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L'histoire et les personnages sont issus de mon imagination et de ce fait m'appartiennent, tout plagiat est donc interdit conformément à l'article L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
    
    La porte coulissa dans un grincement métallique mais l’enthousiasme fit que malgré sa surprise, Lionel n’en tint pas compte. Il s’élança aussitôt vers l’extérieur, s’engageant sur la toiture terrasse. En quelques pas, il gagna la rambarde métallique et y posa ses mains, touché par une certaine fébrilité émue bien que ce ne fût pas la première fois qu’il se tenait là en de telles circonstances – là ou ailleurs. Le vent vint alors lui fouetter le visage et balayer ses cheveux en tous sens. Cela ne le gêna pas, bien au contraire. Il ferma les yeux à la sensation de liberté qui l’envahit à cet instant, si brève qu’il n’en aurait bientôt plus le souvenir, il le savait. Il n’avait pas réellement l’occasion d’en jouir souvent dans la vie qu’il menait actuellement – une simple série de déceptions et de désenchantement depuis de nombreux mois. Alors autant en profiter.
    Tout autour de lui, le paysage restait calme et inerte et les quelques véhicules en circulation ne parvenaient pas à détruire cette sorte de somnolence dans laquelle était plongée l’ensemble de la cité. Les hauts mégadomaines sombres pointaient vers le ciel, indifférents aux rafales et aux gros nuages noirs qui s’accumulaient au-dessus d’eux et qui masquaient le ciel et les étoiles. Leurs nombreuses baies vitrées qui donnaient tantôt sur des appartements, tantôt sur des bureaux, illuminaient leurs contours et leur accordaient un semblant de vie. En contrebas, les routes, peu fréquentées en cette heure tardive du fait de la limitation des transports, étaient plongées dans la pénombre, de sorte qu’il ne les apercevait qu’à peine. Mais rien de tout cela ne l’intéressait de toute manière.
     Le bâtiment qu’il avait choisi était d’une hauteur respectable, même s’il était loin d’être le plus élevé. Il s’agissait cependant du meilleur compromis qu’il avait pu trouver et auquel il avait eu accès. Chose pas si aisée compte tenu de sa proximité avec le spatioport.
     Or, c’était bien pour lui que Lionel était venu en ce lieu ce soir.
     La vue n’était pas des meilleures mais était suffisamment dégagée pour qu’il pût voir le grand bâtiment en L qui encadrait une partie des pistes de décollage et d’atterrissage des navettes et des vaisseaux spatiaux, si longues que le jeune homme n’en apercevait pas le bout. Kéréone comprenait trois spatioports, faisant de la mégapole l’un des piliers centraux du voyage spatial et interstellaire d’Argos, et ironiquement, celui-ci était le plus petit malgré son immensité. Ce qui expliquait son rôle actuel : un simple relais avec la planète-colonie, Argaphylion. Les pistes ne servaient donc que peu souvent, quoique de manière régulière – le pôle le plus important était situé au sein du bâtiment dans le secteur des communications, car jamais ils ne devaient perdre le lien qu'ils entretenaient avec la planète et les gens du Projet qui s’y trouvaient et qui représentaient leur unique espoir.
     Mais à cette heure, tout le site était en pleine effervescence.
    Toute une partie de la piste était éclairée, près du bâtiment. Au niveau des quais d’embarquement était arrêté un grand et large vaisseau autour duquel s’affairaient de nombreuses personnes, réduits à de petits points colorés et pressés par l’imminence du départ. Sa forme globalement rectangulaire et ses arêtes marquées rendaient son allure austère et froide, voire même déconcertante et intimidante. Le gris anthracite de ses parois sombres et ternes semblait presque avaler la lumière et renforçait cette impression. Il était amusant de constater que sa simple observation sous-entendait clairement qu’il était de construction humaine – ceux des theris étaient indéniablement plus beaux, de pures merveilles en matière de technologie et d’esthétisme – mais également ancienne : à vrai dire, il était sans aucun doute l’un des vaisseaux les plus vieux encore en activité.
    Le Battlestar Galactica.
    D’où lui venait un tel nom ? Lionel n’en avait aucune idée, d’autant qu’à l’origine il se limitait à Galactica. Il ne savait même pas ce que cela voulait dire ; habituellement, les vaisseaux portaient des noms dans la langue commune parlée sur Argos, mais celui-ci remontait à l’arrivée des humains sur la planète, plus de quatre siècles plus tôt après une lente migration qui avait duré des décennies. Entamée pour quelle raison ? Lionel ne parvenait plus à se souvenir des quelques bribes encore connues des Arguéens – l’essentiel s’était perdu, car ceux qui l’avaient vécu avaient refusé de le raconter ou les personnalités de l’époque avaient décrété qu’il ne fallait pas l’ébruiter et au contraire, l’enfouir à jamais dans l’oubli... ce qui avait parfaitement fonctionné. Malgré tout, le nom de ce vaisseau avait été conservé en mémoire de cet épisode, dans sa langue d’origine, l’anglais. Une langue dont Lionel ne parlait pas un mot, pas plus que les autres humaines à l’heure actuelle, d’ailleurs. Pourtant, il avait entendu dire qu’elle était, ou du moins avait été à cette époque, parmi les plus parlées sur cette planète lointaine. Mais désormais, ce n’était plus qu’une langue morte connue de quelques spécialistes seulement, des passionnés d’histoire pour la plupart. C’était également le cas de tous les anciens dialectes humains, réduits aujourd’hui à l’état de traces et de vestiges. Comme celui-ci.
