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Tome 1, Chapitre 3 Tome 1, Chapitre 3
Le cortège funéraire avançait à pas comptés à travers les rues de la ville.
    
    Les obsèques se faisaient le lendemain même de la mort de la reine Astar, car la chaleur aurait rapidement eu raison du corps de la défunte.
    Dans les traditions élonites, les rois et les reines décédés devaient défiler dans les rues de la capitale à visage découvert dans leurs habits d'apparat. Aujourd'hui n'y faisait pas exception.
    Deux litières portées sur des brancards composaient le cortège. La première, taillée dans l'acacia et recouverte de feuilles d'or était grande ouverte, laissant entrevoir le visage blême, livide, éteint de la reine. Cette dernière portait une longue robe plissée au tissu noir et fin, brodée de fils dorés. Le diadème royal et un voile jaune éclatant étaient placés sur le haut de sa tête.
    La deuxième litière quant à elle était noire ébène, rideaux tirés, soulevant le roi veuf au-dessus de la foule.
    
    Lorsque le tour de la ville prit fin, le cortège regagna l'enceinte du palais.
    Dans la cour des appartements de la reine se tenait un bûché sur lequel on vint la déposer. Seuls les membres de la famille royale, les membres du conseil, et les généraux pouvaient assister à la crémation.
    
    Les pleureuses se mirent à entonner un chant de lamentation.
    
    "Nuage noir dans le ciel,
    Purifie une âme éternelle,
    Dont seules les cendres,
    Sont témoins des méandres,
    Méandres d'une vie."

    
    La fumée âcre commença à s'élever dans les airs et des cendres se mirent à voler, venant irriter les yeux et la gorge des assistants.
    
    S'en est trop !
    
    Le prince Shahin fit brusquement demi-tour et retourna dans ses appartements d'un pas vifs, les mâchoires serrées. Il voulait se montrer fort, mais il ne pouvait tout bonnement pas assister à la destruction de ce corps, ce corps qui l'avait porté, cajolé, aimé.
    Il était le fils unique de la reine, mais il n'était pas le seul fils du roi. Il avait passé sa toute jeune enfance parmi ses frères dans l'innocence la plus totale. Il n'avait que douze ans lorsqu'il perdit cette dernière... C'était à cette période qu'il avait été confronté à l'horreur de la mort pour la première fois.
    Gilgamesh, son aîné de deux ans et fils d'une des concubines du roi, avait péri brutalement. Son décès avait fait de Shahin le nouveau prince héritier, le projetant dans la cour des grands, la cour des rois.
    
    Le temps d'un instant, une larme roula sur sa joue. Son plus grand soutien en ce monde venait de disparaître.
    
    La chambre dégageait une douce impression de calme. Les murs lapis lazuli, et le clapotis de la fontaine le rassérénèrent. Il s'écroula dans les multiples coussins qui ornaient sa couche. Leur aspect moelleux et soyeux lui rappelèrent l'effet réconfortant des bras de sa mère.
    
    Bon sang, penses à autre chose !
    
    Afin de tenter de se distraire, il fit appeler une concubine. Cette dernière portait sur elle une pléthore de bijoux, dans le but non-dissimulé d'impressionner le prince.
    
    "Lis-moi quelque chose !
    - Comment ?
    - Fais-moi la lecture que je pense à autre chose.
    - Mais...mon Prince, je... je ne sais pas lire...
    - A quoi donc me sers-tu ? " demanda Shahin irrité.
    
    La concubine défit une attache de sa robe, venant dévoiler sa gorge. Elle se rapprocha langoureusement du lit.
    
    " Je peux toujours vous distraire autrement..."
    
    Exaspéré, Shahin bondit de son lit, saisit la jeune femme par le bras et l'entraîna jusqu'à la porte de ses appartements.
    
    "Si j'avais voulu pareil divertissement, je ne t'aurais pas fait appelé !"
    
    Il claqua la porte derrière elle, puis s'effondra au sol. Il était perdu.
    
    
***

    
    Tous les serviteurs au service de la reine se tenaient rassemblés au centre de la salle de banquet. Face à eux se trouvaient un intendant royal, ainsi qu'un secrétaire.
    
    "Notre reine bien-aimée, comme vous le savez tous, est morte. C'est pourquoi nous devons revoir vos attributions... ou bien nous passer de vos services, selon les cas. Donc, présentez-vous au secrétaire afin qu'il vous donne de nouvelles directives."
    
