Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 1, Chapitre 7 Tome 1, Chapitre 7
Merci Franka pour ton témoignage. Et dire que je me trouvais malchanceuse avec mes ex. Comme quoi on peut toujours trouver pire.
    
    Quant à ton projet d’attendre sagement qu’il sorte de prison, je ne l’approuve pas tellement. Car si je me fis aux capacités de ton chéri, il va vite gagner un abonnement régulier à Das Rad (prison du secteur dix-huit).
    
    Prends plutôt un chien. C’est très proche d’un homme tu sais. Ca te regarde la langue tombante parce qu’il a envie que tu le grattes là où ça lui plait. Si tu t’exécutes, après avoir bien remuer la queue il va se vautrer dans un coin dont il ne bougera plus jusqu’à l’heure de la bouffe.
    
    Franchement où est la différence à part un peu plus de poil et l’absence de prison ?
    
    Bon ce moment de haute philosophie terminé passons à l’auditeur suivant.

    
    
    Poe fut encore sujet à un autre de ces clichés, qu’il détestait tellement : le mauvais pressentiment. Pour sa défense il ne suivait pas un pseudo-sixième sens mais plutôt un raisonnement logique.
    
    Il aurait été tellement mieux que le capitaine Anatoli Staâd soit d’astreinte ce soir-là. A l’instar du capitaine Kriegel se chargeant du commandement effectif des falkampfts, Staâd lui s’occupait de la branche locale du GIF. La création du Groupe d’Intervention Falkampft remontait à quelques années. On lui attribuait les interventions à risque comme les prises d’otage ou les neutralisations de suspects lourdement armés. Avant on envoyait l’armée.
    
    Anatoli Staâd aurait fait un parfait époux pour Velda. Cet ancien militaire de haut rang était un être froid, calculateur, impitoyable, et surtout compétent.
    
    Son lieutenant Franck Hermann n’inspirait pas la même confiance. Malheureusement il fallait s’en contenter cette nuit.
    
    Poe avait consulté le dossier de Gregor Brunir. Il s’agissait du document standard accessible aux agents de l’état, et préalablement aminci au possible. L’armée tenait à son intimité.
    
    En tous cas il y était clairement établi que les talents de combattants de Gregor dépassaient largement celui du kriminal moyen accro au crack, et tenant son pistolet de travers parce que ça fait plus cool. Pas question dans ce cas de figure de se contenter de quelques famkampfts de base en renfort pour arrêter un tel suspect.
    
    Ce qui nous ramenait à ce fourgon, dans lequel Hermann donnait ses instructions à une unité d’intervention légère du GIF se réduisant à cinq hommes d’assaut.
    
    Les raisons de la répulsion de beaucoup envers ce lieutenant, se résumaient en deux lettres : M.I. L’abréviation de Mouvement Impérialiste, le parti d’extrême-droite d’Europa avec lequel Hermman serait allé jusqu’à coucher, si cela était techniquement possible.
    
    De cet amour platonique découlait chez l’officier une vision du monde comprenant d’un côté les hommes blancs, chrétiens, hétérosexuels, et fachos, et de l’autre les cons.
    
    Et le pire est qu’on ne pouvait même pas casser la gueule à ce connard, du fait de son passé de champion de boxe.
    
    Un autre problème persistait à son sujet. Sa vision simpliste du monde se reflétait dans ses stratégies.
    
    « Bon le suspect est familier des armes à feu, et dispose vraisemblablement d’un pistolet. Donc ne prend pas de risque. Ça veut dire pas de sommation. Vous vous mettez préalablement sur le chargeur secondaire, et tirez à vue. »
    
    Le dagon 12mm auto était le fusil de dotation des membres du GIF, et comprenait deux chargeurs permutables. Le premier contenait des balles perce-blindages, et l’autre des cartouches à billes de plomb. Les seconds projectiles étaient évidemment moins dévastateurs, mais l’onde de choc en résultant séchait même les plus costauds.
    
