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Tome 1, Chapitre 6 Tome 1, Chapitre 6
La nuit est déjà bien entamée. Peut-être que certains d’entre vous ont sommeil. Moi ce n’est pas mon cas, insomnie oblige. A cause de ça j’en ai fais des boulots de nuit notament taxi.
    
    C’est comme ça que je me suis fais une amie. Puis elle et moi avons choisit d’autres plans de carrière.
    
    Magda si tu ne t’es pas déjà pris une balle et que tu m’écoutes, voici une chanson rien que pour toi : Rosie de ton Tom Waits chéri.

    
    
    Le réceptionniste de nuit qui jusqu’ici se satisfaisait du spectacle du mur blanc, tourna mollement la tête en direction du nouveau venu. On était en droit de s’attendre à un comportement plus alerte de la part d’une personne assurant la sécurité d’un bâtiment dans le dix-huit surtout la nuit. Sauf que d’autres s’en chargeaient, mais pas des vigiles ou un système de sécurité classique, ni un gang en échange d’un pourcentage du chiffre d’affaire.
    
    Les anges gardiens de cet établissement étaient curieusement les clients eux-mêmes. Situé à proximité de l’ancien aéroport réhabilité en caserne, l’hôtel accueillait essentiellement des militaires, c’est-à-dire des personnes en mesure de se défendre contre le petit délinquant de base. Quant aux kriminals d’un plus gros calibre, ils n’allaient pas se déranger juste pour du dérober les porte-feuilles de troufions en virée.
    
    Au final le réceptionniste de nuit se contentait uniquement d’appeler la polizei de temps à autres en cas d’excès de la part de la clientèle. Ce régime faisait de lui un homme repu et avachi.
    
    Son visiteur était tout le contraire. Il transpirait littéralement le neuf. Son uniforme de falkampft étincelait presque du fait de sa propreté, et son regard ne contenait pas l’usure de ceux de ses confrères.
    
    Qu’est-ce qu’un débutant foutait tout seul ? Autant lui inscrire sur le front : cible facile, tuez-moi.
    
    L’employé de l’hôtel n’insista pas sur ce point. Il n’était du genre à se soucier de choses aussi futiles que la survie d’un de ses semblables. Il avait plus important à faire comme glander à son comptoir en attendant de pouvoir le faire à domicile.
    
    Il marmonna donc seulement un « bonsoir » en l’honneur du policier. Celui-ci répondit par son propre et énergique « bonsoir » , accentuant ainsi encore leurs différences. Ensuite il déplia délicatement une feuille de papiers, qui n’en méritait pas tant. Fax oblige l’impression était de mauvaise qualité, et se limitait à un visage masculin.
    
    « Cet homme a-t-il fréquenté votre établissement récemment ? » Ânonna le falkampft à la manière d’un élève passant au tableau.
    
    Il n’obtint en retour qu’un « Ouais ». Si la polizei le recherchait, il était peut-être dangereux. Ce connard de réceptionniste ne pouvait pas se sentir un peu plus concerné.
    
    « Vous pourriez être plus précis ? » Dit le koss en laissant cette fois s’échapper un peu de colère.
    
    Après un énorme soupir, l’employé d’hôtel sortit le livre d’enregistrement, et tourna lentement les pages. A croire qu’il désirait énerver au maximum le pauvre agent de la loi.
    
    « Il s’est inscrit sous le nom de Gregor Brunir il y a deux jours, et occupe la chambre 215. »
    
    « Et actuellement est-il dans sa chambre ? » Ajouta le falkampft dont l’agacement s’insinuait de plus en plus dans la voix.
    
    Visiblement le message n’était pas très bien passé sur ce point. Le réceptionniste l’air hébété gambergeait sur la question. Il lui suffisait pourtant de regarder derrière lui. Le policier prit les choses en main et examina de lui même le tableau avec les clés, celle de la 215 manquait à l’appel. En suivant le regard de son visiteur, l’employé finit par comprendre.
    
    C’était si évident que le falkampft le soupçonna de se foutre de lui. Comme ses instructions étaient de ne pas faire de vague, il n’insista pas et rejoignit son collègue à la voiture.
    
    « Hé Lazare. » L’interpella-t-il plein d’enthousiasme. « Je l’ai trouvé ! Il est encore dans sa chambre, et inscrit sous son vrai nom. »
    
    Il exagérait un peu. Ca ne relevait pas de l’exploit de montrer une photo. A vrai dire c’était le but recherché : laisser le débutant se faire la main en solo sur une tâche facile, afin de lui insuffler de la confiance.
    
