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Tome 1, Chapitre 6 Tome 1, Chapitre 6
Mot de l'autrice : Bonjour ! Merci à Melior Silverdjane pour son commentaire :). Voilà le chapitre 6, qui risque deeee... Vous verrez. Bonne lecture ^^.
    
    

    

    

    
    
    — Tu ne manges pas ?
    
    Ces paroles, lâchées sur un ton assez neutre, firent tout de même tiquer Héloïse. Elle se retint de rétorquer à Christophe « Si. Tu vois, je suis en train de m’empiffrer. Question conne, réponse conne ». En tant que personne bien éduquée, elle se contenta de poser sa fourchette et de darder son regard sur lui. Elle ne comprenait pas pourquoi sa mère cautionnait son attitude.
    
    — Je n’ai pas très faim.
    — En même temps, tu es toute la journée à la maison. Tu ne te dépenses pas beaucoup.
    
    Prévisible. La jeune femme resta de marbre. Les iris verts de Christophe étaient inquisiteurs. Sa mère leva ses yeux bleus vers lui et intervint :
    
    — Christophe...
    — Je n’ai rien dit de mal, Floriane. C’est juste un constat.
    — J’ai fait le ménage, la cuisine, la lessive, je me suis occupée de mamie, comme tous les jours. Je me coupe en quatre pour aider ma famille le plus possible.
    — Hmpf.
    
    Héloïse décida de se concentrer sur son assiette afin d’éviter de déclencher une énième dispute. Christophe se prenait pour une figure patriarcale. Pouvait-on se montrer aussi intolérant et dur envers ses enfants, qu’ils fussent issus de son sang ou non ?
    
    Aline s’adressa à sa mère avec un air suppliant.
    
    — Maman, demain je vais au cinéma avec une amie. Tu veux bien me passer dix euros ?
    — Non, je n’ai plus de liquide. Désolée.
    
    Elle se tourna vers Héloïse, qui se crispa.
    
    — Et toi ?
    — Non plus.
    — Arrête de mentir. Mytho, va.
    — Aline, parle-moi sur un autre ton. Je n’ai pas un rond sur moi, je ne vois pas pourquoi je ne te dirais pas la vérité.
    — Tu n’achètes jamais rien ! Tu touches du chômage, donc tu peux me filer dix euros.
    
    La jeune femme inspira profondément pour se calmer avant de répondre à l’adolescente :
    
    — Tout comme mamie, je participe en payant le loyer, les courses et les grosses factures, en plus de m’occuper des miennes. D’ailleurs, c’était ce qui était convenu lorsqu’on a trouvé la maison, tu le sais. Je t’ai toujours donné de l’argent jusqu’à présent quand tu avais besoin de t’offrir quelque chose, mais là, je ne peux pas.
    — Merde ! T’abuses, je suis pas allée au ciné pendant plus d’un mois !
    
    Un bref instant, Héloïse imagina son « adorable » sœur taper du pied et crier comme une gamine de six ans. Elle réussit à ne pas lâcher une moquerie.
    
    — Tu as bien de la chance, moi ça fait six mois.
    — Tu sors pas, tu restes tout le temps à la maison à rien foutre, c’est normal !
    — Aline ! s’insurgea Floriane.
    
    Héloïse s’agaça :
    
    — Et mamie, qui veille sur elle vingt-quatre heures sur vingt-quatre ? Qui ?
    — C’est pas un boulot ça, tu parles ! renifla Aline avec mépris.
    — S’occuper de mamie n’est pas fac...
    — Mais arrête de la défendre toi, putain !
    
    Martial releva le menton avec une expression choquée.
    
    — Eh, tu ne dis pas « putain » à maman ! Elle ne travaille pas sur le dos !
    
    L’intervention inopinée et ubuesque de l’adolescent coupa le sifflet de tout le monde. Héloïse éclata d’un rire nerveux. C’était tout lui, de tenter n’importe quoi pour détendre l’atmosphère. Il rentra la tête dans les épaules sous le regard meurtrier que lui jeta Aline, qui enchaîna avant que sa mère puisse réagir :
    
    — Mais j’ai pas dit que maman en était une !
    — Humour, Aline, marmonna-t-il.
    
    Il jugea bon de se taire par la suite.
    
    — Christophe a raison, Héloïse n’est qu’une assistée !
    — Ça suffit ! s’écria la jeune femme, tout en frappant la table de ses poings.
    
    Pâle, elle s’efforça de maîtriser les tremblements de son corps dans un premier temps. Ensuite, elle se leva et fixa sa mère, son frère, sa sœur...
    
    — Entre toi, maman, qui laisse faire, Martial qui est dans son monde, et Aline qui ne pense qu’à elle et gobe tout ce que dit Christophe, j’en ai marre !
    — Tu vas vite baisser d’un ton, jeune fille, gronda-t-il, les prunelles brillant d’agacement.
    — S’il vous plaît, pas de dispute. Je n’en ai pas la force..., murmura Floriane, tandis que ses longs cheveux blonds cachaient son visage fatigué.
    
    Le cœur écorché à vif, Héloïse se rassit tout en s’astreignant à contenir ses larmes et l’acide qui remontait le long de sa gorge. Un tapotement de doigts sur la table la sortit de ses réflexions. À contrecœur, elle leva les yeux vers Christophe, qui cherchait à attirer son attention.
    
    — Aline n’a pas tort sur le fond. Si nous te le disons, ce n’est pas pour rien. Tu te reposes sur tes alloc', le salaire de ta mère et la pension de ta grand-mère.
    — Non, je ne vis que de mon chômage, il me revient de droit. Je n’ai pas le RSA, et pourtant, je participe aux frais, au lo...
    — Tu habites toujours chez maman, Héloïse, il serait peut-être temps de voler de tes propres ailes.
    
