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Tome 1, Chapitre 1 Tome 1, Chapitre 1
La chaleur accablante de ce milieu de journée était bien pire encore dans les cuisines.
    La nourriture se faisait rare et pourtant un banquet était organisé pour les hauts dignitaires de la ville.
    
    "Il y aurait suffisamment de nourriture pour nourrir la moitié de la ville ! s'exclama la nouvelle aide en cuisine.
    - Si tu as quelques critiques que ce soit, garde-les pour toi ! Il en faut beaucoup moins que cela pour perdre sa tête ici ! lui intima Zohreh, la cuisinière en chef. De plus, si tu veux pouvoir augmenter ta ration de blé tu ferais mieux de me couper ces poireaux plus vite que ça ! "
    
    Zohreh était comme une mère pour Ehsan, une mère sévère, mais attentive. Le genre de personne qu'on ne voulait pas décevoir. Elle l'avait recueilli lors de son arrivée au palais. Elle n'était qu'une enfant à qui l'on avait retiré tous les plaisirs de la jeunesse. Sans parent ni famille, Zohreh avait accueilli un petit être chétif et sauvage. Durant douze ans elle s'était efforcée d'en faire une femme. Aujourd'hui la gamine des rues farouche avait laissé place à une jeune femme délicate et attentionnée. La couleur de ses yeux se confondait avec sa peau joliment basanée. L'acajou inhabituel de ses cheveux bouclés avait toujours subjugué Zohreh, mais celle-ci était bien trop fière pour le lui avouer.
    
    "Ehsan, prends les plats et va les porter au banquet !"
    
    Elle s’exécuta, il lui était arrivé une ou deux fois de discuter les ordres de la cuisinière : jamais plus. Son regard incandescent suffisait désormais à l'en dissuader.
    
    Les plats sentaient merveilleusement bons, jamais elle n'avait mangé de mets si délicats...hormis dans ses songes. Poireaux, dates et raisins, sans même parler des viandes, du pain et des vins qui venaient des quatre coins du monde. "Les meilleurs produits pour le meilleur des rois", du moins c'est ce qu'ils disaient.
    
    Lorsque les portes s'ouvrirent sur la salle de banquet, Ehsan en eut le souffle coupé. Ce n'était pas la première fois qu'elle y entrait, mais cela lui faisait à chaque fois le même effet. La pièce était démesurément grande. Aux murs se trouvaient des mosaïques de bleu et d'or. Chaque motif floral épousait à la perfection la moindre courbe des alcôves et des colonnades. Le clou du spectacle était l'immense jardin fleuri que dévoilaient de grandes ouvertures.
    
    Magnifique... un seul pan de ces murs pourrait servir à nourrir la ville pendant un mois...
    
    Une valse de serveurs tournoyait autour des couches. Une trentaine de convives allongés sur celles-ci piochaient dans les plats de ci de là. Cette opulence en temps de famine, Ehsan ne comprenait pas la logique. Elle n'avait que seize ans, mais elle voyait bien que cette inégalité n'était pas uniquement l'oeuvre de la sécheresse.
    
    "AAAAAH ! " un cri retentit.
    
    Un brouhaha immense se fit entendre, la foule s'affola.
    La reine Astar était allongée de tout son long, reposant sur les genoux de son époux visiblement effrayé. La blancheur de sa peau et les perles de sueurs sur son front ne laissaient présager rien de bon.
    Un homme de petite taille, médecin à en juger par sa coiffe, s'approcha de la reine. Il vint saisir son poignet, après quelques secondes d'attentes, qui parurent une décennie pour le roi inquiet, le verdict tomba :
    
    "Le pouls est faible, qu'on la fasse se retirer dans ses appartements."
    
    Un homme de sa garde rapprochée vint la soulever et se dirigea loin du banquet, laissant le roi Dastan abasourdi quelques secondes. Quelle étrange impression que de voir son souverain dans un tel état, lui qui avait connu les guerres, vu les pires images que ce monde pouvait offrir, il avait désormais le visage d'un enfant tétanisé par la peur.
    Cela retentit en elle comme une évidence : il l'aime.
    Au plus loin que pouvait remonter sa mémoire, elle ne se remémorait pas plus tragique expression d'amour sur un visage...se remémorait-elle seulement une quelconque expression d'amour ?
    
    L’hébétement passé, le roi sortit de sa torpeur bondissant à la suite des gardes et médecins. Ehsan quant à elle retourna en cuisine, quelque peu chamboulée par ce qui venait de se produire. La nouvelle semblait s'être propagée à une telle vitesse. Tout le monde continuait consciencieusement son travail, mais un seul nom était sur toutes les lèvres : "Astar".
    
    "Prions les dieux pour qu'il ne s'agisse que d'un coup de chaleur ! Ehsan tu l'as vu ? demanda Zohreh avec cette vigueur qui était sienne.
    - Oui, elle était allongée là, inerte... c'était effrayant.
    - Un peu de sang-froid ma petite ! Tu en verras d'autres. Rends-toi plutôt utile et aide-moi à ranger ce foutoir !"
    
