Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 1, Prologue Tome 1, Prologue
Bonsoir vous êtes sur Wirklich Berlin la seule radio à émettre du vrai Berlin, celui d’origine qui a encaissé toutes les guerres et autres saloperies de l’histoire.
    
    Les autres radios ont bien trop peur de la mort pour s’y installer. Nous nous le sommes déjà un peu dans notre tête. Pas vrai chers auditeurs ?
    
    Je suis Rachel l’ange de vos nuits, celle qui vous permettra de raconter vos histoires des plus belles aux plus sordides.
    
    Que cette nuit commence !

    
    
    La brise sur le toit ranima le nouveau pour le meilleur et pour le pire.
    
    Pour ce qui est du meilleur il était toujours en vie. Quant au pire il se résumait à un trou. Le trou, qui ornait son blouson bleu électrique de falkampft.
    
    Les falkampfts composaient l’une des polices fédérales européennes, celle de Center German (en gros l’Allemagne avec quelques zones limitrophes en plus). Ils étaient donc censés protéger les citoyens. Sauf que dans le secteur dix-huit de Berlin, ils avaient déjà du mal à assurer leur propre sécurité. Le sang émanant du fameux trou l’illustrait parfaitement.
    
    Bien que novice le policier comprenant la gravité de la situation se raccrocha à ce qu’il put.
    
    « Laz ! » S’exclama-t-il.
    
    « Je suis là petit. » Répondit son coéquipier de sa voix rauque.
    
    Effectivement il pouvait difficilement être plus dans l’instant. Du bras gauche il soutenait son collègue, et de l’autre main visait la porte d’accès au toit.
    
    Lazare n’était pas son véritable prénom. Ses parents étaient loin d’être si originaux. Il s’agissait d’une coutume dans le secteur dix-huit de s’attribuer des surnoms entre policiers. Pourquoi s’emmerder à retenir le nom, le prénom, l’âge… de quelqu’un qui crèverait peut-être le lendemain ?
    
    Parfois ces sobriquets étaient pourris, ou inappropriés. Mais dans le cas de Lazare il collait parfaitement. Rien ne semblait capable d’achever ce vieux briscard. Pourtant bien des occasions et des kriminals s’y étaient essayés.
    
    Une rumeur disait à son sujet, qu'il ne pouvait pas passer un portique de sécurité à cause des balles logées dans son corps. Et c’était tout à fait vrai.
    
    « Les renforts ? » Parvint à ajouter le pauvre débutant.
    
    « J’ai passé un appel. » Répondit brièvement Laz scrutant méticuleusement l’unique entrée de leur refuge.
    
    Il s’appliquait ainsi, car ses sens étaient de moins en moins acérés ces derniers temps. Sinon il l’aurait senti venir. Un appel signalant une agression à Zehlendorf ! Comme si quelqu’un s’intéressait à ce genre de chose dans le coin.
    
    En son temps cette portion du dix-huit était un espace industriel important. Puis vers 2050 en même temps que le retour à la démocratie dans la fédération Europa, les gangs pullulants dans les environs furent attirés par cette richesse. Deux ans d’extorsions, et autres violences suffirent à transformer l’endroit en un refuge à l’usage des parias de la ville. Et être un paria dans le secteur dix-huit, ce n’était pas rien. Il fallait au moins avoir tuer une classe maternelle entière et les avoir manger crû ou tout simplement ne pas avoir donner son dû à son dealer/bookmaker/proxénète.
    
    A la défense de Lazare l’immeuble du prétendu incident était plutôt engageant, si on se référait aux critères de la zone. La plupart des portes et des fenêtres étaient toujours en place.
    La présence de lumières çà et là à l’intérieur indiquait, qu’on y avait aussi bricolé un raccordement électrique. Bon d’accord ce dernier point était illégal. Mais d’une certaine manière cela constituait d’un effort d’intégration.
    
    Une fois les deux membres de la polizei dedans, « ils » surgirent de part et d’autre les armes à la main.
    
    Un instant suffit à l’apprenti falkampft pour comprendre, qu’il s’agissait d’une embuscade. Un instant suffit également à une balle pour se loger dans son ventre.
    
    Lazare lui ne connut pas ce genre de problème. La réflexion était un luxe, qu’un falkampft du secteur dix-huit ne pouvait pas se permettre. Il se comportait comme dans une baston de rue. On ne songeait pas à la forme de l’attaque ou à une technique quelconque. On cognait sur celui qui était en face, puis enchainait sur le suivant.
    
    Rodé à ce concept Lazare reprit l’initiative aux assaillants par la vivacité de sa riposte.
    
