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Tome 1, Chapitre 8 « La fronde » Tome 1, Chapitre 8
Siège de Lloyd Corporation, Los Angeles
    
    India n’avait jamais manqué de poigne ; dans ses plus jeunes années, la nouvelle directrice marketing pour l’ensemble des produits Lloyd avait toujours su exprimer ses désirs de façon explicite, sans détour. Durant des années, elle avait employé nombre de subterfuges pour endormir la méfiance de ses employeurs, rivalisant d’ingéniosité et redoublant d’efforts pour que jamais personne ne s’aperçoive de rien.
    
    Pourtant, à son arrivée ce matin-là au siège de la compagnie, de nombreux signes l’avaient avertie : un étrange picotement dans la nuque et cet indéfectible sentiment que les choses n’allaient pas se passer exactement comme prévu.
    Elle s’était attendue à ce qu’une de ses magouilles soit découverte et s’était largement employée à dissimuler les dernières traces de ses méfaits : le service informatique ne pourrait plus trouver preuve de son passage après que son programme ait infecté les serveurs de sa société et ses comptes aux iles Caïmans avaient été fermés et leur contenu transféré sous l’identité méconnue de sa propre fille.
    
    Mais malgré tous ses efforts, en dépit de sa totale abnégation, elle se trouvait là, à cette heure tardive, la tête légèrement penchée sur le côté et les yeux plongés dans le vide devant elle.
    
    La lame, vile et traître qui lui avait perforé le cœur était retombée sur le sol, empourprée du sang de la pauvre femme, prise à son propre piège et dont l’avenir s’était gravement obscurci.
    
    Elle eut un dernier soubresaut, une dernière pensée quand l’homme en costard apparut devant ses yeux, révélation mortelle d’un assassin invisible.
    
    « Je t’avais prévenu, petite fleur… ricana l’artiste en admirant son œuvre. La fin du voyage pour toi si tu ne prenais pas garde. »
    Il ramassa le poignard ensanglanté, l’essuya sur le revers de la veste posée contre le dossier de son fauteuil et valida l’appel entrant de son oreillette ; le petit écouteur émit une lumière bleue.
    « C’est fait, dit-il en retrouvant son sérieux. Non aucun nettoyage, les ordres sont très clairs, elle doit être retrouvée demain matin. Effacez simplement la vidéosurveillance. »
    
    Lorsque la secrétaire arriva à la salle d’accueil, elle remarqua immédiatement le désordre laissé sur la table basse ; les tiroirs des bureaux avaient été forcés, et nombre de feuilles noircies ou vierges étaient répandues sur le sol comme un lit végétal orangé d’automne sur la pelouse d’un jardin. Prise de panique, elle déclencha l’alarme d’urgence installée sous son bureau et un instant plus tard, deux vigiles en uniforme arrivaient haletant et prêts à inspecter les locaux.
    Diego Gomez découvrit le corps inanimé et couvert de sang de l’un des plus importants membres du conseil de la Lloyd Corp. Un présage funeste d’une attaque au cœur de l’entreprise, et cette fois, tous en étaient certains, la vérité ne pourrait pas rester cachée.
    Toute la lumière allait être faite sur les menaces pesant sur la famille du fondateur.
    
    
    Manoir Lloyd, sur les hauteurs de la ville
    
    Morgan n’avait pas trouvé le sommeil depuis l’étrange phénomène survenu au ranch, mais, à sa grande surprise il avait réagi avec un sang-froid parfaitement inhabituel. La nuit était claire et fraîche ; assit sur le rebord de son lit il observait ses mains scintiller à la lueur blafarde de la pleine lune.
    Coincé entre ses désirs d’enfant de voir arriver dans sa vie quelque chose d’extraordinaire et l’appréhension de ne pouvoir revenir en arrière, il lui paraissait irréel d’avoir été à l’origine du phénomène.
    Pourtant il pouvait ressentir chaque cellule de sa peau se cristalliser puis se réchauffer selon sa volonté ; il avait déjà tenté à de nombreuses reprises de conduire la glace hors de son corps, mais la maîtrise lui échappait complètement. Son attention fut soudainement attirée par la lumière des phares s’avançant dans l’allée principale de la résidence et il serra le poing en faisant disparaitre l’étrange scintillement qui l’habillait.
    Il ne pouvait s’agir que de son père à cette heure avancée de la nuit ; il rentrait probablement d’une de ses réunions s’éternisant au-delà du raisonnable et Morgan se jura encore une fois de ne jamais devenir ce genre d’homme.
    La portière claqua et le chauffeur dans son costume noir ouvrit la porte arrière de la berline de luxe ; Jeremiah desserra légèrement la cravate nouée autour de son col et souffla comme s’il venait de se soulager d’un douloureux fardeau.
    