    Avec Zohreh elle n'avait le temps de rien, pas le temps de bavarder, pas le temps de réfléchir, alors encore moins le temps de s'inquiéter ! Ehsan s'empara des quelques récipients qui traînaient sur la table et vint les plonger dans la fontaine.
    La fontaine, jamais elle n'avait vu pareil installation avant de rentrer dans la Porte du roi, l'eau arrivait jusque dans les maisons, dans les cuisines, dans les appartements et même dans les salles de banquet. L'homme avait su la dompter, à moins que ce ne soit l'oeuvre des dieux.
    L'eau était fraîche, elle paraissait si pure. C'est son corps tout entier qu'elle aurait aimé plonger sous cette eau, dans l'espoir que son pouvoir purifiant l'aide à penser à autre chose. Mais visiblement l'heure n'était pas au calme, un homme entra avec grands fracas dans les cuisines.
    
    "Qu'on apporte du lait et des fruits à la reine !" s'exclama-t'il.
    
    Sans même attendre l'aval de Zohreh, Ehsan saisit un plateau, prit le nécessaire et suivit le messager. Pourquoi ressentait-elle tant de hardeur ? N'était-elle pas leur servante, leur esclave ? A moins que ce ne soit ce regard emprunt de terreur et d'amour qui la chamboulait.
    
    Des portes gigantesques s'ouvrirent sur son passage. De grandes colonnes dorées, des mur taillés à même la malachite, des tentures finement tissées, tout criait "faste" et "luxe".
    Au centre de la vaste pièce se trouvaient de nombreux voilages blancs dissimulant un lit. Dans celui-ci était allongé un corps frêle et fébrile.
    Ehsan s'inclina devant le médecin, présentant le plateau.
    
    "Donnez-le lui ! " lui ordonna celui-ci.
    
    Les longs cheveux ébènes de la reine formaient, autour de sa tête, une couronne. Quel qu’était la situation, elle paraissait toujours royale.
    
    "Ma reine, dit-elle en s'inclinant, mangez un peu."
    
    La reine vint lentement se saisir d'un grain de raisin qui glissa de ses doigts avant même d'atteindre sa bouche, Ehsan récupéra se dernier qu'elle porta elle-même à la bouche de sa souveraine.
    Une ombre vint obscurcir son champ de vision. Lorsqu'elle eut fini de s'assurer que le raisin avait bien été avalé, elle regarda vers la silhouette. Dans le contre-jour les traits du visage n'étaient pas parfaitement saisissables, mais elle l'avait reconnu.
    Grand et athlétique, avec cette odeur citronnée, typique des parfums d'Elôn que seuls les grands de ce monde pouvaient s'offrir : Shahin le fils premier-né de la reine Astar.
    
    "Laissez-moi faire la suite ! sa voix était grave, préoccupée.
    - Bien, votre Altesse."
    
    Ehsan se retira, jetant un coup d’œil au roi qui discutait avec médecins et guérisseurs, l'air tourmenté.
    
    
***

    
    Shahin était dans ses appartements rêvassant en contemplant les nénuphars du bassin extérieur. Il aimait le calme qui se dégageait de cette surface lisse et limpide.
    A l'autre bout de celui-ci, trois femmes de son premier appartement y baignaient leurs pieds en riant. Ces numéros de charmes pour être la favorite, il les connaissait bien. Alors qu'il songeait à aller les voir pour s'en amuser, un messager fit éruption.
    
    " Mon Prince ! Votre mère est malade.
    - Comment ? Que me dis-tu là?
    - Sa Majesté la reine Astar a perdu connaissance lors du banquet.
    - Bien, je m'en vais la voir !"
    
    Le prince s'empara en toute hâte de son vêtement officiel et le lança sur ses épaules.
    Il arriva dans les appartements de la reine. Son père avait l'air très occupé avec les médecins, mais peu importait, son seul objectif était de voir sa mère. Cependant celle-ci aussi semblait occupée. Une jeune fille était à ses côtés.
    
    Elle la nourrit ? Mère doit être drôlement faible.
    
    En effet, lorsqu'il arriva à leur hauteur, il fut choqué par le teint cadavérique de la reine.
    
    "Laissez-moi faire la suite."
    
    Shahin était bien trop inquiet pour entendre la réponse de la servante, en revanche il fut surpris de lire tant de compassion dans les yeux noisettes qui le regardaient. Lorsqu'elle s'eut éloignée, la reine saisit la main de son fils, elle était si chaude en comparaison de la sienne.
    
    "Shahin, pourquoi dévisages-tu cette esclave ?
    - Oh ce n'est rien, j'ai juste été surpris.
    - Ah! Ces étrangères et leurs cheveux aux couleurs improbables...
    - Non ce...Peu importe, mère, comment vous sentez-vous ? Que s'est-il passé ?"
    Suite à cette question la reine poussa un long soupir.
    "Je me sens épuisée, que veux-tu, je vieillis et je ne supporte plus aussi bien la chaleur qu'auparavant. C'était co...comme s...si comme si..."
    
    Alors qu'elle parlait, elle fut soudainement prise d'étourdissements. Shahin vint soulever sa mère et s'asseoir derrière elle afin de la soutenir. La reine transpirait à grosses gouttes.
    
    "Mère !
    - Ça va, ça va, j'ai juste la tête qui me tourne un peu.
    - Mais vous êtes brûlante de fièvre ! il se tourna vers le groupe de médecins. La reine se sent mal, elle a de la fièvre ! "
    
    Aussitôt les médecins vinrent à son chevet. Shahin se retira afin d'aller voir son père. Celui-ci semblait dans tous ses états.
    
    "Qu'y a-t-il père ? il était livide.
    - Elle va mourir."
    
    La sentence était tombée comme un couperet.
    
    

Texte publié par Sali, 9 août 2017 à 00h20
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