    Elle lut dans son regard toute la condescendance qu’il éprouvait envers elle. Avec un ultime effort de volonté, elle termina son assiette, puis débarrassa la table et fit la vaisselle. Personne ne se permit d’autres remarques, même si elle s’aperçut que Martial l’assistait dans ses tâches. Ce fut la seule chose qui apporta un peu de baume à l’âme. L’adolescent ne semblait pas aussi insensible à la situation qu’elle l’aurait cru.
    
    Elle s’en voulut de s’en être prise à lui. Après tout, il ne cherchait jamais à l’accabler et ne se mêlait jamais des affaires familiales. C’était tout à son honneur.
    
    Ensuite, la jeune femme se rendit vers Margot et constata que le lit était bon à changer. Elle l’aida à se relever et à s’asseoir sur le fauteuil médicalisé. Malgré les bavardages incessants de l’aïeule, elle ne lui répondit que par monosyllabes tandis qu’elle s’en occupait. Elle ne partit qu’après l’avoir recouchée, le cœur lourd.
    
    
    
***

    
    
    Héloïse traîna les pieds jusqu’aux escaliers. Elle s’apprêtait à se coucher. Sa journée avait été rude, à l’image de son altercation avec Christophe et Aline la veille. Elle entendit des pas provenant de la cuisine, puis sa mère venir vers elle. Elle lui demanda :
    
    — Qu’y a-t-il ?
    — Tu n’oublies pas de mettre en route la machine à laver demain et de pendre le linge ?
    — Non, ne t’inquiète pas. Je préparerai le repas de midi aussi.
    
    Sa mère hocha la tête avec un soupir.
    
    — Je sais que tu y aurais pensé de toute façon.
    — Hm.
    
    À force de répéter cinquante fois les mêmes choses à Aline et Martial, Floriane le faisait aussi pour sa fille aînée par automatisme.
    
    — Tu vérifieras aussi…
    — Oui, maman. Ça va, j’ai l’habitude.
    
    La jeune femme s’était efforcée d’adopter un ton rassurant. Sa mère se contenta de hocher la tête et de la laisser enfin seule. Elle monta les marches en étouffant un bâillement. Lorsqu’elle pénétra dans sa chambre, elle se précipita sur son lit, puis contempla la toile du sakura avec une grande tristesse. Dehors, il pleuvait à verse, sinon elle aurait été se réfugier dans le verger. En plus de ses activités habituelles, elle s’était rendue à un entretien pour travailler dans l’association de sa mère. Ils cherchaient des personnes motivées, et elle avait donné le meilleur d’elle-même. Si elle n’était pas prise avec tout ça…
    
    Sur le trajet du retour, elles avaient tenu une discussion assez âpre. Héloïse avait avoué ce qu’elle pensait de Christophe. Malheureusement, Floriane s’était braquée et lui avait rétorqué qu’elle n’avait pas à s’en mêler et qu’elle devrait plutôt songer à se préoccuper de son avenir. Christophe s’inquiétait autant qu’elle qu’à vingt-huit ans, elle ne soit pas insérée dans la vie active.
    
    La jeune femme s’était murée dans un silence douloureux, bouleversée d’être aussi incomprise.
    
    Ses yeux s’attardèrent sur les pétales. La peinture leur donnait un effet laiteux. Pour un peu, elles brilleraient dans le noir. Cette vision arracha un faible sourire à Héloïse. Si seulement elle savait dessiner une merveille pareille. Ses croquis de fleuriste ne lui rendaient pas justice – elle avait tenté de représenter le cerisier plusieurs fois. Elle avait fini par les jeter à la poubelle, honteuse d’avoir espéré créer quelque chose de beau.
    
    Plus que jamais, elle se sentait inutile, nulle. Elle n’était qu’une ratée chronique.
    
    Lorsque sa tête toucha l’oreiller, elle se retint de sangloter comme une enfant. Trouver un emploi proche de ses qualifications, même avec le permis, lui semblait de plus en plus difficile. Elle ne pouvait tout de même pas se lancer dans des domaines qui n’étaient pas faits pour elle ! Devenir vendeuse, travailler dans le bâtiment… Elle n’avait clairement pas les épaules ! Était-il juste qu’on le lui reproche ?
    
    La société se nécrosait de jour en jour.
    
    Elle était une inadaptée.
    
    Pour son propre bien, Héloïse chassa ses sombres pensées. D’autres l’assaillirent aussitôt, peu réconfortantes. Qu’allait-il se passer une fois qu’elle s’endormirait ? Recroiserait-elle cet être mystérieux ? Elle se souvenait encore de leur rencontre et ne savait à quel saint se vouer. Deux jours s’étaient écoulés depuis, et elle appréhendait chaque soir de le revoir.
    
    Pour autant, une excitation sibylline la gagnait dès qu’elle y songeait. Elle brûlait de parler de nouveau avec le yōkaï. Un tel paradoxe tiraillait son âme. Par moments, elle se considérait comme masochiste.
    
    Elle devrait se concentrer sur le réel plutôt que de fantasmer sur des choses qui lui arrivaient dans son sommeil. Si jamais sa famille venait à l’apprendre, elle serait qualifiée de folle. Christophe chercherait peut-être à la faire interner dans un hôpital psychiatrique…
    
    Un tic déforma le visage d’Héloïse. Non. Il lui fallait réfléchir à des sujets plus agréables même si elle fuyait ses responsabilités.
    
    Sa fatigue finit par l’emporter vers les rivages doux du rêve.

Texte publié par Aislune Séidirey, 20 juin 2018 à 10h06
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