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Tome 1, Chapitre 3 Tome 1, Chapitre 3
Vu que nous en sommes aux confidences, une fois je me suis tapée un ancien vétéran des marches. Parfois c’est agréable d’être avec plus paumé que soit. Et à ce petit jeu, ces gars là sont imbattables croyez-moi.
    
    Bref ce mec m’a dit qu’en comparaison au dix-huit, il se trouvait plus tranquille là-bas.
    
    « Pourquoi ?» Lui ai-je demandé. « Il n’y a pas de raisons que les soldats ursiens ne soient pas au moins aussi bien armés et violents que nos kriminals. »
    
    « Mon petit sucre. » A-t-il répliqué.
    
    Je sais c’est ringard. Pourquoi croyez-vous que je l’ai plaqué ?
    
    « Les soldats ursiens déjà ils ont des uniformes. On les voit donc venir plus facilement. Et puis ils suivent des stratégies, attendent des ordres... Bref de temps en temps ils s’arrêtent de tirer. »
    
    Tout ça pour vous dire chers concitoyens du dix-huit que quand un foutu troufion vous sort « engagez-vous, l’armée fera de vous un homme, un vrai », n’oubliez que vous en faites plus que lui en allant faire vos course en bas de la rue.

    
    
    Pour un HLM du dix-huit il était plutôt en bon état. Un peu de crasse çà et là, mais pas de véritable dégradation, et un ascenseur en état de marche. Ce dernier point arrangeait bien le trio de falkampfts, l’intervention ayant lieu au quinzième étage.
    
    Là encore la vue des uniformes de la polizei ne provoqua aucun remous. Seuls quelques judas se relevèrent afin de s’assurer, qu’ils ne venaient pas pour leurs utilisateurs.
    
    Sur ce coup on ne pouvait nier l’utilité de Poe. Franka la personne à l’origine de leur présence, était au bord de l’hystérie, et s’exprimait par onomatopées saupoudrés de quelques mots çà et là.
    
    Le falkampft à force de patience et d’attention parvint à en tirer des monceaux de phrases à peu près cohérents avec en bonus leurs sous-entendus.
    
    « Claus mon mec est un rêveur romantique / un fainéant qui préférerait s’arracher un bras plutôt que de bosser. »
    
    « Il m’a téléphoné comme quoi il s’était dégoté une idée géniale qui nous sortirait de la dèche / encore une combine foireuse dont il avait le secret. »
    
    « Une fois le boulot fini je suis passée le voir pour le soutenir dans son projet / l’empêcher de faire trop de conneries. »
    
    « La porte de son studio était fermée de l’intérieur avec la clé encore dedans, et ça ne répondait pas. Alors j’ai demandé de l’aide / emmerdé les voisins jusqu’à ce que l’un d’entre vous appelle. »
    
    Une petite précision : en cette année 2070 alternative, les téléphones portables sont des appareils volumineux et chers. Donc tout le monde n’en dispose pas.
    
    Une fois un résumé apporté par le sergent-chef, Flush murmura à sa collègue :
    « Je te parie que le Claus s’est juste vautré avec son plan, et se cache de honte. »
    
    « Tu crois qu’il existe encore un falkampft du dix-huit capable de prendre un pari avec toi ! »
    
    La réplique était aussi cinglante qu’hypocrite. Puisque Waits partageait le point de vue de Flush. Sauf que si elle pouvait pardonner ses lacunes à Poe du fait de sa bonne volonté. En revanche elle ne trouvait aucune excuse à son autre coéquipier, que par conséquent elle remettait de temps à autre à sa place.
    
    De son côté le sergent-chef l’air dubitatif devant la porte blindée, tentait par le biais de sa radio de dégotter un serrurier d’urgence. Waits décida alors de jouer son rôle de contrepoids.
    
    Dans le dix-huit quand on réunissait des bras cassés dans une équipe afin de les isoler le plus possible, on ajoutait toujours au moins un falkampft compétent par sécurité.
    
    Ayant connaissance de ce principe et de sa fonction dedans, Waits sonna chez un voisin tout en trainant Flush derrière elle. La pauvre du fait de son physique enfantin avait parfois du mal à insuffler de l’autorité toute seule.
    
    La porte s’ouvrit laissant la place à un type en tricot de corps, et en slip kangourou tous deux de couleurs douteuses. La falkampft se souvint alors pourquoi elle vivait seule.
    
