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Tome 1, Chapitre 1 Tome 1, Chapitre 1

Quelque part au Sud-Est de Las Vegas, Nevada,
    19 Mai 2095 – 4:52pm.


    
    Aujourd'hui, était le jour de mon arrivée à Las Vegas, la ville du péché. Et même si je veux bien admettre qu’elle avait un peu perdu de son charme mirobolant avec le temps et l'absence d'électricité qui n’alimentait plus les quelques milliers d’ampoules de la ville, l'atmosphère paraissait bien plus douce et paisible qu'à l'époque.
    Quelques rares arbres plutôt frêles se tenaient là, délaissés d’une bonne partie de leurs feuilles à cause du climat aride de la région. Ils poussaient timidement, accompagnés par quelques buissons plutôt timide dans les rues baignées de sable chaud rapporté là par le vent. Depuis mon arrivée, j’avais eu l'occasion de croiser un nombre impressionnant d'animaux en ville. Des coyotes, d’énormes lézards mais aussi pas mal de crotales étaient dans les alentours, sûrement pour se protéger du soleil brûlant à l’ombre des immenses structures qui jonchaient les rues. Des animaux anciennement classifiés comme dangereux ou mortels, ne l’étaient plus tant que ça depuis les tueries de l’Homme, et tout cela avait le don d’ajouter une touche post-apocalyptique qui enveloppait alors Vegas de mystères
    Dans tous les cas, j’étais décidé à y trouver un coin sympathique pour m’y installer quelques temps. Un endroit tranquille qui me changerait de mon quotidien devenu bien trop lassant à mon goût. Il me fallait trouver un endroit solide, qui tienne toujours debout, où je puisse trouver deux ou trois occupations que je n’aurais pas déjà fait un millier de fois.
    
    Un casino qui ne serait pas en trop mauvais état et qui disposerait d’un bar et de distributeurs de clopes me semblait être le choix le plus judicieux. Cela allait me changer du petit appartement miteux au Nord de Phoenix dans lequel j'avais squatté presque pendant une année entière. Ou même de toutes ces nuits passées sur la route jusque là, et particulièrement de cette nuit dans un abribus complètement délabré dont l’odeur aussi atroce qu'indéfinissable remontait mes narines et me donnait la nausée.
    
    Tout en me baladant dans la ville, j’étais à la recherche de mon futur chez-moi. Quand au loin, j’apercevais alors un énorme loup au magnifique pelage aussi pur que les neiges du grand déluge. Il m’observait du coin de l’avenue avec ses yeux rouges rubis, brillants au soleil. Une aura mystique l’entourait et cela le rendait étrangement captivant. Il était quasiment de la taille d'un poney, du moins assez grand pour être monté par un adulte moyen. Sur le moment, je m’étais arrêté de marcher et lui s'était aussi planté là, à me regarder fixement.
    
    Quelques tentatives infructueuses de sifflements plus tard, j'avais assez tenté en vain de l'attirer pour prendre le temps d'analyser la situation. Il n’avait ni un comportement agressif, ni un air menaçant, au contraire sa présence me semblait étrangement rassurante. Et puis s'il avait voulu m’attaquer, il l'aurait déjà fait.
    Après cette courte pause, j’avais donc essayé de l’approcher, même si le terme « suivre » était plus approprié. Car la bête, après m’avoir baladé sur quelques rues, disparaissait constamment pour réapparaître plus loin et me faire de nouveau de l‘œil, attendant que je la repère dans l'ombre, elle semblait s'amusé avec moi. J’avais cette impression, comme une pseudo-certitude qui me poussait à croire qu’elle essayait de me montrer quelque chose. À moins que ce sentiment n'était dû à une insolation et que la bête ne faisait que se jouer de moi.
    
    Dès que je tentais de l’approcher, il fuyait un peu plus loin. Hypnotisé par son comportement et ce flottement d’intrigue, je n’avais qu’une idée en tête : savoir jusqu'où ce loup solitaire pouvait-il avoir envie de m'emmener. Le suivre dans certaines petites rues étriquées était parfois difficile compte tenu de sa facilité à disparaître en un éclair.
    Suivant alors mon massif compagnon du moment dans les rues de la ville, j'avais fini dans des ruelles marchandes délabrées, sableuses et bordées par les devantures d'hôtels luxueux. Qui eux, se fondaient dans celles des nombreux magasins pillés depuis bien longtemps déjà et la plupart des vitrines étaient brisées et mêlées en milliers d'éclats au sable qui avait pénétré les bâtiments à cause des tempêtes, relativement fréquentes dans la région.
    
