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Tome 1, Chapitre 2 Tome 1, Chapitre 2
Jeudi 16 novembre 2017
    
     La nuit venait de tomber. Les rues de Bribourg se vidaient peu à peu, les gens rentrant chez eux pour retrouver la douceur du foyer ainsi que leur famille. Paul avançait, le dos courbé, le pas lourd, le visage fermé et morne. Une pluie fine se mit à tomber. Paul s'arrêta devant un kiosque à journaux et s'abrita sous l'auvent. Pour patienter, il se mit à parcourir des yeux les gros titres. Cracks boursiers, faillites, attentats, meurtres... Tout ce qu'il faut pour mettre du baume au cœur. Soudain, ses yeux furent attirés par un titre en particulier. Le journal était en partie masqué par d'autres et seuls quelques mots du titre étaient visibles. Il vérifia que ses mains soient sèches puis, délicatement, écarta les autres journaux. Ce qu'il lut lui provoqua un frisson dans le dos. Il n'en croyait pas ses yeux. L'article mentionnait un accident de la circulation dans la zone commerciale de Bribourg. Plus incroyable encore, c'est qu'il ressemblait en tous points à celui qu'il avait eu, deux ans auparavant. Mais là s'arrêtait la comparaison : celui-là avait eu lieu la veille. Paul retira sa main. Le marchand de journaux l'avait observé depuis le début.
    - Vous cherchez quelque chose en particulier ? demanda-t-il.
    Paul sursauta en entendant cette voix grave.
    - Non, merci. J'attends juste que la pluie se calme, si cela ne vous dérange pas.
    - Pas de soucis.
    Une bourrasque de vent fit voler une pile de journaux. Le vendeur émit un juron, posa les journaux mouillés sur son comptoir et s'affaira à mettre à l'abri les autres piles avant que d'autres ne prennent l'eau. Une autre rafale de vent. Un journal tomba de son présentoir. Il atterrit juste devant les pieds de Paul. Il se baissa et la ramassa. Au moment où il allait le reposer, il fut intrigué par le titre : un homme mort dans les rues de Bribourg. Étrangement, il fut attiré par cet article. Arrivé à la page, il remarqua que celle-ci était blanche.
    - Mais qu'est-ce que c'est que ce bordel ?
    Il revint sur la première page et chercha la date : vendredi 17 novembre 2017. Comment un journal pouvait-il être daté de demain ? Il voulut poser la question au marchand mais, lorsqu'il se retourna, le kiosque était fermé et il n'y avait plus personne. La pluie avait cessé. Pourquoi ne s'était-il pas rendu compte que le vendeur avait tout fermé ? Avait-il était si absorbé par la lecture du journal qu'il n'ait rien entendu ? C'était peu probable. Mais que se passait-il ? Devenait-il fou ? Non, c'était absurde. Ne sachant trop pourquoi, il rouvrit le journal à la page blanche. Quelques lignes étaient maintenant écrites. Il se frotta les yeux. Il se mit à lire malgré lui les mots qui étaient apparus soudainement.
    - Un homme a été retrouvé mort au fond d'une ruelle, la gorge tranchée, une poupée de chiffon dans la main droite. Il a été trouvé, agonisant dans son propre sang, par Mme... qui passait non loin de là et qui aurait vu la victime se faire agresser. Les pompiers ainsi que la police sont arrivés rapidement sur place. Ils ont essayé, malheureusement en vain, de stopper l'hémorragie et de le réanimer. L'homme décédera sur place quelques minutes seulement après l'arrivée des secours. La victime était vêtue d'un jean bleu clair, d'un pull bleu marine et portait des baskets noires. Seule sa carte d'identité a été retrouvée dans l'une des poches de son pantalon. Il s'agirait de...
    Paul lâcha le journal qui tomba dans une flaque d'eau. Il regarda autour de lui : la rue était complètement déserte. Il fourra les mains dans les poches de son jean et se mit en marche. Il passa devant quelques magasins dont les grilles étaient déjà baissées. Intrigué, il regarda sa montre : 18h33. Bizarre. Normalement, à cette heure-ci, les boutiques devraient être ouvertes ? Du coin de l’œil, il entrevit une silhouette sombre se mouvoir et se cacher au niveau d'une porte cochère. Paul décida de ne pas s'attarder. Il accéléra le pas, priant pour que ce qu'il ait vu ne soit qu'une illusion d'optique. Malheureusement, il entendit derrière lui un bruit de pas. Cela semblait même se rapprocher. Paul accéléra encore et tourna au dernier moment dans une ruelle qui se présentait à sa droite. Il se mit à courir, dans la pénombre la plus complète, se heurtant à des containers et autres amas d'immondices jonchant le sol. Soudain, il se retrouva face à un mur. Haletant, il tâtonna des deux mains à la recherche d'une porte ou d'une quelconque ouverture. Rien. Alors qu'il s'apprêtait à faire demi-tour, il sentit une présence dans son dos. Il resta immobile, essayant de contrôler sa respiration et de faire ralentir son cœur qui tambourinait dans sa poitrine. Au bout d'un moment qui lui sembla interminable, il se retourna. La masse noire était là, face à lui, distante de trois pas seulement. Elle s'approcha d'un pas. Paul pouvait distinguer les contours d'un homme, rien de plus. Pas de visage. L'homme tendit la main. La lune, qui était jusqu'à présent cachée par les gros nuages noirs, montra un rayon. Celui-ci vint uniquement éclairé la main de l'homme. Il avait la paume ouverte, une poupée de chiffon posée dessus, comme une offrande. Lentement, Paul tendit la main droite et attrapa la poupée. À peine avait-il refermé ses doigts dessus, qu'il sentit comme une brûlure au niveau de sa gorge. Le sang gicla, maculant son pull bleu marine ainsi que son jean bleu. Il tomba à genou, le regard toujours sur la poupée. Agonisant dans une mare de sang, ses pensées défilaient à une vitesse folle. Ses paupières semblaient être faite en plomb et il ne put les empêcher de se fermer. Des pas se rapprochaient de plus en plus. La voix d'une femme se fit entendre. Que disait-elle ? Paul ne savait pas et ne comprenait pas. Il sentit qu'on le soulevait au niveau des épaules. La femme le secouait, essayant de le faire revenir à lui. Tout à coup, il entrevit une vive lumière à travers ses paupières fermées. La lumière blanche. Le Paradis. On le secouait encore et toujours. Il ouvrit les yeux.
    