    Les serviteurs se mirent à former une file devant le bureau du secrétaire.
    Ehsan ne parvenait pas à maîtriser les battements de plus en plus intenses de son cœur. Au fur et à mesure que la file diminuait, ses mains moites jouèrent avec le bout de sa natte de manière frénétique.
    Arriva le tour de Benyamin qui se trouvait cinq personnes devant elle. Elle n'entendit pas ce qu'il lui était dit, mais elle le vit saisir son cachet et partir en trombe vers la porte. Ehsan se tourna vers Zohreh qui lui adressa un regard perplexe.
    Arriva finalement son tour.
    
    "Votre nom ?
    - Ehsan, monsieur."
    Le secrétaire fouilla dans ses lettres de recommandation à la recherche du nom de la jeune fille.
    
    "Ah le voilà, tendit-il un parchemin. Il est écrit dessus que vous êtes affectée au...
    - Aux cuisines du prince héritier."
    Le secrétaire la regarda, dubitatif.
    "Je sais lire. " se justifia-t-elle.
    
    Elle saisit le cachet qui lui était également remis, puis laissa sa place à Zohreh.
    
    "Vous serez au service de chambre de la première concubine du roi."
    
    L'abattement se lut sur le visage d'Ehsan. Elle qui n'avait jamais été séparé de sa mère adoptive, voilà qu'elles étaient affectées dans des services différents, dans des bâtiments différents...Rien ne prouvait qu'elles pourraient se voir régulièrement.
    Zohreh la prit dans ses bras.
    
    "Ne me déçois pas ma grande ! J'ai intérêt à entendre la rumeur que la cuisine du prince héritier est la meilleure de tout le royaume désormais !"
    
    La vieille femme lui fit un sourire qui respirait la joie de vivre, mais Ehsan remarqua qu'elle avait les yeux humides. C'était à son tour de se montrer réconfortante. Elle prit ses mains entre les siennes, elles étaient chaudes, rassurantes.
    
    "Zohreh, je ne te remercierais jamais assez. Tu m'as tout appris, même les ingrédients secrets de ta soupe aux poireaux."
    Elles rirent.
    "Tu m'as prouvé que la bonté pouvait exister en ce monde, continua-t-elle. Et ce sont des valeurs que je garderais toujours au fond de mon cœur. Je te promets que je ne te décevrais pas !" une larme dévala la joue ridée de Zohreh.
    
    Elles tombèrent dans les bras l'une de l'autre. Ehsan ne put s'empêcher de se demander quand sera la prochaine étreinte chaleureuse qu'elles partageraient.
    
    "Qui aurait cru que je pleurerais un jour !" s'exclama Zohreh en riant.
    Elles finirent par se quitter, partant retrouver leurs nouvelles attributions.
    
    Mais où est donc passé Benyamin ?
    Elle pensait le retrouver dehors, mais il n'y était pas. S'était-il fait expulser de la Porte du roi ? Un frisson parcourut sa échine. Elle ferait le nécessaire pour le savoir.
    
    
***

    
    L'ambiance entre les serviteurs dans les cuisines du prince semblait bien moins chaleureuse que ce qu'elle avait connu. Chacun la tête dans sa marmite, le silence était absolu, si l'on occultait le crépitement de l'agneau qui rôtissait sur une broche et les "clac" que faisaient les couteaux sur les planches à découper. Le temps allait être long.
    
    Ehsan était de corvée de ramassage, elle devait récolter des oignons dans le potager qui entourait les cuisines. Elle pensait que l'air frais lui aurait fait du bien, mais c'était sans compter cette odeur mordicante qui flottait partout dans l'air. Tout Antarxes devait la sentir. Une épaisse fumée noire se dessinait dans le ciel... C'était ce que les élonites appelaient la mort des rois. Il était tout bonnement inconcevable pour les grands de ce monde de disparaître de la surface de la terre en se faisant dévorer par des parasites, ils préféraient une disparition plus noble, qui s'élèverait vers le ciel.
    
    Quoi qu'il en soit, on finit tous par disparaître...
    
    Lorsqu'elle revint avec les oignons, le chef s'approcha d'elle. C'était un homme en milieu de vie, ventripotent et au regard lubrique.
    
    "La nouvelle ! T'es mignonne dis donc ! Du coup tu seras au service du prince ! Ça devrait lui remonter le moral."
    L'odieux personnage partit dans un fou rire.
    "Aller ! poursuivit-il. Vas lui apporter quelques sucreries, il parait qu'il est rentré !"
    
