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Tome 1, Chapitre 5 Tome 1, Chapitre 5
Tout à l’heure je m’en suis pris aux falks. Il est donc temps de passer aux kriminals.
    
    De toute façon ils ont déjà tout : l’argent, la notoriété, et des relations politiques. Ils peuvent bien encaisser quelques critiques.
    
    Je vais me montrer ambitieuse et m’en prendre à un volkrauber (voleur du peuple). Pour rappel chez les falks il s’agit des gros kriminals, le gratin du gratin.
    
    L’un d’entre eux Victorio Sérez braque des banques. Où est le peuple là-dedans ? Ha si l’argent y compris celui du peuple il faut bien le placer dans des comptes.
    
    Tiens au fait les banques braquées comment compensent-elles leurs pertes ? Les responsables des établissements reconnaissent leurs incompétences, et donnent une partie de leurs salaires. Je ne crois pas que ça se passe comme çà. A se demander qui sont les véritables volkraubers.
    
    Mon dieu je fais de la politique ! Je m’en excuse auprès de vous chers auditeurs.

    
    
    Il y aura toujours des fouteurs de merde. C’est propre à la nature humaine. Probablement déjà à la préhistoire un Cro-Magnon faisait toujours trop de bruit, ce qui avertissait le mammouth, et foutait toute la chasse en l’air.
    
    Trois interventions comprenant entre autre des coups de feu, un serpent géant, et un meurtre, c’était beaucoup en une seule nuit de service même pour le secteur dix-huit. Statistiquement plus rien ne devait tomber sur le dos endolori de l’équipe d’investigation nocturne. Puis ce trouble-fête croisa leur chemin.
    
    Cette silhouette de petite taille encapuchonnée, munit de sac à dos, à la démarche vive, et aux épaules rentrées, paraissait hurler : « Je suis suspect. »
    
    Malgré tout aucun des trois falkampfts ne lui chercha des ennuis. Ils en étaient déjà à la moitié d’un service bien rempli, et donc plus tellement à l’affut.
    
    Ce fut ce trainard, qui provoqua tout en s’enfuyant à leur approche. Visiblement déterminé à emmerder le monde jusqu’au bout, il n’imita pas les pilleurs, et le trafiquant d’animaux précédents s’étant vautrés tous seuls par leurs incompétences. Au contraire il fit preuve de vivacité d’esprit en s’engouffrant immédiatement dans une petite ruelle praticable uniquement à pied.
    
    Flush poussa un énorme soupir en se relevant de son siège. Apparemment il allait devoir courir.
    
    « Je gère. » Annonça soudain Waits, dont la lassitude n’était pas venue à bout de son savoir-faire.
    
    Une accélération, un virage, un freinage, et le fuyard en sortant de la ruelle finit sa course sur la capot de la voiture.
    
    Encore sonné par l’impact il ne demandait qu’à être cueilli. Poe ayant besoin de se sentir utile, se dévoua. Il enleva son sac au suspect, et le confia à Waits. Ensuite il procéda une fouille au corps. Étrangement il ne trouva rien même pas un couteau ou un joint.
    
    Ce n’est qu’en soulevant la capuche que Poe comprit. Le visage boutonneux et imberbe en-dessous ne dépassait pas les treize ans à vue de nez. Le couvre-feu à l’usage des mineurs, voici ce qui était probablement la raison de sa fuite.
    
    Peut-être y avait-il un peu plus ? Le sergent-chef se tourna vers sa subalterne. Elle venait d’étaler sur le trottoir le contenu du sac se limitant à de la nourriture.
    
    Déjà qu’il dérangeait pour si peu, le prévenu aurait pu au moins se montrer coopératif. Au lieu de cela il se réfugia dans le mutisme. C’était même l’incarnation parfaite du gamin boudeur. La plupart des collègues de Poe (ainsi qu’un certain nombre de parents) auraient alors « converser ». En langage initié cela se traduisait par des coups (sans trop de marque, la polizei avait tout de même une éthique).
    
    Ses connaissances poussèrent le sergent-chef sur une autre voie.
    
    « Même si t’as volé cette nourriture en plus du couvre-feu, ça n’ira pas loin si tu y mets un peu du tiens. De toute façon on finira bien par t’identifier. »
    
    Pourquoi le merdeux ne réagissait-il pas comme les autres ? Bomber le torse, lancer des insultes histoire de montrer, qu’il est un rebelle-en-guerre-contre-société.
    
    Ce visage inexpressif et silencieux était vraiment déroutant.
    
    « Ce n’est qu’un gamin.» S’exclama brusquement Waits. « On peut bien fermer les yeux pour cette fois.»
    
    Normalement Poe fidèle à son rôle de chef aurait dû sévir face à cette forme d’insubordination. Sauf que Waits n’était pas du genre à ruer aussi brutalement dans les brancards. Intrigué il la laissa donc poursuivre.
    
    Elle s’adressa cette fois au petit délinquant :
    
    « Allez tu peux te casser. Et pour la peine on te laisse un paquet de chocoboum.»
    
    Enfin un soupçon de sentiment transparut chez le morveux : de la joie mais pas de la reconnaissance. Quel petit ingrat ! Il prit vite le paquet et s’apprêta à partir, quand Waits le retint par le poignet. Le jeune délinquant s’était trompé, malgré l’inscription en rouge de « chocoboum ».
    