    Quelques minutes de traque plus tard, je me retrouvais alors devant une représentation du pont Rialto. Placé au dessus d’un canal asséché, jonché de petites gondoles vénitiennes rouillées par le temps et l’érosion, il était resté entier, au contraire du reste de la ville dont les résidences les plus petites et les bâtiments les plus fragiles avaient cédés sous le poids des années.
    Il m’avait tout de même fallu quelques minutes de contemplation avant de m’apercevoir que le loup avait de nouveau disparu de mon champ de vision. Malgré mes efforts pour le débusquer dans le paysage crépusculaire, il restait introuvable... Quand soudain, une migraine très gênante se manifesta, martelant violemment mon esprit avant que je ne commence à entrevoir une nouvelle vision. Très courte et presque aussi floues que les précédentes, cette fois-ci je pouvais vaguement y apercevoir une petite silhouette d'enfant, une forme sombre et flou ressemblant partiellement à un pont, ainsi que ce qui pouvait ressembler à un immense bâtiment.
    
    Après coup, les idées brouillées, j’essayais difficilement de reprendre mes esprits. Pas vraiment aidé par ma migraine qui, malgré tout s’atténuait peu à peu… Quelqu’un d’autre est en vie ? Ici, avec moi ? Mais, comment un enfant aurait-il pu...
    Arrêtant alors sur le champs de me questionner, je relevais alors doucement les yeux sur le bâtiment qui se tenait juste devant moi, sous le léger fondu violet du soleil bientôt couché. Les sculptures et les moulures typiquement italiennes, bien que partiellement détruites, habillaient merveilleusement bien les abords du bâtiment aux aires relativement sinistre. J’étais aux pieds du « Venizia » qui était la plus grande structure située aux alentours du pont et il y avait là comme un air de déjà-vu. Le long silence qui s'était alors installer à ce moment là ne pouvait que me rappeler le poids de toutes ces années de solitude…
    
    Si quelqu'un, un enfant qui plus est, avait survécu seul ici, je devais en être sûr !
    Je m’engageais alors sans attendre dans la bâtisse, pas après pas, marche après marche, je n’avais qu’une hâte, découvrir si oui ou non quelqu’un aller croiser ma route après tout ce temps. À croire que l'humanité avait finit par s'éteindre définitivement.
    À l’intérieur, le bâtiment dégageait toujours quelque chose. Les plafonds peints représentait un magnifique ciel bleu, les murs blancs nacrés, ornés de colonnes de pierre sculptées et les moulures rendaient le tout envoûtant. Malgré les craquements sinistres sous mes pas certainement dû à l'age des structures en bois comme les poutres et les parquets. De mon point de vu, avec mon coté peut-être un peu trop naïf et l'atmosphère lumineuse et légère des lieux, j’avais presque l’impression de ressentir l'espoir grandissant et j'étais déjà presque persuadé de la présence de quelqu’un d’autre dans le bâtiment. J'en étais sûr, je me rapprochais à mesure que je gravissais les escaliers, cette intuition était fondé.
    
    Malgré la hâte que j’avais de découvrir qui était cette mystérieuse silhouette et comment il ou elle avait fait pour arriver jusque là. Je ralenti mon allure quelques secondes, le temps d’allumer une petite blonde et de reprendre mon ascension. Étages après étages, je grimpais doucement mais sûrement vers le sommet en fouillant chaque étage à la recherche d'un survivant. Un peu plus haut, l’angoisse commençait alors à prendre de plus en plus d’ampleur en moi. Quand enfin j’eus atteint la porte qui menait au toit du bâtiment, qui s’avérait être un casino au vu des énormes salles de jeux à l’intérieur, je m’étais alors figé là. Planté devant cette planche de bois miteuse ornée d'un panneaux d'accès réservé au personnel. Ma main tremblante approchant lentement de la poignet et la saisissant alors pour ouvrir l’accès aux réponses à mes questions.
    