     Paul se redressa d'un coup, émergeant de son sommeil, frissonnant, haletant. Immédiatement, il porta ses mains à sa gorge. Le soleil entrait par la fenêtre et venait directement frapper son oreiller. Il s'y laissa retomber dessus. Il resta allongé sur son lit plusieurs minutes, les bras en croix, le souffle court. Quand il réalisa enfin que ce n'était qu'un énième cauchemar, il se mit en position assise et regarda son radio-réveil : 9h52. Juste à côté, également posés sur la table de chevet, un verre d'eau à demi rempli ainsi que trois flacons de pilules. De rage, il les prit et les jeta de toutes ses forces contre le mur en face de lui. Foutus médicaments ! Depuis qu'il les prenait, le nombre de cauchemars avait augmenté, devenant à chaque fois plus morbides que les précédents mais surtout de plus en plus réalistes. Il en avait fait part à son médecin la première fois qu'il en avait eu mais celui-ci ne semblait pas du tout inquiet. Il lui avait répondu que c'était très certainement dû à un des effets secondaires et que cela disparaîtrait rapidement. Menteur ! Des mois et des mois que cela durait ! Des mois et des mois que Paul finissait souvent ses nuits en sursaut, transpirant toute l'eau de son corps. Et tout ça pour quoi ? Pour soigner ses angoisses ? Ses envies de suicide ? Sa dépression ? Ses pilules avaient des effets positifs sur tout ça, mais à quel prix. Pour un symptôme traité, combien d'effets indésirables ? Troubles du sommeil, diarrhées, nausées, maux d'estomac, fièvres, etc... Tout un florilège de symptômes qui peuvent vous pourrir la vie. Et quand en plus elle est déjà au plus bas... Il n'en pouvait plus. Depuis combien de temps cette situation durait elle ? Une semaine ? Un mois ? Un an ? Non, cela faisait exactement deux ans, quatre mois et douze jours depuis ce terrible accident où sa fille Jeanne avait perdu la vie. Lui n'avait été que blessé légèrement, mais avait subi un grave traumatisme crânien qui l'avait obligé à faire un séjour prolongé à l'hôpital, en observation. S'en était suivi plusieurs semaines d'angoisses, de cauchemars, de sursauts au moindre bruit. Sans compter les remords. Et puis, cela a été le début de la fin pour lui : se sont enchaîner licenciement, divorce, dépression... Un moment donné, il avait même songé au suicide. D'un côté, cela l'aurait rapproché de sa fille, mais il y avait David. Un fils a besoin de son père comme un père a besoin de son fils. Il ne pouvait pas l'abandonner, pas maintenant. Alors, il s'est battu pour remonter la pente. Après deux ans passés en convalescence dans une maison de repos, il avait réussi à obtenir un dossier pour effectuer une formation afin de monter une société qui serait spécialisée dans la vente et la réparation d'objets électroniques en tout genre. Il avait également pu s'installer dans une petite maison en périphérie de la ville, ce qui lui permettait d'avoir la garde de David de temps en temps les week-ends et quelques jours pendant les vacances scolaires. Une renaissance, comme il se le disait à chaque fois que son fils était là.
    
     Il se leva, titubant, le manque de sommeil se faisant cruellement ressentir. Son dernier jour de formation n'étant prévue que pour le lendemain, il ferma les rideaux et se recoucha, priant pour qu'il puisse dormir en paix.
    