    « T’es de la cité Rorschach ? » Ajouta-t-elle.
    
    Le gamin demeura silencieux à la différence que d’une certaine manière il répondait cette fois-ci.
    
    

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    Bête et discipliné. Poe correspondait à la moitié de cette définition. Du fait de son comportement scientifique (et chiant) il lui fallait analyser et comprendre une directive avant de pleinement l’appliquer. Or le jeune délinquant devait être déposé à la falkhaus, qui le remettrait à son tour à un foyer le temps de la procédure.
    
    Toutefois Waits y mit son grand de sable. Un résidant de la cité Rorschach serait très mal accueillit par les autres gamins. Par mal il ne fallait pas comprendre juste un tirage de slip ou un surnom pourri. La procédure réclamait plutôt l’usage d’arme contondante, voir tranchante. Alors autant éviter ce genre de soucis juste pour des peccadilles.
    
    Pourquoi les gens de Rorschach étaient-ils de tels parias ? Pour commencer il y avait la visibilité. Accueillir les victimes de la guerre d’accord, à condition que cela reste discret, comme ceux que l’on avait parqué dans la périphérie nord à Reinickendorf. Hélas par manque de place on réaménagea vite fait la cité Rorschach. Et elle avait le mauvais goût de se situer au milieu du sud de la ville.
    
    Rejet de la part de la population déjà en place, habitats précaires, et pauvreté, ce mélange ne pouvait être qu’explosif. La délinquance et surtout les multiples émeutes aboutirent au résultat que les trois falkampfts voyaient à présent : un ensemble de bâtiments isolé du reste de la ville voir du monde par un encerclement complet de barbelés et de miradors. Aucun organisme d’état (police compris) n’y avait mit les pieds depuis des années. Ce qui y expliquait le taux très élevé d’analphabétisme chez les plus jeunes. On n’y avait laissé seulement l’eau, afin qu’un minimum d’hygiène soit conservé.
    
    Aucun falkampft n’aimait s’approcher de cet endroit. Il incarnait l’ultime expression de leur impuissance. D’ailleurs les militaires gardant un des d’accès furent étonnés par leur arrivée. Leur propre présence pouvait également choquer aux premiers abords.
    
    Suite à la dernière émeute des habitants de Rorschach il y a presque d’une dizaine d’années, les autorités agacées décidèrent de retirer l’affaire à la polizei de toute façon dépassée au profit de l’armée. Les insurgés furent repoussés au prix d’un véritable carnage. Prix que les politiciens ne trouvèrent pas si élevé tout compte fait. Puisque depuis l’armée contenait l’épidémie que représentait la cité Rorschach.
    
    Lorsque que les occupants du véhicule en sortirent, il eut une sorte de flottement. L’armée et les polices fédérales étaient comme des cousines éloignées. Malgré des liens comme veiller sur les citoyens d’Europa les armes à la main, chacune préférait demeurer dans son coin à gérer ses petites affaires.
    
    L’un des militaires probablement un officier, s’approcha d’un pas conquérant. Après tout il était dans son fief.
    
    Le gamin jusque là impassible eut alors un mouvement de recul, et de la crainte se dessina sur son visage.
    
    « Ne t’inquiète pas. » Lui souffla Waits.
    
    Ce à quoi Flush dû retenir un ricanement cynique. Ces apaisements étaient tout sauf crédibles. Le trio de la polizei sensé assurer la sécurité du môme, faisait bien pâle figure face aux dix hommes casqués et lourdement armés. D’ailleurs le morveux le comprit. Son regard se baladait en quête d’une possibilité de fuite.
    
    « Laisses tomber.» Murmura à son tour Flush non sans un certain sadisme.
    
    De son coté Poe s’apprêta à réciter le discourt préparé à l’officier, un discourt remplit de mensonges. C’était dingue le chemin détourné, qu’il fallait prendre juste pour une petite indulgence.
    
    Tout le problème venait du fait que les adultes par exemple pour du boulot, pouvaient sortir de la cité, mais en aucun cas les enfants à moins d’être accompagnés. Alors Poe raconta... rien.
    
    A peine se présenta-t-il, que l’officier lui prit la parole.
    
    « Vous nous le ramenez ? » Dit-il en désignant le gamin.
    
    Un simple « oui » suffit comme explication au militaire, qui fit ouvrir la porte d’accès. L’image du soldat discipliné suivant à la lettre le règlement, en prit un coup. Décidément tout partait en vrille dans ce maudit secteur. Le soldat aurait pu au moins demander, comment le môme était parvenu à sortir.
    
    Le gamin rejoignit alors son ghetto, dont tout le monde semblait se foutre. Avant de partir il eut juste un regard à l’attention des falkampfts, mais pas un signe de remerciement. Ce genre d’indulgence lui était tellement étranger, qu’il ne savait pas vraiment comment réagir.
    
    Soudain se produisit une sorte de miracle ou plutôt d’anomalie. S’il y avait bien une chose à laquelle Poe ne croyait pas, c’était le coup du flash. Lorsqu’un objet, une remarque anodine... produisait un déclic chez l’enquêteur lui révélant toute l’affaire.
    
    Hé bien la vue de ces uniformes de l’armée finit par provoquer bel et bien, ce phénomène dans le crâne du falkampft.
    
    Comment n’y avait-il pas pensé plutôt ? Il en eut presque honte.

Texte publié par Jules Famas, 6 juin 2018 à 21h43
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