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Tome 1, Chapitre 16 « Ah, vœu... » Tome 1, Chapitre 16

    Ambre s’y attendait. Ses parents s’étaient pliés en quatre et avaient organisé le Réveillon de Noël. Par chance, la maison était assez vaste pour accueillir un bon nombre de leurs proches. Elle avait cessé de compter, il y avait bien trop de monde !
    
    Léa et sa mère s’étaient surpassées : métamorphosé, un sapin de Noël dont la taille avoisinait les deux mètres arborait une robe d’épines bleues ; il était superbe avec ses guirlandes colorées, ses boules miroitantes et ses cheveux d’ange, sans oublier l’immense étoile clignotante à son sommet. Des flocons de neige en papier ornaient les murs, le plafond, les fenêtres…
    
    Digne d’un véritable conte de fées.
    
    Le père de la jeune fille avait déployé son génie pour illuminer la façade de l’extérieur. Qui aurait cru cela d’un simple employé de bureau dans une agence immobilière ? Joshua affirmait souvent qu’il puisait son inspiration au sein de son merveilleux jardin secret.
    
    Siège de paradoxes douloureux, l’esprit d’Ambre menait une bataille rude. Deux mois environ s’étaient écoulés depuis le bal. Aucun signe du Tisseur, aucun nouveau rêve terrifiant. Quant à l’homme aux cheveux blancs et aux yeux noirs, il ne cessait de la hanter. Une partie d’elle brûlait d’envie de le reléguer au rang de « fantasme fabriqué par son imagination débordante ». Néanmoins, son premier cauchemar s’était presque révélé exact… et c’en était troublant. S’agissait-il d’une conséquence de sa télépathie, même si celle-ci ne s’était pas déclenchée après son retour sur Terre ?
    
    Ses pensées convergèrent vers la deuxième source de ses tourments : Jyrhan. Elle soupira.
    
    Une voix interrompit ses réflexions songeuses :
    
    — Ambre ! Tu peux venir m’aider ?
    — Oui maman !
    
    Des cris et des rires répondirent comme en écho à cet échange. Ambre aperçut Léa et son cousin Jordan ; ils jouaient au loup avec les autres enfants. D’ailleurs, une petite fille de six ans du nom de Clélia faillit la faire tomber en se faufilant entre ses jambes. Elle eut juste le temps de voir passer une tête aux cheveux auburn. Elle arriva enfin sans encombre dans la cuisine et attrapa un torchon pour essuyer la vaisselle que sa mère lavait au fur et à mesure. Elle s’y employa avec une application qui ne lui était pas coutumière.
    
    Le sourire aux lèvres, Diane montra d’un doigt couvert de mousse la fenêtre donnant sur le pré du voisin qui jouxtait la maison. Elle souhaitait distraire sa fille de ses pensées moroses… Celle-ci ne comprit pas tout de suite pourquoi sa mère désignait l’endroit. Puis elle distingua un reflet roux qui filait dans la neige virginale. Elle fronça les sourcils et murmura :
    
    — Un renard, à cette période de l’année ?
    — Oui, je crois qu’il cherche sa tanière.
    — Hum.
    
    La jeune fille se replongea dans ses songeries aussitôt.
    
    Diane la fixa d’un air indéchiffrable tandis que son cœur maternel se serrait un peu. Il demeurait des combats où elle ne pouvait pas intervenir. Elle se contenta de se sécher les mains sur son tablier.
    
    Dès que le dernier verre fut astiqué et rangé, Ambre posa le torchon sur une chaise sous le regard inquisiteur de sa mère, puis se dirigea vers le salon afin de s’amuser avec les enfants.
    
    Une poignée d’heures plus tard, elle sortit s’isoler en forêt même si le temps ne l’y invitait guère. La température se maintenait au-dessous de zéro ; toutefois, la neige ne tombait pas dru bien qu’elle recouvre le sol d’une délicate robe.
    
    La jeune fille secoua son bonnet saupoudré de flocons et s’adossa à un tronc d’arbre.
    
