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Tome 1, Chapitre 4 Tome 1, Chapitre 4
Note de l'autrice : Bonjour ^^. Voici le chapitre 4. Merci encore à Melior pour ses commentaires. Bonne lecture !
    

    
    

    
    
    
    Héloïse expira profondément, puis se saisit des fleurs avec circonspection. Sa main tremblait malgré ses efforts pour conserver son calme. Les effluves d’amande qui en émanaient lui nouèrent la gorge d’angoisse.
    
    Elle était tétanisée.
    
    Au bout d’une quinzaine de secondes, elle baissa le bras avec lenteur tandis que les pétales frôlaient le tissu de son pantacourt.
    
    La seule explication logique était que sa mère avait acheté la branche de cerisier pour elle en guise de petite attention – et elle avait bravé l’interdiction de se rendre dans la chambre de sa fille. Floriane pouvait se montrer surprenante dès qu’elle désirait prouver son affection à ses enfants. Elle était friande de cadeaux originaux, et ça ne lui était pas arrivé depuis longtemps.
    
    La jeune femme sentit un sourire effleurer ses lèvres, mais une évidence envahit son esprit. Son visage se rembrunit aussitôt et elle secoua la tête. Au mois de mars, tout comme le sakura du verger, les autres feuillus étaient dépouillés. Impossible de provoquer une anthèse précoce, même pour les fleuristes !
    
    Confuse, elle se releva et posa la branche sur son bureau. D’où pouvait provenir cette fichue branche ? Héloïse se mordilla l’intérieur de la joue. Elle se creusait trop les méninges. Il existait sans doute des variétés de cerisiers qui bourgeonnaient plus tôt. Sa mère en avait acheté dans une boutique, fin de l’histoire. Tergiverser sur une chose aussi ridicule ne lui apporterait rien d’autre que du stress supplémentaire dont elle n’avait pas besoin !
    
    Pour ne pas laisser sa peur dicter sa loi, elle se plia à son hypothèse bien qu’elle soit bancale ; elle était incapable d’en élaborer une plus plausible !
    
    Elle se contraignit à ne plus réfléchir davantage, puis sortit de sa chambre afin de prendre une douche rapide. Elle prétexterait qu’elle se préparerait pour son entretien de demain. Elle ne souhaitait pas manger avec sa famille et Christophe. Elle serra les dents en songeant qu’elle aurait probablement droit à une remarque de la part de ce dernier. Pour tout et n’importe quoi, il réussissait toujours à mettre son grain de sel. Si Aline en rajoutait de surcroît, elle risquait de ne pas garder son calme.
    
    La jeune femme trouvait que sa sœur était beaucoup influencée par Christophe, mais comment en toucher deux mots à sa mère sans passer pour quelqu’un qui semait la discorde ?
    
    L’air lugubre, elle ferma la porte derrière elle.
    
    
    
***

    
    
    Un sourire illumina son visage tandis qu’il sortait de sa somnolence. À défaut de lui procurer un véritable repos, elle le coupait durant un temps de lui-même, tel un cocon ouaté. Le moindre son pouvait l’en tirer toutefois.
    
    Les réactions de l’humaine le divertissaient énormément. Les derniers mois se révélaient instructifs quant à sa personnalité. Il lui en fallait peu pour s’affoler d’après ses constatations. Elle était si sensible, si impressionnable…
    
    Pourtant, ce qui avait déclenché sa frayeur était d’une banalité à pleurer à ses yeux. Les humains n’étaient pas familiarisés avec ce qu’ils nommaient le « surnaturel », qu’ils avaient appris à gommer de leur quotidien en se pensant plus malins et plus forts.
    
    Il fixa les extrémités de sa prison. Le froid et l’humidité perdaient leur emprise et laissaient place aux douces fragrances du printemps. La chaleur du soleil lui parvenait par moments. Une sensation agréable qu’il appréciait pour la première fois depuis longtemps. Il ne percevait presque plus les « forces » qui le restreignaient.
    
    Toutefois, ses propres réactions l’exaspéraient. Depuis quand s’était-il autant ramolli ? Naguère, le cynisme et la haine le nourrissaient. Aujourd’hui, cela avait changé. Depuis l’arrivée de cette humaine, en fait. Il ne pouvait s’empêcher d’être de plus en plus empli d’intérêt à son égard. Il croyait sincèrement qu’il ne s’agirait que d’une passade, qu’il reviendrait vite à ses ruminations et à sa volonté d’en finir avec la vie alors que l’immortalité l’imprégnait.
    
    Ses bourreaux devaient se gausser de lui. Pourtant, la colère et la rancune ne le gagnèrent pas comme d’habitude.
    
    Que possédait de plus cette humaine dont ses semblables étaient dénués ?
    
    Il ne la qualifiait plus de « créature » ou d’« inconnue » désormais. Bientôt, l’heure viendrait où un vrai contact s’établirait entre eux. Il l’avait retardé à cause de la saison blanche. Celle de la floraison était bien plus propice à leur rencontre.
    
    Il retint un rire aussi faible qu’un soupir. Il se sentait prêt. L’impatience grignotait son cœur, mais il lui fallait juste attendre encore un peu.
    
    
    
***

    
    
    Le milieu de l’après-midi s’étirait en longueur, mais Héloïse était détendue pour une fois. Elle avait déjeuné en ville avec sa meilleure amie Lyna. Parler de tout et de rien lui avait fait le plus grand bien et l’avait sorti de son quotidien déprimant ces derniers temps. Elles avaient aussi effectué un saut à la Fnac et s’étaient attardées dans le rayon des films. Toutes les deux adoraient les séries de science-fiction. Elles en regardaient sur des sites de streaming à défaut d’avoir assez d’argent pour les acheter.
    
