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Tome 2, Chapitre 3 Tome 2, Chapitre 3
Météo
    
    Les secteurs dix à quinze subiront de fortes chaleurs toute la semaine.
    
    Pluies acides à prévoir dans le secteur sept. Il est donc déconseillé de sortir sans les tenues renforcées adéquates.
    
    Possibilité d’un nuages de poussières dans le secteur 2. Masques à prévoir et chute d’oiseaux à craindre.
    
    .........

    
    
    Minorité visible, indésirable, bougnoule de service... quelque soit le terme le désignant, on refilait toujours à Hassim les boulots ingrats. Toutefois de là à l’envoyer dans la partie est de Reinickendorf.
    
    « C’est tout de même mieux que le centre. » Trouva à dire Fest.
    
    En réalité les danishs régnant sur cette autre portion de territoire n’étaient pas pire que leurs homologues turkishs juste moins faux-culs. Hassim ne fit pas la leçon à ce sujet à son collègue. Pour une fois qu’il en avait un de supportable.
    
    Toutefois il ne se faisait pas d’illusion sur ce point. Si Fest lui épargnait préjugés et réflexions racistes, ce n’était pas par tolérance. Il s’en foutait tout simplement. On aurait pu lui mettre un clébard comme coéquipier il aurait réagit pareil.
    
    Hassim était-il différent au fond ? Certes il s’impliquait dans ses tâches. Mais c’était surtout à cause de la pression de ses confrères, qui lui faisaient payer chèrement la moindre faute.
    
    Effectivement au premier abord la zone turkish était nettement plus engageante que celle contrôlée par les deuz. Pas de voitures cramées, de tags, et autres dégradations.
    
    Une belle façade entretenu par le clan Chamcham. En plus de pègre locale, cette organisation familiale occupait la charge de police, de juge, et de bourreau.
    
    Lorsqu’ils se garèrent, Fest fut presque réjouit d’en revenir un peu à ses fondamentaux. L’indifférence envers leur voiture de patrouille commençait à le perturber. Même pas un petit doigt n’était à déplorer de tout le trajet chez les turkishs.
    
    Or à la terrasse du café en face quelques hommes leur lancèrent des yeux noirs. Ce n’est pas que Fest soit totalement con. Simplement il n’aimait pas réfléchir. Pourquoi s’emmerder avec un interrogatoire quand une bonne beigne suffisait à faire avouer ?
    
    Donc même avec sa paresse intellectuelle il parvint donc à identifier l’établissement comme louche. Malgré le froid des hommes trainaient en terrasse, sûrement des guetteurs. D’ailleurs l’un d’entre se leva, et se rendit à l’intérieur. Il allait certainement avertir son chef de l’arrivée des deux falkampfts.
    
    Bingo ! Au travers des fenêtres on pouvait le voir approcher un homme à une table entouré de ses deux fidèles. Par contre il manquait la pouf. Généralement les meneurs aimaient bien exhiber leurs signes de réussite. Intrigué par ce manquement Fest chercha du regard, et ne la repéra pas. A vrai dire il ne trouva aucune présence féminine. Car ce clan entre le trafic de drogue et à la traite des blanches, veillait aux bonnes mœurs des environs.
    
    « Fest amènes-toi. » Déclara Hassim tout en se dirigeant vers une direction opposée à celle du café.
    
    Et le pauvre Fest qui croyait observer leur futur objectif. Voilà qui mettait tout son repérage par terre.
    
    Hassim se rendit quelques mètres plus loin à une petite boutique. Avant d’y pénétrer il demanda à Fest de surveiller l’entrée.
    
    Bien que leurs grades soient égaux, son coéquipier obtempéra. Après tout Hassim était en terrain connu contrairement à lui.
    
    A l’intérieur on pouvait à peine se mouvoir tant il était rempli d’antiquités ou plutôt de bibelots. Quelques « bon » center germans visitaient le quartier turkish en quête de pseudo-exotisme. Ce magasin leur fournissait donc des souvenirs à leur niveau comme des turbans made in china ou d’authentiques tapis du moyen-orient fabriqués en usine.
    
    Hassim connaissant le principe ne s’attarda pas là-dessus, et interpella directement le tenancier :
    
    « Bonjour Khaled. »
    
    Il ne s’agissait pas d’une coïncidence. Hassim avait passé ses dix-huit premières années dans le cercle restreint de cette communauté. Alors forcément il y connaissait pratiquement tout le monde.
    
    Khaled était à l’image de son établissement, un cliché ambulant avec ses grosses moustaches, ses babouches, son tablier, et son accent appuyé. Il s’était résigné à cette idée que ses concitoyens se faisaient de lui hors de sa communauté.
    
    Hassim lui espérait autre chose en entrant dans l’école de police. Avait-il fait le bon choix ? Au moins il n’était pas le laquais de ces bâtards de Chamcham comme tous les autres.
    