    L’homme en slip écouta à peine l’argumentation de Waits se tortillant d’impatience, comme s’il avait envie de pisser. Une fois que sa visiteuse acheva sa demande, il s’écarta non pas pour se ruer aux toilettes, mais sur le canapé. Il avait déjà assez perdu de son programme télé.
    
    C’était sa façon à lui d’autoriser les deux falkampfts à entrer.
    
    Malgré sa décoration disons primitive faite de canettes de bières, de sous-vêtements usagés, et de cartons à pizza, l’intérieur de l’appartement combla les attentes de Waits. Car il s’y trouvait un balcon à côté de celui de Claus.
    
    Il suffisait juste d’enjamber sans avoir à recourir à un serrurier ou autre. « Suffisait » n’était peut-être pas le bon terme, si on tenait compte du sol quinze étages plus bas.
    
    D’ailleurs Waits eut une petite hésitation. Puis Flush se proposa.
    
    « Écoutes t’as déjà bossé cette nuit avec la douille. Je ne veux pas que tu risques le surmenage. » Répliqua la membre de la polizei n’appréciant pas, qu’on la prenne par la main surtout ce branleur.
    
    « Je ne dis pas que t’en es pas capable. Simplement j’ai une meilleure paire de jambes. Ça se sera donc plus simple pour moi. »
    
    Waits resta sans voix de s’être fait percer à jour ainsi. Elle laissa donc sa place se contentant de rester à l’affut en cas de complication. Flush lui atteint l’autre balcon sans manifester la moindre réticence. Il était trop désespéré pour avoir encore peur. L’audace, tenter une action risquée et voir si elle passe, voilà tout ce qui lui restait comme motivation.
    
    Une fois chez Claus il dégaina son marxmen, et usa de son canon, afin de casser la porte vitrée (Claus n’avait même pas fait l’effort de tirer ses volets), et de pouvoir atteindre la poignée à l’intérieur. Si le bruit avertissait un éventuel bankrauber (braqueur armé) ou autre kriminal encore dans l’appartement ? Ça rendrait le jeu plus intéressant.
    
    Dans un premier temps sa coéquipière le maudit à cause de cette erreur. Dans un second elle s’apprêta à le rejoindre. Et enfin dans un troisième elle se ravisa. Si Flush avait commis la bourde de signaler son point d’entrée à d’éventuels des personnes armées, qu’il en assume les conséquences seul.
    
    Elle n’allait pas servir de cible à cause de ce connard inconscient. Waits se contenta de couvrir alors la possibilité de fuite qu’offrait le balcon, tout comme Poe avec la porte d’entrée.
    
    Flush pénétra dans l’habitation l’arme en avant, et tomba très rapidement dans le salon sur un homme (probablement Claus) au bord de la suffocation. Il fallait vite le débarrasser de son agresseur. Hélas Flush malgré son errance européenne, n’avait jamais été confronté à ce genre de cible. Une bonne vieille balle dans la tête marcherait certainement. Encore fallait-il localiser la fameuse tête.
    
    Le falk se concentra, trouva, et tira. Claus était toujours dans un sale état. Sans doute quelques soins lui aurait été nécessaire. Mais pas de la part de Flush. Il considérait en avoir assez fait. Il ouvrit donc la porte d’entrée, et laissa la suite des opérations à ses collègues.
    
     « Oh putain ! » S’exclama Poe devant le cadavre du boa constrictor abattue.
    
    Même Waits face au spectacle en oublia d’engueuler l’indécrottable Flush.
    
    

    **************

    
    
    Il fallait voir les choses en face. Claus était le genre de personne à se foutre continuellement dans la merde. Les trois membres de force de l’ordre n’avaient fait que retarder l’inévitable.
    
    Afin de ne pas s’être dérangés pour rien ils déposèrent Claus à la falkhaus. Après une nuit en cellule il donnerait probablement des informations sur le trafic d’animaux, auxquels il s’était mêlé si maladroitement.
    
    Ce détour effectué le véhicule de la polizei se remit à sillonner les rues en attente d’un autre cas stupide ou sordide.
    
    Flush sur la banquette-arrière somnolait. Waits conduisait. Poe relisait son fax. Vue ce que subissait les voitures de police dans le dix-huit, on avait renoncé à leur installer un terminal informatique relié à Velda (l’ordinateur central de la falkhaus) au profit d’un fax moins couteux.
    
