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tome 1, Chapitre 26 « chapitre 11.2 » tome 1, Chapitre 26

Mais que fait le Renard avec eux ? Et pourquoi parle-t-il de moi ?

La fatigue l'empêchait de distinguer tous les mots, la plupart lui parvenaient en charabia incompréhensible, mais au milieu de cette cacophonie, son prénom ressortait sans nul doute possible. Intriguée, Taëdyl accéléra sans oublier de tendre l'oreille. Que pouvait donc raconter ce charmant jeune homme à propos d'elle ?

Il fait peut-être mon éloge, ou bien il leur dit combien je lui manque !

La jeune femme stoppa sa course, dérangée par ses propres pensées. Quelques minutes plus tôt, elle se vidait dans un lavabo, et à présent elle songeait à batifoler avec un ennemi ancestral et redoutable ? Pourquoi de telles sautes d'humeur l'assaillaient-elles donc ?

– Elle est là !

L'appel de Kledren la ramena brusquement à la réalité, et ce fut ahurie qu'elle contemplât une troupe incongrue trottiner vers elle : Kledren en tête, Barossa sur une épaule, suivie de près par un Régoël chargé d'une créature mythique. Sur leurs talons, Féhnaël ne semblait plus souffrir, il arborait même un sourire discret, mais surtout, il ne portait plus sa tenue bleue, et enfin, loin derrière, Salomée traînait les pieds, les yeux rivés au sol.

– Quelqu'un peut m'expliquer ?

– Ton chéri a tenu à libérer l'Ennemi, et ton idiote de protégée a volé au secours de l'Abeille.

Le résumé de la situation ne lui permit que de découvrir la nature de la créature juchée sur le Citadin : un Elfe des bois. Son visage s'illumina.

– Salomée, tu es brillante !

L'intéressée releva la tête avec stupeur pendant que les hommes du quatuor dévisageaient la mercenaire, incertains.

– Elle a juste failli nous faire tuer, grogna le palot.

– Elle a surtout failli se faire tuer, corrigea aussitôt le métis d'une voix que Taëdyl trouva enrouée. Mais je ne comprends pas non plus en quoi elle a été brillante...

Lèvres pincées, la jeune femme croisa les bras. La nouvelle situation du groupe lui échappait : elle détestait ça. Elle devait reprendre l'avantage, reprendre la position de dominante qu'elle avait perdue de par son absence.

– Je vous expliquerai volontiers, mais après. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Pourquoi Féhnaël marche-t-il sans problème ? D'où sort-il ces fripes ? Pourquoi vous trimballez une abeille ? Et d'où vient cette odeur de café ? Vous avez trouvé à manger ? Parce que si c'est le cas, j'espère que vous m'avez gardé...

L'hybride ne lui laissa pas le loisir de finir sa phrase, il tira une sorte de brioche de sa poche et la lui enfourna dans la bouche. Pendant qu'elle mastiquait, il lui narra les récents événements. Lorsqu'il évoqua l'agression de Kessa, il demeura évasif, comme s'il ne se souvenait pas. Néanmoins, Taëdyl ne manqua pas le regard furtif coulé vers Kledren ni la mine dubitative du guerrier. Quelque chose d'autre s'était passé, quelque chose dont seuls le Renard et le mâtiné avaient connaissance. Elle se promit de tirer les astinilles du nez de l'un des deux dès que possible.

Pour dominer, il faut s'en donner les moyens. Et dans ce cas, la connaissance est le moyen parfait. Celui qui en saura le plus sur les autres pourra les utiliser à sa guise. Et si en plus je peux narguer le palot, je ne vais pas m'en priver !

Elle écouta donc avec une attention toute particulière le reste des explications de Féhnaël, même si elle n'en tira au final pas grand-chose. Leur combat contre les Basses-Zévrines n'offrait aucun intérêt, pas plus que leur découverte d'une machine à café ou de vêtements abandonnés. En revanche, la capacité anesthésique du venin de l'Abeille l'intéressa.

Je dois m'en faire un allié à tout prix, non seulement il peut être une arme redoutable, mais en plus, toute sa ruche doit le rechercher. Au mieux, leurs guerrières nous trouveront rapidement, au pire, la Reine nous offrira une généreuse récompense.

– C'est ton tour maintenant. En quoi Salomée a eu une idée brillante en le sauvant ?

La question de Féhnaël la poussa à avaler le reste de son pain brioché en vitesse.

– Il fait partie d'une ruche. Si c'est une grosse ruche...

Elle se tourna vers l'Elfe rayé.