    De fait, le Battlestar Galactica avait tout gardé de son héritage, même son armement conséquent, bien que la situation ne l’exigeât plus et qu’il eût quitté le service militaire depuis longtemps de par sa vétusté. Il avait rempli de nombreux rôles et effectué de nombreuses tâches et à présent, il servait avec plusieurs autres vaisseaux d’intermédiaire entre Argos et la planète-colonie. C’était d’ailleurs pour cela qu’il partait ce soir. Pour rejoindre Argaphylion.
    Comme il aurait aimé pouvoir se joindre à eux et s’y rendre également.
    La piste commençait lentement à se vider de son personnel et Lionel devina que le décollage ne tarderait plus. Il serra instinctivement la rambarde entre ses poings tandis que son cœur battait plus fort dans sa poitrine, gagné par l’excitation et son attention toute tournée vers la scène. Seul comptait cet instant.
     Mais le reste du monde devait être insensible à sa majesté et n’en fut pas moins impitoyable. Une main dure et froide se posa sur son épaule et l’en extirpa brutalement, ce qui le fit sursauter et se retourner. Il soupira de soulagement lorsqu’il reconnut le droïde de garde chargé de la surveillance du logement – bien que les couloirs fussent également truffés de caméras. Ce dernier le contempla d’abord quelques instants, immobile et silencieux, ses yeux bleu sombre, seule chose colorée sur cette surface uniformément grise, fixés sur lui et occupés à analyser ses traits. La lumière artificielle créait de nombreux reflets à sa surface et lui accordait une aura presque fantomatique.
    Et forcément, la reconnaissance faciale ne donna rien du tout, et Lionel se retint de se frapper le front lorsque la voix mécanique et atone du droïde s’éleva :
     – Monsieur, je vous rappelle respectueusement que l’accès à cette terrasse est strictement réservée aux –
     – Je sais, juste quelques minutes, grogna-t-il en se retournant, croisant les bras pour refermer les pans de son manteau contre lui tandis qu’il frissonnait, à présent sensible au froid qui l’environnait, acheminé par les brusques bourrasques qui soufflaient toujours.
     Yasmina l’avait pourtant assuré qu’il n’aurait aucun problème et si sur l’instant il y avait cru, il avait quelques doutes à présent. Son amie effectuait un travail de nuit et lui-même n’avait pas de preuves tangibles attestant que la locataire l’autorisait à pénétrer ici en son absence.
     – Monsieur –
     – Yasmina Thengen, pesta-t-il tandis qu’un vrombissement retentissait, signe que le Battlestar Galactica allait bientôt décoller – et il ne devait rater cela pour rien au monde.
     Le droïde hésita quelques secondes, réfléchissant jusqu’à reconnaitre le nom prononcé.
     – Monsieur, même si Dime Yasmina vous avait donné l’autorisation à…
     Heureusement pour Lionel, le droïde ici présent était un robot d’agrément et non pas un vrai robot de garde – sans quoi il se serait fait jeter sans plus attendre. Ce dernier s’étala donc plutôt sur le problème réglementaire que posait sa présence en ce lieu d’accès restreint, et si le bruit l’indisposait, la vue demeurait inchangée. Bientôt, il ne l’entendit même plus ; le son émis par le vaisseau était si fort qu’il en couvrait la voix.
     L’appareil glissa lentement de sa position, manœuvrant tout d’abord pour adopter une position plus adéquate sur la piste. Le décollage fut ensuite très rapide – quelques mètres suffirent avant qu’il ne décollât – puis il s’éloigna. En quelques secondes, il était déjà dans le ciel et moins d’une minute plus tard, il était hors de vue, sa couleur le confondant aux nuages. Lionel continua pourtant de fixer cette direction un moment encore avant de baisser la tête. Près de lui, la présence du droïde se faisait de nouveau envahissante. Il grimaça tandis que tout son corps se raidissait et il leva une fois de plus la tête vers le ciel. Ce n’était qu’un doux rêve auquel il n’aurait jamais accès, et ceci était sa réalité, sa triste réalité. Il n’avait plus qu’à y retourner, jusqu’à l’atterrissage de celui qui se trouvait toujours en orbite autour d’Argaphylion, puis jusqu’au décollage de celui qui suivrait le Battlestar Galactica, le Feirhedron.
     Mais peut-être qu’un jour, il ne serait plus seul spectateur de cet événement. Il devait garder espoir.
     Le droïde s’avança de nouveau vers lui mais il n’eut dès lors plus besoin d’insister ; Lionel reprit le chemin qu’il avait emprunté en sens inverse d’un pas ferme tout en l’ignorant, et il quitta la terrasse sans plus attendre. L’ombre du droïde l’accompagnait mais il n’en avait cure, comme il ne percevait pas non plus, ou qu’à peine, le reste de son environnement. Il gageait sur l’habitude pour atteindre le rez-de-chaussée. De toute façon, plus rien ne le retenait ici.
     Jusqu’à cet autre jour.

Texte publié par Ploum, 2 avril 2018 à 17h43
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