    Comme prévu Khaled ne répondit pas à son interlocuteur. En endossant l’uniforme des falks et quittant le quartier il était devenu un exclu. Même lui adresser la parole était interdit.
    
    Tant de tabous, d’interdictions, comment cette communauté avait-elle pu en arriver là ? Il s’agissait d’un des héritages pourris de la dictature militaire. Elle avait traité les turkishs comme des citoyens de seconde zone si longtemps, que ces derniers s’étaient tout naturellement repliés sur eux-mêmes.
    
    Avant de reprendre Hassim sortit une espèce de médaillon en ferraille.
    
    « Cet article provient de chez toi, n’est-ce pas ? »
    
    Khaled ne savait pas vraiment quoi faire. Habituellement lorsqu’un exclu s’adressait à un membre de la communauté, les hommes de main du clan se chargeaient vite de le rappeler à l’ordre. Oseraient-ils faire de même avec un falkampft ?
    
    Hassim n’attendit pas de confirmation orale. Il fureta et dégota dans un présentoir un modèle similaire, un sourire ironique sur le visage.
    
    A vrai dire il était quasiment sur de son coup. Ce type de produit portait bien la pâte de cet établissement. Mais il avait préféré le cacher à l’inspecteur Conrad. Ce dernier aurait pu se rendre sur place lui-même, et s’en attribuer tout le mérite.
    
    Entre le communautarisme extrême de sa jeunesse et le rejet de ses confrères actuels, Hassim n’accordait plus une très grande confiance dans le genre humain.
    
    Et puis un détail chiffonnait le falkampft. L’ex-cowboy avait eu le nez fin en identifiant lui-même l’origine turkish de la babiole. Alors pourquoi avoir recourut au service d’Hassim au lieu d’un de ses propres subordonnés pour la prospection sur place ?
    
    De son côté le tenancier d’abord troublé par cette situation insolite, retrouva un peu de calme. Mais ce répit n’était que de courte durée.
    
    « Le mien a été retrouvé sur une scène de crime. Celle d’un certain Johan Gruber. »
    
    Le boutiquier laissa s’échapper un trouble que le falkampft perçut, puis ensuite se contracta. Qu’est-ce que ce traitre, ce paria cherchait ? A faire de lui un délateur, son semblable.
    
    Sentant la carapace se fissurer Hassim enchaina sur un autre élément.
    
    « Au fait j’ai consulté le rapport d’autopsie. »
    
    En fait le terme exigé était plus adéquate. Sa bonne vieille méfiance l’avait poussé à quelques vérifications. Et il fut bien inspiré.
    
    « Quelques temps avant sa mort Gruber s’était prit des coups de couteau. »
    
    C’était l’arme de prédilection des gang-bangers turkishs surtout en interne. Et comme si ça ne suffisait pas...
    
    « Les coupures m’ont donnés un sentiment de déjà-vu : précises, évitant soigneusement les endroits mortels. Il est clair que le responsable ne désirait pas tuer simplement faire passer un message. »
    
    Khaled qui juste là était demeuré fixe, baissa la tête en signe de renoncement. Il n’était ni un investigateur, ni un juriste. Mais il se doutait que ses éléments suffisaient au moins pour l’emmerder légalement.
    
    Le message ayant passé Hassim fournit alors ses exigences.
    
    « Je veux inspecter les lieux. »
    
    Les actes de collaboration avec la polizei n’étaient pas très bien vu dans le coin. Alors après une courte réflexion le boutiquier balança négligemment les clés de son arrière-boutique sur le comptoir au lieu de les donner directement. Une façon pathétique de contourner le problème.
    
    « Une autre fois. » Se contenta soudainement de déclarer Hassim avant de partir.
    
    Il s’arrêtait là ! Même pas une petite provocation en l’honneur de sa victoire ? Foutus exclus. Il n’était plus possible de les comprendre. C’étaient des étrangers désormais.
    
    Dehors trois hommes du café faisaient face à Fest en affichant un air clairement hostile. Pas blessure ou de dégât quelconque, Fest était en progrès.
    
    L’un des turkishs cracha devant Hassim, qui indifférent poursuivit son chemin jusqu’au véhicule. Ils étaient quasiment venus à bout de leur expédition. Ce n’était le moment de déconner.
    
    Quelques kilomètres en voiture furent encore nécessaire avant que la tension retombe. Un arrière-goût de victoire ou au moins de réussite planait alors dans l’habitacle.
    
    « Ça veut dire quoi salak ? » Demanda Fest brusquement communicatif.
    
    « D’après toi ? » Répliqua Hassim, dont un début de sourire venait d’atteindre les lèvres.

Texte publié par Jules Famas, 2 août 2018 à 22h43
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