    
    
    Vendredi 17 novembre 2017
    
     Paul se réveilla en sursaut, dégoulinant de sueur, le cœur battant la chamade. Encore un cauchemar. Il jeta un coup d'œil en direction de son réveil : 6h27. Dans trois minutes, celui-ci se mettrait à sonner. Il désactiva complètement la sonnerie. Vu qu'il était déjà réveillé, il décida de se lever, étira ses bras puis son dos. Ensuite, il partit en direction de l'escalier afin de descendre dans la cuisine pour prendre son petit déjeuner. Il passa devant la pièce qui lui servait de débarras et de bureau. Le store de la fenêtre était remonté. Il constata que l'angle d'un objet entassé dans un carton, sur une étagère, reflétait les rayons de la lune. Intrigué, il entra dans la pièce, ramassa l'objet : il s'agissait d'un cadre en verre. Un nuage passa devant la lune. Paul regarda par la fenêtre et constata que le vent soufflait fort car les nuages passaient à toute allure devant l'astre sélène. Il lui sembla même que quelques gouttes venaient de mouiller la vitre de la fenêtre. Il alluma l'ampoule du plafonnier pour examiner ce qu'il tenait entre les mains : c'était un sous-verre dans lequel une coupure de journal avait été insérée. Aussitôt il comprit. Il reposa le cadre là où il avait pris, mais son regard ne pouvait se détacher des grosses lettres qui formaient le titre de l'article. À contrecœur il se mit à lire, à haute voix, comme s'il faisait la lecture à des personnes imaginaires venues l'écouter :
    - TERRIBLE ACCIDENT À LA ZONE COMMERCIALE SUD. Samedi 6 juin 2015, milieu d'après-midi. Alors que comme bon nombre de personnes en ce lieu, un père et sa fille se rendaient à la zone commerciale Sud pour faire quelques achats, leur voiture a été violemment percutée par un semi-remorque qui venait de passer un feu rouge sans s'arrêter. Sous la puissance du choc, la voiture a été projetée sur le côté, puis elle est partie dans une série de tonneaux pour finir sa course sur le toit. À l'heure où nous écrivons cet article, si le père ne semblait souffrir que de quelques contusions et d'un léger traumatisme crânien, le pronostic vital de la jeune fille semblait, quant à lui, sérieusement engagé. SAMUEL CROSER.
     Une larme tomba sur le parquet. La seconde fut essuyée du revers de la main. Un éclair illumina la pièce et le grondement du tonnerre se fit entendre presque aussitôt, ce qui le fit sursauter. Son regard fit le tour de la pièce. Une photo de Jeanne était posée sur le bureau : elle avait été prise trois ans auparavant alors qu'ils étaient en vacances sur l'île d'Oléron. Ils étaient montés tout en haut du phare de Chassiron et Paul avait voulu prendre une photo de sa fille avec l'océan en arrière-plan. Au début, elle avait refusé car la montée lui avait empourpré les joues et elle avait les cheveux de la frange collés sur son front par la transpiration. Mais, au bout de quelques minutes et à force de persuasion, elle avait accepté d'être prise en photo. Elle s'était appuyée contre la rambarde, les cheveux flottant au gré du vent, un large sourire illuminant son visage. Cette photo était la seule qui lui restait de sa fille. Cette photo était le seul souvenir. La seule chose à qui il pouvait parler, la seule chose qu'il pouvait tenir, la seule chose qu'il pouvait embrasser depuis qu'elle était partie. À la vue de la photo, Paul sentit son cœur se serrer, sa mâchoire se mit à trembler et malgré tous ses efforts, il ne put retenir ses larmes. Il s'avança vers le bureau, s'affala sur la chaise. Du bout de son index il caressa le visage de sa fille.
    - Pourquoi est-ce que c'est toi qui est partie ? Tu étais si jeune ! Pourquoi, mon Dieu, pourquoi ? Tu avais tant de choses à connaître et une si longue vie devant toi ! Pourquoi… Pourquoi…
    Un éclair se dessina le long des nuages noirs. La lumière de l'ampoule se mit à vaciller. Paul leva la tête en direction du plafonnier. La lumière se remit à vaciller et à clignoter. Prenant appui d'une main sur le bureau et sur le dossier de la chaise de l'autre, il se mit debout tout en continuant de fixer l'ampoule. Pourquoi faisait-elle cela ? Se pourrait-il que sa fille lui fasse un signe depuis l'au-delà ? Est-ce qu'elle veut lui faire comprendre qu'elle sera toujours auprès de lui ? Tremblant de tous ses membres, Paul tendit le bras et la main vers l'ampoule :
    - Jeanne ! Ma petite fille ! Ma petite Jeanne !
    À bout de force et épuisé, il s'écroula sur le parquet.
    
    
    