    Le reste du plan contenait dans l’ordre défonçage de la porte au bélier, déploiement, et canardage. Il y avait tout de même une petite subtilité sans doute issue de l’enseignement de Staâd. Simultanément à cette entrée en force le cinquième membre devait pénétrer dans la chambre en rappel par la fenêtre.
    
    « Les autres resteront en retrait dans leur véhicule, et se tiendront prêt à ouvrir la voie lorsque nous déposeront le paquet à la falkhaus. »
    
    Par « les autres » il fallait entendre le trio de nuit, qui en ayant levé le lièvre avait gagné le droit de participer (ou plutôt d’être présent) lors de cette opération. Car l’intolérance du lieutenant n’était pas seulement raciale, sexuelle, et religieuse, mais aussi professionnelle.
    
    Selon Hermann : « Lorsque les gens ont un problème ils appellent les falks. Et quand les falks ont un problème, c’est nous qu’ils appellent. »
    
    Une façon élégante de dire que le GIF avait la plus grosse. Présentement les apparences donnaient raison au lieutenant. Ses subordonnés étaient tous impeccables, fondus dans leurs tenues d’interventions, et figés comme des statues.
    
    Chez les simples falkampfts, c’était nettement moins brillant. Ils avaient revêtus pour l’occasion leur tenues d’interventions lourdes. En fait elles se limitaient à un casque et un gilet pare-balle. Si Poe demeurait à peu près présentable là-dedans, Waits du fait de son gabarit ressemblait à une espèce de torture avec ses membres émergeant à grand peine. Quant à Flush son je-m’en-foutisme gâchait tout. Il était pratiquement vautré sur l’une des cloisons de l’habitacle, et n’avait même pas attaché la mentonnière de son casque.
    
    « Des questions ? » conclut Hermann.
    
    « Ce ne serait pas mieux d’utiliser le passe de l’hôtel au lieu du bélier ? » Se hasarda Poe.
    
    Face à cette audace les membres du GIF sortirent de leurs pétrifications, et orientèrent leurs regards vers l’enquêteur.
    
    L’officier ne lui accorda même pas cette attention lors de sa réponse :
    
    « Non un mouvement de clé risquerait d’être trop lent et bruyant, et nous faire perdre l’effet de surprise. »
    
    Hermann ne se soucia même pas de l’effet de ses éclaircissements, puisque d’un claquement des mains il donna le signe de départ des opérations.
    
    Ses hommes retournèrent à l’état animé en un clin d’œil, et remplis d’énergie. Pour une fois qu’ils n’avaient pas à s’emmerder avec des sommations ou des négociations.
    
    Flush les regarda partir avec envie. Pourquoi n’avait-il pas droit de se marrer lui aussi ?
    
    Lire dans le jeu de l’adversaire pendant une partie de poker, ne se limitait pas forcément à des calculs de probabilité. Parfois il s’agissait de percevoir le ressentit sur les visages. Or sur le chemin conduisant à la voiture de patrouille la face de Poe dégageait une angoisse particulièrement sombre. Pas l’incertaine du genre : « Est-ce que ça va me tomber de dessus ?», mais plutôt la fataliste « Quand ça va me tomber dessus ? »
    
    Flush bénéficiait à présent d’une carte intéressante. Encore fallait-il la jouer judicieusement ?
    
    Si Waits l’engueulait de temps à autre à propos de sa fainéantise et de son inconscience, son sergent-chef lui l’ignorait complétement. On lui avait refilé un boulet. Il s’en contentait, et le mettait à l’écart autant que possible.
    
    Heureusement que Flush avait toujours eu un style de jeu inventif. Il s’approcha de Waits, et lui murmura à l’oreille :
    
    « Dis donc il tire méchamment la gueule le chef. »
    
    Comme prévu sa collègue plutôt vive d’esprit comprit la situation. De plus elle aussi ne sentait pas trop le GIF sur ce coup.
    
