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Tome 1, Chapitre 4 Tome 1, Chapitre 4
Loin de moi l’idée de critiquer notre polizei. Quel intérêt à frapper quelqu’un déjà à terre ?
    
    Mais il faut tout de même avouer que des fois les falks le cherchent un peu. Par exemple ils ont pas mal d’expressions stupides ou plutôt des interprétations stupides.
    
    Bankrauber (braqueur de banque) par exemple eux ils l’utilisent pour définir les braqueurs armés. Vous avez déjà vu vous dans le dix-huit des kriminals sans arme ? Même le gamin qui pique le goûter des autres à l’école, dispose d’un flingue.

    
    
    Le vieil Albrecht porta avec soin les trois tasses jusqu’au comptoir de son petit snack. A l’instar des récipients son sourire était également en plastique. A ce stade son numéro du brave petit vieux toujours à l’écoute et accueillant, n’était pas raté mais grotesque.
    
    « Et voici trois cafés, noirs dont vous ne direz des nouvelles. » Dit-il d’une voix aimable.
    
    « Il est pas mauvais. » Confirma Waits.
    
    « On est obligé de passer par ce genre de connerie ? » Répliqua à son tour Flush.
    
    Suite à ces paroles Albrecht afficha une mine de chien battu. Il y tenait vraiment à son image de gentil commerçant de quartier, même si elle ne trompait pas grand monde. Sans doute s’était-il un peu trop pris au jeu ?
    
    Car comment faisait-il pour être ouvert la nuit dans le secteur dix-huit avec tous ces bankraubers ? Des contacts avec la pègre ? Un arsenal caché sous le comptoir ? Un arrangement privilégié avec la polizei ?
    
    En fait Albrecht faisait tout à la fois. D’ailleurs c’était son truc de manger à tous les râteliers. Dans les années cinquante quand son gang de trafiquants d’armes subit de plein fouets les toutes nouvelles concurrences des gangsters oslaves (européens de l’est), et des strads, il n’avait ni vraiment lutté, ni vraiment trahit. Il s’était juste barré avant l’hécatombe finale en emportant un petit stock et quelques contacts.
    
    Depuis il écoulait tranquillement ses armes bas de gamme entre deux sandwichs aux diverses petites frappes berlinoises, qui en toute logique lui foutaient la paix. Quant aux gros revendeurs, ils se désintéressaient de ce gagne-petit. Les falkampfts eux fermaient les yeux voir le protégeaient en échange d’un tuyau de temps à autre.
    
     C’était d’ailleurs la raison de la venue de l’équipe de nuit. Parce que sinon le café était dégueulasse.
    
    Alors qu’Albrecht s’offusquait, Poe lança un regard à son collègue, qu’on pouvait traduire par « ferme ta gueule. ». Curieusement cet infatigable provocateur obéit, du moins à sa manière. Si on lui refusait le droit de foutre la merde, à quoi bon participer ? Flush se retourna carrément ne prêtant plus aucune attention à la conversation, et se contentant de savourer son café (façon de parler).
    
    Waits poursuivit l’entretien comme prévu. Après tout c’est elle qui à la demande de son sergent-chef, avait dégoté cet indic.
    
    « Désolé pour Flush. » Commença-t-elle histoire d’arrondir les angles.
    
    « Flush ? » Répliqua Albrecht dubitatif.
    
    « Il est bon aux cartes. »
    
    « Et ça vous sert à quoi un joueur de poker ? »
    
    « A rien. »
    
    Suivi alors un silence complice. Les amabilités étant effectuées, il était temps d’entrer dans le vif du sujet.
    
    « On cherche des armes ursiennes. »
    
    « C’est rare. On ne peut en dégotter que dans les marches, et encore à proximité de la ligne de front. Ces endroits sont isolés, et sous hautes surveillances. Alors ça ne facilite pas la contrebande. »
    
    « Il y en a bien, qui s’en servent en Center German ? »
    
    Poe fut lui-même surpris par sa propre interruption, surtout qu’elle contenait de l’agressivité.
    
    Albrecht en professionnel expérimenté, reprit son exposé tranquillement :
    
    « Quelques tueurs à gage en utilisent. Car n’étant pas enregistrés ces flingues-là ne laissent pratiquement pas de traces. Et surtout à cause leur mécanique mal connue, vos falkdoktors de la balistique, galèrent dessus. Attention quand je dis tueurs à gage, je parle du haut de gamme. Pas l’abruti, qui mitraille à tout va au milieu de la rue.»
    
    Face à cette annonce Poe passa d’excité à renfermé. Waits reprit alors la direction de l’entretien.
    
    « Sur le dix-huit personne ne vend de l’ursien ? Les stalingrads par exemple. »
    
     « C’est parce qu’ils sont oslaves, que ces connards ont forcément des contacts dans les marches. » Expliqua Albrecht en laissant échapper une certaine rancœur contre ses anciens ennemis. « Pour leur trafic d’armes ils passent essentiellement par une filière ricaine. »
    
    Ils passèrent en revue quelques autres gangs sans plus de succès. Il n’y avait donc rien de plus à ajouter. Quoique Albrecht ne partageait pas tout à fait ce point de vue.
    