    
    
***

    
    
    Ambre s’enferma à clé à l’intérieur de son studio avec lassitude. Cette année, les fêtes l’avaient épuisée. Elle plaqua un linge contre le bas de la porte d’entrée ; le propriétaire n’avait toujours pas réglé le problème d’étanchéité. Elle posa le cabas qui contenait les cadeaux que ses parents lui avaient offerts au sol.
    
    Elle avait tenu à revenir chez elle le soir de Noël afin de réviser. Ni repos ni carpe diem pour les amoureux de la langue française, malgré ce qu’insinuaient les mauvaises langues. La tête bourdonnante, elle savait qu’elle n’allait pas faire long feu. Il fallait qu’elle dorme, quitte à se lever de bonne heure le lendemain pour travailler.
    
    En soupirant, la jeune fille pénétra dans la salle de bain exiguë et seulement dotée d’une douche, de deux étagères et d’un meuble. Elle se déshabilla. Ses vêtements chutèrent jusqu’à ses pieds dans un bruit feutré ; elle ne prit pas la peine de les ramasser.
    
    La cabine l’accueillit, de même que la fraîcheur des lieux. Ambre remédia à cet inconvénient en laissant l’eau chaude couler sur son corps fourbu. Elle se lava, mais resta à peine cinq minutes avant de fermer le robinet. Elle ressortit, s’essuya et enfila son pyjama bleu marine. Elle se dirigea vers sa chambre, s’écroula sur son clic-clac, puis rabattit les couvertures sur elle. Le sommeil ne tarda pas à la bercer pour la croquer.
    
    
    
***

    
    
    Lorsqu’elle s’éveilla le lendemain, Ambre était animée par une détermination. Elle reviendrait sur Erret. Elle avait besoin de savoir ce que Jyrhan désirait. Attendre telle une femme de marin, elle ne le pouvait plus.
    
    Quelle comparaison magnifique, Ambre.
    
    Elle gratta son cuir chevelu – depuis peu, elle souffrait d’irritations et de pellicules –, puis chercha le grimoire. Elle n’avait aucune idée précise en tête afin d’expliquer à Jyrhan la raison de sa visite. Tant pis. Elle trouverait en chemin. Après tout, il l’avait invitée au bal deux mois plus tôt sans réelles justifications. Ce jeu auquel ils jouaient ressemblait à de la « rediffusion » pour la jeune Terrienne.
    
    Elle ouvrit le livre à la bonne page et, doucement, murmura :
    
    — Souffle du lent terminus, laisse-moi te chevaucher.
    
    La formule pour se rendre sur Erret changeait selon les aspirations intérieures. Aujourd’hui, ces mots sibyllins s’étaient révélés à elle… et encore une fois, il lui faudrait emprunter le miroir de sa psyché. Quel paysage lui refléterait-il ?
    
    Avec calme, Ambre fixa la glace. Elle repéra une plaine enneigée, qu’elle reconnut au premier coup d’œil : il menait à Falifeey. Le cœur serré, elle franchit la surface lisse du verre poli. Curieuse, elle ne garda pas les yeux fermés.
    
    De nouveau, elle fut prise au dépourvu par son nouvel environnement. La neige crissa sous ses bottes et mouilla le bas de son jeans. Elle n’en avait cure en cet instant. Elle cherchait quelque ch… quelqu’un.
    
    Heureusement, le manteau immaculé n’était pas très dense. L’atmosphère, bien que fraîche, n’indisposait pas la jeune Terrienne. Elle se dirigea à tout hasard vers les ruines de Falifeey, mais se ravisa après dix pas.
    
    Ce n’est pas ici qu’il faut que j’aille.
    
    Le cœur battant comme un tam-tam, elle rebroussa chemin et s’orienta vers la forêt. Son intuition le lui soufflait. Jyrhan se doutait peut-être de sa visite. Ils devaient se parler, c’était impératif ! Pour une fois, elle l’aurait décidé en toute âme et conscience !
    
    — Ambre ?
    
    La jeune fille sursauta ; une silhouette vêtue d’une pèlerine blanche se précipitait vers elle. Elle cligna des yeux.
    
    — Shanoa ?
    
    La femme de l’artisan la salua d’un signe de tête.
    
