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Tome 1, Chapitre 1 Tome 1, Chapitre 1
Helmut j’ai reconnu ta voix. Tu connais la suite : je te coupe. Je précise aux nouveaux auditeurs de Wirklich Berlin que cet homme tente sa chance avec moi depuis bien longtemps au travers de son téléphone.
    
    Je l’ai pourtant informé que je couchais rarement sans avoir bu avant. Or je ne bois jamais au travail. J’ai bien trop de respect pour vous chers auditeurs.
    
    Helmut si tu m’écoutes encore inutile de m’attendre à la sortie du studio pour m’inviter dans un bar. Car dans ton cas il me faudra bien plus qu’un verre je pense.
    
    Remarque on trouve de tout dans notre cher dix-huit : peyotl, LSD 25, PCP, salésie, schöpfer, boost-shaker, volkträmen... génial j’ai trouvé de quoi meubler la nuit complète.
    
    Poursuivons : death speed, awake....

    
    
    Le secteur dix-huit connaitrait-il au moins une fois une nuit paisible ?
    
    Certains faisaient des efforts dans ce sens comme les dealers, les prostituées clandestines, et les cambrioleurs. Eux travaillaient discrètement et silencieusement (autant que possible pour la seconde catégorie). Mais des mauvaises volontés demeuraient telle cette voiture, qui crachait toute la puissance de son moteur dans les oreilles des résidents du sud de la ville.
    
     Apparemment ça ne suffisait pas à Frantz le passager du véhicule.
    
    « Qu’est-ce que tu fous ? Ils gagnent du terrain. » Gueula-t-il au conducteur.
    
    Il est vrai que son complice n’avait pas tellement d’excuse. Il avait entre les mains une De Mauer Fugazzi, la voiture des rebelles. En plus de cette symbolique quelque peu pompeuse, cet engin se distinguait entre autre par sa robustesse et surtout sa puissance.
    
    Pourtant la voiture de police réduisait de plus en plus l’écart. Face à cet état de fait Frantz décida de prendre les choses en main. « Les choses » en question étaient un guelter automatic PM2.
    
    Ce pistolet d’usage militaire convenait tout à fait à Frantz. Déjà il était increvable. Et il valait mieux au vue la négligence du kriminal quel que soit le domaine. Ensuite il y avait son autonomie. Avec un tireur comme Frantz un chargeur de dix-huit balles n’était pas de trop.
    
    Le délinquant ouvrit la fenêtre, s’y pencha, et arrosa le véhicule de patrouille. Fidèle à lui-même il ne visait pas de point précis, attendant d’atteindre la quantité de balles suffisantes pour être débarrasser de ces gêneurs.
    
    Heureusement que certains se montraient un peu plus visionnaire. Dès le début des tirs la voiture de police se décala sur la gauche. N’importe qui aurait alors passé sur la banquette arrière afin de ne pas gêner le conducteur, puis se serait posté à la vitre arrière-gauche.
    
    Sauf que tirer et réfléchir en même temps, c’était trop de demander à Frantz. Sous l’excitation du combat il se pencha encore plus dans l’intention d’élargir son angle de tir. C’est alors qu’un nouveau protagoniste fit son entrée par procuration : le service (incompétent) de l’entretien des routes berlinoises.
    
    Concrètement un nid de poule provoqua une embardée. Il s’en suivit l’éjection du tireur foireux dont la tête fit connaissance avec le goudron. Même si ce n’était pas la partie la plus utilisée de l’anatomie de Frantz, son enfoncement suffit largement à provoquer sa mort.
    
    Le conducteur réalisa enfin dans quelle merde il se trouvait. Soudain la Fugazzi accéléra violemment, et dépassa même sa vitesse de pointe. Les « entre autre » comprenaient l’aspect facilement customisable de cette voiture.
    
    Cette fois le fuyard tenait le bon bout. L’image de l’autre voiture dans le rétroviseur rétrécissait. Puis arriva un virage. Afin de ne pas perdre son avance, le conducteur tenta de le négocier sans trop ralentir. Le mur n’accepta pas cette audace. Le destin trouva marrant d’en rajouter une couche avec une défaillance des airbags.
    
    Les deux suspects se tuant eux-mêmes, tu parlais d’une victoire.
    
    La voiture de police s’arrêta dans l’intention d’au moins constater l’ampleur des dégâts. Le chef d’équipe sortit le premier l’arme à la main. Pourtant le kriminal encastré dans le pare-brise n’était plus en état de faire quoique ce soit.
    
    N’étant résolument pas à sa place le malheureux falkampft se raccrochait sans cesse à ce genre de précautions.
    