    Quant à la suite des évènements personne ne fut en mesure de la décrire précisément même bien plus tard les rares survivants.
    
    De l’obscurité, un agencement chaotique, des tirs fusant de part et d’autres, une poursuite dans les couloirs…
    
    Tout en entrainant son complice, Laz atterrit sans trop savoir comment dans la cage d’escalier. Suivit de près le falkampft ne put que monter. Heureusement il s’agissait d’un de ses vieux immeubles. Par conséquent il se limitait à sept étages. Sinon le vieux cour du falk n’aurait peut-être pas tenu.
    
    A présent Lazare pouvait souffler un peu. Car il se reposait sur un allié indéfectible le marxmen 12.35. Quatre-vingt pour cent des falkampfts avaient adopté ce revolver à la mécanique sûre et au calibre puissant. Quant à ceux qui ergotait sur le nombre réduit à six balles dans le barillet, ils n’avaient jamais touché à cette arme de leur vie.
    
    Un seul de ses projectiles pas trop mal placé suffisait généralement à régler le problème quel qu’il soit. Hélas généralement ne voulait pas dire toujours.
    
    Ce luxe lui étant désormais accessible, Laz s’interrogea sur les connards à ses basques. Il n’avait pas pu les distinguer précisément dans l’obscurité. Qui étaient-ils ?
    
    Le crime organisé n’ayant plus rien à pressuriser dans le coin, s’était barré depuis longtemps. Il ne restait plus que des gens évitant d’attirer l’attention. Conclusion : les auteurs de ce piège n’étaient pas d’ici.
    
    Soudain on rappela au falkamptf, qu’il n’était pas là pour raisonner. Des bruits se manifestèrent à partir du toit d’en face : des pas légers, du genre qui ne veulent pas être perçus.
    
    Lazare revint aux bases. Il se tourna, et fit feu sur le plus proche : un gamin même pas en âge de se raser. Et le pire est qu’il ne s’agissait même pas d’une bavure. L’adolescent brandissait une arme.
    
    Au lieu du torse initialement visé, la balle atterrit dans l’épaule droite. Pas de doute Laz perdait la main.
    
    Malgré son bras pratiquement arraché (marxmen oblige), la cible resta debout comme hébétée. Encore un gang-banger (membre d’un gang) camé jusqu’aux yeux.
    
    L’un de ses complices juste derrière riposta avec un guelter PM 31, un pistolet-mitrailleur interdit à la vente (ce qui signifiait rien dans le dix-huit).
    
    Sous la rage il tira, et ensuite ajusta. Cette erreur associée, aux réflexes, et à la chance permis à Lazare de se réfugier derrière des espèces de cheminées. Il tira au passage son poids mort de coéquipier.
    
    Comment ces enfoirés avaient-ils pu être si rapides dans leur attaque à revers ? Et qui étaient-ils d’ailleurs ?
    
    La réponse à la seconde question ne tarda pas à venir sous la forme de paroles en danish émanant de l’autre toit.
    
    Les pays scandinaves et d’Europe de l’est composaient ce qu’on appelait désormais les marches, une sorte de no man’s land ravagé par la guerre sans fin.
    
    Tout avait commencé en 2015 lorsque l’URSIA (la résurgence de l’URSS) galvanisée par la crise intérieure frappant son vieil ennemi les États-Unis, montra des envies d’extension. La fédération européenne crée en 1995 dû donc se défendre toute seule.
    
    Il fallut attendre 2043 et bien des morts avant que le front se stabilise. Quant aux réfugiés des marches on les parqua çà et là.
    
    Dans le secteur dix-huit ce fut le quartier ethnique de Reinickendorf dans le nord, qui s’en chargea. Y étant minoritaires et ayant tous laissés derrière eux, les danish engendrèrent le gang de scarehard strasse : des gamins, qui compensaient leurs désavantages par une violence extrême.
    
    Au moins Laz savait pourquoi il se trouvait là. Quelques deuzs (terme désignant les truands scandinaves) s’étaient fait abattre par des falkampfts dernièrement. Leurs amis les vengeaient à leur façon par le biais de ce piège. Et comme il fallait bien que ça tombe sur quelqu’un...
    
    Le nouveau émergeant encore une fois en rajouta une couche à ce drame.
    
    « Les renforts ne vont pas tarder hein ? »
    
    Lazare préféra ne pas répondre. Il ne voulait pas que ses dernières paroles soient un mensonge. L’émetteur portatif avec lequel il avait lancé l’appel de détresse, ne bénéficiait que d’une portée de deux cents mètres. Néanmoins cet appareil pouvait être relayé par la radio de leur voiture de patrouille. Dans ce cas-là le message atteignait sans difficulté la falkhaus (commissariat). Sauf que le falkampft n’avait pas entendu le bruit caractéristique dans son émetteur confirmant la réussite de la manœuvre.
    