    « Bon alors qui régale ? » Demanda-t-il alors que les falkampfts s’apprêtaient à partir.
    
    Waits étala quelques pièces sur le comptoir. Ce fut le drame.
    
    « Vous vous me foutez de ma gueule ou quoi ! » Cracha presque Albrecht.
    
    « Quoi il y a de la coke dans tes cafés maintenant ? »
    
    « Les cafés ! Je vous les offre, si vous voulez. Par contre pour mes infos je veux du consistant. »
    
    « Tes infos ! Tu ne sais pratiquement rien. »
    
    Alors que Waits négociait, qui est-ce qui ne foutait rien ? Perdu il s’agissait de Poe curieusement amorphe. Flush au contraire agit.
    
    « C’est ma tournée. » Annonça-t-il en se penchant pour murmurer à l’oreille de l’informateur.
    
    Albrecht après une écoute attentive, dit à haute voix :
    
    « Pourquoi te croirais-je ? T’es un joueur. Tu sais forcément bluffer. »
    
    Étrangement cette réplique réjouit Flush.
    
    « C’est à toi de voir. Tu préfères jouer la sécurité ou relancer ta mise ? »
    
    L’homme prudent que Flush avait perçu en Albrecht, les laissa alors partir sans faire d’histoire, toutefois après avoir eu droit à un second chuchotement.
    
    Sur le chemin du retour à la voiture le falkampft-joueur n’affichait même pas un air mystérieux. Apporter des éclaircissements sur ses messes basses ne lui effleurait pas l’esprit non plus.
    
    Son chef d’équipe ne lui en tint pas rigueur. Il était trop obnubilé par la baffe, qu’il venait de se prendre.
    
    Ainsi c’était censé être l’œuvre d’un professionnel : un meurtre au beau milieu de la rue. Bien sûr ! Et la cave de Kurt comptait un labo de drogue, ainsi qu’une armée de terroristes.
    
    Poe devait bien le reconnaitre. Il ne comprendrait jamais rien au dix-huit.
    
    

    *******************************

    
    
    « C’est tout ! » S’exclama Hans en soupesant le sachet de drogue dans le creux de sa main. « Je t’ai filé trente euromarks. »
    
    « Putain d’inflation. » Répondit le dealer allongé sur le canapé en se marrant de sa propre plaisanterie.
    
    L’homme à l’autre bout du canapé en bon sous-fifre le suivit dans le rire. Ce devait sans doute être sa fonction. Puisque l’autre sbire dans la pièce préparant les sachets, resta de marbre.
    
    Seule une personne ne respectait pas ses attributions. En tant que petit drogué des rues, Hans était censé baisser la tête et s’écraser. Or il serrait les poings, et fixait du regard son revendeur.
    
    « Il y a un problème ? » Demanda-t-il d’un ton ne suggérant pas tellement une question.
    
    Ce gosse rachitique allait-il comprendre où était sa place ? Son complice Lukas ne préféra pas attendre la réponse.
    
    « Tout est OK. On se tire. » Dit-il en tirant Hans dans le couloir.
    
    Le balaise surveillant l’entrée parvint à leur ouvrir la porte tout en insufflant du mépris dans ce geste serviable à la base. Il suffit d’un regard accompagné d’un hochement du menton.
    
    Lukas eut une sacrée sueur froide. Un type vendant de la drogue aussi ouvertement dans son propre appartement, était certainement capable d’y flinguer quelqu’un juste pour l’avoir ouvert un peu trop.
    
    Heureusement Hans sut se contenir jusqu’à dehors. Là il sombra dans un de ses délires faits d’insultes et de théories très imagées sur l’hygiène intime de leur dealer. Lukas lui s’en foutait. Ils avaient leurs doses. Il manquait juste un coin tranquille où se défoncer, et tout irait bien.
    
    Soudain Hans eut une de ses crises où il pensait avoir une idée.
    
    « Y en marre de filer ma thune à ce connard. Il ne cache même pas sa drogue. On n’a qu’à se servir. »
    
    Que des paroles en l’air, rien d’inquiétant à première vue.
    
    « On repasse maintenant. Ils ne s’y attendront pas. » Ajouta-t-il en brandissant une fusion de métal et crasse, qui avait été un pistolet autrefois.
    
    Là ça devenait un peu trop concret. Lukas décida, qu’il était temps de le calmer.
    
    « Il reste combien de balles dans ton flingue ? »
    
    Un crissement accompagna la sortie du chargeur, puis vint la réponse :
    
    « Deux. »
    
    « Et ils sont quatre là-haut. »
    
    Que répliquer face à cette logique élémentaire ? Hans s’y essaya, et comble de la malchance trouva.
    