     Lorsque Paul ouvrit les yeux, le jour commençait à poindre. Il se releva péniblement, épousseta son pyjama, éteignit la lumière. Alors qu'il fermait la porte, son regard tomba de nouveau sur la photo posée sur le bureau : cette fois, un rayon de soleil illuminait le visage de Jeanne. Les gouttes de la dernière averse se reflétaient sur le verre du cadre faisant ainsi penser que c'était des larmes qui coulaient sur les joues de Jeanne. Paul réprima un sanglot et s'empressa de fermer la porte. Il descendit lentement les marches, se tenant fermement à la rambarde. Arrivé dans la cuisine, il attrapa le verre posé sur le rebord de l'évier, le remplit jusqu'au bord et l'avala d'un trait. De boire aussi vite lui fit mal à l'estomac. Il tira une chaise de sous la table, s'y laissa tomber dessus. Ses insomnies étaient en train de le détruire à petit feu. Il ne pouvait pas baisser les bras, pas à deux doigts de réussir sa reconstruction.
     Paul se frotta les yeux. La pendule accrochée au mur en face de lui indiquait 7h13. Dans un quart d'heure, Natacha serait là. C'était son tour d'avoir David pour le week-end et elle allait le lui amener d'ici quelques minutes. Il monta à l'étage, fonça dans la salle de bains et prit une douche rapide. Tout en se séchant avec le grande serviette, il se regarda dans le miroir et décida, aujourd'hui encore, de faire l'impasse sur le rasage. Depuis l'accident, il évitait de se raser complètement la barbe. Il ne souhaitait pas que les gens voient la grande cicatrice qui partait de la pommette gauche jusque sous le menton. Les restes de l'accident. Souvenir douloureux lorsqu'il la voyait. C'est pour cela qu'il gardait quelques millimètres de poils sur les joues et le menton. Il s'habilla à toute vitesse. Il finissait d'enfiler ses chaussettes dans l'escalier lorsque la sonnerie de l'entrée se mit à retentir. Il attendit quelques secondes, le temps de reprendre son souffle, avant de déverrouiller la porte et de l'ouvrir en grand. David attendait, appuyé contre le mur, les yeux rivés sur sa console de jeux.
    - Bonjour David.
    - S'lut, p'pa !
    L'enfant entra, s'installa sur le canapé tout en continuant de dégommer des zombies à l'écran. Lorsque Paul tourna la tête, il vit Natacha qui remontait la petite allée, tirant derrière elle une valise sur roulettes qui cahotait sur les pas japonais constituant le chemin. Arrivée devant lui, Natacha monta la marche du perron et posa la valise à l'entrée, juste à côté du porte-manteau.
    - Salut, Paul.
    - Bonjour Natacha. Comment vas-tu ?
    - À première vue, mieux que toi. Toujours tes cauchemars ? demanda-t-elle.
    Il hocha la tête.
    - Je t'offre un café ? proposa Paul.
    - C'est gentil mais... Bernard m'attend dans la voiture et je suis déjà un peu en retard pour aller bosser. Une prochaine fois, d'accord ?
    - Comme tu veux. Ça me fait plaisir de te voir, tu sais ?
    Elle soupira.
    - Tu me dis la même chose à chaque fois que l'on se voit.
    - Mais parce que c'est la vérité ! Et je tiens à ce que tu le saches !
    Un coup de klaxon retentit dans la rue. Paul regarda par dessus l'épaule de son ex-femme. Une voiture grise était garée devant le portail de l'entrée. L'homme au volant semblait s'agacer et donna un autre coup de klaxon.
    - Je dois y aller... Tu ramènes notre fils dimanche pour 18h, ordonna-t-elle.
    - Oui, pas de soucis, la rassura-t-il. Il sera chez toi à 18h, pas une minute de plus.
    - J'espère, dit-elle dans un sifflement.
    Elle fit volte-face mais Paul l'attrapa par le poignet.
    - Tu as changé, lui dit-il. Tu es devenue aigrie, renfrognée. Où est passée la Natacha que j'avais épousé, toujours souriante, toujours de bonne humeur ?
    D'un coup sec, Natacha dégagea son poignet de la main de son ex-mari. Elle le regarda, les yeux remplis de colère.
    - Elle est morte et enterrée avec notre fille !
    Elle se pencha légèrement sur le côté afin d'apercevoir le sommet de la tête de son fils, assis sur le canapé, toujours absorbé par son jeu.
    - À dimanche mon chéri !
    David émit un grognement et ne leva même pas la tête lorsque sa mère franchit le seuil pour sortir de la maison. Paul se laissa aller à observer son ex-femme, galopant sous la pluie, évitant les flaques dans l'allée avec l'agilité d'une gazelle. La transformation avait été fulgurante. Elle était passée de la mère la plus douce et la plus gentille qui soit à cette femme insensible, froide. Il referma la porte. Paul s'approcha du canapé, resta quelques instants les yeux rivés sur son fils : il changeait et grandissait si vite !
    - Je n'ai pas encore pris mon petit-déjeuner, et toi ?
    - Fait !
    