    — Que faites-vous là ?
    — Je... Je suis juste venue sur Erret parce que…
    
    Ambre tenta de se justifier. À sa plus grande honte, elle n’y parvint pas. Les joues cuisantes, elle préféra changer de sujet :
    
    — Et vous ?
    — Cueillette de plantes et de champignons pour la cuisine, expliqua-t-elle. Cela vous dit de goûter à un de mes thés ? Avéran sera heureux de vous revoir.
    — Oh, euh, je…
    
    La jeune Terrienne ne se sentait pas capable de refuser. Ils accepteraient sans doute par la suite de la conduire jusqu’au château.
    
    — Pourquoi pas.
    — Bien ! Prenez mon bras s’il vous plaît.
    
    Intriguée face à son injonction, Ambre obtempéra néanmoins. Shanoa lui offrit un sourire, puis leva son autre main pour souffler sur une bague sertie d’une pierre rouge glissée à son annulaire. Soudain, des fourmillements saisirent la jeune fille ; le paysage devant elle tournoya. Victime de vertige, elle ferma les yeux.
    
    Quand elle les rouvrit, elle constata avec stupéfaction qu’elles se tenaient sur une place de village en forme de U, assez différente de celle de Falifeey. Des pavés lisses et orangés recouvraient le sol. Une légère odeur de pain chaud flottait dans l’air et provenait d’une boulangerie située à dix pas d’elles. Shanoa la tira de son hébétude.
    
    — Épatant, n’est-ce pas ?
    
    Elle relâcha le bras d’Ambre, qui lui répondit d’une voix ahurie :
    
    — Que s’est-il passé, là ?
    — Je nous ai transportées jusqu’à Kaertha, le village où la plupart d’entre nous se sont installés.
    — Je croyais que seuls le Tisseur, sa sœur et de rares personnes…
    
    Shanoa le coupa :
    
    — Je n’ai pas de don magique. Regardez ma bague.
    
    La jeune Terrienne obéit, perplexe. La femme de l’artisan lui expliqua :
    
    — Dès que nous atteignons le cycle mature, les Mestros…
    
    Embarrassée, Ambre l’interrompit :
    
    — Le cycle mature ?
    — Oh, oui, excusez-moi. L’âge de raison.
    — Il est fixé à…
    — Dix-neuf ans.
    
    La jeune fille en déduisit que l’adolescent devenait adulte. La femme d’Avéran reprit :
    
    — Les Mestros nous remettent cet artefact. Leur technologie nous permet de nous déplacer sur de longues distances.
    
    Voilà pourquoi je n’ai pas vu de voitures ou d’autres véhicules sur Erret !
    
    — Par contre, une fois que nous sommes dans une ville ou un village, il se désactive. Un usage sur de courts trajets est interdit et inutile. Nous avons nos jambes !
    — Les personnes souffrant d’un handicap pour marcher se débrouillent comment ?
    — Un bracelet leur est offert. Il s’agit d’une exception.
    
    Ambre acquiesça. Shanoa la tira par le bras :
    
    — Bon ! Allons-y.
    
    Elle se laissa entraîner sans résistance.
    
    
    
***

    
    
    La frustration gagnait Ambre tandis qu’elle observait la plaine enneigée, où Shanoa l’avait reconduite cinq minutes plus tôt. Avéran et Shanoa lui avaient déclaré à regret que le Tisseur était absent du château. Malgré tout, elle avait passé un moment agréable en leur compagnie et dégusté un thé aux épices sucrées et à la menthe. Le mélange lui avait tellement plu qu’elle avait demandé la recette.
    
    Elle avait aussi rencontré une adorable fillette orpheline, Jylen. Le couple s’était proposé de la recueillir tout comme d’autres enfants l’avaient été par des Elnaris – et par des Hemonos. Ces derniers ne pardonnaient pas aux fidèles de Gaëlkoch d’avoir massacré un village et arraché d’innombrables vies juste pour se venger.
    
    La nouvelle maison d’Avéran et de Shanoa était plus modeste que celle qu’ils possédaient à Falifeey. En revanche, elle y reconnut la plupart de leurs biens. L’incendie les avait quasiment épargnés. La jeune fille avait songé que sur Erret, personne ne connaissait de crise immobilière ou de problèmes de logement.
    