    « Bien joué gamin. » Répondit le vétéran non sans une certaine mauvaise foi. « Tu passeras l’info au central pendant le trajet. On nous réclame à Zehlendorf. »
    
    « Zehlendorf ! C’est pas la zone là-bas ? »
    
    « T’inquiètes pas. Ce doit être juste une baston entre clodos. » Répondit Lazarre avec assurance avant de démarrer.
    
    
    
********************************

    
    
    En transmettant la nouvelle à propos de Gregor Brunir et de l’hôtel, Lisa Wendorn vit presque au travers du téléphone le visage de Dieter Bröhm alias Poe s’illuminer. Il était enfin parvenu à débusquer sa proie. Du moins le croyait-il.
    
    En tant que rouage incontournable la standardiste bénéficiait d’une vue globale sur le fonctionnement de la polizei du secteur dix-huit. Par conséquent elle savait, qui était le véritable vainqueur dans cette affaire, et dans toutes les autres d’ailleurs. Elle en avait une représentation sur son écran en ce moment même.
    
    Que se soit les falkampfts ou les falkdoktors ils dénichaient seulement des informations çà et là. Mais qui les absorbait, les retraitait, et en obtenait une forme consistante, si ce n’était Velda ?
    
    L’affaire actuelle ne le prouvait-elle pas ? Soit suite à son passage à la cité Rorschach, Poe avait émit la théorie, que le meurtrier était un militaire s’étant procuré directement dans les marches une arme ursienne. Mais avoir une piste s’était bien beau. Encore fallait-il l’exploiter convenablement. Et qui s’en était chargée ? Velda était allée fouiller au sein des archives étatiques afin d’établir quels militaires disposaient de liens avec Kurt MANGER.
    
    Ce programme semi-intelligent était parfaitement capable de telle manœuvre. Dommage qu’il exigeait un matériel si volumineux et couteux. Il occupait presque le tiers du sous-sol de la falkhaus à lui seul.
    
    La morne vie du sujet allégea considérablement l’opération. Il en résulta une mince liste comprenant un ancien collègue de travail, un cousin germain....
    
    Toutefois un personnage retint immédiatement l’attention de Poe : Gregor Brunir, fils de Martha l’ex-femme du défunt et de père inconnu. Il était né neuf mois après la séparation, et comptait actuellement parmi les membres d’une unité de reconnaissance postée sur la ligne de front. De plus il correspondait à la description de la barmaid.
    
    Alors Poe envoya par fax le signalement de Brunir aux diverses patrouilles en activité avec l’instruction de le diffuser dans les endroits fréquentés par les militaires.
    
    S’adresser directement à l’armée aurait peut-être facilité les choses au premier abord. Seulement les falkrieks (policiers militaires) s’en seraient certainement mêlés. Ce qui était fortement déconseillé. N’oubliez pas le principe des cousines éloignées. De plus l’armée détestait qu’on fouille dans ses affaires, une vieille habitude héritée de son ancienne dictature.
    
    Puis était venu ce repégage dans un hôtel du secteur sud. Cela faisait trop d’éléments suspects en la défaveur de Gregor : la proximité, le signalement, l’arme du crime. Sa culpabilité était quasiment certaine.
    
    Il n’en demeurait pas moins que la résolution de cette affaire provenait majoritairement de Velda. Sans elle Gregor Brunir ne serait pas apparu dans le jeu ou en tous cas pas si rapidement.
    
    Comme les temps changeaient. Lisa se souvenait encore d’une époque où tout gravitait autour de l’inspecteur ou du sergent-chef. Aujourd’hui l’enquêteur lui-même n’était plus qu’un pion parmi tant d’autres entre les mains de Velda.
    
    Certains auraient vu cette perspective d’un mauvais œil. La machine remplaçant l’humain. Quelle hérésie !
    
    La standardiste ne partageait pas ce point de vue. Lors de ses longues années de service elle en avait vu de brillants falkampfts finirent par faillir. Le stress, l’épuisement, la corruption... les raisons à ces échecs ne manquaient pas. Mais aucune ne s’appliquait au programme informatique de la falkhaus.
    
    C’est pourquoi Lisa face à son écran rempli de lignes pixelisées adressa un chaleureux « merci ». Puis elle la seule marionnette de la falkhaus ayant conscience de ses fils, passa à une autre tâche.
    
    D’autres cadavres, d’autres agressions, d’autres violences... l’attendaient avant le lever du jour. Tiens au fait Lazarre et son coéquipier ne donnaient plus signe de vie depuis un certain temps. Leur expédition à Zehlendorf avait-elle mal tourné ? Il valait mieux envoyer une patrouille sur place se renseigner.
    

Texte publié par Jules Famas, 16 juin 2018 à 17h47
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