     Paul avança vers la cuisine, mit en marche la machine à café, se servit un verre de jus d'orange dans le frigo. Une boîte en plastique contenant des croissants et des chocolatines datant de l'avant-veille trônait au milieu de la table. Il en prit un qu'il commença à mâchouiller le temps que sa tasse se remplisse de café. David le rejoignit et s'installa à table. Paul lui désigna la boîte remplie de viennoiseries. La machine émit plusieurs bips sonores, signalant que la boisson était prête. Il trempa un morceau de sucre du bout des doigts, le laissa fondre aux trois-quarts puis le laissa tomber au fond. Il touilla délicatement le liquide noir avec sa petit cuillère. Il prit la chaise juste en face de son fils. Plusieurs minutes s'écoulèrent sans qu'aucun d'eux ne dirent un mot. Paul buvait lentement son café brûlant tandis que David effeuillait sa chocolatine ramollie par l'humidité.
    - Je croyais que tu avais déjà pris ton petit déjeuner ? remarqua Paul.
    - C'est le cas. Mais en voyant tes chocolatines, cela m'a donné faim.
    - Alors si tu as vraiment faim, plutôt que de disséquer ta chocolatine, mange-la.
    Paul nota que son fils semblait de plus en plus distant ces derniers temps. Il était le plus souvent plongé dans ses jeux vidéos, participait peu aux conversations, ne répondait que par le strict minimum. Même l'école ne semblait plus l'intéresser, alors qu'il était un si bon élève auparavant. D'ailleurs, son bulletin était plutôt catastrophique et ses notes étaient en chute libre. Paul, ainsi que Natacha de son côté, avaient essayé de discuter avec lui afin de comprendre ce qui se passait dans sa tête. Sans succès. Son ex-femme l'avait même accusé d'être la cause de la déprime de leur fils. Elle considérait que le fait de voir son père si abattu, cela affectait David. Paul avait bien tenté de se défendre, en vain.
     Pourtant, ce matin, il lui sembla que son fils fut disposé à discuter. Il tenta une approche :
    - Ça va fiston ?
    L'enfant haussa les épaules. Raté. David renifla, avala une bouchée de sa viennoiserie.
    - Qu'est-ce que vous étudiez en ce moment à l'école ? demanda Paul.
    - Rien.
    Paul décida de changer de sujet pour voir si son fils allait être un peu plus bavard.
    - Tu t'es fait de nouveaux copains ?
    - Non.
    - Tu n'as pas de copains ? s'inquiéta-t-il.
    - Non. Tous les garçons de ma classe sont nuls et ne font que m'embêter à la récré.
    - Hum, je vois. Et les filles ?
    - Bof... Nulles aussi.
    - Tu l'as dit à ta mère ?
    - Pourquoi faire ? Elle ne va pas les forcer à être mes copains si ils n'ont pas envie. Et moi, j'ai pas envie non plus, rétorqua-t-il.
    La discussion s'annonçait mal partie. Paul ne savait plus trop quel sujet aborder avec lui.
    - C'est une nouvelle console de jeux que tu as ?
    - Oui, c'est Bernard qui me l'a acheté.
    - Cool. Et il est sympa, Bernard ? s'enquit-il.
    Le garçon mit un morceau de chocolatine dans la bouche.
    - Non, c'est un gros naze !
    - Ah bon ? Pourquoi dis-tu ça ?
    - Parce que je sais qu'il ne m'aime pas. Il me fait des cadeaux juste pour faire plaisir à maman. Je sais qu'il aimerait bien se débarrasser de moi, que je vive tout le temps avec toi plutôt qu'avec eux deux.
    Paul était abasourdi par les révélations de l'enfant. Pourtant, il savait que les paroles de David étaient vraies et il n'en doutait pas une seule seconde. La vérité sort toujours de la bouche d'un enfant. Il but les dernières gouttes de son café. David leva la tête et fixa son père.
    - Il y a un problème ? demanda Paul.
    - Pourquoi est-ce que vous ne vous parlez presque plus avec maman ?
    La question couperet à 5 millions d'euros. Elle tombait au plus mauvais moment. Aucune échappatoire possible, pas d'appel à un ami, pas de joker. Rien.
    - Eh bien, euh... C'est-à-dire que...
    - Allez ! Dis-moi, p'pa ! C'est à cause de moi ?
    Paul soupira, se passa la main dans les cheveux puis prit une profonde inspiration avant de répondre :
    - Bien sûr que non, ce n'est pas à cause de toi ! Je t'interdis de penser ça ! C'est la faute à tout un tas d'événements qui ont fait que ta maman et moi-même avons trouvé qu'il était préférable de se séparer afin que nous puissions de nouveau être heureux, mais chacun de son côté.
    - C'est l'accident, hein ?
    Paul se leva et s'approcha de son fils, l'embrassa sur le front. Il fit tout son possible pour retenir ses larmes.
    - Oui, dit-il tout bas, cela en fait partie. C'est un des événements.
    David repoussa son père, se mit debout et tapa furieusement du poing sur la table.
    - Mais tu n'y es pour rien ! C'est la faute au chauffeur du camion !
    Paul tenta de calmer son fils.
    - Je le sais. Ta mère le sait. Tout le monde le sait. Mais nous en avons décidé ainsi et je ne pense pas que nous revenions sur notre décision.
    - Pourquoi ? J'en ai marre moi d'aller chez toi qu'un week-end tous les trente-six du mois et presque pas pendant les vacances !
    - C'est comme ça. Les juges donnent souvent raison à la maman, dit-il pour apaiser David.
    - C'est trop nul ! Plus tard, je veux être avocat pour pouvoir donner raison aux papas !
    Paul ne put que sourire à la réaction de son fils. Il leva les yeux et remarqua que la pendule affichait 8h10. Il conseilla David d'aller faire un tour aux toilettes avant de partir pour l'école. Celui-ci s'exécuta sans rien dire et revint quelques minutes plus tard, prêt à partir.
    - Va m'attendre dans la voiture. Je prends mes affaires, je ferme la maison et j'arrive.
    