– Quelle taille fait ta ruche ? Et d'ailleurs, comment t'appelles-tu ?

Un sourire s'épanouit sur les lèvres de l'Elfe des bois, son torse se gonfla, son menton se releva. Avec fierté, il déclara :

– Quatrième Prince Nourricier. Ma ruche est plutôt étendue, nous sommes tout de même vingt-cinq princes, dont quinze à maturité ! Enfin, quatorze maintenant... Je suppose que je ne suis plus Quatrième Prince Nourricier...

– C'est assez peu commode à dire ça, remarqua Régoël. On va plutôt t'appeler Nou.

– Enfin, si ça ne te gêne pas... ajouta aussitôt l'hybride.

Pensif pendant quelques secondes l'Abeille finit par hocher la tête avec vigueur.

– Ça me va, mais si ce n'est pas trop demander, je préférerai Noukatre. Ou juste Nouka, en fait !

– Oui, oui, parfait, mais donc, en quoi sauver Nouka était brillant ? Pas que je n'apprécie pas sa présence sur mon dos, mais ça fait quand même une personne de plus à traîner, sa jambe est fracassée.

Un soupir échappa à Taëdyl. Décidément, ce Citadin ne voyait pas plus loin que le bout de son nez.

– Tu n'as donc rien appris à l'académie ?

Devant sa mine atterrée, elle prit un malin plaisir à l'enfoncer.

– La hiérarchie des ruches, la place des mâles, la chute des naissances de ces fameux mâles, et donc la diminution inévitable du nombre d'Elfes des bois. Non, ne me dis pas que tu en sais moins qu'une simple mercenaire à ce sujet ! Tu me déçois, guerrier, tu me déçois !

– Ferme-là.

Des dents serrées et un front plissé accompagnaient le ton glacial de Régoël. Loin de s'en soucier, Taëdyl se tourna vers le métis.

– Et toi, tu as une petite idée ? Je suis sûre que tu peux trouver avant lui ! Imagine donc sa honte, une Elfvar et un semi-Elfgrim qui...

– On a compris l'idée, pas la peine de l'asticoter Damoiselle Elfvar.

Un frisson la parcourut des talons à la pointe des cheveux ; ce timbre la mettait en émoi. Ses yeux se braquèrent sur le visage si particulier de Kledren, tentèrent de percer son expression mystérieuse. Elle ne détecta rien d'autre qu'un discret sourire. Moquerie ? Attendrissement ? Condescendance ? Impossible d'en déterminer la cause.

Comme aucune réponse ne lui était donnée, le Renard poursuivit :

– Je pense que nous avons tous compris que ce jeune prince nourricier, Nouka, était d'une importance capitale pour sa ruche en raison du nombre très faible de princes.

– Les Abeilles ne peuvent pas se permettre de perdre un seul de leur reproducteur, poursuivit Féhnaël.

Le visage de Régoël s'illumina.

– La Reine enverra donc sans doute des escouades de guerrières à sa recherche. Et si ces escouades le trouvent, elles nous trouvent aussi. Si nous sortons, ça peut nous faire une aide providentielle pour quitter la planète.

Ce Renard est aussi attirant que frustrant. Forcément, en donnant autant d'indices au palot, il allait forcément trouver la réponse.

– En conclusion, nous devons prendre grand soin de cette petite Altesse qui pourrait bien être notre ticket de départ de cette fichue planète.

J'aurais préféré qu'il n'en vienne jamais à cette conclusion.

– Je ne voudrais pas briser vos espoirs, mais pour le moment, nous devons déjà sortir vivants d'ici. Vous avez oublié qu'on était confinés dans un complexe inconnu ? Les portes coupe-feu sont verrouillées, mais les entrées principales risquent fort de l'être aussi. Et à moins que je ne me trompe, les Abeilles n'ont certainement pas les pouvoirs pour pénétrer dans un tel bâtiment.

Nouka confirma les soupçons de Féhnaël d'un regard désolé avant de leur apprendre que si son essaim le localiserait sans problème s'il parvenait à l'air libre, ils ne possédaient que peu de moyens pour traverser l'espace. Même si les ruches recelaient des technologies assez modernes, celles-ci se limitaient aux exigences de la vie quotidienne. Les Abeilles ne s'éloignaient presque pas de l'Arbre qui abritait leur essaim, elles n'avaient donc aucun besoin de navettes ou de téléporteurs. Les ruches de moins de mille individus s'en trouvaient d'ailleurs dépourvues.


Texte publié par Carazachiel, 13 août 2020 à 17h04
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