    Tout en sifflotant, la jeune femme pénétra dans sa chambre. Soudain, alors qu’elle pivotait après avoir refermé la porte, elle lâcha son sac à main de saisissement. Elle venait d’apercevoir des fleurs de cerisier sur son oreiller.
    
    Un mois après la première fois où ça s’était produit.
    
    Ses jambes flageolèrent et elle s’appuya contre le mur. Ne pas paniquer. Elle déglutit. Non, sa mère ne pouvait pas être à l’origine de cette attention finalement. Elle s’était absentée depuis hier soir avec Christophe. Ils avaient prévu passer un week-end en amoureux.
    
    Héloïse se dirigea d’un pas vif vers le lit et s’empara des fleurs pour les examiner. Elles étaient fraîches.
    
    La jeune femme leva les yeux vers la toile du cerisier. Une idée saugrenue traversa son esprit et elle réprima à grand-peine un rire nerveux. Non, les tableaux ne pouvaient pas être des passages vers d’autres mondes ! La peinture ne s’animerait pas ! Elle jouait peut-être un peu trop à Okami (1). Elle ferait mieux de s’adonner à des loisirs plus sains. Elle se gourmanda aussitôt. Voilà qu’elle avait des pensées aussi stupides que n’importe quel détracteur de jeux vidéos.
    
    La personne à l’origine de l’offrande avait dû agir en fin de matinée. Une offrande issue du sakura. Sa floraison avait eu lieu quelques jours plus tôt. Elle serra les dents ; oui, elle était forcée d’admettre une telle possibilité. Toutefois, qui avait pénétré dans sa chambre ? Aline ou Martial étaient-ils de potentiels coupables ?
    
    Même si elle était convaincue du contraire, elle comptait interroger son frère et sa sœur.
    
    Elle abandonna la branche sur sa table de chevet, puis se précipita hors de la pièce. Lorsqu’elle descendit dans le salon, elle trouva Martial en train de faire ses devoirs. De but en blanc, elle lui demanda :
    
    — Es-tu rentré dans ma chambre pour placer des fleurs de cerisier sur mon oreiller ?
    
    L’adolescent leva le nez de sa feuille d’histoire et la fixa avec surprise.
    
    — Euh, non…
    
    Héloïse le laissa en plan et monta à l’étage. Elle frappa à la porte de la chambre d’Aline. Pour une fois, celle-ci n’écoutait pas de musique.
    
    — Quoi ?
    — Je peux entrer s’il te plaît ? J’ai une question à te poser.
    
    Le silence de sa sœur équivalait à un oui. La jeune femme ouvrit la porte. Aline était en train de se coiffer devant sa psyché. Sans se retourner, elle grommela :
    
    — Qu’est-ce que tu veux ?
    — Je désire juste savoir si tu étais allée dans ma ch…
    — Non, je n’ai pas mis les pieds dans ta putain de chambre.
    — Aline, ne m’agresse pas. Je…
    
    L’adolescente pivota et la toisa d’un air mauvais.
    
    — Ouais, tu vas m’accuser de quelque chose encore, comme d’habitude.
    
    Héloïse écarquilla les yeux de stupeur. Que lui chantait là Aline ? Un horrible doute la saisit. Christophe devait l’avoir persuadée que son aînée la soupçonnait de tout et n’importe quoi.
    
    — Pardon ? Mais je… Oh, peu importe. Quelqu’un m’a offert des fleurs de cerisier. J’étais curieuse de découvrir qui.
    
    Elle s’était efforcée d’adopter une attitude calme bien qu’elle soit à la fois blessée et agacée par le comportement et les propos d’Aline.
    
    — Je ne vois pas pourquoi j’aurais fait ça.
    
    L’adolescente s’occupa de ses cheveux en ignorant Héloïse qui, la mort dans l’âme, referma doucement la porte. Elle entendit Margot fredonner dans sa chambre, mais elle ne la rejoignit pas.
    
    Les épaules basses, elle se réfugia dans la sienne.
    
    De nouveau face à sa solitude et à ses interrogations, elle jeta un coup d’œil à la toile du sakura, puis à la branche de cerisier. Elle se massa le visage avec lassitude, la saisit avec précaution, puis ouvrit le livre où elle avait fait sécher celle qu’elle avait trouvée un mois plus tôt. Elle la décala pour y placer l’autre et rangea l’ouvrage avec un soupir. Elle refusait de s’en débarrasser. Selon elle, la personne qui lui offrait de pareils présents ne nourrissait aucune intention maléfique.
    
    Elle repensa à sa conversation avec Aline. Comment désamorcer la bombe à retardement que devenait petit à petit l’adolescente ? Peut-être que cette fois, il lui faudrait en parler à leur mère. Seule, elle échouerait à résoudre le conflit. Aline cherchait de plus en plus à lui causer du préjudice pour des raisons qui lui échappaient.
    
    Héloïse se sentait étouffer. Elle éprouva le besoin de prendre l’air et quitta sa chambre afin de repartir en ville.
    
    
    


    

    
    
    (1) Jeu vidéo d’action-aventure développé par Clover Studio, édité par Capcom en 2006 sur PlayStation 2, puis réédité sur PS4 en 2017.
    

Texte publié par Aislune S., 4 juin 2018 à 13h40
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