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Tome 1, Chapitre 1 Tome 1, Chapitre 1
Plus que quelques branches et le sommet de l'arbre serait atteint. Elles furent rapidement gravies et Hayjie s'accroupit à sa cime en écartant les bras pour conserver son équilibre au maximum.
    
     Sa peau bleutée se confondait à la couleur du ciel, seuls sa tunique et ses longs cheveux fins de couleur argentée ressortaient sur cet aplat de bleu où le vent jouait, les faisant ondoyer dans ses soupirs et reflétant avec élégance la lumière d'Astalie.
    
     Le bleu était partout autour d'elle : dans le ciel, dans l'océan qui s'étalait à perte de vue, dans certaines gemmes immenses qui supportaient le poids des îlots qu'elles abritaient, dans les feuillages de son île, sur sa peau, dans son âme.
     Rêve, sagesse et sérénité.
    
     C'était aujourd'hui qu'elle devait se rendre au Panthéon des Esprits Animaliers afin de solliciter le rituel de l'Elaïn qui fera d'elle une métaphore, comme chaque habitant de son peuple à partir de l'âge de seize ans.
    
     « Hayjie ! Que fais-tu encore là-haut ? Tu vas être en retard ! »
    
     Elle sortit de sa contemplation pour voir sa mère au pied de l'arbre, bras croisés sur sa poitrine et le regard fort en promesses de réprimandes si elle ne la rejoignait pas dans les plus brefs délais.
    
     « J'arrive ! »
    
     Elle descendit de l'arbre en sautant de branche en branche pour se retrouver quelques secondes plus tard auprès de sa mère en souriant.
    
    - Me voilà !
    - File enfiler ta tenue de cérémonie, il ne faudrait pas que tu manques le départ de l'aéronef.
    - Je serais à l'heure !
    
     Hayjie remit ses sandales blanches, embrassa sa mère sur la joue, puis partit au pas de course en direction du village qui reposait au creux de la falaise où se tenait son arbre.
     Elle serpenta entre les petites habitations de pierres jusqu'à celle où elle logeait avec ses parents, passa le rideau de perles qui ornait l'encadrement de la porte et se dirigea dans la pièce du fond, celle qui abritait sa chambre.
     La tenue qu'elle devait porter avait été soigneusement disposée sur son lit. Celle-ci se composait d'une tunique argent brodée par sa mère de fils bleus, d'une ceinture bleue brodée de fils argents, d'un pantalon de toile blanc, d'un collier de perles et de plumes ainsi que d'un peigne censé orner le traditionnel chignon.
    
     Elle enfila l'ensemble à la hâte, mit le peigne dans une poche de sa tunique, prit de quoi se coiffer et se maquiller durant le trajet dans sa besace où se trouvaient déjà quelques vivres, puis se dirigea à l'endroit où l'aéronef attendait les prétendants à l'Elaïn, amarré près des côtes de l'île. Ils étaient trois ce jour-là.
    
     Le véhicule était composé d'un petit navire en bois très ouvragé soutenu par des cordages épais attachés autour d'un ballon de toile huilée marron dont l'air était chauffé pour le maintenir dans les airs. Des gouvernails en forme d'ailes étaient fixés de chaque côté de la barque et une hélice était placée à sa fin.
    
     Elle ne s'attarda pas davantage et monta dans l'engin avant que le capitaine ne fasse entendre l'appel du départ.
    
     Le voyage pour s'y rendre allait durer une bonne demie journée, et elle ne savait pas quand elle pourrait rentrer. C'était la première fois qu'elle quittait son île pour aussi longtemps et le rituel pouvait s'achever en quelques heures comme durer près de trois jours consécutifs, pour de très rares cas.
    
     Le capitaine du navire aérien annonça le départ, retira les ancrages qui le maintenaient à Eysul, et prit immédiatement les commandes du vaisseau.
    
     La jeune fille s'installa sur la poulaine de l'embarcation, comptant profiter de ce voyage pour contempler ce paysage qu'elle ne reverrait peut-être jamais. Il était rare que des habitants de l'île partent en exploration, c'était même une hérésie rien que le fait de penser à vouloir le faire en dehors des rites religieux.
    
     << On pensait que tu n'arriverais jamais ! Où est-ce que t'étais ? Nous t'avions cherchée partout ! >>
    
     C'était Siannlie, accompagnée de toute sa bonne humeur, et Faust qui venaient de troubler le calme qui régnait autour d'Hayjie. Celle-ci se tourna vers elle par politesse même si elle aurait clairement préféré rester dans sa quiétude habituelle. Elle adorait son amie, mais celle-ci pouvait se montrer très étouffante.
    
    - Et tu n'es toujours pas coiffée et maquillée à ce que je vois. Je peux t'aider si tu le souhaites.
    - C'est gentil, Sian, mais je pense qu'avec la durée du trajet, j'aurai largement le temps de m'en inquiéter.
    - D'accord ! Je ne t'embête pas plus longtemps dans ce cas.
    
     Malgré son sourire de façade, elle avait clairement l'air déçu. Hayjie soupira pour elle-même et descendit sur le pont pour rejoindre son amie.
    
    - Finalement, ça pourrait être sympa de passer un peu de temps ensemble.
    - C'est vrai ?
    - Ça fait longtemps que ça ne s'est pas fait.
    - C'est génial ! Merci !
    
     Dans son entrain habituel, elle s'était empressée d'étreindre Hayjie. Faust observait avec un sourire moqueur.
    
    - Tu viens de signer ton arrêt de mort !
    
