Pourquoi vous inscrire ?
«
»
tome 1, Chapitre 1 tome 1, Chapitre 1

.

Plus que quelques branches et le sommet de l'arbre serait atteint !

Et elles furent rapidement gravies.

Hayjie s'accroupit à sa cime en écartant légèrement les bras afin conserver son équilibre au maximum même si ce dernier restait précaire.

Sérénité.

Sa peau bleutée se confondait à la couleur du ciel, et seuls sa tunique ainsi que ses longs cheveux fins de couleur argentée ressortaient sur cet aplat azur où le vent jouait, les faisant ondoyer dans ses soupirs et reflétant avec élégance la lumière d'Astalie.

Le bleu était partout autour d'elle : dans le ciel, dans l'océan qui s'étalait à perte de vue, dans certaines gemmes immenses qui supportaient le poids d'îlots plus ou moins imposants.

C'était aujourd'hui qu'elle devait se rendre au Panthéon des Esprits Animaliers afin de solliciter le rituel de l'Elaïn qui ferait peut-être d'elle une métamorphe, comme chaque habitant de son peuple à partir de l'âge de seize ans.

« Hayjie ! Que fais-tu encore là-haut ? Tu vas être en retard ! »

Elle sortit de sa contemplation pour voir sa mère au pied de l'arbre, bras croisés sur sa poitrine et le regard fort en promesses de réprimandes si elle ne la rejoignait pas dans les plus brefs délais.

« J'arrive ! »

Elle descendit de l'arbre en sautant de branche en branche pour se retrouver quelques secondes plus tard auprès de sa mère, un sourire espiègle sur le visage.

- Me voilà !

- File mettre ta tenue de cérémonie, l'aéronef part bientôt.

- Je serais à l'heure ! »

Hayjie embrassa en vitesse sa mère sur la joue, puis partit au pas de course en direction du village qui reposait au creux de la falaise où trônait son arbre.

Elle serpenta entre les petites habitations de pierres jusqu'à celle où elle logeait avec ses parents, passa le rideau de perles colorées qui ornait l'encadrement de la porte et se dirigea dans la pièce du fond, celle qui abritait sa chambre.

La tenue qu'elle devait porter avait été soigneusement disposée sur son lit.

Elle enfila l'ensemble à la hâte, mit le peigne dans une poche de sa tunique, prit de quoi se coiffer et se maquiller durant le trajet dans sa besace où se trouvaient déjà quelques vivres, puis se dirigea vers l'endroit où l'engin attendait les prétendants à l'Elaïn, amarré près des côtes de l'île.

Ils étaient trois ce jour-là : Faust, Siann et elle.

Le véhicule se composait d’un petit navire en bois suspendu sous un immense ballon en toile brune huilée et une série de cordages épais soigneusement tressés et renforcés par des anneaux métalliques le reliait à la nacelle. Sous ce ballon, une gemme opaline diffusait une chaleur constante pour maintenir l’air chaud à l’intérieur de ce dernier.

Le regard de Hayjie s'attarda un instant sur les deux gouvernails en forme d’ailes ajustables et à l’arrière, une grande hélice en métal.

Achevant sa contemplation, elle monta dans l'engin dans un soupir fatigué avant que le capitaine ne fasse entendre l'appel du départ.

Le voyage pour s'y rendre allait durer une bonne demie journée, et elle ne savait pas quand elle pourrait rentrer. C'était la première fois qu'elle quittait son île et le rituel pouvait s'achever en quelques heures ou, pour de très rares cas, durer près de trois jours consécutifs.

Le capitaine du navire, à la peau d'une couleur orangée peu commune dans la région, annonça le départ, retira les ancrages qui le maintenaient à Eysul, et prit immédiatement les commandes du vaisseau.

La jeune fille s'installa sur la proue de l'embarcation, comptant profiter de ce voyage pour contempler ce paysage qu'elle ne reverrait peut-être jamais. Il était rare que des habitants de l'île partent en exploration.