    Un picotement obligea Morgan à détourner son regard de la scène qui se jouait sous sa fenêtre ; ses mains étaient glacées et une vive brulure engendra brusquement des gestes imprécis. Le bruit de la chair se brisant sous l’influence des basses températures provoqua un profond dégout qui fut bien vite remplacé par une douleur plus forte encore. Soucieux de ne pas attirer l’attention, il avait crispé ses mâchoires pour se contenir.
    Le pâle rayonnement de l’astre lunaire procurait à ses mains un aspect brillant d’où se dégageait une vapeur froide ; il avait l’impression que ses membres avaient été plongés dans un bain d’azote liquide.
    Sa géhenne s’estompa progressivement pour que seul subsiste ce froid pénétrant.
    Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? pensa-t-il.
    
    Des détails lui revinrent sur la nuit précédant son sommeil de plomb, de brèves images intenses des événements survenus après l’explosion ; la fumée, la chaleur et les cris hantaient sa vision du passé. Puis la sensation d’une fine pluie sur son visage se rappela à lui comme une délivrance. Tout devint bleu et lumineux, électrique.
    
    La certitude d’avoir été exposé à ce que préparait le laboratoire dirigé par James l’écœura encore davantage et Morgan dut fermer les yeux pour recentrer ses idées.
    La réponse, si elle existait ne pouvait que se trouver dans les archives de la compagnie et il allait devoir ruser pour y avoir accès. Jeremiah avait jugé son fils cadet incapable de prendre part à l’activité de sa société et ne lui avait jamais accordé aucun crédit ; ce qui avait arrangé Morgan en un sens, mais risquait d’interférer avec ses projets.
    Il saisit finalement le téléphone portable posé sur la commode toute proche et sélectionna le nom de Marine avant de taper : « J’ai besoin de ton aide, il faut que l’on se voie. ».
    L’envoi confirmé, il déposa le combiné sur la couette de son lit et se laissa tomber en arrière avant de vérifier une dernière fois l’état de ses mains ; toute trace de glace avait disparu et s’il ne pouvait clairement le voir, il savait que sa peau était rougie comme après avoir été au contact de la neige.
    Le temps n’était plus à la réflexion ; il lui fallait trouver des réponses à ses questions et son cerveau avait mis en place un plan infaillible pour cela. Ses paupières se refermèrent sur un plafond blanc et se laissa doucement glisser vers un sommeil qui serait de courte durée.
    
    
    Le lendemain matin
    
    Lorsqu’il rouvrit les yeux, la clarté l’aveugla ; Morgan se demanda depuis quand le soleil était levé pour qu’il n’en ressente pas les effets sur son sommeil. Le peu de repos sui lui avait été accordé n’avait pas suffi à gommer la fatigue abyssale qu’il ressentait.
    Les vibrations du portable échoué à côté de lui résonnèrent quelques secondes dans le tissu avant qu’il ne s’en aperçoive.
    « Ouais, bâilla-t-il.
    — Que se passe-t-il ? fit la jeune femme à l’autre bout du téléphone, le ramenant brutalement à la réalité.
    — Excuse-moi, rien de dramatique, j’avais juste besoin de parler… En dehors d’ici.
    — Okay, si tu veux on se retrouve au Star…
    — Je préfèrerais que ce ne soit pas en public, je suis toujours impliqué d’après les flics…
    Passe me retrouver chez moi, je t’envoie l’adresse. »
    Un tintement résonna dans son oreille pour lui signaler l’arrivée d’un message.
    « Bien reçu, d’ici une heure ?
    — On fait comme ça. »
    