    Du fait de la médiocrité et surtout du coût des réseaux informatiques, cet appareil était très répandu. La plupart des particuliers recevaient leurs journaux directement chez eux par fax.
    
    Malheureusement la manœuvre était fastidieuse. Poe lors du départ de la scène de crime avait demandé à une standardiste d’effectuer une recherche. Le résultat lui était parvenu sous forme de fax environ une demi-heure plus tard. Et pourtant le dossier était loin d’être épais. Il s’agissait bien entendu de celui de Kurt MANGER.
    
    Cet homme avait eu une vie sans histoire dans le sens le plus stricte du terme. Fils unique de parents ouvriers aujourd’hui décédés, il avait marché leurs traces dans une usine d’assemblage de machines à laver. Quoi d’autres ? Une existence entière passée dans le secteur dix-huit. Un mariage d’une durée de deux ans à peine. Un accident du travail à quarante-six ans avec une pension à la clé. Un casier judiciaire limité à quelques cas d’ivresses sur la voie publique.
    
    Allez trouver un mobile de meurtre dans ce néant.
    
    « T’as une intuition sur ce coup ? » Demanda Waits intriguée par cette énième relecture.
    
    Cette phrase était complètement à côté de la plaque. Dans la méthodologie purement scientifique de Poe, le ressentit ne bénéficiait d’aucune place. Et surtout il y avait son jeu ou plutôt sa drogue.
    
    A partir des premiers éléments d’enquête que Poe prélevait lors de ses patrouilles nocturnes, il bâtissait des théories. Ensuite il les comparait avec les rapports. C’était un peu sa drogue de substitution en matière d’investigation.
    
    Sauf que sur ce coup on le privait de sa dose. En effet Poe avait beau examiner le problème sous tous les angles, il ne parvenait à rien de cohérent.
    
    Pour quelqu’un comme Kurt au casier judiciaire et au compte en banque pratiquement inexistants, le crime passionnel semblait le plus évident. Mais qui ce pilier de comptoir pouvait bien déranger ? Son ex-femme ? Leur divorce remontait à plus de vingt ans, et ne faisait mention d’aucune violence. Il s’agissait d’une simple séparation à l’amiable.
    
    Admettons que les violences conjugales n’aient pas été signalées ou que Kurt ait fait secrètement du tort à quelqu’un d’autre.
    
    Malheureusement dans cette construction déjà bancale une gêne persistait. Un meurtre au motivations personnelles était avant tout un acte de colère. Or il n’en transparaissait rien dans le cas de Kurt.
    
    Déjà aucun acharnement n’était à déplorer, l’assassin s’étant juste contenter d’un tir. Ensuite si on en croit les témoignages ou plutôt leur absence, le tueur s’était éclipsé comme une ombre. Ce qui suggérait une certaine maitrise plutôt éloignée d’une personne ayant agi sous l’impulsion.
    
    Finalement l’hypothèse du crime crapuleux correspondait peut-être mieux. Un verrater (petit délinquant) en croisant Kurt seul dans la rue, avait profité de l’occasion pour le buter et lui tirer son fric. Quoi de plus ordinaire ?
    
    Et le fait que le cadavre disposait encore de son argent ? Étant un débutant le meurtrier avait paniqué, et s’était immédiatement enfui après son acte.
    
    Tout semblait se tenir…. à un élément prêt : l’arme du crime. Comment un flingue aussi rare avait pu atterrir dans les mains d’un truand de seconde zone ?
    
    Il ne fallait pas négliger le jeune homme avec lequel Kurt avait passé sa dernière soirée. Ce ne pouvait pas être une simple coïncidence. Le vieil alcoolique dérogeait à ses habitudes, et pile ce soir-là se faisait tuer.
    
    Si cet inconnu était l’assassin, pourquoi s’était-il affiché ainsi en public avec sa future victime ?
    
    Toujours préoccupé par ce casse-tête, Poe eut besoin d’une seconde tentative de la part de sa coéquipière avant de réagir.
    
    Une intuition ? D’une certaine façon il en eut une avec Waits lui rappelant sa présence. Du fait de sa frustration, Poe se remémora un autre aspect de son poste plus égoïste. En tant que leader il veillait sur les membres de son équipe, mais il les commandait également.

Texte publié par Jules Famas, 24 mai 2018 à 08h11
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