Rien que le fait de penser vouloir le faire en dehors des rites religieux était une hérésie !

- On pensait que tu n’arriverais jamais ! Où étais-tu passée ? On t’a cherchée partout ! » s’écria Siannlie en s'accoudant à la rambarde, débordante d’énergie.

À ses côtés, Faust, un grand jeune homme aux cheveux noirs corbeau et à la peau d’une pâleur spectrale, observait la scène d’un air amusé et se contentait de suivre Siann d'un pas tranquille.

Leur arrivée bruyante troubla la tranquillité qu’Hayjie chérissait tant.

Un soupir imperceptible s'échappa de ses lèvres alors qu’elle se retournait vers eux, plus par politesse que par réel désir de converser. Siannlie comptait parmi ses plus proches amies, mais son enthousiasme débordant avait parfois un effet... étouffant ? Elle ne savait pas vraiment comment qualifier ce ressenti.

- Et tu n’es toujours pas coiffée, ni maquillée, lança cette dernière d'un ton faussement réprobateur. Mais je peux t’aider si tu veux ?

- C’est gentil, mais avec le trajet qu’on a devant nous, j’aurai tout le temps de m’en inquiéter plus tard. »

Siannlie fit mine d’accepter sa réponse, mais son sourire se figea un instant, trahissant une pointe de déception.

- D’accord ! Je ne t’embête pas plus longtemps dans ce cas. » dit-elle avec un entrain un peu forcé.

La culpabilité écrasa la poitrine d'Hayjie tendit que le regard triste de son amie se détournait d'elle. Elle soupira pour elle-même avant de descendre sur le pont pour rejoindre son amie.

- Finalement… ça pourrait être sympa de passer un peu de temps ensemble. »

Les yeux de Siannlie s’illuminèrent aussitôt.

- C’est vrai ?

- Ça fait longtemps qu’on n'a pas passé un moment entre filles.

- Cool ! Viens, on va se poser sur l'escalier ! »

Faust, toujours adossé nonchalamment, laissa échapper un rire discret suite à cet échange. La jeune fille l'ignora et entraîna Hayjie vers les marches d’un escalier.

Là, elle sortit une brosse et quelques branches de rotin soigneusement préparées. Avec des gestes précis, elle démêla la chevelure argentée d’Hayjie et la divisa en cinq mèches égales. Chaque mèche fut enroulée autour des branches pour former de délicates auréoles qui semblaient flotter autour de sa tête. Le reste des cheveux fut tressé et relevé en un chignon complexe, maintenu par un peigne d’ornementation gravé.

- Merci..., murmura Hayjie, contemplant son reflet dans un miroir de poche.

- Ça te va bien, répondit Siannlie avec un sourire satisfait.

- Ce n’est qu’une coiffure traditionnelle.

- Peut-être, mais elle te va vraiment bien. Prête pour le maquillage ?

- Je pense pouvoir m’en occuper moi-même. Mais… reste. »

Siannlie, déjà prête à cette idée, lui adressa un sourire en ouvrant le petit sac contenant le maquillage offert pour l’occasion. Comparé à la coiffure, le maquillage était simple : un rouge à lèvres noir corbeau, de larges traits sombres étirés jusqu’aux tempes, et des pointillés délicats sous les yeux, entre l’arête du nez et le front, ainsi qu’entre la lèvre inférieure et le menton. Le résultat, fidèle à celui de Siann, était sobre mais saisissant.

- Voilà.

- C'est presque symétrique !

Hayjie se contenta de lui sourire, puis rangea ses affaires dans sa besace, l'esprit ailleurs, avant de reprendre la parole :

- À ton avis, que trouverons-nous une fois là-bas ?

- Un immense temple de cristal, évidemment.

- Oui, mais après ?

- Je n’en sais rien… Personne n'en parle. Et toi, comment l’imagines-tu ?

- Peut-être qu’ils nous attendent déjà.