    L’appartement que louait la jeune femme depuis son retour en Californie était situé dans un quartier tranquille à l’Est de la ville ; quelques massifs de végétaux parfaitement taillés délimitaient le parking des bâtiments de la résidence.
    Quelques enjambées plus tard, Marine l’accueillit dans le meublé avec un sourire de convenance.
    « Salut, dit-elle timidement.
    — Salut, répondit Morgan sur le même ton en attendant qu’elle l’invite à entrer.
    Entre, je t’en prie. »
    L’intérieur était décoré avec goût, mais dans des tons assez impersonnels pour que quiconque s’y sente vraiment chez soi. Après quelques banalités d’usage, Morgan aborda maladroitement le sujet :
    « Je sais que je n’ai pas été le parfait beau-frère alors ne te sens pas obligée de me répondre tout de suite.
    — Je t’écoute.
    — Voilà, comme tu le sais, je me trouvais là-bas le soir où… »
    Il marqua une pause, ne sachant pas vraiment comme poursuivre sa phrase ; l’intensité des événements qui, pour lui, s’étaient déroulés il y a si peu de temps en arrière, le gênait encore.
    « La police m’a posé des questions, mais j’ai par moment des flashes de ce qu’il s’est passé, comme des souvenirs de certains instants. Il y avait un autre mec présent quand tout a explosé.
    — Tu as vu qui c’était ?
    — Non, et aucun corps n’a été retrouvé.
    — Il était impliqué ? Il faut que tu te souvienne… »
    La jeune femme se leva d’un bond, interloquée.
    « Je ne sais pas…
    — Que faisait-il là alors ?
    — C’est la question que je me pose. Pourquoi n’a-t-on pas retrouvé son corps ? »
    Marine était cruellement déstabilisée et sous son apparente décontraction sommeillait un chagrin que le temps n’avait pas apaisé autant qu’elle le croyait.
    « Sur quoi travaillait James ?
    — Je n’ai pas le droit de… »
    Elle fit volte-face et revint s’asseoir.
    « Les secrets de la compagnie étaient bien gardés et nous n’en parlions jamais.
    — Même pas un ordre d’idée ?
    — Je ne sais pas grand-chose, mais quoi que ce soit, tu devrais en rester éloigné.
    — Je sais que ça va te paraître dingue, mais cet homme qui était là, il avait une espèce de seringue plantée dans le bras. Son visage s’est mis à brûler, de même que ses mains… Ensuite, tout a explosé… Je n’ai pas envie de remuer le passé, mais si je raconte ça aux flics… »
    Il ne termina pas sa phrase et se contenta de baisser un regard attristé vers la tasse de café que lui avait servie son hôte. La jeune femme tenta de déceler la vérité ou le mensonge ; bien qu’elle ne fût pas réellement capable de le saisir, elle était persuadée que suivre son intuition était la bonne solution.
    « Les contrats de la branche que dirigeait James étaient essentiellement des contrats militaires. Quant à savoir sur quoi il travaillait, le jeu des déductions est assez simple étant donné son domaine de qualification.
    — La génétique ?
    — La mutation contrôlée, corrigea-t-elle. Les suspicions d’espionnage étaient très importantes quand tout cela est arrivé. James était inquiet, mais il n’a jamais souhaité m’en parler. »
    
