la rendaient mal à l’aise. Jamais elle n’avait été confrontée à un regard aussi empli d’intensité…
    
    — Pourquoi moi ?
    
    Elle le vit lever les yeux au ciel. Sa voix se nuança d’une condescendance qu’elle n’apprécia pas :
    
    — Pourquoi, vous les humains, vous posez tous des questions toutes plus stupides les unes que les autres ?
    — Répondez-moi.
    — Rien ne m’y oblige.
    — Alors je m’en vais.
    
    Un sourire narquois fleurit sur les lèvres du yōkaï.
    
    — Il te faudrait déménager pour cela, petite humaine.
    
    Héloïse serra les dents.
    
    — Je t’ai déjà fourni toutes les clés. Il m’est impossible d’en livrer davantage.
    — Comptez-vous hanter souvent mes nuits ?
    
    Le vent décoiffa la jeune femme. Agacée, elle rabattit sa frange sur le côté.
    
    — Autant qu’il le faudra. J’ai besoin d’être libéré, tout moyen d’y parvenir est bon.
    — Même si je finis par tomber d’épuisement ?
    
    Le yōkaï la fixa avec gravité. Elle se retint de plaquer les pans de sa veste contre son corps. Elle avait l’impression qu’il lisait en elle si facilement, et l’idée lui déplaisait. Elle détestait s’exposer et se sentir vulnérable.
    
    — Je ne suis pas aussi idiot. Si tu t’affaiblis ou meurs, je resterai prisonnier.
    
    Incapable de poursuivre le dialogue à cause de sa trop grande anxiété, elle préféra revenir sur ses pas. Il fallait qu’elle se repose ! Stresser même dans ses rêves, hors de question !
    
    — Où vas-tu ?
    — Dans le réel. J’ai besoin d’être seule.
    
    Elle se réveillerait loin de ce démon. Non, cette créature. Elle se trompait dans le terme employé. Son interlocuteur n’incarnait pas un oni(1) ou un akuma(2). Elle devait organiser ses pensées affolées et trouver le moyen de gérer son nouveau problème.
    
    L’arôme des fleurs envahissait ses sens et la perturbait. Elle se dirigea sans faillir jusqu’à la maison.
    
    Le yōkaï n’insista pas, et elle lui en sut gré.
    
    

    ***

    
    
    L’après-midi shopping prenait un tour orageux. Pourtant, elle avait si bien commencé, puisque sa mère était d’une humeur plutôt joviale au réveil.
    
    Les dents serrées, Héloïse leva la tête vers elle tout en tenant un pull en laine mauve par le cintre.
    
    — Pourquoi faudrait-il que je m’excuse envers Aline ? C’est elle qui m’a agressée.
    — Tu as envenimé la discussion.
    — Pardon ? Alors non seulement elle vient me déranger dans ma chambre, mais en plus j’étais censée me taire lorsqu’elle s’est obstinée pour m’emprunter des bijoux ?
    — Pourquoi as-tu refusé d’ailleurs ? soupira sa mère en croisant les bras.
    
    Brutalement, Héloïse remit le vêtement à sa place.
    
    — Peut-être parce que j’en ai le droit ? Je n’ai rien fait de mal. Je lui ai expliqué gentiment que je ne voulais pas.
    — Oui, mais…
    — Mais quoi ? Aurais-je dû céder pour ton confort ? Pour que tu aies la paix, maman ?
    
    La jeune femme prit une longue inspiration.
    
    — Je suis très conciliante et arrangeante, mais il ne faut pas en abuser. J’aimerais que tu admettes que le comportement de ma sœur est pénible pour tout le monde ces derniers temps. Ce n’est pas à moi d’en payer le prix ni de régler ça.
    
    Elle la fixa droit dans les yeux.
    
    — Je ne suis pas sa mère.
    — Oui… Tu as raison. Excuse-moi. Il faut juste que tu…
    — Non, maman. S’il te plaît.
    — Héloïse, laisse-moi par…
    — Non. Je sais ce que tu vas me sortir. Je le répète : Aline est infernale, surtout avec moi. J’ai le droit de me défendre.
    
    Elle ajouta derechef :
    
    — Tes préoccupations sont les tiennes. Je ne suis pas en mesure d’y remédier. J’ai déjà bien assez avec mes propres soucis.
    
    Héloïse s’éloigna et feignit de rechercher un pantalon. S’adresser à sa mère de cette façon n’était peut-être pas une brillante idée, mais comment faire pour lui ouvrir les yeux ? Ce n’était certainement pas Christophe qui pourrait l’aider. Elle soupira en priant pour que l’après-midi s’achève le plus tôt possible.
    