- Qui ça ? Des vieillards drapés de longues tuniques blanches, le visage couvert de rides profondes ?

- Trop banal pour l’Elaïn… Pourquoi pas des êtres aux bois de cerf et aux vêtements éclatants de mille couleurs ?

- Là, c'est peut-être un peu trop... extravagant ?

- Et si, en poussant la porte, nous découvrions un autre monde… Où les écureuils règnent en maîtres absolus ?

- Hayjie !

- D’accord, d’accord, je me tais… pour l’instant ! »

Elle ne put s'empêcher de rire devant la mine exaspérée de son amie.

- Comment peux-tu ne pas le prendre au sérieux ?

- Pourquoi le prends-tu autant au sérieux ?

- C'est un événement important, on ne peut pas le tourner en ridicule comme tu le fais.

- Et pourquoi pas ? Il n'y a que nous, Faust est parti s'exiler quelque part dans le navire, et le conducteur est enfermé dans sa cabine de pilotage. Qu'est-ce qu'on risque ?

- De nous faire recaler, par exemple ?

- Recaler de quoi ? Ça fait des générations qu'il n'y a pas eu de métamorphes sur notre île et ce n'étaient que des plaisanteries !

- Ce ne sont pas des raisons pour leur manquer de respect.

- Mais on ne sait même pas si ce temple est encore habité par quoique ce soit !

- Raison de plus pour ne pas risquer de les offenser de cette façon.

- Offenser des hypothétiques habitants qui ne peuvent pas nous entendre ? Bref... désolée, je pense que... je vais retourner me percher là-bas. »

Visiblement agacée, Hayjie se leva et ramassa son sac sans s'attarder davantage pour retourner à l'avant du pont en quête du calme et de la tranquillité qu'elle avait quittés une bonne heure auparavant, puis grimpa sur le pontage afin de s'y installer le reste du voyage.

L'astalie était bas dans le ciel quand ils arrivèrent enfin sur l'îlot flottant où reposait un imposant édifice en cristal tout en hauteur et aux nombreuses tours vertigineuses. Une végétation luxuriante, colorée et très bien entretenue bordait un élégant bassin ouvragé qui entourait le bâtiment. Une source éternelle aux reflets irisés, l'emplissait et diffusait sur le cristal une lumière pastelle et mouvante. Celle-ci allant également alimenter une cascade qui se situait devant l'imposante porte d'entrée, se jetant dans l'océan en contre-bas.

Un pont, mêmement en roche hyaline, reliait les portes du temple au ponton où l'aéronef s'amarra en douceur.

« Jeunes gens, nous sommes arrivés ! »

Hayjie ne cachait pas son admiration pour le temple qui lui faisait face. Elle avait entendu énormément de récits à son sujet, mais aucun témoignage n'avait pu retranscrire sa réelle splendeur.

Elle descendit de son perchoir à la hâte pour débarquer sur l'îlot qu'elle avait toujours rêvé de visiter, suivie de près par Siannlie qui attrapa son poignet en douceur.

Ne me laisse pas seule...

On ira ensemble, lui répondit-elle avec un sourire doux et rassurant.

Merci.

Hayjie lui prit la main et fit un premier pas sur le pont en cristal avec son amie. Faust les suivait de près, admirant l'édifice en silence.

Puis leurs pas finirent par passer le seuil de la grande porte.

« Bienvenue, visiteurs. Nous sommes heureux de vous compter parmi nous le temps des tests. Merci de vous présenter chacun votre tour. »

La voix, douce et accueillante, avait résonné dans leurs esprits avec une clarté déconcertante qui surprit les trois prétendants à l'Elaïn.


Texte publié par Adrielle, 18 avril 2018 à 07h57
© tous droits réservés.
«
»
tome 1, Chapitre 1 tome 1, Chapitre 1
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
3503 histoires publiées
1536 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Gibs
LeConteur.fr 2013-2026 © Tous droits réservés