    Ambre réfléchissait. Elle ne s’était pas rendue sur Erret pour rien, certes, mais ne pas avoir croisé le Tisseur lui laissait un goût amer.
    
    Où peut-il être ?
    
    Soudain, une farouche résolution naquit au sein d’elle. Non, elle ne repartirait pas avant de l’avoir vu ! Si elle y tenait tant, c’était parce qu’il fallait qu’elle lui avoue une vérité ! Fuir n’était pas envisageable !
    
    Plusieurs heures lui furent nécessaires avant qu’elle ne déniche le sentier menant à la caverne, boueux à cause du gel et des tourments de l’hiver. Si Jyrhan ne se trouvait pas au château, peut-être parviendrait-elle à le débusquer vers le lac ? Son intuition lui soufflait que l’endroit revêtait une importance capitale pour lui.
    
    S’agissait-il d’un refuge ? Plongerait-elle au sein des eaux afin de se rendre au temple d’Aliante, s’il s’y terrait ? La jeune fille secoua la tête.
    
    Il ne faut pas exagérer, hein !
    
    Ses pas la guidèrent jusqu’à l’entrée de la caverne, qui lui parut plus étroite et discrète qu’à sa première « visite ». Avec prudence, elle pénétra à l’intérieur et, cette fois, prêta attention aux gravures et aux dessins sur les murs. D’un point de vue Terrien, elles n’arboraient rien de préhistorique ; il s’agissait sans doute de formules destinées à protéger les lieux d’ennemis potentiels.
    
    Ambre continua à cheminer. Elle remarqua la clémence de la température par rapport à celle de l’extérieur, assez idéale pour tout voyageur désirant faire une halte ici. Des aspérités recouvertes de roche cristallisée ornaient les parois légèrement humides de la caverne.
    
    Elle marcha jusqu’à la maigre plage qui entourait le lac. Son cœur tressauta, puis s’emballa petit à petit en avisant une silhouette familière étendue sur le dos.
    
    Aussi silencieuse qu’un souffle de vent doux, la jeune Terrienne s’avança vers lui et vers son lit improvisé – sa propre cape ! Comment pouvait-il ne pas être pétri de froid ? Une respiration régulière répondit à ses pas, écho muet perdu dans une atmosphère irréelle.
    
    Elle s’assit avec précautions à côté du Tisseur, puis contempla les courbes de son visage détendu, les mouvements infimes de son torse, le calme qui émanait de sa personne. Malgré son apparente vulnérabilité, Jyrhan s’efforçait de dissimuler ses faiblesses. Néanmoins, elle était sûre qu’il n’attendait pas sa visite même si sa présence en ces lieux ne s’expliquait pas. Il dormait !
    
    Ambre effleura son front du bout de ses doigts, qui pour une fois ne tremblaient pas. Oserait-elle, ou renoncerait-elle par peur ? Non ; elle n’était pas une lâche. Impossible de reculer.
    
    Elle se pencha ; ses lèvres frôlèrent les siennes, aériennes comme les ailes d’un papillon.
    
    Il est temps que je te le dise.
    
    Un frisson parcourut le Tisseur, qui ne bougea pas cependant. La jeune fille demeurait aussi immobile que lui ; il ne fallait surtout pas briser un pareil instant ! Une chaleur délicieuse envahit son être. Son cœur manqua un battement lorsqu’elle sentit la bouche de Jyrhan s’entrouvrir sous la sienne.
    
    Ambre s’écarta. Il ne tarderait pas à se réveiller. Elle ne ressentit plus que la caresse du vide. Elle refréna son désir de l’embrasser de nouveau.
    
    Jyrhan eut un soupir alors qu’elle se redressait. Elle devait partir. Ses émotions avaient failli prendre le pas ; mais si elle avait pu, elle…
    
    Pas maintenant.
    
    La quiétude s’empara de ses sens avoués. Elle souffla à voix basse la formule lui permettant de rentrer chez elle. Seul un friselis dans l’horizon du temps fut le témoin de sa disparition, tandis que la douceur des lèvres de Jyrhan sur les siennes persistait.

Texte publié par Aislune Séidirey, 12 août 2017 à 20h05
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