    Alors elle se mit en travers de son chef d’équipe, et lui balança la phrase sacrée, celle que tôt ou tard on finissait forcément par entendre :
    
    « Poe t’es plus falkampft. T’es un falkampft du dix-huit. »
    
    Malgré l’épuisement, malgré cette foutue nuit de dingue touchant à sa fin, malgré son angoisse , le sergent-chef saisit la subtilité contenue dans ces mots. Les conséquences allaient le conduire très loin.
    
    

    **************************

    
    
    Quel est le con osant prétendre, qu’il existe une justice sur terre !
    
    Franck Hermann pourrissait la vie des gens en général, et de ses confrères en particulier depuis des années. Or son arrogance allait se retourner contre lui juste l’espace d’un instant et par personnes interposées.
    
    Même en tenant compte de sa formation il faudrait un instant à la cible pour se réveiller. Qui le mettrait en retard sur le premier homme à pénétrer dans la chambre, et ferait donc feu le avant lui. Voilà sur quoi se reposait essentiellement la stratégie du lieutenant.
    
    Tout se joua effectivement sur un simple instant. L’instant nécessaire au falkampft d’élite pour localiser son adversaire. Ce dernier parfaitement réveillé et renseigné par le bruit du bélier, le devança de deux balles dans la poitrine. Le membre du GIF malgré sa protection recula sous l’impact bloquant ainsi ses collègues à une exception prêt. L’exception en question surgit par la fenêtre une fraction de seconde après que les tirs retentirent.
    
    Cette fraction suffit à Gregor pour le prendre de court. Il se rua dessus, et lui fit retraverser la fenêtre en sa compagnie. Le filin céda sous la double charge. Le soldat en utilisant sa victime comme amortisseur put deux étages plus bas se redresser immédiatement et s’enf... faire face à un nouvel obstacle.
    
    Poe était plus un homme de savoir que d’action. C’est pour cette raison qu’il savait que le meurtre commis par Gregor n’était pas prémédité. Sinon pourquoi s’était-il inscrit sous sa véritable identité dans le registre de l’hôtel ? Pourquoi s’était-il montré si longtemps à visage découvert dans ce bar ?
    
    Quant à l’arme ursienne ce ne devait être qu’un hasard. Sûrement un souvenir de guerre que Gregor portait sur lui afin d’assurer sa protection. Et si le meurtre était à peu près « propre », on le devait à l’expérience militaire et donc à l’habitude de la violence de l’assassin.
    
    Après avoir abattu son propre père suite à un impulsion, on trouvait difficilement le sommeil. Donc la tactique de Hermann basée sur l’effet de surprise n’était pas fiable.
    
    C’était cette perspective, qui perturbait tellement Poe. A cela s’ajouta le rappel de Waits. Le secteur dix-huit étant particulier, les méthodes des falkampfts allaient donc de même. Celui qui se contentait de suivre les consignes, ne faisait jamais long feu de toute façon.
    
    Alors le trio ne se résigna pas devant le désastre annoncé, et rejeta leur place assignée.
    
    Gregor aussi fort qu’il puisse être, ne viendrait tout de même pas à bout à lui seul d’une unité complète du GIF même légère. Par conséquent il perdrait ou fuirait. Dans le deuxième cas de figure l’équipe de nuit pouvait encore arranger les choses ou du moins réduire les dégâts.
    
    Une tentative de sortie par la porte de la chambre, se solderait forcément par un échec avec les quatre membres du GIF juste derrière. Par contre la fenêtre demeurait praticable. Donc Poe et ses subordonnés se concentrèrent uniquement sur cette hypothèse.
    
    Ce qui nous amenait à cette situation : Gregor relevant la tête face aux dagon 12mm (tout court). Ces fusils à pompe étaient les prédécesseurs de la version automatique, dont les simples falkampfts se contentaient lors de leurs interventions lourdes.
    
    Poe même s’il n’était pas dans son élément, demeurait serein. Avec son arme baissé et les trois fusils pointés sur lui, la situation était trop défavorable à Gregor. Il ne tenterait rien.
    