    Dans un léger grincement de porte et le bruissement du vent, la vue s’était alors dégagée sur le toit du Venizia aussi désert que le reste de ce satané monde, désormais plongé dans la pénombre d'un crépuscule violacée parsemée d'étoiles. Ce vide était alors une trop grande désillusion qui avait de nouveau réussi à atteindre cette imposture qui ressemblait fort à de l'espoir. Je commençais à peine à me réjouir d’enfin retrouver un semblant de contact humain, mais ce moment d’amertume lié au désespoir de la situation éveillèrent alors une rage qu'il m'était encore inconnue. Afin, d’extériorisé, comme guidé par un instinct animal, je ne pu m’empêcher de hurler ma rage à m'en briser la voix :
    
    - « Bordel de merde! Mais qu’est-ce-que tout ça signifie ?! »
    
    - « Pourquoi suis-je toujours en vie ?! Répondez-m… »
    
    Je n’avais pas eu le temps de terminer de cracher le reste de cette haine viscéral, que mère-nature m’interrompait alors dans un grondement qui fit vibrer la terre ainsi que le toit sous mes pieds. Il se pouvait qu’elle se fâche quelque peu parfois, ce qui pouvait donner naissance à d’immenses crevasses dans certaines zones où le sol était plus friable. Il ne fallu que quelques secondes au grondement pour très rapidement prendre de l’ampleur et se transformer en un tremblement de terre bien plus conséquent qui me fit perdre l’équilibre et qui commençait sérieusement à fragiliser les murs du casino. Je m’adressa donc à dame Nature dans un sarcasme assumé allié à un agacement certain :
    
    - « Perché sur un toit, hein ?! T’aurais pu mieux choisir ton moment, connasse ! »
    
    À partir de là, tout s’est enchaîné relativement vite. En un rien de temps j’avais presque atteint la porte, comme si j'avais réellement pu tenter d'y échapper. Quand soudain, une lourde sensation de dégringolade sévit alors sous mes pieds. Quelques fractions de seconde plus tard et le sol s’était effondré, irrémédiablement attiré par la gravité, je finissais alors en chute libre parmi les nombreux décombres. Durant la chute, paraissant ne jamais finir, je voyais les débris qui s’engouffraient alors dans une énorme brèche qui c’était alors formée durant le séisme et où je me précipitai à mon tour. Le poids de ces sept dernières années de solitude sur mes épaules se faisait lourdement sentir. Cette vie vouée à un éternel ennuie et ce que j’eus ressenti après l’ouverture de la porte, finissaient tranquillement d’éteindre le moindre espoir qu’il me restait.
    
    Mon cœur s’était emballé, d’horribles pics de douleur insoutenables grandissaient au fil de ma chute. Arrivé au point de ressentir un millier de lames traverser doucement ma peau et mes muscles pour embrocher mon cœur, une irrépressible envie de mourir et de mettre fin à mes souffrances envahissaient mon esprit à nouveau.
    Dans un état second dû à la douleur et à la torture de mes pensées, me rappelant la solitude et tous les pires moments de mon périple. Mon hurlement était alors comme le dernier râle d’agonie d’un homme blessé au bord de la mort :
    
    - « Achevez-moi, putain! Achevez-moi! J’veux plus supporter ça! »
    
    Hurlant le martyre et sentant que je n’allais sûrement pas être exaucé, je me laissais alors avoir par un sursaut de vulgarité avant de m'écraser au sol :
    
    - « Allez-vous faire fou… ! »
    
    Quand soudain, plus rien.
    Mon corps avait cessé de chuter et le vent lui, ne fouettait plus mon visage. Je ne voyais plus rien et ne ressentais pas même mon corps, qui lui ne répondait plus. Dans un état incertain, j’eus à peine le temps de me demander si j’avais pu être enfin exaucé que la voix d’une fillette, qui semblait si familière, résonnait déjà dans mon esprit avant que je ne perde totalement connaissance :
    
    - « Tout ira mieux très vite. »

Texte publié par MK, 16 avril 2018 à 00h30
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