    Ah oui d'accord c'est comme ça que ça marche ici...
    Sa pensée ne dépassa pas ses lèvres, elle préféra s’exécuter et s'éviter tout ennui.
    Les pâtisseries qu'elle posa sur son plateau sentaient incroyablement bons. Alors qu'elle marchait seule dans les couloirs du palais du prince, elle dut résister de toutes ses forces à l'envie d'en manger un morceau, elle dont le seul repas était un ragoût de viande bouillie et de semoule trop cuite tous les matins... L'effort était surhumain.
    
    Alors qu'elle approchait des appartements du prince, elle entendit une porte se refermer avec fracas. Quelques secondes plus tard, elle vit apparaître une jeune fille superbement vêtue. Cependant l'expression sur son visage trahissait un sentiment de honte. Ehsan l'observa, mais le regard qu'elle posait sur cette fille était visiblement trop insistant.
    
    "QUOI ? Écarte-toi, tu me barres la route !" dit-elle d'un ton fort désagréable.
    
    Le couloir était pourtant très spacieux, mais c'était elle l'esclave, c'était donc à Eshan de se déplacer.
    L'atmosphère était devenue une nouvelle fois pesante, c'est donc avec un peu d'appréhension qu'elle frappa à la porte de la chambre de Shahin.
    
    "Des douceurs pour le prince !" s'exclama-t-elle.
    
    Elle ouvrit la porte, face à elle un lit à baldaquin sur lequel était assis le jeune héritier, la tête entre les mains. Comme elle s'y attendait, la chambre sentait bon les agrumes, cela lui changeait de l'odeur qui empestait la Porte du roi.
    
    Shahin releva la tête, elle s'approcha doucement. C'était la première fois qu'elle le voyait si bien. Ses cheveux noirs de jais étaient assemblés en un catogan flou à l'arrière de son crâne. Sa mâchoire était anguleuse et masculine et sur elle naissait une fine barbe sombre. Il possédait un fin nez busqué et des yeux d'un noir si intense qu'on ne pouvait distinguer la pupille de l'iris.
    L'expression du prince était passée d'un air préoccupé à un air interrogateur. Ehsan réalisa qu'elle avait complètement oublié de le saluer. Elle s'inclina immédiatement.
    
    "Pardonnez-moi mon prince, j'ai juste été tellement surprise par votre ressemblance avec votre m... Oh pardonnez-moi, je suis tellement maladroite " s'excusa-t-elle en s'inclinant davantage.
    
    Le visage de Shahin redevint morose. Il soupira.
    
    "Que voulez-vous, il en a toujours été ainsi. Je lui ressemble et sa mort n'y changera rien."
    
    Ehsan éprouva de la compassion pour le jeune homme, ça n'allait pas être facile d'entrevoir sa mère à chaque fois qu'il se regarderait dans le miroir.
    
    Shahin examina la servante pendant que celle-ci lui servait son thé. Il l'avait déjà vu auparavant. C'était une jolie fille, pas complètement femme encore. Elle ne ressemblait à aucune des femmes qu'il avait l'habitude de côtoyer, plus menue, plus bronzée, plus travailleuse sûrement... Elle déposa une tasse sur la table basse du petit salon et s'agenouilla pour y verser le thé. Au même instant, un rayon de soleil traversa la pièce et vint se perdre dans sa chevelure. Il aurait juré qu'ils étaient rouge feu.
    
    Ehsan s'inquiétait pour le prince, il avait eu l'air si triste après ses allusions à sa mère. Comment peut-il en être autrement après tout ?
    
    "Mon Prince, avez-vous besoin de quelque chose d'autre ? dit-elle en s'inclinant de nouveau.
    - Tu étais au service de ma mère n'est-ce pas ?
    - Oui, mon Prince...
    - Et tu travailles dans mes cuisines désormais ?
    - Oui, je suis serveuse et commis quand on a besoin de moi.
    - Bien, sois la bienvenue dans mon palais... Tu peux disposer maintenant."
    
    Dans une ultime révérence Ehsan sortit de la chambre, referma la porte et glissa le long de celle-ci en soupirant.
    Quelle andouille ! Bien sûr qu'il ressemble à sa mère. Bravo pour le réconfort Ehsan !
    
    De l'autre côté de la porte cependant, Shahin arborait un fin sourire. Se faire servir par cette jeune fille, voilà une idée qui le réjouissait et bien que maladroite, sa curiosité était piquée.
    
    

Texte publié par Sali, 11 août 2017 à 11h15
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