    Désigné à présent par le sobriquet de Poe, il était sorti de l’académie de police avec le grade de sergent.
    
    En dessous le koss et koss-chef se chargeaient des tâches dites de base telles que les surveillances, les interventions, et les patrouilles.
    
    Le sergent lui disposait un statut un peu bâtard. Il dirigeait les autres falkampfts durant ces besognes routinières. Mais il pouvait aussi sous la supervision d’un plus haut gradé exécuter certaines tâches d’investigations comme des filatures ou des interrogatoires.
    
    Une fois formé Poe avait fait ses armes dans le secteur dix-sept composé d’usines et de cités ouvrières. C’était ni le pire, ni le meilleur des endroits. Avantagé par sa passion de la psychologie criminelle, Poe était parvenu en moins d’un an à devenir sergent-chef.
    
    En tant que plus élevé des sous-officiers il pouvait se charger des premières procédures d’une enquête, voir dans certains cas la mener à son terme.
    
    A peine promu on muta Poe dans le secteur dix-huit, où ses talents se révélèrent immédiatement superflus. Le chaos si particulier voir unique du dix-huit échappait aux méthodes d’investigation classiques. Comme si on avait le temps de procéder au portrait psychologique d’un criminel, lorsque tant d’autres suivaient derrière. De plus les tarés que comptait la pègre locale, auraient exigé une armée de psychiatres chevronnés.
    
    Alors pourquoi cette mutation me diriez-vous ? Pour faire chier le kommissar Elmut Koenig.
    
    « L’homme aux dix milles arrestations » était une véritable légende au sein de la polizei. Au lieu de profiter de sa notoriété comme n’importe qui (publier un livre, coucher avec une mannequin, se montrer dans les évènements people…), il héla le gouvernement au sujet de la corruption et du manque moyen au sein des forces de l’ordre.
    
    Face à cet appel les dirigeants firent un geste… de la main… avec un seul doigt. Ils avaient déjà à gérer une guerre inachevée avec l’URSIA, une crise économique, et une armée nostalgique de l’époque où elle dirigeait Europa. Ils n’allaient pas en plus s’occuper des problèmes de sécurité du peuple les ayant élus.
    
    Indécrottable Koenig créa son propre parti politique afin de se faire entendre. Là s’en était trop. Les politiciens au pouvoir attribuèrent à ce trouble-fête la direction des forces de police du secteur dix-huit. Le niveau de criminalité dans ce coin-là occuperait Koenig, et casserait son image de super-flic à cause de ses futurs et médiocres résultats.
    
    Toutefois par précaution (ou méchanceté gratuite) les gouvernants mettaient régulièrement des bâtons dans les roues du kommissar tels que Poe.
    
    Le boulet en question finit par rengainer. Il s’améliorait… l’espace d’un instant. Une fois plus près il se mit à examiner méticuleusement le cadavre, comme s’il s’agissait du crime du siècle. Pourtant ce n’était qu’une affaire de voiture-bélier ayant mal tournée.
    
    Vous savez ces truands trop incompétents pour forcer une serrure ou une fenêtre, qui défonçaient les entrées des magasins avec leurs voitures. En plus les deux coupables du fait de leur lenteur s’étaient fait prendre en chasse une fois le pillage effectué.
    
    Poe avait toujours eu cette attirance envers le morbide, qui le poussait à observer à la loupe tout acte de violence. Il espérait y découvrir on ne sait quoi, éventuellement une explication valable à toutes ces horreurs.
    
    Entre cette habitude sinistre et la pile de bouquin sur son bureau (des œuvres de criminologie majoritairement), il fut facile à ses confrères de lui trouver son surnom.
    
    Présentement un autre sobriquet venait à l’esprit en voyant en pleine nuit cet homme mince et au teint blafard penché sur ce cadavre sanglant.
    
    Pour une fois la recherche de Poe aboutit à quelque chose. Des sortes de dessins faits à même la chair trainaient un peu partout sur les bras du défunt. Ainsi c’était un scar.
    
    Les scars ne constituaient pas une organisation criminelle à proprement parler. C’était plutôt une sorte de mouvement de personnes rejetant la société. Ils vivaient clandestinement, et subvenaient à leurs besoins par des coups occasionnels, et majoritairement violents. Bref toutes ces observations n’apportaient qu’une petite précision au final.
    
    « Le sac ou le brancard ? » Demanda Waits toujours dans la voiture ramenant ainsi son supérieur à la réalité.
    
    Poe eut un léger flottement avant de confirmer la mort du prévenu. A son corps défendant il était perturbant d’entendre l’autre falkampft sortir des répliques si crues.
    