    La réflexion faisait son chemin dans les pensées de Morgan, peu importait sur quoi travaillait son frère, personne ne croirait ce qu’il était maintenant conscient d’avoir vu le soir de l’explosion. La certitude d’avoir été exposé à un agent biologique était de l’ordre du concevable tant le chaos qui s’était répandu autour de lui ce soir-là avait été violent.
    Se pouvait-il qu’ils aient travaillé sur une sorte de bombe humaine ? Connaissant depuis bien longtemps les affaires de son père, il ne pouvait que le supposer ; pour en être sûr, il lui faudrait consulter les dossiers de Jeremiah. Entrer secrètement dans le bureau de son père n’avait plus de secret pour lui depuis de nombreuses années.
    « S’engager sur cette voie est très risqué.
    — Je dois savoir pourquoi on a tué mon frère, ce n’est pas ce que tu veux ?
    — Tout ça me hante depuis que James est mort… Je veux juste que tu saches que l’importance de ce que l’on pourrait découvrir ne pourra que tous nous mettre en danger, nos familles, nos amis… »
    Morgan eut, pendant l’espace d’un instant la curieuse envie de tout lui dire, de lui montrer les raisons qui l’obligeaient à se lancer à la poursuite de la vérité, mais il se contint.
    « Je n’ai simplement pas le choix, je suis impliqué pour les flics, tu connais mon père. Je sais qu’il en sait plus qu’il n’en dit. »
    Résignée, la jeune femme exposa un jeu auquel il ne s’attendait pas :
    « Je dois te montrer quelque chose. »
    
    
    Siège de Lloyd Corporation
    
    Les bureaux avaient été évacués par la sécurité et la police avait été alertée par les gardes de la tour Lloyd ; le corps d’une femme retrouvé sauvagement assassinée au dernier étage des locaux de la direction avait fait beaucoup parler de lui et Jeremiah était encore présent afin d’empêcher quiconque de mettre son nez dans les affaires délicates, susceptibles de compromettre la sécurité de son entreprise.
    « India était une de mes plus proches collaboratrices, expliquait-il à l’inspecteur qui l’interrogeait.
    — Le légiste a estimé la mort à trois heures du matin, était-il courant pour elle de rester aussi tard ?
    — Pas que je sache, non.
    — Lui connaissiez-vous des ennemis ?
    — Non, affirma-t-il. Écoutez, mes collaborateurs sont des personnes de confiance, intègres et responsables. Malheureusement, notre métier implique des rivalités.
    — Très bien, je vous recontacterai rapidement.
    — Faites ! » rétorqua Jeremiah avec agacement.
    Sitôt fut-il sorti que les portes se refermèrent sur l’importun ; Jeremiah ouvrit l’un des tiroirs du bureau et en tira une feuille tachée du sang de la victime qu’il avait dissimulé dès son arrivée.
    « La vipère éliminée, elle est la première à payer le prix du sang. »
    La clé USB qui accompagnait la lettre afficha sur l’écran un nombre insensé de transactions de fonds impliquant plusieurs succursales de la société ainsi que ses filiales.
    « Nous avons le pouvoir, et nous vous avons rendu service ; montrez-vous reconnaissant ou nous nous chargerons d’introniser un président plus conscient des risques qu’il encourt à votre place. »
    
    
    Base Militaire dans le désert de Mojave
    
    L’ascenseur ouvrit ses larges portes sur une caisse métallique dont chaque face était percée d’une ouverture étroite ; par moments, une lumière orangée provenait de l’intérieur puis disparaissait dans le cri étouffé abominable d’un homme que l’on serait en train de torturer.
    « Des difficultés Colonel ? interrogea le Général Tyson, mains dans le dos.
    — On a eu chaud, à plusieurs reprises, mais ses crises se sont calmées, monsieur. »
    Jason Bagwell quitta la cage d’ascenseur et se plaça à côté du commandant de la base, face à la boite.
    « Mais la livraison s’est déroulée comme prévu, développa-t-il.
    — Parfait, vous et votre équipe allez prendre un peu de repos, la scientifique prend le relai.
    — À vos ordres. »
    Sans demander son reste, Jason fit signe à ses coéquipiers de le suivre ; Tyson resta un bon moment à regarder le déroulement des opérations. En réalité, il savait de quoi il retournait et pour la première fois depuis bien longtemps l’anxiété le tenaillait ; la présence d’une telle créature ne le laisserait pas tranquille, jusqu’à ce que la bête à l’intérieur devienne un parfait soldat.

Texte publié par Théâs, 1er juillet 2017 à 19h28
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