    La chaleur présente dans le magasin et le brouhaha lui donnaient la migraine. La jeune femme se força à rester encore dix bonnes minutes, mais finit par sortir à l’air libre sans rien avoir acheté. Elle attendrait sa mère à l’extérieur. Tant pis pour sa garde-robe. De toute manière, elle n’avait pas réellement besoin de la renouveler.
    
    Héloïse leva le visage vers le ciel, dont l’azur ne se parait que de l’astre du jour. Son cœur, lui, abritait bien des nuages au ventre lourd de tristesse… Elle aurait dû demeurer auprès de Margot et lire. Au moins, elle se sentait à peu près sereine et utile.
    
    — Héloïse ! Viens, on va par là.
    
    La mort dans l’âme, elle suivit sa mère jusqu’à un magasin de chaussures. Comme si de rien n’était. Elles y passèrent plus de temps, mais heureusement, elles ne se disputèrent pas. La jeune femme réussit même à se trouver une paire de bottines. Lorsqu’elles sortirent de la boutique, elles quittèrent la rue piétonne afin de se diriger vers le parking où s’était garée Héloïse qui, pour une fois, avait tenu à conduire.
    
    — On a fini ? s’enquit Floriane.
    — Oui, je crois.
    
    Le trajet se déroula dans un silence pesant. Elle résistait à l’envie de mettre de la musique pour le rompre. Elle se concentra sur la route.
    
    Une fois rentrée, elle s’occupa de Margot pendant que sa mère partait chercher Martial au lycée. Dès que l’aïeule la vit arriver, elle fronça les sourcils.
    
    — Ça n’a pas été ?
    — Euh… Si, pourquoi ?
    
    Margot esquissa une moue, peu convaincue, mais n’insista pas. Héloïse en fut soulagée.
    
    — Tu peux me donner le magazine de mots croisés ? Il est posé sur le fauteuil là-bas.
    
    Elle obtempéra avec un sourire.
    
    — Tu vas faire quoi ensuite ?
    — Oh, rester un peu avec toi, répondit la jeune femme.
    — Tu veux écouter mes râleries de vieille ? s’amusa Margot.
    — Tu exagères.
    — Héloïse, je te conseille de préparer à manger pour tout le monde. Ta mère te laissera tranquille comme ça.
    
    Elle leva les yeux au ciel, mais finit par capituler et s’exécuter. Elle ne vit pas le temps passer. Les cours de Martial se terminaient tard et Floriane ne rentra avec lui qu’au moment du repas. Un accident de la route les avait bloqués pendant une demi-heure. Héloïse put retourner dans sa chambre lorsqu’elle eut achevé sa recherche quotidienne d’offres d’emploi. Une fois qu’elle eut vérifié que ses volets étaient ouverts – depuis sa rencontre avec le yōkaï, il était rare qu’elle les ferme –, puis se dirigea vers la peinture accrochée au mur.
    
    Il l’attendait dans son sommeil. Elle en nourrissait l’intime conviction.
    
    Elle posa la main sur les courbes du cerisier de la toile. Les yeux clos, elle s’efforça d’apaiser les battements de son cœur. Si seulement elle pouvait paraître moins émotive en sa présence. Il lui fallait vraiment prendre sur elle.
    
    Ses doigts dérivèrent vers les fleurs; la texture de la peinture à l’huile lui évoquait de la colle séchée. Non, plutôt de la résine végétale. Une sensation déconcertante, mais pas si désagréable… Un ersatz d’odeur flottait dans l’air, sans doute dû à l’essence de térébenthine. Héloïse soupira, puis s’éloigna à regret.
    
    Comment se passerait leur entrevue cette fois ? S’amuserait-il encore à la railler ? Il ne semblait pas décidé à lui fournir plus d’indices. Elle se sentait si perdue ! Elle lui demanderait de la laisser en paix à ce sujet pour l’instant. Des recherches, elle en effectuerait dès qu’elle aurait un peu de temps libre. Elle n’était pas contre le fait d’en découvrir davantage sur le yōkaï, sa vie, sa personnalité… Après tout, il avait glané beaucoup d’informations sur elle !
    
    Avec détermination, elle se vêtit de sa chemise de nuit, puis se réfugia sous les draps. Elle peina à trouver le sommeil à cause de l’excitation qui l’habitait. Elle dut se résoudre à se remémorer les détails de la toile, qu’elle connaissait par cœur, afin de gagner enfin les rivages de Morphée, puis le rêve où elle rejoindrait celui qu’elle était censée délivrer.
    
    
    


    
    
    (1) La plupart du temps, les oni incarnent des ogres chez les japonais. Ils sont assimilés à des créatures démoniaques.
    
    (2) Signifie « monstre » ou « démon ». Au contraire du yōkaï ou du oni, il ne s’agit que d’un résidu d’âme humaine sans forme précise.
    

Texte publié par Aislune Séidirey, 28 juin 2018 à 13h31
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