     Quelques gouttes vinrent s'écraser sur le pare-brise. Paul démarra la voiture, prit la direction de l'école en accélérant un peu, car il savait que dès qu'il commençait à pleuvoir, les gens roulaient comme des escargots. Il déposa son fils devant le portail de l'école en lui promettant d'être là à 17h30 heures pour le récupérer. Il déboîta de sa place de parking et fonça vers le centre de formation.
     Il y a arriva quelques minutes seulement avant le début de la séance et put s'installer, comme à son habitude, au fond de la salle, près de la fenêtre. Cela lui rappelait les cours au lycée, toujours assis au fond, assidu pour les cours intéressant, absorbé par ce qui se passait dehors pour les autres. Cela ne l'avait pas empêché d'obtenir son baccalauréat avec mention. Paul déballa ses affaires sur la table et remarqua qu'aujourd'hui, ils seraient plus nombreux que la dernière fois. Les autres personnes s'installèrent, certains discutant entre eux. Le voisin de Paul était un homme âgé d'une quarantaine d'années, tout comme lui et suivait la formation afin de se sortir d'une situation compliquée. Au cours des différentes sessions, ils avaient appris à se connaître, avaient longuement discuté. Au final, ils avaient de nombreux points communs : un divorce, un licenciement. À la différence de Paul, Jacques vivait la journée dans la rue et passait la nuit dans un centre.
     Le formateur entra dans la salle, ferma la porte derrière lui, salua les personnes présentes et fit l'appel.
    - Bien, je vois que tout le monde est là, nous allons pouvoir commencer.
    
    
    
     Paul regarda sa montre : elle annonçait 17h27. Plus que trois minutes et c'était la délivrance. Cette journée lui avait semblé particulièrement longue. Peut-être était-ce parce qu'il lui tardait de retrouver son fils ? Ou bien était-ce autre chose ? Il ne saurait le dire, mais ce qui était sûr, c'est que dans quelques minutes, il en aurait fini avec cette formation et qu'il allait enfin pouvoir monter son entreprise. 17h30. Paul commençait à ranger ses affaires sans faire de bruit lorsque le formateur posa la question fatidique :
    - Est-ce que certains d'entre vous ont des questions ?
    Paul pria pour que personne ne lui réponde. Malheureusement, sa prière ne fut pas entendue car une jeune femme blonde leva la main.
    - Oui, Mademoiselle ?
    - Excusez-moi, mais je n'ai pas très bien compris le sujet sur les déclarations administratives qu'il y a à faire pour créer son entreprise. Vous avez parlé trop vite, je n'ai pu noter que la moitié de ce que vous avez dit.
    Paul n'en croyait pas ses oreilles. Le formateur avait passé près d'une heure à expliquer tout cela et maintenant, il allait certainement devoir l'expliquer à nouveau. Cela en fut trop pour Paul qui ramassa malgré tout ses affaires.
    - Monsieur LENOIR, où allez-vous ainsi ?
    - Excusez-moi, mais je dois partir. Il faut que je récupère mon fils à l'école et je suis déjà très en retard.
    - Pour partir, il vous faut avant tout signer la feuille de présence qui est ici, sur mon bureau.
    Paul se leva.
    - Ce n'est pas un problème. Prêtez-moi un stylo et je vous la signe, dit-il.
    - Je ne pourrais vous la faire signer que lorsque la séance sera terminée. Or, j'allais expliquer à Mademoiselle DUVAL les points qu'elle n'a pas compris. Vous allez donc devoir patienter un peu. Je vais faire court, rassurez-vous.
    La réponse du formateur mit Paul dans une telle rage qu'il ne put se retenir de dire :
    - QUOI ?! Je vous ferai remarquer que lorsque vous expliquiez en détail ce point de votre cours, Mademoiselle discutait tranquillement avec sa voisine. On voyait bien que cela ne l'intéressait guère. Et maintenant, elle s'aperçoit qu'elle n'a pas très bien compris… Pour moi c'est du foutage de gueule et à votre place, je l'enverrais bouler ! Elle n'avait qu'à écouter !
    Quelques "Ouais il a raison" et "Elle nous emmerde" fusèrent dans la salle. La jeune femme se fit copieusement huer. Rouge de colère et de honte, elle se leva, jeta ses affaires dans son sac à main, sortit rapidement de la salle non sans avoir fait un doigt d'honneur à Paul qui lui répondit par un large sourire.
    - Pouvons-nous signer maintenant ? demanda Paul.
    Le formateur, un peu perturbé par ce qui venait de se passer, mit quelques secondes à revenir à lui, puis invita les participants à venir signer la feuille de présence. Paul fut le premier à signer, courut jusqu'à sa voiture tout en croisant Mademoiselle DUVAL qui revenait apposer sa signature. Une fois à bord, il consulta sa montre : 17h45. La garderie de l'école fermait à 18 heures. Il ne lui restait plus qu'un quart d'heure pour parcourir une trentaine de kilomètres, sans compter les embouteillages, les conducteurs du dimanche, la pluie...
     Il fit tout son possible pour limiter la casse mais, malgré sa bonne volonté et les chevaux sous le capot, il arriva avec un peu plus de 20 minutes de retard à l'école de David. Celui-ci jouait tout seul au ballon, sous le préau, tapant contre le mur qui le lui renvoyait sans jamais se fatiguer. La directrice de l'école était restée avec lui. Paul arrêta sa voiture devant le portail, en descendit sans couper le contact.
    - Je suis sincèrement désolé Madame CLERGUES. La formation a duré plus longtemps que prévu et il y avait beaucoup de monde sur la route.
    - Ça ne fait rien, Monsieur LENOIR. Comment ça se passe votre formation ? demanda-t-elle.
    - Elle est enfin finie. Il ne me reste plus qu'à faire toutes les démarches administratives nécessaires et d'ici peu, je pourrais ouvrir mon magasin.
    - C'est une excellente nouvelle, s'exclama-t-elle.
    - Oui, c'est un nouveau départ.
    - Je vous souhaite de réussir, vous le méritez. Surtout lorsqu'on connaît toutes les épreuves par lesquelles vous êtes passés.
    - Merci, merci beaucoup. D'ailleurs, je serais très honoré de vous avoir comme cliente.
    - C'est fort possible, dit-elle, car j'ai chez moi une grande quantité d'appareils électroniques en tout genre dont la moitié ne fonctionnent plus. Ils ne servent qu'à la décoration et à prendre la poussière.
    - Ça sera avec plaisir que je m'occuperai de vos appareils.
    - Sans problème, vous pouvez compter sur moi. David, appela-t-elle, il est l'heure de rentrer chez toi maintenant.
    David rangea le ballon dans le coffre prévu à cet effet puis, la tête basse, traînant des pieds, marcha jusqu'à son père. Celui-ci l'embrassa sur le front puis s'excusa une fois de plus auprès de la directrice pour le retard et la gêne occasionnée. Ils se souhaitèrent un bon week-end et chacun partit dans la direction opposée. Une fois dans la voiture, David s'attacha. Tout le temps du trajet jusqu'à la maison, il resta silencieux, même lorsque son père essaya de l'interroger sur la journée qu'il venait de passer. Une fois arrivés, David s'empressa de monter à l'étage pour s'enfermer dans sa chambre. Paul se retrouva dans le hall d'entrée, comme à chaque fois qu'il rentrait chez lui, seul.
    