    Flush lui était nettement plus inquiet. Il reconnut chez le suspect le même regard que celui qu’il voyait dans sa glace tous les matins : celui d’un homme au bout du rouleau, d’un homme que rien n’était en mesure de faire peur.
    
    Il ne se rendrait pas. Le falkampft le sentait. Alors il fit feu. Après tout Flush ne faisait que devancer les sommations d’usage.
    
    Malheureusement il n’était pas le seul à avoir l’esprit affuté. Gregor anticipa sa réaction, et releva le membre du GIF, afin de s’en servir comme bouclier.
    
    Le pauvre après la chute dû donc encaisser cette salve. Sa tenue renforcée l’y aida un peu, mais pas suffisamment. Et comme s’il n’en avait pas assez bavé, Gregor pointa son arme sur sa tempe.
    
    Du fait de son entrainement le membre du GIF connaissait au moins cinq façons de régler ce genre de situation. Dommage que son état actuel le résignait à en user d’aucune. Il était à peine conscient.
    
    Flush baissa son arme décidé à ne plus rien tenter. L’audace constituait le sel de sa vie. Mais il se refusait à ce que quelqu’un d’autre en paye les conséquences. Car quel était l’intérêt, si on enlevait le risque ? C’était comme pouvoir récupérer sa mise quoiqu’il arrive.
    
    Waits parut l’imiter. En fait elle demeurait sur le qui-vive à la recherche d’une opportunité. Ce qui ne l’empêchait pas de maudire intérieurement son coéquipier et son initiative à la con.
    
    Enfin il y avait Poe. Étrangement il avait presque souhaité cette situation. Car cet enquêteur conservait encore quelques déductions au fond de son crâne. Si Gregor n’était pas venu au départ sur Berlin dans l’intention de tuer son père, que cherchait-il alors ? Le connaitre était l’explication la plus vraisemblable.
    
    Comment en était-il parvenu à le tuer ? A partir de là on nageait dans la pure spéculation.
    
    Gregor après s’être construit l’image d’un père idéal, n’avait pas pu supporter le tas d’alcool et de gras aigri dans ce bar sordide.
    
    Gregor revenait d’une mission particulièrement éprouvante sur le front, et était donc instable psychologiquement. Une mauvaise réaction de son père avait donc suffit à le faire dérailler.
    
    Quoiqu’il en soit le preneur d’otage avait subi une grande souffrance. Il fallait jouer là-dessus, lui en faire parler, se montrer compatissant. Poe y parviendrait.
    
    « Gregor. » Commença-t-il à dire d’une voix douce.
    
    Soudain un coup de feu retentit de la fenêtre. La tête du suspect explosa. L’un des membres du GIF ne voulait pas prendre le risque d’une négociation. Il était même repassé en balles perce-blindages histoire d’être sûr de son coup.
    
    Au final Poe n’aurait même pas entendu le son de la voix de Gregor. Malgré cette nuit de traque il ne demeurait qu’un kriminal anonyme parmi tant d’autres. Un peu de subtilité était visiblement trop demander dans ce maudit secteur.
    
    Si cela écœurait quelque peu le sergent-chef, Flush se demandait mi-amusé mi-inquiet quelle conséquence aurait sa nouvelle connerie. Tirer sur un collègue même accidentellement ce n’était tout de même pas rien.
    
    Quant Waits, elle connaissait la musique : quelques heures sommeils, une nouvelle nuit de service, et cette affaire serait derrière eux.
    

Texte publié par Jules Famas, 24 juin 2018 à 19h14
© tous droits réservés.
Commentaire & partage
Consulter les commentaires
Pour réagir â ce chapitre et poster une review, veuillez vous identifier ou vous inscrire !
«
»
Tome 1, Chapitre 7 Tome 1, Chapitre 7
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
1030 histoires publiées
484 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Jonas
LeConteur.fr 2013-2018 © Tous droits réservés