    Malgré ses vingt-trois ans du fait de sa voix fluette, de sa petite taille, et de son visage rond, on donnait à peine dix-huit ans à cette femme.
    
    Écoutant régulièrement du Tom Waits (un artiste musical de la fin du vingtième siècle), ce membre de la polizei était natif du secteur dix-huit. Baignée dans cette violence incessante, elle parvenait à prendre du recul sans être blasée, du moins pour le moment.
    
    Ensuite elle deviendrait probablement le pendant féminin de Lazare. Du moins si elle survivait assez longtemps.
    
    Même si dans les environs le portrait du falkampft idéal correspondait à un gaillard d’un mètre quatre-vingt-dix taillé dans l’acier, Waits compensait par sa science de la rue et son bon coup de volant. Dont elle venait d’ailleurs de faire la démonstration. Si bien que de simple koss au départ elle était parvenue en quelques années à atteindre le grade de sergent.
    
    Alors qu’elle transmettait les instructions à la falkhaus, le troisième et dernier membre du groupe quitta le véhicule. Pas pour mettre la main à la patte, ce n’était pas le genre du sergent surnommé Flush. Il se dégourdissait juste les jambes.
    
    Lui non plus ne correspondait pas au falk parfait. Sa chevelure ou plutôt sa tignasse était vaguement rattaché à l’arrière de son crâne. Son uniforme n’avait pas dû rencontrer un fer à repasser depuis un bon bout de temps. A cela s’ajoutait sa silhouette avachit.
    
    On dit de certaines personnes que quoi qu’elles portent, elles ont la classe. Dans le cas de Flush c’était exactement l’inverse.
    
    Un mélange de désœuvrement et de curiosité le poussa à agir. Il donna un coup de pied dans le coffre de la voiture accidentée. N’étant plus en état d’offrir une grande résistance, il s’ouvrit.
    
    « Du matos de bricolage ! » S’exclama Flush devant sa découverte. « Pourquoi ils sont allés piquer çà ? »
    
    Tout comme son chef de groupe, Flush entrait dans la catégorie des cadeaux empoisonnés. Au départ membre d’Orgapol (la police de la Francie), sa nébuleuse carrière était faite de renvois plus ou moins officieux au sein d’Europa. Tout naturellement sa course s’était achevée dans le secteur dix-huit. Quant aux raisons d’un tel parcourt on en eut une petite idée, lorsqu’il dépouilla quelques confrères au poker.
    
    Objet d’animosité au sein de la falkhaus depuis ses parties de cartes, Flush se retrouva au service de nuit afin d’être le plus isolé possible. A présent il glandouillait pratiquement ouvertement en attendant ? Une mutation dans les marches peut-être. C’était la dernière option restante dans son cas.
    
    « Tout se revend ici. » Expliqua Waits décidément sur le qui-vive.
    
    En bon bûcheur Poe s’était renseigné sur les divers gangs. Par conséquent il savait que les scars étaient des braqueurs, et des voleurs, mais pas des trafiquants. Cela les aurait poussés à trop se mêler au système si détestable à leurs yeux.
    
    Une fois de plus Waits le tira brutalement de ses déductions.
    
    « Poe. On a un appel du central. Je le transfert sur ton portatif. »
    
    « Sergent-Chef Dieter Bröhm ? » Demanda une voix didactique avant de poursuivre après la confirmation. « J’ai un D-01 pour vous. »
    
    Un homicide ! Normalement Poe aurait sauté sur cette occasion d’assouvir même faiblement sa soif d’investigation. Sauf qu’aussi excentrique soit-il, ce falkampft n’était pas inhumain pour autant. Il tenait donc à assurer convenablement son rôle de chef d’équipe.
    
    « Nous venons à peine d’essuyer des tirs suite à une interpellation… »
    
    « Écoutez. » Coupa la standardiste avec un ton plus humain. « Vous êtes la seule équipe d’investigation à proximité. Et on ne peut laisser un cadavre en pleine rue trop longtemps. »
    
    Tergiverser avec Lisa Wendorn ne servirait à rien. En tant que doyenne des standardistes de la falkhaus elle connaissait tous les rouages sur les bouts des doigts, et était donc impossible à prendre en porte-à-faux.
    
    Le trio refila leurs deux macchabées aux koss les plus proches, puis se dirigea vers la scène de crime. Un court trajet en voiture, voilà de quoi l’équipe disposait comme occasion de souffler un peu.
    
    Et les trois falkampfts allaient en avoir besoin. Car une longue nuit les attendait.

Texte publié par Jules Famas, 13 mai 2018 à 09h29
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