    
    
     Il était maintenant près de 20 heures. Paul était confortablement installé dans un fauteuil, les pieds posés devant lui sur le pouf, somnolant devant la télé. Il s'éveilla en entendant le générique du journal télévisé. Le présentateur, tiré à quatre épingles comme à chaque fois, commença son journal par une terrible nouvelle : le tueur aux poupées de chiffon avait de nouveau frappé. Le corps d'un jeune garçon de 10 ans avait été retrouvé un peu plus tôt dans l'après-midi, dans un fossé, sur une petite route de campagne peu fréquentée. Paul frémit en voyant les images et éteignit instantanément la télévision. Il ne voulait pas en savoir davantage. Des pas se firent entendre dans l'escalier. David arriva dans le salon, toujours avec cet air morose dans les yeux.
    - Tu as faim ? demanda Paul.
    David hocha la tête sans émettre le moindre mot.
    - Qu'est-ce qui te ferait plaisir de manger ? Une pizza ? Des pâtes ? Tu veux que je commande au restaurant asiatique comme la dernière fois ?
    Le garçon se mit à réfléchir et dit enfin :
    - Je veux bien des spaghettis à la bolognaise.
    - OK, va pour des spaghettis à la bolognaise. Tu peux regarder la télé en attendant que je prépare tout ça si tu veux.
    David alluma la télévision, s'installa sur le canapé et commença à zapper de chaîne en chaîne tandis que Paul mettait une grande casserole remplie d'eau à bouillir sur le feu. Après une dizaine de minutes de cuisson, les spaghettis, les lardons, la sauce tomate étaient enfin prêts. Paul dressa la table et appela son fils qui arriva en traînant des pieds après avoir éteint la télé.
     Le repas se passa silencieusement, seulement troublé par les bruits de mastication. Après avoir avalé une bonne assiette de pâtes, Paul proposa à son fils un dessert. Celui-ci demanda un yaourt ainsi qu'une pomme. Tandis que David mangeait son laitage, Paul ramassa les assiettes, les couverts, mit le tout dans l'évier et commença à les laver. Après avoir essuyé et rangé la vaisselle, il revint s'asseoir en face de David qui croquait à pleines dents dans sa pomme.
    - Bon, David, il faut qu'on discute tous les deux. Qu'est-ce qui ne va pas ?
    David avala son morceau de pomme, posa le trognon sur la table puis s'essuya la bouche avec sa serviette.
    - S'il te plaît, réponds-moi, supplia Paul. Pourquoi est-ce que tu ne me parles pas ?
    À la plus grande surprise de son père, David répondit :
    - Tu avais promis de venir me chercher à la sortie de l'école.
    - Mais c'est ce que j'ai fait, se défendit Paul. Certes, avec beaucoup de retard, mais je suis venu.
    - Maman, elle, elle est toujours là à la sonnerie...
    - Je suis désolé, sincèrement désolé. Mais, tu comprends, la formation que j'ai suivie était très importante pour moi et pour mon avenir, notre avenir. Alors oui, je me suis peut-être montré absent envers toi ces derniers temps, mais je te promets que je vais faire de très gros efforts pour me rattraper. D'accord ?
    David haussa les épaules. Il ramassa le trognon sur la table, le pot de yaourt ainsi que la cuillère. Il la posa dans l'évier et jeta le reste à la poubelle. Alors qu'il prenait la direction de l'escalier, il se retourna vers son père :
    - Je te pardonne, papa.
    Il monta puis s'enferma dans sa chambre. Paul ne put retenir ses larmes car il venait enfin d'entendre, indirectement, son fils lui dire qu'il l'aimait.
    