    Ces fumiers de danishs avaient tout prévu, y compris de saboter la voiture une fois sans surveillance ou de brouiller le signal à l’aide d’un quelconque bricolage pirate. Vu le compétences limitées de ces foutus danish, la première option était certainement la bonne.
    
    Ce n’était possible de concevoir un système radio à la fois portable et à longue distance ? On était tout de même en 2070 !
    
    Voilà le résultat toutes ces crises et ces conflits : une technologie décadente et chaotique. D’un côté on disposait de voitures volantes, et de l’autre les ordinateurs étaient devenus des amas de ferrailles lents et encombrants.
    
    Quant aux paroles du deuz bien que Lazare ne soit pas en mesure de les traduire, le ton et le volume employés mettaient sur la voie. C’était des ordres. Sans doute s’adressaient-ils à ceux encore dans l’immeuble sur lequel se trouvait les deux policiers. Car de son nouvel emplacement, le falkampft n’était plus en mesure de sécuriser l’entrée du toit. L’encerclement semblait inévitable.
    
    Faute de mieux Laz leva les yeux au ciel à la recherche d’une de ces fameuses voitures volantes. Un conducteur ou un passager serait peut-être en mesure d’apercevoir les deux hommes acculés.
    
    Quelle idée à la con ! Sur les soixante-dix secteurs composant le Berlin actuel, le dix-huit était parmi les moins probables de voir circuler ces engins à l’usage des riches. Ça sentait le désespoir tout çà.
    
    Comme prévu la porte du toit s’ouvrit. La conclusion approchait.
    
    Berlin avec ses 160 408 kilomètres de superficie, ses parcs industriels de la taille d’une cité, ses autoroutes à 20 voies… était le centre industriel d’Europa et sa première mégalopolis.
    
    Entre la criminalité, la pollution, et les accidents de la route, on avait l’habitude de dire que sur les 80 millions d’habitants, l’un d’entre eux ne se réveillait plus jamais le lendemain.
    
    Visiblement c’était au tour de Laz et de son coéquipier de confirmer le dicton. N’y avait-il pas une alternative ?
    
    Puis le vieux policier se souvint d’une visite dans le quartier danish remontant à un ou deux ans.
    
    La polizei avait reçu l’appel d’un résidant. C’était suffisamment rare pour que Lazare s’en rappelle contrairement au motif de toute façon bidon.
    
    Un message y attendait les autorités : un pauvre gars pendu à un lampadaire. Il s’agissait d’un petit épicier du quartier. Suite à quelques magouilles fiscales pas assez discrètes il avait été contraint de lâcher quelques renseignements à la falkhaus à propos de la délinquance locale.
    
    Lazare avait déjà vu plus cruel mais très rarement.
    
    Les lacérations sur le corps révélaient, qu’il avait bien souffert avant d’être suspendu là-haut. Les deuzs étaient un peu comme les chats. S’ils en avaient l’occasion, ils faisaient souffrir leurs proies avant de les tuer.
    
    Alors effectivement il subsistait une alternative. Lazare regarda ce gamin paumé à qui on avait mis un uniforme de la polizei sur le dos. Il n’y était pour rien après tout. Si on lui avait laissé le temps, il serait peut-être devenu un bon falkampft. Qui sait ?
    
    Et puis merde ! Laz avait fait tout ce qu’il pouvait au sujet de son coéquipier. Il n’avait pas de remord à avoir.
    
    Pourtant en le soulevant par l’épaule il lui dit :
    
    « Désolé gamin. »
    
    Est-ce qu’il avait au moins entendu ? Il semblait de nouveau dans les vapes le petit veinard.
    
    Sur les six balles initiales combien en restaient-ils dans le barillet de son marxmen ? A vrai dire Lazare s’en foutait. Une seule suffirait.
    
    Il tira sans viser simplement histoire de bénéficier d’une courte diversion. Tout de suite après il se jeta dans le vide avec son confrère.
    
    Telle était son alternative.

Texte publié par Jules Famas, 8 mai 2018 à 10h49
© tous droits réservés.
Commentaire & partage
Consulter les commentaires
Pour réagir â ce chapitre et poster une review, veuillez vous identifier ou vous inscrire !
«
»
Tome 1, Prologue Tome 1, Prologue
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
1051 histoires publiées
501 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Akodostef
LeConteur.fr 2013-2018 © Tous droits réservés