     Siannlie lui lança un regard mauvais avant d'entraîner Hayjie avec elle jusque sur des marches d'escaliers afin de pouvoir disposer le matériel à leur hauteur. Elle prit la brosse de son amie et commença par démêler et séparer en cinq mèches égales sa chevelure argentée, prit les branches de rotin que son amie avait pensé à prendre pour mettre en forme ses cheveux. Elle enroula chaque mèche à une branche afin de créer cinq auréoles autour de sa tête. Le reste de ses cheveux fut rassemblé en un chignon formé de cinq tresses maintenues par le peigne d'ornementation.
    
    - Merci.
    - Ça te va bien.
    - C'est juste une coiffure traditionnelle. Je n'aime pas tous ces artifices...
    - Mais ça te va bien. Prête pour le maquillage ?
    - Je pense pouvoir m'en occuper moi-même, mais reste.
    
     Siannlie se contenta de lui sourire même si elle s'y était déjà préparée, tandis qu'elle ouvrait le petit sac qui contenait le maquillage qui lui avait été offert pour ce jour. Il était bien plus simple à réaliser que la coiffure : un simple rouge à lèvres corbeau, d'épais traits autour des yeux qui s'étiraient jusqu'aux tempes de la même couleur dont le bas était orné d'une ligne de points délicats. Une nouvelle ligne de pointillages fut faite entre l'arête de son nez et le milieu de son front, et une dernière continue entre le milieu de sa lèvre inférieure et son menton. À l'image de celui que portait Sian.
    
    - Voilà.
    - C'est presque symétrique !
    
     Hayjie se contenta de lui sourire, puis rangea ses affaires dans sa besace, pensive.
    
    - À ton avis, qu'est-ce qui nous attendra une fois là-bas ?
    - Un immense temple en cristal !
    - Oui, mais après ?
    - Je ne sais pas... Personne n'en parle vraiment...
    - On peut essayer de l'imaginer ?
    - Et tu le verrais comment ?
    - Il y aura peut-être des gens qui nous y attendront.
    - Des gens plein de rides portant de longue tuniques blanches qui touchent le sol ?
    - Trop commun pour l'Elaïn... Et pourquoi pas... Des bois de cerf et une tenue militaire multicolore ?
    - Hayjie... Tu pars un peu loin...
    - Et si en poussant la porte, on se retrouvait dans une dimension parallèle où les écureuils dominent le monde !
    - Hayjie !
    - Bon d'accord.
    
     Elle ne put s'empêcher de rire devant la mine outrée de son amie.
    
    - Comment peux-tu ne pas y prendre au sérieux ?
    - Pourquoi le prends-tu autant au sérieux ?
    
     La bonne humeur venait de s'effacer au profit d'un sérieux qui risquait de ne pas se trouver positif.
    
    - C'est un événement important, on ne peut pas le tourner en ridicule comme tu le fais.
    - Et pourquoi pas ? Il n'y a que nous, Faust qui est parti s'exiler quelque part dans le navire, et le conducteur qui est enfermé dans sa cabine de pilotage. Qu'est-ce qu'on risque ?
    - De nous faire recaler, par exemple ?
    - Recaler de quoi ? Ça fait des générations qu'il n'y a pas eu de métamorphes dans notre peuple et ce n'étaient que des blagues.
    - Ce ne sont pas des raisons pour leur manquer de respect.
    - Mais on ne sait même pas si ce temple est encore habité par quoique ce soit.
    - Raison de plus pour ne pas risquer de les offenser de cette façon.
    - Offenser des hypothétiques habitants qui ne peuvent pas nous entendre... Ok. Je crois qu'on a terminé le débat.
    
     Hayjie se leva, ramassa son sac sans s'attarder davantage pour retourner à l'avant du pont, en quête du calme et de la tranquillité qu'elle avait quittés une bonne heure auparavant, pour grimper sur le pontage et s'y installer le reste du voyage.
    
     Astalie était bas dans le ciel quand ils arrivèrent enfin sur l'îlot flottant où reposait un imposant temple en cristal tout en hauteur et aux nombreuses tours vertigineuses. Une végétation luxuriante, colorée et très bien entretenue bordait un élégant bassin ouvragé qui entourait le bâtiment. Celui-ci dirigeait l'eau vers une cascade, qui se situait devant l'imposante porte d'entrée, se jetant dans l'océan. Une source éternelle aux reflets irisés l'alimentait et diffusait sur le cristal une lumière pastelle et mouvante.
     Un pont, également en roche hyaline, reliait les portes du temple au ponton où l'aéronef amarra en douceur.
    
     « Jeunes gens, nous sommes arrivés. »
    
     Hayjie ne cachait pas son admiration pour le bâtiment qui lui faisait face. Elle avait entendu énormément de récits à son sujet, mais aucun n'avait pu égaler sa splendeur en descriptions.
     Elle descendit de son perchoir à la hâte pour débarquer sur l'îlot qu'elle avait toujours rêvé de visiter, suivie de près par Siannlie qui attrapa son poignet en douceur.
    
    - Ne me laisse pas seule...
    - On ira ensemble.
    - Merci.
    
     Hayjie lui fit un doux sourire et fit un premier pas sur le pont en cristal avec son amie. Faust les suivait de près, paré dans une tenue similaires aux leurs, la coiffure et le maquillage en seules différences.
     Leurs querelles ne duraient jamais très longtemps.
    
     « Bienvenue, visiteurs. Nous sommes heureux de vous compter parmi nous le temps des tests. Merci de vous présenter chacun votre tour quand vous passerez les portes du temple. »
    
     La voix, douce et accueillante, avait résonné dans leurs esprits avec une clarté déconcertante qui surprit les trois prétendants à l'Elaïn.

Texte publié par Adrielle, 18 avril 2018 à 07h57
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