    
    
     Paul sortit tremblotant de son sommeil. Il venait de faire un horrible cauchemar : alors qu'il était enfermé dans une pièce sans porte ni fenêtre, les murs se mirent tout à coup à se rapprocher et c'est au moment où il allait se retrouver écrasé, qu'il se réveilla. De sa main droite, il essuya la sueur froide sur son front. Le salon était plongé dans la pénombre. La seule lueur venait du réverbère dans la rue, situé un peu en amont de sa maison. La télévision s'était mise en veille et le décodeur affichait 23h58. Paul attendit quelques instants que les palpitations de son cœur se calment, se leva du fauteuil puis monta l'escalier tout en se tenant à la rampe. Comme tout bon père de famille, il décida d'aller voir si son fils dormait. Il entrebâilla lentement la porte. David était assis sur son lit, les jambes repliées sous ses fesses : il regardait les gouttes de pluie qui s'écrasaient sur le carreau et les branches du tilleul qui se balançaient avec le vent. Paul s'avança sans bruit jusqu'au lit, s'assit à côté de son fils. Ils restèrent ainsi quelques minutes, regardant dehors.
    - Pourquoi les parents finissent-ils toujours par divorcer ?
    La question de David prit Paul par surprise. Il lui fallut quelques secondes pour trouver une réponse adéquate :
    - Ce n'est pas vrai, tous les parents ne divorcent pas. Regarde papy Jean et mamie Lucienne, ils ne sont pas divorcés. Ni même tes grands-parents maternels. Pourquoi dis-tu ça ?
    - Parce que les parents de mes camarades de classe ont presque tous divorcé. Ils vont une semaine chez leur mère, une semaine chez leur père.
    - Je vois.
    - Pourquoi est-ce que cela arrive ? On devrait interdire le divorce ! Cela arrange les parents, mais nous, est-ce qu'on se préoccupe de nous ?
    Paul ne sut que répondre. Il voyait que les joues de son fils étaient mouillées. Il comprenait mieux maintenant son état de déprime ainsi que l'attitude de son fils à l'égard de Natacha et de lui-même. Il aimait ses parents mais il détestait la situation dans laquelle ils se trouvaient maintenant à cause du divorce.
    - Qu'est-ce qui a poussé maman à vouloir se séparer de toi ? Vous étiez heureux tous les deux ?
    - Nous étions très heureux, très amoureux même, répondit Paul. Puis, un grain de sable est venu se mettre dans l'engrenage et tout à basculer du jour au lendemain. C'est ce qui est arrivé entre ta mère et moi. Un grain de sable.
    - Tu sais, papa, je ne passe pas un jour sans penser à ma grande sœur. Elle me manque tellement…
    - Elle me manque aussi, elle me manque aussi. Malheureusement, le passé est le passé. Nous n'y pouvons rien changé. Nous devons continuer à avancer sur le chemin de la vie parce que c'est notre destin, et cela malgré les aléas qui surviendront tout au long de ce chemin. La vie n'est pas un long fleuve tranquille et tu en as déjà eu un aperçu avec la disparition de ta sœur.
    David renifla et essuya du revers de la manche.
    - Papa ?
    - Oui ?
    - Tu crois, qu'un jour, tu pourrais te remarier avec maman ?
    Paul baissa la tête.
    - J'ai bien peur que non. Tu sais, même si nous sommes restés assez proches, ta maman a décidé de refaire sa vie pour ne pas rester seule. C'est sa façon à elle de surmonter le drame et d'envisager l'avenir. Toi et moi, nous ne pouvons nous y opposer, même si cela te semble injuste.
    - C'est bien dommage...
    David se leva de sur son lit, se dégourdit un peu les jambes en marchant dans la chambre puis vint se coucher. Paul le borda, l'embrassa longuement sur le front.
    - Il est grand temps de fermer les yeux et de dormir. Bonne nuit. Je t'aime très fort.
    - Moi aussi je t'aime très fort papa. Bonne nuit.
    David bâilla, ferma les yeux et s'endormit presque aussitôt. Paul resta debout, près du lit, à écouter la respiration lente de son fils. Quand il fut certain que David avait rejoint le pays des rêves, il sortit de la chambre sur la pointe des pieds, tira la porte sans la fermer complètement et rejoignit sa chambre.
     Il se déshabilla, jeta ses vêtements sur la chaise située à côté de l'armoire, enfila son pyjama. Il tira les draps, s'allongea sur le dos, les mains derrière la tête. Au bout de quelques minutes, il ne parvenait toujours pas à s'endormir. Il repensait à la discussion qu'il venait d'avoir avec David, de ses soucis enfin exposés au grand jour à propos du divorce de ses parents. Il est vrai que depuis cet événement, il n'avait pas beaucoup passé de temps avec son fils. Peut-être est-ce que cela lui manquait ? Quelles activités pouvaient-ils faire ensemble afin de se rapprocher l'un de l'autre ?
    - Le parc d'attractions !
    Cette fois il en était convaincu, une journée au parc ne pouvait leur faire que du bien à tous les deux. Paul finit par s'endormir profondément, un léger sourire sur les lèvres.

Texte publié par Magnet31, 10 avril 2018 à 17h58
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