    « Je connais un vioque. Il a un snack pas loin, et y vend des flingues en douce. Lui une balle suffira. Après on se sert dans son stock. Ensuite on revient un gun dans chaque main, flingue tous ses connards, et se retrouve blindé en dope. »
    
    Hans n’attendit même pas l’approbation de son collègue. Il accourait déjà en direction de son projet.
    
    De son côté Lukas ne le sentait vraiment pas. Faire peur à un petit vieux pour le rançonner, piquer une voiture aux serrures usées, faucher dans les magasins…. ça passait encore. Là il s’agissait de tuer quelqu’un.
    
    La valeur d’une vie se situait bien en-dessous d’une dose de crack, et même de cannabis, selon les critères de Lukas. Toutefois un meurtre risquait d’attirer l’attention de la polizei, voir des complices de la victime dans le cas échéant. En admettant qu’Hans soit capable de mener cette tâche à bien.
    
    Le moment n’était-il pas venu de larguer cet inconscient ? Non car à part le manque, la chose que craignait le plus Lukas était la solitude. Être seul dans la rue faisait de vous une cible facile, trop facile. Et puis le côté casse-cou de Hans n’avait pas que des inconvénients. Lukas se contentait généralement de faire le guet pendant leurs coups, était donc relativement peinard.
    
    Alors il suivit Hans en espérant… une prise de conscience, une autre idée moins foireuse… C’est une fois arrivé sur place que le miracle arriva.
    
    « Il y a trois falkampfts avec lui ! » Annonça Lukas en cachant sa joie. « On dégage. »
    
    « Non. » Répondit fermement Hans.
    
    Qu’est-ce qui lui prenait ? Son audace avait ses limites, comme dans l’appartement du dealer auparavant. Pourquoi choisissait-il maintenant de les franchir ?
    
    « Je crois que celui qui vient de se retourner, nous a vu. » Annonça Lukas.
    
    Même cette perspective ne fit pas renoncer son complice. Il changea de rue et d’angle de vue.
    
    Puis après une longue observation déclara :
    
    « J’ai un plan. »
    
    Pile le genre de mots que Lukas détestait entendre dans sa bouche. Pourtant le plan en question ne ressemblait pas aux précédents. Il était simple sans être bourrin. Peut-être que Hans venait d’avoir réellement un coup de génie ? Qui sait après tout il arrive qu’un agneau naisse avec cinq pattes.
    
    Le dernier blocage à ce projet à savoir la flicaille finit par partir. Il était temps de se lancer. Lukas s’approcha de l’échoppe le pas hésitant. Il éprouvait encore certaines réticences.
    
    « Qu’est-ce tu veux ? » Lui balança brutalement Albrecht.
    
    Ce gamin n’avait pas une allure d’acheteur, plutôt de quémandeur.
    
    « Une … boisson. »
    
    « Quoi comme boisson ? »
    
    « Un… café. »
    
    Entre les bégaiements et la tremblote de son client, il parut évident au vieux trafiquant, qu’il se tramait un sale truc. Lors de son second murmure Flush avait précisé le nombre des guetteurs. Où était donc le deuxième ?
    
    Albrecht suivit la direction d’un coup d’œil involontaire de Lukas, et vit alors le second camé s’approcher subrepticement l’arme au poing. Juste détourner l’attention, ce n’était pas si difficile. Pourtant Lukas n’y était pas parvenu.
    
    Albrecht saisit le pistolet fixé sous le comptoir, et fit parler la poudre. Hans s’envola littéralement. Le heavy scott spécial était capable de stopper une voiture en plein élan. Alors un drogué squelettique, c’était de la rigolade à coté.
    
    Les balles du marxmen en personne, faisaient figure de piqure de moustique face à ce véritable canon à main. Dommage que l’abruti à l’origine de la conception du heavy scott spécial ait oublié, qu’une bonne puissance de feu allait de pair avec un recul équivalent. Car cette arme ne disposait d’aucun compensateur.
    
    Les bras usés d’Albrecht mirent un moment à absorber le choc. Un moment que Lukas aurait pu mettre à profit pour attaquer ou fuir. Lorsque le vendeur d’arme se tourna dans sa direction, le pauvre gamin n’avait pas bougé d’un pouce, pétrifié par la peur.
    
    Albrecht considérait avoir suffisamment marqué son territoire avec la longue trainée de sang conduisant au cadavre de Hans. Alors il releva son arme et eut ses mots :
    
    « Tu vas faire deux choses gamin : te barrer, et changer de pantalon. »
    
    En regardant Lukas s’enfuir, Albrecht réalisa, qu’il n’avait pas fait preuve d’une telle générosité depuis… probablement jamais. Ensuite il songea à Flush. En scrutant les alentours négligemment il avait repéré le manège de ces deux bankraubers de pacotille, et offert ses observations en guise de paiement. Pourtant on disait que les flics du dix-huit n’étaient pas capables de retrouver leur cul même avec une lampe et une carte.
    
    Il faut croire, que c’était la nuit des miracles.

Texte publié par Jules Famas, 29 mai 2018 à 07h22
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